Revue de web 18/07/2010 à 17h18

Me Jean-Louis Brochen, mari de Martine Aubry, sort du bois

Pascal Riché | Cofondateur Rue89

Jean-Louis Brochen, 66 ans, est un avocat en vue à Lille, ancien bâtonnier. De gauche, il est attaqué sans relâche par des sites proches du FN ou des groupuscules ultra-sionistes, qui le décrivent comme « l’avocat des islamistes ».

Un détail : Me Brochen est le mari de Martine Aubry depuis mars 2004. Jusque là, il restait très discret vis-à-vis des médias. Avec le feu vert de sa femme, il a donné une interview au site au site Nonfiction.fr, dirigé par un ancien conseiller d’Aubry, Frédéric Martel. C’est la première fois que l’avocat évoque ainsi sa vie privée.

Quatre dossiers ont fait de Brochen la cible de l’extrême droite

Si vous googlez « Jean-Louis Brochen », vous tomberez sur une avalanche de propos violents voire haineux à son endroit. « Avocat halal », avocat « communautariste », avocat « salafiste », « avocat des islamistes », « avocat des barbus »...

Ces attaques, assez déroutantes quand on sait que Brochen est d’éducation catholique et que son modèle affiché est l’humaniste Me Henri Leclerc, ont une origine : l’extrême-droite et autres groupes radicaux ne lui pardonnent pas certains dossiers qu’il a plaidés.

  • En 1993, il défend les 17 lycéennes voilées exclues par le lycée Faidherbe.
  • Plus tard, il représente les musiciens du groupe de rap Sniper (des « voyous qui déshonorent la France », selon Sarkozy) menacés de ne pouvoir donner un concert à Lille.
  • Il sera aussi l’avocat d’un jeune islamiste qui avait participé au braquage en 1996 d’un supermarché par le « gang de Roubaix ».
  • Il défend l’association roubaisienne Rencontre et dialogue, considérée par ses opposants comme « communautariste ».

Qutre dossiers parmi des dizaines et des dizaines d’autres... Dans l’interview à Nonfiction.fr, l’avocat revient sur l’affaire des jeunes filles voilées :

« De même que l’avocat d’un criminel n’est pas lui-même un criminel, j’ai défendu ces jeunes filles alors que je n’étais pas favorable au voile.

Je suis contre le voile et encore plus clairement contre la burqa, mais c’est l’honneur d’un avocat que de faire en sorte qu’un individu ait toujours quelqu’un pour le défendre. »

Selon lui, toutes ces attaques ne démontrent qu’une « méconnaissance fondamentale du métier d’avocat ».

La rencontre avec Martine Aubry, collègue de conseil municipal

Né d’un père breton et d’une mère du Nord, Brochen a été élevé dans la religion catholique. Lycée de Roubaix puis de Tourcoing, faculté de droit de Lille, il prête le serment d’avocat le 3 novembre 1969.

Il reprend le cabinet de son père, le bâtonnier Yves Brochen. Il s’engage, à gauche, dans le combat syndical (il préside même le Syndicat des avocats de France au début des années 80) et dans l’action citoyenne (pour le respect des droits de l’homme dans les prisons, en Bosnie, au Rwanda).

Il se spécialise dans le droit pénal (« J’ai défendu des prostituées contre des proxénètes, des meurtriers, des braqueurs ») et le droit social (du côté des syndicats et des salairés).

Au début des années 90, Jean-Louis Brochen est conseiller municipal de Roubaix. Pierre Mauroy, ancien Premier ministre et maire de Lille, lui demande de l’aider dans sa campagne municipale de 1995.

« Je me suis éloigné, un peu à regret, de la vie politique »

Après la défaite des socialistes aux législatives de 1993, Martine Aubry, ex-ministre du Travail sous Cresson et Bérégovoy, a été elle aussi recrutée par Pierre Mauroy. Elle devient d’ailleurs en 1995 la première adjointe du maire, Brochen étant conseiller municipal délégué, adjoint à la culture. Il raconte :

« Je la connaissais mais elle ne me connaissait pas. Je l’avais déjà vue deux fois, au congrès du Syndicat des avocats de France où elle était intervenue et à l’occasion d’une remise de Légion d’honneur du bâtonnier de Versailles. »

Dès cette époque, ils forment un couple. Ce qui pose problème pour la municipale suivante, car c’est Martine Aubry qui se présente pour le poste de maire. Il décide de s’effacer :

« A partir du moment où je vivais avec Martine Aubry, nous avons pris la décision que je ne pouvais pas me représenter sur sa liste et je me suis éloigné, un peu à regret, de la vie politique. »

Elle est élue maire, et c’est son premier adjoint, Pierre de Saintignon, qui les marie dans l’intimité le 20 mars 2004 :

« Nous avons choisi un mariage en famille et entre amis, nous ne voulions pas le transformer en mariage people. »

Et de fait, Jean-Louis Brochen ne livre pas grand chose de son intimité à ses deux interviewers : de son premier mariage, il a deux enfants et il est aujourd’hui grand-père et a trois petits-enfants. Avec Martine Aubry, il évoque une relation sans nuage, sauf sur une question culinaire précise :

« Je prétends faire le tiramisu mieux que Martine Aubry. »

  • 315907 visites
  • 212 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or Inscription
  • teogele
    • Posté à 19h09 le 18/07/2010
    • Internaute 120329
      .

    Reconnaissons au moins à Me Brochen et à son épouse une grande vertu : la discrétion. Cette vertu-là n’est pas accordée à tout le monde...

  • Danielle29
    Danielle29
    Soutien à amonhumbleavis
    • Posté à 19h18 le 18/07/2010
    • Internaute 30791
      Soutien à amonhumbleavis

    Il est inquiétant de constater que certains ne comprennent pas que le droit inaliénable d’être défendu devant la justice, quelle que soit l’accusation portée, représente un des piliers fondamentaux d’une démocratie.

  • Ysabeau
    Ysabeau
    Ah
    • Posté à 19h46 le 18/07/2010
    • Internaute 84180
      Ah

    La faute de goût difficilement pardonnable, c’est le tiramisu, ce truc est immonde.

    Cela dit, effectivement, le boulot des avocats c’est de défendre leurs clients du mieux possible. Cela n’en fait pas pour autant des salopards, pas plus que le comédien qui joue le rôle d’un sale type (ben oui ça nous ramène à Molière tout ça). Par exemple, maître Vergès a été un résistant pendant la deuxième guerre mondiale, il a pourtant défendu Klaus Barbie... communiste, il a défendu la trésorière du RPR etc. pour donner un exemple archi-célèbre. En outre, les avocats pénalistes, sont probablement les plus désintéressés de la profession car ils sont, le plus souvent, payés par la chiche aide judiciaire qui ne leur permet pas vraiment s’enrichir. Il est regrettable que certains commentateurs n’aient pas réfléchi assez pour comprendre cela qui est pourtant évident.

    Je regrette aussi que l’article ait fait l’impasse totale sur l’activité culturelle de maître Brochen qui est, semble-t-il une composante essentielle de son action de même qu’elle est fondamentale dans une société.

  • duarn
    • Posté à 19h48 le 18/07/2010
    • Internaute 17322

    « A partir du moment où je vivais avec Martine Aubry, nous avons pris la décision que je ne pouvais pas me représenter sur sa liste et je me suis éloigné, un peu à regret, de la vie politique. »

    Ce n’est pas à Levallois-Perret que l’on verra cela un jour.

  • Enki
    Enki répond à Pascal Riché
    alchimiste
    • Posté à 13h37 le 19/07/2010
    • Internaute 9562
      alchimiste

    O combien savoureuse, l’anecdote du tiramisu...

    Soyons objectifs vis à vis de la profession dont vous n’êtes -hélas ! - pas parfaitement représentatif, Monsieur Riché. Martine Aubry, depuis son accession au premier secretariat du PS, a dangereusement frustré les journalistes qui lui tendaient leur micro avec ces deux exigences professionnelles systématiques :

    - Donnez nous du people (des photos, des photos !).
    - Déclarez votre candidature à la présidentielle ( faut que ça colle à l’histoire de la guerre des chefs, sinon c’est trop compliqué pour mon lectorat, un p’ti scoop pour manger siouplait).

    Force est de constater qu’Aubry a résisté avec un certain entêtement. Elle n’a pas de coach en communication, ne fait pas de média-training.

    Un jour pourtant, pour que sa discrétion ne nuise pas à ses nouvelles responsabilités politiques nationales, il fallut bien donner à manger à « l’exigence d’humanisation de l’image de nos représentants politiques » ; alors elle a fait une carbonnade flamande et quelques blagues chez Drucker.

    Après avoir fait son marché avec Jean-Pierre Koffe, qui s’enthousiasmera d’un responsable politique qui connaisse le prix, la qualité et la saison des produits, tout en épluchant ses carottes, elle lâchait la seule allusion à sa famille qui soit disponible à l’INA : Outre sa fille, son mari aussi aime cuisiner, et il cuisine très bien !

    Alors, en l’absence de spin doctor, cette touche de complicité tiramisu-carbonnade vaut bien, en deux citations, une double page de photos romantiques bidonnées, l’humour en plus.

    Les journalistes peuvent aller manger chez Martine Aubry, on leur ouvrira la cuisine, mais pas la chambre à coucher.

    PS : Pour la recette de carbonnade, allez donc voir chez Koffe :
    Lien
    (observez bien l’épluchage des carottes, ça ne trompe pas)

Verbes thématiques