A la une 18/07/2010 à 17h27

L'intendant de l'île d'Arros : « Je n'ai pas fait chanter Bettencourt »

François Krug | Journaliste Rue89

Carlos Vejarano a longuement expliqué à Rue89 les montages financiers mis en place par l’entourage de la milliardaire.


Carlos Vejenaro, gestionnaire de l’île d’Arros (François Krug/Rue89)

Carlos Vejarano, mentionné à plusieurs reprises dans les enregistrements, a été placé en garde à vue par la brigade financière de jeudi matin à vendredi soir. Il nous a accordé un entretien de deux heures et demie ce dimanche matin, à son bureau parisien.

Comment les Bettencourt ont acheté l’île d’Arros

Gestionnaire de l’île depuis 1975, Carlos Vejarano assure n’avoir joué aucun rôle dans la vente d’Arros aux Bettencourt. En revanche, François-Marie Banier aurait joué un rôle central dans la transaction.

C’est le photographe qui aurait fait découvrir Arros aux propriétaires de L’Oréal. Selon Carlos Vejarano, il y avait été invité en 1998 par le propriétaire de l’époque, le prince Shahram Pahlavi Nia, neveu du dernier shah d’Iran.

Les Bettencourt auraient visité l’île à la Toussaint 1998. Et la vente aurait été conclue quelques mois plus tard, en 1999, pour 18 millions de dollars. La transaction aurait été gérée par les avocats des Pahlavi et des Bettencourt à Genève.

Aucune trace de la vente au cadastre seychellois. Rien de surprenant, assure Carlos Vejarano : légalement, l’île d’Arros n’aurait pas changé de propriétaire depuis 1975. Elle appartiendrait à D’Arros Land Establishment, une « anstalt » [société d’investissement, ndlr] basée au Liechtenstein.

Un simple « intendant » des Bettencourt

Carlos Vejarano assure n’être qu’un simple « intendant ». Via la société seychelloise D’Arros Development Limited, dont il ne serait qu’actionnaire minoritaire. La société, qui emploie une trentaine de personnes, serait encore contrôlée par la famille Pahlavi.

Carlos Vejarano raconte :

« En 2004, André Bettencourt [décédé en 2007, ndlr] m’a présenté Patrice de Maistre. Il m’a expliqué que Patrice de Maistre travaillerait avec le cabinet de Me Roger Merkt [avocat des Bettencourt à Genève, ndlr]. On m’a donné un budget de 1,7 million d’euros par an. On m’a demandé de ne pas le dépasser ce budget, et je ne l’ai jamais dépassé. »

Une mystérieuse fondation au Liechtenstein

« Tous les paiements venaient de D’Arros Land Establishment, au Liechtenstein », explique Carlos Vejarano. Mais il assure ignorer qui contrôle vraiment cette société :

« Je ne suis jamais allé au Liechtenstein et je n’ai jamais rencontré le moindre dirigeant de D’Arros Land Establishment. Mon seul contact était un comptable à Genève, qui travaillait avec Me Merkt. J’ai simplement un mandat de D’Arros Land Establishment pour représenter leurs intérêts aux Seychelles. »

Selon les enregistrements révélés par Mediapart et par Le Point, une fondation aurait été créée au Liechtenstein pour faire de François-Marie Banier le propriétaire de l’île. Cette fondation contrôlerait donc D’Arros Land Establishment.

Carlos Vejarano assure que l’entourage de Liliane Bettencourt ne lui a jamais donné le nom de cette fondation, ni confirmé que François-Marie Banier en était désormais propriétaire. Son récit confirme, en tout cas, un changement de statut de l’île en 2007 :

« En 2007, Fabrice Goguel [l’avocat fiscaliste de Liliane Bettencourt, ndlr] m’informe très vaguement que le dossier a été transféré à Me Edmond Tavernier, un avocat à Genève. »

Carlos Vejarano assure avoir rencontré plusieurs fois Fabrice Goguel et Edmond Tavernier, séparément, entre 2007 et 2009 :

« M. Goguel et M. Tavernier me demandent comment l’île fonctionne, je leur explique ma passion pour l’environnement, je leur parle du centre de recherche que nous avons créé sur l’île. Ils me disent : “C’est très bon pour la fondation.” Ils ne me disent rien de plus. »

Carlos Vejarano dément tout chantage

Carlos Vejarano « devient de plus en plus menaçant », déclare Fabrice Goguel dans un des enregistrements de ses conversations avec Liliane Bettencourt. En laissant entendre que le gestionnaire de l’île d’Arros pourrait faire des révélations gênantes.

L’intéressé dément avoir réclamé de l’argent à l’entourage de Liliane Bettencourt, en échange de son silence. Carlos Vejarano explique simplement avoir interrogé à plusieurs reprises Fabrice Goguel et Edmond Tavernier sur l’hypothèse d’une cession de l’île à François-Marie Banier :

« Mon souhait était de faire de l’île d’Arros un sanctuaire, où la nature serait entièrement protégée. Je leur ai demandé : “Je veux savoir si, dans le testament de Madame, il est précisé ouvertement que François-Marie Banier sera le propriétaire. J’en serais très malheureux.”

Il vient une fois par an, et ne s’intéresse pas à l’environnement. Je considère un peu Arros comme mon enfant... »

Carlos Vejarano confirme, en revanche, avoir reçu deux millions d’euros « depuis le compte bancaire de Mme Bettencourt en France ». Sa version diffère nettement de celle de Patrice de Maistre et de Fabrice Goguel dans les enregistrements.

Dans un premier temps, Carlos Vejarano aurait simplement demandé à Liliane Bettencourt de se porter caution bancaire à hauteur de sept millions d’euros pour un projet immobilier. Patrice de Maistre aurait refusé, mais lui aurait proposé un don d’un million d’euros.

« Je lui ai dit que je ne voulais pas de cadeau », assure Carlos Vejarano. Il explique avoir alors demandé que la caution bancaire soit limitée à 3,5 millions d’euros. Patrice de Maistre aurait à nouveau refusé, mais il lui aurait proposé un nouveau don : cette fois, deux millions d’euros.

Fin 2009, Carlos Vejarano aurait finalement accepté ce versement de deux millions d’euros, parce qu’il avait « des difficultés financières ».

Etrange : pourquoi, alors, Patrice de Maistre et Fabrice Goguel ont-ils présenté ses demandes à Liliane Bettencourt comme une forme de chantage ?

« Comment auraient-ils pu dire à Mme Bettencourt que je n’appréciais pas François-Marie Banier ? Ils ne le pouvaient pas, alors ils lui ont dit que je les menaçais. Je le déments catégoriquement. Je n’ai jamais fait chanter qui que ce soit. »

Pourquoi Liliane Bettencourt est locataire de son île

Dans les enregistrements, l’entourage de Liliane Bettencourt présente toutefois Carlos Vejarano comme « très loyal » à Liliane Bettencourt. Le gestionnaire de l’île d’Arros refuse effectivement, aujourd’hui, de croire en une éventuelle fraude fiscale :

« C’est inimaginable. Quand vous possédez près de vingt milliards de dollars, pourquoi cacher quelque chose qui vaut des cacahuètes comparé à cette fortune ? »

Pourquoi, alors, un montage financier aussi étrange ? Carlos Vejarano confirme en effet que Liliane Bettencourt paie un loyer pour l’île dont elle serait la propriétaire. Tout en refusant de fournir le montant de ce loyer, il explique :

« Les Bettencourt voulaient être présentés comme locataires, parce que M. Bettencourt n’aimait pas l’ostentation. Les Bettencourt ont toujours été très discrets. Un contrat de location a donc été signé avec D’Arros Development Limited. »

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  • Bourreau
    Bourreau
    Super-héros en formation
    • Posté à 17h51 le 18/07/2010
    • Internaute 102986
      Super-héros en formation

    J’aimerais bien louer à quelqu’un une ile qui lui appartient... ça me parait plutôt rentable. Vous ne connaitriez personne qui voudrait que je lui loue son bien ? J’en appelle à la solidarité de la rue !

  • Triste.France
    Triste.France
    Technicien
    • Posté à 18h16 le 18/07/2010
    • Internaute 46928
      Technicien

    Tout ceci montre parfaitement bien la folie de ces gens (oui, l’argent rend fou) : ils jonglent avec leur fortune (ou celle des autres) et finissent tôt ou tard à ne plus savoir pourquoi ils font çà si ce n’est peut-être, la fausse impression d’être plus intelligent que nous. Pitoyable !

    Çà ne rend pas leur vie meilleure et je n’ai jamais vu un coffre fort suivre un corbillard...

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 19h10 le 18/07/2010
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    D’Arros ton univers impitoyable..a...able.

  • Lololerigolo
    Lololerigolo
    ouvrier
    • Posté à 19h42 le 18/07/2010
    • Internaute 113792
      ouvrier

    ma femme et moi, on n’a rien compris. Faut dire que dès que ça dépasse notre budget (1700e/mois), on ne sait plus compter.

  • Grégory
    • Posté à 22h18 le 18/07/2010
    • Internaute 12569

    Comment dire ? Je fais plus confiance aux enregistrements captant le off qu’au « on » d’un monsieur qui a des intérêts précis à redorer son image.

  • Philippe Leclercq
    Philippe Leclercq
    dilettante
    • Posté à 09h10 le 19/07/2010
    • Internaute 64790
      dilettante

    Tout ça c’est bien gentil, mais l’article est tendancieux.
    En effet, on pourrait expliquer que le « montage financier » est normal et très courant : une société détient un bien. Ce n’est pas ce bien qui est vendu, ni même la société, mais ses parts. Les propriétaires réels de ces parts sont représentés par des fondés de pouvoir (trustees), qui, selon la légisaltion en vigueur, n’ont pas à révéler le nom des gens quils représentent.
    Enfin, puisque les propriétaires du bien ne sont pas des personnes physiques, ces personnes, pour user du bien, doivent conclure avec le propriétaire, personne morale, un contrat de location.
    Pour ramener ça à une échelle domestique, si vous achetez une maison en SCI, et que les actionnaires de ladite SCI sont vos enfants, même si vous avez payé la maison, elle est propriété de la SCI, et vous devrez être locataire de la maison pour en jouir. Et, si vos enfants vendent leurs parts à un tiers, la maison n’aura pas changé de mains : elle sera toujours propriété de la SCI.
    Il faut arrêter de monter en épingle de banals montages financiers, il faut arrêter de désinformer !