Affaire Bettencourt : Maistre mouille Woerth, qui dément
Le gestionnaire de fortune de l’héritière a dit aux policiers avoir rencontré le ministre. Qui aurait suggéré d’embaucher sa femme.
Eric Woerth est-il intervenu pour que Patrice de Maistre embauche sa femme ? Les déclarations du gestionnaire de la fortune de Liliane Bettencourt lors de sa garde à vue vont embarrasser le ministre du Travail.
Patrice de Maistre est resté en garde à vue à la brigade financière de jeudi matin à vendredi soir. Selon Le Monde, qui cite le procès verbal de l’audition, l’homme de confiance de Liliane Bettencourt est revenu sur ses contacts avec Eric Woerth et sur l’embauche de sa femme Florence :
« Je l’ai vu [...] deux ou trois fois début 2007, parce qu’il m’a demandé de recevoir sa femme et ce pour essayer de la conseiller sur sa carrière alors, me disait-il, qu’elle n’était pas entièrement satisfaite. »
Chez Woerth, on dénonce « du grand n’importe quoi »
Contacté ce samedi matin par Rue89, le cabinet d’Eric Woerth n’était pas en mesure de confirmer ces rencontres avec Patrice de Maistre, mais affirmait qu’il n’y avait là aucun problème :
« Patrice de Maistre ne dit pas qu’Eric Woerth a demandé que sa femme soit embauchée, il y a une énorme différence. Ce n’est pas du tout ce qu’il dit, c’est du grand n’importe quoi. »
Les nouvelles déclarations de Patrice de Maistre fragilisent pourtant les arguments d’Eric Woerth et de sa femme. Le 23 juin, dans Le Parisien, Florence Woerth présentait ainsi son embauche chez Clymène, la structure gérant la fortune de Liliane Bettencourt, et dirigée par Patrice de Maistre :
« Je travaillais pour une banque, la Compagnie 1818, qui appartient au Groupe Caisse d’épargne et qui démarche les familles qui ont un patrimoine important pour leur proposer des services de gestion. Dans ce cadre, j’ai été amenée à rencontrer M. de Maistre pour lui proposer les services de cette banque. Quelques jours plus tard, il m’a rappelée et m’a proposé ce poste chez Clymène. »
Florence Woerth recrutée « pour faire plaisir » à son mari ?
Ce n’est pas vraiment la version de Patrice de Maistre. Dans les enregistrements révélés par Mediapart et par Le Point, il expliquait à Liliane Bettencourt :
« Quand je l’ai fait, son mari était ministre des Finances [du Budget en fait, ndlr], il m’a demandé de le faire [...]. Je l’ai fait pour lui faire plaisir. »
Florence Woerth a été embauchée en CDI chez Clymène en novembre 2007,
avec un salaire de 140 000 euros, une prime annuelle de 60 000 euros et
une voiture de fonction, selon Le Monde. Elle a démissionné de Clymène fin juin.
Dans les enregistrements et ses déclarations aux policiers, Patrice de Maistre n’évoque pas une éventuelle contrepartie, comme l’indulgence du ministre du Budget à l’égard de Liliane Bettencourt, une des premières contribuables de France.
Les arguments d’Eric Woerth fragilisés
Eric Woerth s’est toujours refusé à reconnaître un éventuel conflit d’intérêts, mais ses arguments sont un peu plus fragilisés :
- Il a d’abord affirmé ne pas avoir de relations avec Patrice de Maistre : pourtant, c’était l’employeur de sa femme et il lui avait remis la Légion d’honneur... Les agendas de Maistre font état de fréquentes rencontres, déjeuners ou autres : 19 janvier 2007 (au « café »), 7 février 2007 (au « café »), 12 septembre 2007 (déjeuner), 20 septembre 2007 (déjeuner), 23 janvier 2008 (légion d’honneur), 11 février 2009 (dîner à Bercy)...
- Il affirme ne pas être intervenu dans l’embauche de sa femme : les déclarations de Patrice de Maistre remettent en cause cette version, mais elles nécessitent évidemment d’être confirmées par l’enquête
- Il estime qu’il n’y avait pas d’incompatibilité entre ses fonctions de ministre de Budget et de trésorier de l’UMP : l’UMP a bénéficié de dons de Liliane Bettencourt, tout comme le « parti de poche » d’Eric Woerth en Picardie ; Eric Woerth a annoncé qu’il abandonnerait son poste de trésorier fin juillet
- Il assure qu’au Budget, il n’est pas intervenu sur le dossier fiscal de Liliane Bettencourt : un rapport contesté de l’Inspection générale des finances lui donne raison, mais évoque pourtant l’existence d’une « cellule fiscale » au sein du cabinet du ministre chargée des VIP...
- Sur Rue89Carlos Vejarano, l'homme qui fait peur à Liliane Bettencourt
- Sur Rue89Pourquoi l'audit de Liliane Bettencourt est déjà suspect
- Sur Rue89Le rapport contesté de l'IGF épargne Eric Woerth
- Sur lemonde.fr"L'audition de Patrice de Maistre met Eric Woerth en difficulté", sur LeMonde.fr
- Sur rue89.comTous nos articles sur l'affaire Bettencourt
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Etudiant en faculté de médecine (...)
Etudiant en faculté de médecine (...)
« C’est du grand n’importe quoi. »
Il semblerait que ce seul argument de défense soit devenu très populaire en ce moment concernant Eric Woerth. Toujours rejeter, jamais réfuter.
Tout de même, les enregistrements clandestins mentionnant l’embauche de Florence Woerth étaient éloquents avec des phrases comme « son mari était ministre des finances, il m’a demandé de le faire. »
Rajoutons en bas de page de son CV la petite remarque « rémunération environ 200 000 euros […] Je suis obligé d’en parler à LB vu le mari 120 000 euros » (cfr Le Monde) et nous obtenons en plus de cette dernière déclaration de Patrice de Maistre une magnifique preuve que celui-ci n’est autre qu’un socialo-communiste de la pire espèce si j’en crois l’UMP. Je n’en reviens pas, réussir à monter un tel complot tant d’années à l’avance, avant même que l’on parle des retraites !
Il serait temps de cesser de se voiler la face. Le gouvernement et la majorité doivent arrêter leur cirque, ce n’est pas en désignant le PS comme coupable qu’ils se sortiront de cette affaire. D’ailleurs j’ose espérer qu’ils ne s’en sortiront pas !




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