A la une 17/07/2010 à 11h46

Affaire Bettencourt : Maistre mouille Woerth, qui dément

François Krug | Journaliste Rue89

Le gestionnaire de fortune de l’héritière a dit aux policiers avoir rencontré le ministre. Qui aurait suggéré d’embaucher sa femme.


Devant l’immeuble de la brigade financière, à Paris (Gonzalo Fuentes/Reuters)

Eric Woerth est-il intervenu pour que Patrice de Maistre embauche sa femme ? Les déclarations du gestionnaire de la fortune de Liliane Bettencourt lors de sa garde à vue vont embarrasser le ministre du Travail.

Patrice de Maistre est resté en garde à vue à la brigade financière de jeudi matin à vendredi soir. Selon Le Monde, qui cite le procès verbal de l’audition, l’homme de confiance de Liliane Bettencourt est revenu sur ses contacts avec Eric Woerth et sur l’embauche de sa femme Florence :

« Je l’ai vu [...] deux ou trois fois début 2007, parce qu’il m’a demandé de recevoir sa femme et ce pour essayer de la conseiller sur sa carrière alors, me disait-il, qu’elle n’était pas entièrement satisfaite. »

Chez Woerth, on dénonce « du grand n’importe quoi »

Contacté ce samedi matin par Rue89, le cabinet d’Eric Woerth n’était pas en mesure de confirmer ces rencontres avec Patrice de Maistre, mais affirmait qu’il n’y avait là aucun problème :

« Patrice de Maistre ne dit pas qu’Eric Woerth a demandé que sa femme soit embauchée, il y a une énorme différence. Ce n’est pas du tout ce qu’il dit, c’est du grand n’importe quoi. »

Les nouvelles déclarations de Patrice de Maistre fragilisent pourtant les arguments d’Eric Woerth et de sa femme. Le 23 juin, dans Le Parisien, Florence Woerth présentait ainsi son embauche chez Clymène, la structure gérant la fortune de Liliane Bettencourt, et dirigée par Patrice de Maistre :

« Je travaillais pour une banque, la Compagnie 1818, qui appartient au Groupe Caisse d’épargne et qui démarche les familles qui ont un patrimoine important pour leur proposer des services de gestion. Dans ce cadre, j’ai été amenée à rencontrer M. de Maistre pour lui proposer les services de cette banque. Quelques jours plus tard, il m’a rappelée et m’a proposé ce poste chez Clymène. »

Florence Woerth recrutée « pour faire plaisir » à son mari ?

Ce n’est pas vraiment la version de Patrice de Maistre. Dans les enregistrements révélés par Mediapart et par Le Point, il expliquait à Liliane Bettencourt :

« Quand je l’ai fait, son mari était ministre des Finances [du Budget en fait, ndlr], il m’a demandé de le faire [...]. Je l’ai fait pour lui faire plaisir. »

Florence Woerth a été embauchée en CDI chez Clymène en novembre 2007,
avec un salaire de 140 000 euros, une prime annuelle de 60 000 euros et
une voiture de fonction, selon Le Monde. Elle a démissionné de Clymène fin juin.

Dans les enregistrements et ses déclarations aux policiers, Patrice de Maistre n’évoque pas une éventuelle contrepartie, comme l’indulgence du ministre du Budget à l’égard de Liliane Bettencourt, une des premières contribuables de France.

Les arguments d’Eric Woerth fragilisés

Eric Woerth s’est toujours refusé à reconnaître un éventuel conflit d’intérêts, mais ses arguments sont un peu plus fragilisés :

  • Il a d’abord affirmé ne pas avoir de relations avec Patrice de Maistre : pourtant, c’était l’employeur de sa femme et il lui avait remis la Légion d’honneur... Les agendas de Maistre font état de fréquentes rencontres, déjeuners ou autres : 19 janvier 2007 (au « café »), 7 février 2007 (au « café »), 12 septembre 2007 (déjeuner), 20 septembre 2007 (déjeuner), 23 janvier 2008 (légion d’honneur), 11 février 2009 (dîner à Bercy)...
  • Il affirme ne pas être intervenu dans l’embauche de sa femme : les déclarations de Patrice de Maistre remettent en cause cette version, mais elles nécessitent évidemment d’être confirmées par l’enquête
  • Il estime qu’il n’y avait pas d’incompatibilité entre ses fonctions de ministre de Budget et de trésorier de l’UMP : l’UMP a bénéficié de dons de Liliane Bettencourt, tout comme le « parti de poche » d’Eric Woerth en Picardie ; Eric Woerth a annoncé qu’il abandonnerait son poste de trésorier fin juillet
  • Il assure qu’au Budget, il n’est pas intervenu sur le dossier fiscal de Liliane Bettencourt : un rapport contesté de l’Inspection générale des finances lui donne raison, mais évoque pourtant l’existence d’une « cellule fiscale » au sein du cabinet du ministre chargée des VIP...
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  • Angrod
    Angrod
    Etudiant en faculté de médecine (...)
    • Posté à 12h14 le 17/07/2010
    • Internaute 116149
      Etudiant en faculté de médecine (...)

    « C’est du grand n’importe quoi. »

    Il semblerait que ce seul argument de défense soit devenu très populaire en ce moment concernant Eric Woerth. Toujours rejeter, jamais réfuter.

    Tout de même, les enregistrements clandestins mentionnant l’embauche de Florence Woerth étaient éloquents avec des phrases comme « son mari était ministre des finances, il m’a demandé de le faire. »

    Rajoutons en bas de page de son CV la petite remarque « rémunération environ 200 000 euros […] Je suis obligé d’en parler à LB vu le mari 120 000 euros » (cfr Le Monde) et nous obtenons en plus de cette dernière déclaration de Patrice de Maistre une magnifique preuve que celui-ci n’est autre qu’un socialo-communiste de la pire espèce si j’en crois l’UMP. Je n’en reviens pas, réussir à monter un tel complot tant d’années à l’avance, avant même que l’on parle des retraites !

    Il serait temps de cesser de se voiler la face. Le gouvernement et la majorité doivent arrêter leur cirque, ce n’est pas en désignant le PS comme coupable qu’ils se sortiront de cette affaire. D’ailleurs j’ose espérer qu’ils ne s’en sortiront pas !

  • mouffles
    mouffles répond à Yfig
    celibataire...
    • Posté à 12h49 le 17/07/2010
    • Internaute 116396
      celibataire...

    Le système des passes droit, c’est comme la corruption, quand tout le monde est mouillé tout le monde se tait, et comme c’est généralisé, tout le monde est mouillé à son niveau (du hlm, aux feuilles de soins, etc etc)...

    Ce qui m’étonne c’est que cette affaire fasse encore du bruit dans les médias, et que la police travaille encore autant dessus, après les prises de position de notre président.

    Je pense qu’à l’époque Mitterand/Chirac ça ne se serait pas passé comme ça, et c’est déjà bien. que ça mène ou non à quelque chose, ça avance très doucement dans le bon sens.
    Et on peut espérer que dans 2 ou 3 élections présidentielles ça sera nettement plus propre. Alors finalement la droite à du bon, elle fait progresser la démocratie en France malgrés elle ;)

  • Mauvaizesprit
    Mauvaizesprit répond à Triste.France
    Retraité
    • Posté à 13h00 le 17/07/2010
    • Internaute 119151
      Retraité

    « Maintenant, la véritable question est plutôt : “ Qu’a t-il proposé en échange ?”

    C’est la seule vraie question, la seule qui pourrait mener éventuellement à une suspicion de corruption. Mais c’est la seule sur laquelle il n’y a strictement aucun fait ni aucune preuve. Alors faute de mieux, on brode, on brode, on insinue, on élucubre, on sollicite le sens de propos tenus, et cela fait un mois que cela dure, à tournicoter en rond.

  • Pierrrrre
    Pierrrrre
    → → → → → → → le marché autant (...)
    • Posté à 20h08 le 17/07/2010
    • Internaute 23078
      → → → → → → → le marché autant (...)

    « Patrice de Maistre ne dit pas qu’Eric Woerth a demandé que sa femme soit embauchée, il y a une énorme différence. Ce n’est pas du tout ce qu’il dit, c’est du grand n’importe quoi. »

    ► Ce qui n’empèche pas le titre de Rue89 de le suggèrer... serait-ce aussi du « grand n’importe quoi » ?

    –––––––––

    « Maistre mouille Woerth, qui dément »

    C’est faux et mensonger,
    Maistre ne mouille pas Woerth :
    Il dit simplement que Woerth a sollicité de sa part des conseils à donner à son épouse :
    « il m’a demandé de recevoir sa femme et ce pour essayer de la conseiller sur sa carrière »

    et il est faux et mensonger de prétendre que Woerth dément, il se contente simplement de dénoncer le détournement et l’exploitation malsaine de ces propos, effectués par des journalistes qui leur font dire ce qu’ils n’ont pas dit et les exploitent afin de perdurer les tentatives de destabillisation engagées par la presse de gauche.