Témoignage 15/07/2010 à 22h52

Conseillère bancaire, j'ai le blues du banquier

berengere1981 | Riveraine

Aujourd’hui être banquier c’est un peu comme annoncer il y a 10 ans que l’on était huissier… on fait partie du gang des méchants. On lit ici et là, sur Rue89 notamment, des articles vilipendant les pratiques de banques « Ma banque s’enrichit en m’incitant à vivre à crédit » (qui, du reste, restent moins violents que les commentaires qui s’en suivent).

Pourtant je suis conseillère bancaire et je ne me reconnais guère dans tous ces articles. Je maitrise mon métier, le fais avec éthique et me perçois plutôt comme une conseillère qui est là pour donner une information claire en adéquation avec le profil du client.

Ayant été conseillère dans des agences à très fort potentiel et dans des quartiers difficiles, à aucun moment je n’ai fait de différence entre mes clients en fonction de leurs revenus. Personnellement je vote à gauche, suis syndiquée, pense que l’homme doit rester au cœur de l’économie et que l’argent n’a de sens que si il circule afin que tous en profitent.

Un problème ? Blâmons la banque !

Je me considère plutôt une fille sympa qui ne se reconnait guère dans le descriptif qui est fait de mon métier.

Or aujourd’hui plus que les critiques récurrentes envers les banques qui ne me touchent guère car je ne me sens absolument pas dans ma petite agence de quartier un des maitres de la finance qui ruine le monde, je ressens sur le terrain un rapport aux clients en train de glisser tout doucement : puisque les banques sont responsables de tout nous sommes responsables de rien !

Je suis à découvert : la faute de la banque ! Je n’arrive pas à emprunter : la faute la banque ! J’ai des frais : la faute de la banque !

Deux petits exemples, anodins, mais révélateurs de mon environnement actuel.

Le premier, une cliente qui a touchée une forte somme d’argent qu’elle a souhaité dépenser à sa guise malgré mes conseils. Elle n’a plus rien : c’est la faute à la banque ! Nous aurions dûl’ empêcher de dépenser son argent ! Comment ? Je sais pas mais elle le sait : elle va porter plainte pour défaut de conseil.

Le second : un client ne m’apporte pas des documents nécessaires pour un prêt réglementé. Il ne peut donc plus y prétendre le délai étant expiré. Or il le veut désormais Que faire ? Porter plainte !

La banque ne prend pas les décisions

Partant du principe que l’individu est doué de raison j’ai du mal à appréhender ce genre de réaction. Le conseil est dans mes fonctions. L’ingérence non. Je conseille mais à des individus avec un libre arbitre à qui je donne juste les clés pour prendre leurs décisions. Je ne peux décider pour eux.

L’individu se déresponsabilise...

La banque prête : elle sur-endette. Elle refuse : elle ne prend pas de risque. Elle paie un chèque : elle met le client à découvert. Elle le rejette : elle le met interdit bancaire. Elle lui octroie une carte de crédit : elle l’incite à dépenser. Elle refuse : elle fait de la discrimination. Ainsi de suite…

A quel moment la responsabilité de l’individu est-elle mise en cause ? N’est ce pas la pire marque de mépris que de penser le client incapable de faire ses choix par lui même et de l’infantiliser ?

Les histoires comme celles-ci se multiplient de plus en plus avec en fond sonore la stigmatisation des banques.

Aucune de ces menaces cités pour l’exemple n’aboutira. La banque n’est en tort dans aucun des cas.

Le risque de réduire son risque

Et pourtant cela engendre des conséquences. Pas pour moi. Encore moins pour la banque. Conséquences pour le client. Car petit à petit je réduis mon risque. Pourquoi prendre un risque pour un client qui se retournera contre moi ? Celui qui en pâtit est le plus précaire comme toujours. Celui pour qui, avant, j’aurais pris sur moi un risque pour l’aider. Pour que nous nous en sortions ensemble.

Et aujourd’hui j’y réfléchis de plus en plus. Je n’ai pas de pression commerciale. Pas peur de perdre mon job. Je ne veux que conseiller. Et même cela devient ingérable. Et c’est ce qui me donne le blues du banquier.

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  • amonhumbleavis
    amonhumbleavis
    Rue89 fait monter le FN
    • Posté à 23h02 le 15/07/2010
    • Internaute 93168
      Rue89 fait monter le FN

    Comment vous expliquer.... vous n’êtes que le maillon final et vous vous leurrez pour continuer d’aller bosser et enrichir vos actionnaires.

    Vous connaissez les chiffres non ? Pourquoi n’en parlez vous pas ? Pourquoi minimisez vous le fait global pour vous focalisez sur votre « éthique » personnelle ? ? ?

    J’ai eu des moments durs financièrement et une super banque qui m’a piqué près de 300 € de frais en 1 an. C’était un mois de revenus pour moi.
    Je ne vais pas vous parler du prêt de trésorerie que nous attendons pour ma boîte mais que la banquière bien qu’il soit accepté bloque jusqu’à septembre ...

    Alors vos salades vous êtes gentille, mais vous allez les servir aileurs.

    C’est dommage parce que je n’ai rien contre les conseillers bancaires, mais si vous faîtes semblant de ne pas savoir à quel système vous participez ... c’est autre chose.

  • berengere1981
    berengere1981 répond à amonhumbleavis
    Auteur(e) de l'article Riveraine
    • Posté à 23h09 le 15/07/2010
    • Internaute 84629
      Riveraine

    Bonsoir,

    Je ne parle pas du global car je considère que ce qui importe à mes clients est leur quotidien.

    Il ne s’agit que d’une tribune que j’ai écrite face à mon cas personnel et la relation qui se tisse entre la petite banque du coin et son client.

    En revanche je suis d’accord pour exposer et discuter des dysfonctionnements du système nombreux eux aussi.

    Cordialement,

  • Jana
    Jana
    bretonne en Normandie
    • Posté à 23h11 le 15/07/2010
    • Internaute 13372
      bretonne en Normandie

    @ Bérengère
    Billet intéressant, gardez votre tonus.
    Un peu d’humanité .. et combien de requins ?
    Non, ne glissez pas dans la réduction de risque, prenez le temps d’expliquer.. il reste de la potentialité d’intelligence chez chaque client.. je sais, ça prend du temps !

  • Jana
    Jana
    bretonne en Normandie
    • Posté à 23h27 le 15/07/2010
    • Internaute 13372
      bretonne en Normandie

    « Celui qui en pâtit est le plus précaire comme toujours. »
    Vous avez raison Bérengère.
    C’est la précarité qui aggrave la vulnérabilité devant la pieuvre bancaire, et parfois l’agressivité, et dans ce cas vous avez le risque de devenir le bouc émissaire...ce qui n’est pas juste.
    Merci pour votre billet.
    Je serai intéressée par vos points de vue sur les dysfonctionnements du système.