A la une 13/07/2010 à 18h58

Les otages « illégitimes » devront payer les opérations de secours



Au jardin du Luxembourg lors d'une manifestation de soutien aux otages Ghesquière et Taponier (Benoît Tessier/Reuters).

Votée lundi, une loi impose « le remboursement de tout ou partie des frais induits par les opérations de secours » à tous les Français « qui se rendent sans motif légitime dans des zones dangereuses alors qu'ils ont reçu des mises en garde sur les risques encourus. » Le but ? « Responsabiliser les ressortissants français ».

Votée par les groupes UMP et du Nouveau centre, la loi « Action extérieure de l'Etat » n'a pas reçu le support de la gauche. En cause, la définition vague du « motif légitime » : « tiré notamment de l'activité professionnelle ou d'une situation d'urgence. » Mais qui au juste est concerné par le remboursement ?

Les otages qui devront payer

Pour Martine Gauffeny, secrétaire générale de l'association Otages du monde, il est difficile de déterminer quel profil d'otage rentre dans la catégorie des « illégitimes », ceux qui devront rembourser leur libération.

Selon elle, l'origine de la loi remonte à l'année dernière, où des civils étaient passés outre les recommandations de l'Etat en naviguant dans le Golfe d'Aden. Elle évoque la famille Lemaçon, passagère du Tanit. Le couple et son fils de trois ans avaient été pris en otages par des pirates au large de la Somalie en 2009.

« Pour nous, c'est l'élément déclencheur. Aujourd'hui cette affaire rentrerait parfaitement dans le cadre de la loi : ils auraient dû payer les frais de leur libération. »

Les Lemaçon et leur fils avaient effectivement été prévenus par les autorités françaises avant de traverser le golfe d'Aden. Lors de leur libération, le père, Florent, avait été tué par le tir d'un commando français.

Les otages qui ne devraient pas payer

Aujourd'hui, un seul des otages français peut clairement justifier de sa présence dans une zone dangereuse selon les termes de la loi. Denis Allex, agent de la DGSE, est prisonnier de la milice Shebab en Somalie depuis un an ce mercredi.

Bernard Kouchner a affirmé que les journalistes et les humanitaires ne seraient pas concernés par la mesure, mais aucune profession n'est explicitement citée dans la loi.

Le député socialiste Hervé Féron l'a regretté dans l'Hémicycle, et reproduit cette intervention sur son blog :

« On retrouve la suspicion. [...] Sous l'aspect anodin d'un texte [...] peuvent apparaître de graves conséquences pour la démocratie et la liberté de la presse. [...] Les propositions de M. Guéant et du général Georgelin suscitent des inquiétudes. »

Les cas d'Hervé Ghesquière et Stéphane Taponnier, enlevés en Afghanistan dans l'exercice de leur fonction alors que l'armée les avait prévenus du danger, se heurtent à la notion de légitimité, selon Martine Gauffeny :

« La légitimité dépend des juges. Jusqu'où iront-ils dans cette interprétation de la loi ? [...] Et au-delà, à partir de quand est-on journaliste ? Nous conseillons souvent des pigistes ou des étudiants qui partent sans avoir une carte de presse. »

Les otages pour lesquels rien n'est sûr

Un décret d'application devrait prochainement permettre de définir les personnes exonérées du remboursement des frais. Un amendement déposé par Hervé Féron propose d'y inscrire définitivement « les journalistes, les professionnels et collaborateurs occasionnels des médias, les intervenants humanitaires, les chercheurs et universitaires. »

Pourtant, même l'exonération de plusieurs professions n'est pas suffisante pour Martine Gauffeny :

« Cette loi protégerait uniquement les grosses structures comme l'ONU ou la Croix-Rouge. Mais encore une fois, à partir de quand est-on humanitaire ? Certains partent bénévolement, sur leur période de vacances et avec un visa de touriste. »

Elle cite notamment le cas de Michel Germaneau, retenu au Niger depuis avril par Al-Qaeda au Maghreb islamique et sous le coup d'un ultimatum qui devrait prendre fin le 26 juillet. Parti pour construire une école, le retraité de 78 ans n'est pas un professionnel de l'humanitaire.

« Ils sont des centaines à partir en Afrique comme lui. Des Germaneau, il va y en avoir d'autres. »

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  • Lemmy Nothor
    Lemmy Nothor
    - Drinking muddy waters
    • Posté à 19h06 le 13/07/2010
    • Internaute
      - Drinking muddy waters

    « Pour nous, c'est l'élément déclencheur. Aujourd'hui cette affaire rentrerait parfaitement dans le cadre de la loi : ils auraient dû payer les frais de leur libération. »

    C'est combien la cartouche 9mm ?

  • Mme Berthe
    • Posté à 19h20 le 13/07/2010

    « (...) alors qu'ils ont reçu des mises en garde sur les risques encourus »

    Ah ! c'est bon à savoir, la prochaine fois que j'irai barouder là où c'est dangereux, je ferai en sorte de ne surtout pas le savoir, histoire de ne pas avoir à payer ma libération.

  • Michel 92
    • Posté à 20h00 le 13/07/2010
    • Internaute
      *

    J'attends avec impatience qu'un fils Sarko ou le fils Fillon (qui avait déjà fait l'actualité fin septembre 2009 au volant du 4x4 du père) se fasse attraper comme otage.
    Ce serait une scène d'arroseur arrosé jubilatoire !
    Mais bien sûr, pour eux, « on ferait une exception » ?

  • Wally
    Wally
    Branleur à plein temps
    • Posté à 20h17 le 13/07/2010
    • Internaute
      Branleur à plein temps

    J'avais posté un commentaire il y a quelques temps (3 ans ? ) à propos d'un reportage en Afghanistan dans le plus pur style bisounours fait par un humanitaire « expérimenté » (4 ans au Mali, qui comme chacun sait est une zone de guerre), en disant que la région n'était pas sous contrôle et que la sécurité de l'humnitaire « expérimenté » ne pouvait pas être assurée par qui que soit. Comme par un plus pur hasard, le gars « expérimenté » est enlevé et rançonné quelques mois plus tard (pas par moi ! ).

    Au risque d'aller à contre courant de l'avis général, il faut fixer les limites. Sans quoi, n'importe quel bisounours (journaliste, humanitaire, chercheur ou autre) peut se mettre dans n'importe quelle situation abracadabrantesque au frais du contribuable. Ce que certains font semblant d'ignorer ici, est qu'en dehors des coûts d'intervention élevés, se pose le problème de la sécurité des secouristes, surtout en zone de guerre. Faire descendre 3 ou 4 gars, même commandos, pour libérer quelqu'un à qui on a bien dit de pas y aller, ça frôle la stupidité.

    OK pour la liberté de la presse, de circulation, etc., mais pas à n'importe quel prix, alors, un peu de bon sens et faisons une loi équilibrée : pas de secours en zone de conflit ou de guerre sauf si les intéressés ont agi sur ordre. Facture aux individus irresponsables ou à leur employeur.

  • Goulidet-
    • Posté à 21h46 le 13/07/2010

    Engloutir le budget vacance d'une vie entière de 50 famille pauvres pour aller secourir un neuneu qui fait du voilier en Somalie c'est aussi très immoral.

  • Lictor
    Lictor répond à ALPE
    • Posté à 00h50 le 14/07/2010

    Et puis la même pour les tarés qui fument des cigarettes.... Et la même pour les abrutis qui ont une voiture et qui se mutilent avec... Sans parler des pauv'cons qui ont un boulot et qui choppent des maladies professionnelles...
    Finalement, on ne va conserver l'Etat que pour les membres du CAC40, les amis du Président et une minorité de gens qui savent ce qu'ils font...

  • Lictor
    Lictor répond à ALPE
    • Posté à 01h58 le 14/07/2010

    Et c'est quoi les règles de prudence ? Rester chez soit pendant que les gens qui savent gère le monde ? Ne pas aller sur le terrain si ton journal n'est pas géré par Dassault ? Et encore, uniquement si tu es embedded et que tu regardes ce qu'on te dit de voir. Ne surtout pas tenter d'aider ton prochain si ton association n'est pas adoubée par Kouchner ?

    S'il n'y avait que des gens prudents, nous aurions encore un roi, nous voyagerions encore en calèche, on mourrait encore de la rage et nous serions encore au temps de l'ORTF... Heureusement qu'il y a des gens qui oublient les règles élémentaires de prudence pour faire progresser l'humanité sur tous les plans. La moindre des choses et de participer en retour financièrement à l'amélioration de leur espérance de vie...

  • Nikolus
    Nikolus
    PDG
    • Posté à 10h23 le 14/07/2010
    • Internaute
      PDG

    La vérité est que personne ne veut être solidaire des autres sauf si c'est pour son bénéfice personnel. Ça devrait faire réfléchir les socialistes. Les alpinistes, les fumeurs et les paresseux devraient se prendre en charge, tout simplement.

  • du_rhum_des_femmes
    • Posté à 11h37 le 14/07/2010

    Je trouve qu'ils sont pas allé assez loin. L'État ne devrait pas à avoir à avancer les frais : l'otage doit payer à l'avance ! On va pas sauver des non solvables !