La presse américaine se déchire sur le cas McChrystal
Le limogeage du général McChrystal suite à un article de Rolling Stone provoque un débat éthique parmi les journalistes américains.
Le portrait du général McChrystal dans le dernier Rolling Stone n’en finit pas de créer des remous aux Etats-Unis. Après le renvoi du commandant des forces de l’Otan en Afghanistan, le débat porte désormais, dans les médias américains, sur l’éthique du journaliste : doit-il ou non retranscrire des propos qui mettent en danger professionnel son interlocuteur ?
Plusieurs proches du général rapportent que le journaliste de Rolling Stone, Michael Hastings, n’a pas respecté le « off », pourtant parfois explicitement réclamé par ceux qu’il a suivis plusieurs semaines.
La réaction la plus hostile à Michael Hastings, le reporter qui a suivi Stanley McChrystal, est venue de Lara Logan, journaliste à 60 minutes sur CBS.
« Je ne crois pas » Michael Hastings
Sur CNN, la journaliste a accusé le journaliste de mensonges (« Je n’y crois pas ») et a expliqué sa curieuse conception du journalisme. Selon Lara Logan, des règles tacites interdisent aux journalistes de rapporter les éléments embarrassants pour leur interlocuteur : « C’est une question de confiance ».
Elle a également fait observer que « Michael Hastings n’a jamais servi son pays comme l’a fait McChrystal ». (Voir la vidéo)
En réponse à cette charge, Matt Taibbi de Rolling Stone a publié un long texte sur le site du magazine. Le titre « Lara Logan, you suck » (« Lara Logan, tu crains »).
« Vous ne travaillez pas pour les gens que vous couvrez ! »
Furieux, il dénonce la connivence entre les journalistes « respectables » et le pouvoir et déplore la pratique du « off » :
« Quant à cette histoire d’“accord tacite”, la raison pour laquelle Lara Logan la défend, c’est parce qu’elle ressemble à peu près à tous les autres journalistes “respectables” de ce pays, comme eux elle souffre de la profonde confusion de ne pas savoir pour qui elle travaille. [...]
Je le sais pour avoir couvert des campagnes présidentielles, où on retrouve la même dynamique. Hé, trous du cul : vous ne travaillez pas pour les personnes que vous couvrez ! Bordel, est-ce que ce concept est franchement compliqué à comprendre ? »
Il reproche aux journalistes qui se sont désolidarisés de Rolling Stone d’être à la botte du gouvernement et de trahir le sens même de leur profession :
« Pendant ce temps, les gens qui n’ont pas les ressources nécessaires pour trouver la vérité et l’exposer au public, eux, vos lecteurs, vos téléspectateurs, ceux pour qui vous êtes supposés bosser, eux ne reçoivent pas votre aide.
Que diable faisons-nous en Afghanistan ? Ces effusions de sang et de haine, sont-elles utiles ? Qui sont les gens qui dirigent ce projet, quel est leur programme, et ce programme, est-ce que c’est le même que celui pour lequel on a voté ? »
Considérant que le portait de McChrystal contenait des informations, Amy Davidson, rédactrice en chef au New Yorker, prend elle aussi la défense de Rolling Stone. D’abord parce que l’homme ne fait pas « cavalier seul » mais dirige un commandement enlisé dans un conflit qui s’éternise. Ensuite, parce qu’au-delà du vocabulaire de McChrystal, sa morgue à l’égard de la Maison Blanche et de la France expose aux yeux du monde les difficultés militaires des Etats-Unis en Afghanistan.
Mais de cela, un nombre surprenant de journalistes refusent de parler. De nombreux éditos s’offusquent de la publication des états d’âme du général.
« Des lamentations ordinaires »
Inexpérimenté ! Tel est l’avis de David Brooks, éminent chroniqueur du New York Times, sur son confrère de Rolling Stone. D’après lui, McChrystal, qui faisait un « excellent boulot », a eu le malheur de se plaindre, comme tout un chacun, devant un jeune journaliste inexpérimenté. Ces plaintes (« Kvetching ») n’avaient pas leur place dans un journal. Voilà pourquoi :
« En cinquante ans, ce qui était considéré comme la partie la moins importante du gouvernement est devenue la plus importante. [...] McChrystal, comme tout le monde, se lamente. Et ayant apparemment raté les cinquante dernières années de l’histoire culturelle, il l’a fait en “on”, en face d’un journaliste. Et ce journaliste, produit de cette culture de l’exposition, a fait de ses lamentations ordinaires et privées le sujet de son article. »
Michael Hastings, déjà condamné par une partie de la presse, est également accusé d’’avoir « pris un général victorieux et rendu impossible pour le Président Obama de le garder ».
Des dommages pour les journalistes
Comme si ce n’était pas suffisant, The Atlantic le charge, l’estimant responsable de la mort annoncée des bonnes relations entre journalistes et militaires. Pour Max Fisher, Rolling Stone, en rompant ce fameux « pacte tacite » entre médias et gouvernants, place l’ensemble de la profession dans une position délicate :
« La démission du commandant des forces armées américaines en Afghanistan est bien mince face aux dommages réels que va causer l’article de Rolling Stone. Si les officiers ont peur des journalistes, ces derniers, comme le public, auront une moindre compréhension de nos deux guerres actuelles. »
Depuis la publication de l’article, Michael Hastings et le directeur de la rédaction, Eric Bates, parcourent les plateaux télé pour rappeler qu’il n’ont trompé personne sur leurs intentions, pas plus qu’ils n’ont eu l’intention de « faire virer » McChrystal. (Voir la vidéo)
Stanley McChrystal, comme le reste de son équipe, savait que ses propos seraient repris dans l’article. Le Washington Post a publié la liste des 30 questions envoyées par le « fact checker » (personne chargée de vérifier les informations d’un article) de Rolling Stone à l’équipe du général.
A la dernière question, « est-ce que McCrystal a voté Obama ? », l’officier de presse répond, de façon argumentée :
« Important : merci de ne pas publier cela. C’est une information privée et personnelle sans lien avec son poste. »
Dans l’article de Rolling Stone, Michael Hastings précise pourtant que McChrystal a voté Obama. Le journaliste se défend d’avoir piégé qui que ce soit. Sur Twitter, il raille la « vieille » presse :
« Le conseil de David Brooks aux jeunes journalistes : ne rapportez pas ce que vous voyez ou entendez, vous risquez de mettre le pouvoir en colère. »
Il apporte une autre information importante : ni McChrystal, ni son équipe n’étaient saouls durant les entretiens. Cette explication a souvent été invoquée par les proches du général pour justifier les dérapages verbaux.
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râleur-NRV
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Lors de l’entretien qu’il a accordé à Jake Tapper (ABC, This Week, 27 juin 2010), le directeur de la CIA Leon Panetta a indiqué que l’Agence ne disposait d’aucune information sur Oussama Ben Laden depuis qu’il a quitté l’Afghanistan pour le Pakistan (fin 2001).
Engagé par la CIA en 1979, l’homme d’affaire yemeno-saoudien Oussama Ben Laden a dirigé le financement des Moujahidins afghans contre les communistes. Il se serait retourné contre les Etats-Unis lors de l’opération Tempête du désert (1991), et serait traqué depuis par la CIA. Cependant, contredisant cette version officielle, il a été hospitalisé en août 2001 à l’hôpital américain de Dubaï, sous la protection de la CIA, et y a reçu diverses personnalités politiques. »
« Les forces US en Afghanistan doivent commencer leur retrait au 1er juillet, de manière à avoir quitté le pays le 31 juin 2011, si l’on se réfère à l’engagement solennel du président Obama.
Cependant, dans un entretien au Financial Times [1], le docteur Henry Kissinger a indiqué que ce calendrier devrait être revu en fonction des réalités de terrain et que l’opinion publique doit se préparer à une guerre beaucoup plus longue.
Cette déclaration s’inscrit dans une campagne de soutien à la guerre en Afghanistan débutée par les déclarations du président Karzai en visite à Washington et par un article du New York Times sur le profit que les Etats-Unis pourraient tirer d’une occupation prolongée de l’Afghanistan et de l’exploitation de ses richesses minérales “




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