Droit de suite 30/06/2010 à 20h38

Concurrence : la toute-puissance de Google remise en cause

François Krug | Journaliste Rue89


Capture d’écran du site Internet Navx.

Google abuse-t-il de sa position dominante sur Internet ? L’Autorité de la concurrence vient de donner raison à une société, Navx.com, qui s’était vu interdire toute publicité sur le moteur de recherche. Son tort : elle permettait de localiser les radars routiers. Google pourrait avoir d’autres mauvaises surprises dans les prochains mois.

Au centre du débat, le référencement des entreprises sur Google. Comme l’avait raconté Eco89, certaines dénoncent « un droit de vie ou de mort » : leur chiffre d’affaires dépend de leur visibilité sur le moteur de recherche. Pour renforcer cette visibilité, Google propose une solution : acheter des mots-clés via son service AdWords, pour apparaître en tête des réponses.

C’était la solution choisie par Navx, un fournisseur de bases de données pour les GPS et les téléphones. Parmi ces données, la localisation des radars routiers. Une activité à la limite de la légalité, selon Google : il avait donc fermé le compte AdWords de Navx.

Fournir ces données est légal, rappelle la décision de l’Autorité de la concurrence. L’essentiel n’est pas là : Google est libre de se montrer plus sévère que la loi, mais dans « des conditions objectives, transparentes et non discriminatoires ».

Or, ces « conditions » restent très floues dans le règlement d’AdWords, et rien n’empêche les décisions arbitraires. Résultat :

  • Google a cinq jours pour rétablir le compte de Navx,
  • il a quatre mois pour clarifier le règlement d’AdWords

Contacté par Eco89, Jean-Cherbonnier, le patron de Navx, explique :

« Le marché des données pour les GPS et les smartphones était en forte croissance. On avait l’impression d’être une fusée qui décollait et on a été flingué par Google. Cette décision montre que Google ne peut pas faire n’importe quoi. »

Cette décision ne tranche pourtant pas le débat. Elle ne concerne que les « mesures conservatoires », à effet immédiat. L’Autorité de la concurrence doit encore se prononcer sur le fond du dossier : la position dominante de Google sur Internet. L’avis ne devrait pas être rendu avant début 2011, nous a précisé une porte-parole.

D’ici là, Google aura d’autres raisons de s’inquiéter. L’Autorité de la concurrence a également été saisie par le gouvernement, en février. Objectif : déterminer si la position dominante de Google menace la concurrence sur le marché de la pub en ligne. L’avis est promis pour cet automne. S’il se révèle défavorable, il pourrait conduire à l’instauration de la « taxe Google », réclamée par l’industrie de la culture.

La Commission européenne réclame aussi des explications à Google. Elle a été saisie en février par trois sites contestant leur manque de visibilité sur le moteur de recherche. Parmi eux, le français eJustice. Son créateur, l’ancien magistrat Dominique Barella, affirmait alors à Eco89 que ce petit moteur de recherche juridique avait été volontairement « déréférencé » par Google. La Commission européenne étudie actuellement les argumentaires que lui ont adressés les deux parties.

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  • Mudochon
    Mudochon
    internaute
    • Posté à 22h55 le 30/06/2010
    • Internaute 115774
      internaute

    Qu’on arrête de faire passer Google pour le nouveau Microsoft avec ces fameux abus de position dominante :
    - google ne fait pas des produits médiocres
    - google n’oblige aucun particulier à acheter ses produits via la vente liée
    - google n’essaye pas d’entraver la concurrence
    etc...

    Ceux qui critique Google devraient essayer d’abord d’être meilleur qu’eux, tout simplement.

  • clement_m-
    clement_m- répond à Strawman
    maître contradicteur
    • Posté à 01h00 le 01/07/2010
    • Internaute 100136
      maître contradicteur

    Mais quand une telle performance implique du pouvoir, cette même justice dit que le pouvoir implique des responsabilités, et il s’agit donc de ne pas en faire n’importe quoi sans rendre de compte.

  • Mr.White
    • Posté à 01h54 le 01/07/2010
    • Internaute 21805

    C’est simple, il s’agit d’attaquer l’américain qui brasse des milliards. Dans toutes les affaires, le français aura toujours raison même s’il a tord.

    Que je sache, une entreprise est libre de choisir ses clients du moment que cela se fait sur des critères pertinents. Si Google juge que ce site est à la limite de la légalité, il en a le droit au regard de la loi. Google n’est pas en position dominante, il y a bien d’autres acteurs sur ce marché de la pub.

    Cette décision est du même ordre que l’idée de la taxe Google ou de la numérisation des bouquins. Le gouvernement se trompe gravement en voulant emmerder l’américain et récupérer des sous. Il devrait plutôt se demander la raison pour laquelle aucune grosse boîte sur la toile n’est française.

  • funkystefffff
    funkystefffff
    écolo antipathique
    • Posté à 09h14 le 01/07/2010
    • Internaute 55257
      écolo antipathique

    « certaines [entreprises] dénoncent “ un droit de vie ou de mort ” : leur chiffre d’affaires dépend de leur visibilité sur le moteur de recherche »

    Oui, et bien faudra pas s’étonner quand elles plongeront ces entreprises, parce qu’il me semble que c’est quand même un peu léger de ne dépendre que de Google (ou un autre). Mais bon, je suis surement trop rationnel.

  • Bacteries
    Bacteries répond à Herby
    Ingénieur informaticien
    • Posté à 10h02 le 01/07/2010
    • Internaute 80139
      Ingénieur informaticien

    Aux USA Google est majoritaire (en part de marché) mais loin des 91% de taux d’utilisation en France.
    Et oui il y a des alternatives crédibles à Google (pour n’en citer qu’un : Bing de Microsoft) mais ces moteurs ne se concentre pour le moment que sur le marché US.

    Et en Chine ou en Russie Google ne domine pas le marché mais ce sont des acteurs locaux.

  • yucha
    yucha
    Intermittent
    • Posté à 11h47 le 01/07/2010
    • Internaute 54216
      Intermittent

    un peu d’histoire : pourquoi google a cartonné ?
    Il existait deux types de moteurs :
    Yahoo, avec un référencement fait par des humains (difficile donc à tenir avec l’explosion du net)
    Et altavista, sur le principe des mots clefs etc...
    C’était il y a dix ans, grosso-modo. Bien sur, il existait aussi lycos, et bien d’autres dont j’ai perdu le nom.
    Les pages de tout ces moteurs étaient assez complexes, et beaucoup fonctionnaient par rubriques (type loisirs/art et culture/musique/disque...)
    Et google est arrivé... il condensait les résultat de ces moteurs et proposait une page quasi vide : un champ de recherche, un logo, deux boutons : « recherche » et « j’ai de la chance ». C’est tout.Un gros carton au temps du 56 K
    Ce n’est finalement pas tant les algorithmes de recherche qui ont fait le succès de google, mais une ergonomie qui faisait défaut à cette époque, bref une idée toute conne, mais pile au bon moment...