Le roi des Belges au Congo-Kinshasa ou l'effet miroir
Laissons de côté Hergé, son « Tintin au Congo » avec sa connotation raciste des années 30. Laissons les « ya bon » banania et le nègre lippu et rougi pour les besoins de la cause. Voyons plutôt quelle lecture on peut faire de la visite (28 juin-1er juillet) qu’effectue le roi des Belges, Albert II, petit-fils d’Albert I et frère du roi Baudouin 1er, en République démocratique du Congo (RDC) à l’occasion des cinquante ans d’indépendance de cette ancienne colonie belge.
Vingt-cinq ans après la visite de ce dernier, c’était le 30 juin 1985, son frère foule de nouveau le sol de ce qui fut jadis « la propriété privée de Léopold II », un pays que le monarque belge gérait comme tel, y faisant la pluie et le beau temps. D’ailleurs, c’est avec Baudouin 1er que le cours de l’histoire de la RD Congo s’accéléra. (Voir la vidéo)
L’oeuvre du roi Léopold II ?
Les historiens retiennent en effet que le 30 juin 1960, lors de la proclamation de l’indépendance de l’ex-Zaïre, Baudouin 1er eut un discours paternaliste, il avait évoqué « l’œuvre conçue et réalisée par le roi Léopold II » pour le Congo. Ce qui a horripilé le patron du Mouvement national congolais (MNC), Patrice Lumumba, qui répliqua alors par un violent et offensif réquisitoire contre le roi.
Au demeurant, certains ne sont pas loin de penser que c’est ce jour-là que Lumumba signa son arrêt de mort. Cinquante ans après ces douloureux événements, les relations entre les deux Etats sont devenues normales, même si souvent, elles ont évolué ces dernières années de façon sinusoïdale.
Il n’y a pas longtemps encore, un commissaire européen de nationalité belge, Karel De Gucht, avec son verbe acéré, assénait « qu’il n’y a pas de responsable digne de ce nom au Congo-Kinshasa ». Il n’a pas totalement tort, même si un autre ex-commissaire, Louis Michel, avait tenté de se faire l’avocat de ce pays continent.
Certes, les flonflons et autres activités festives seront au rendez-vous de cette visite royale de quatre jours.
Un Etat déliquescent passé à côté de son potentiel
Qu’y verra Albert II ? Une ex-colonie qui aurait pu être mieux que dans l’état déliquescent dans lequel elle se trouve. Il touchera du doigt ce géant au pied d’argile qui est toujours à la recherche de ses marques.
Il ne saurait ne pas entendre la clameur des Kinois contre l’assassinat de l’activiste des droits humains Floribert Chebeya, ni les cris de détresse de citoyens d’un pays délabré économiquement, politiquement et socialement qu’essaie de recoudre un pouvoir central, niché à Kinshassa.
Il entendra même de manière subliminale les enfants de Lumumba qui vont porter plainte contre douze Belges pour l’assassinat de leur père. Enfin, il constatera que « ce scandale géologique » est chaque jour démantelé, pillé par des puissances étrangères aidées en cela par des complicités nationales.
Du reste, avec ce tableau catastrophique, certains Congolais en viennent à regretter Mobutu, dont la toque de léopard en imposait alors jusqu’à la forêt tropicale, c’est-à-dire de Gbadolité à Kin.
Un parallèle avec une Belgique au bord de l’implosion ?
En faisant le tour du propriétaire qu’il n’est plus, même si le cordon ombilical n’est pas coupé, Albert II en viendra sans doute à faire un parallèle entre son pays et le Zaïre : en effet, alors que l’ancienne colonie malgré son gigantisme est resté un, même si les gouverneurs du Katanga ou de l’Equateur jouent au petit président, la Belgique est menacée de façon itérative de partition, Flamands et Wallons semblant ne plus vouloir respirer le même air.
Peut-être qu’Albert II s’inspirera de ce genre de fédéralisme congolais, et ça tombe bien, le Premier ministre étant du voyage, pour éviter une fois pour toutes l’implosion de la Belgique.
Z. Dieudonné Zoungrana
? Corrigé le 28/06/10 à 9h35, l’orthographe du nom du commissaire européen, merci au riverain camillederijck qui l’a signalé.
- 2262 visites
- 6 réactions

















0








non connue
non connue
Les relations entre ces deux pays sont encore très fortes, la RDC étant le premier bénéficiaire de l’aide au développement fournie par la Belgique.
Un article bien documenté sur le sujet :
Lien
Mais il y a bien sûr des contreparties, pas toujours réalisées de manière très propre (c’est un euphémisme).
Par exemple, des échanges d’armes contre diamants, impliquant :
- la Miba (Minière du Bakwanga, société congolaise d’exploitation de diamant) détenue à 20 % par Sibeka (entreprise belge),
- Demimpex-VRP (société anonyme de droit belge),
- la Banque Belgolaise,
- la Banque Bruxelles Lambert (BBL).
pour ne citer que des entreprises liées à la Belgique.
Rapport ici : Lien
On a donc un schéma classique : des fonds publics, transférés dans un sens, qui profitent d’une façon ou d’une autre à des intérêts privés, transférés dans l’autre sens.
C’est le problème de la décolonisation en général : des bonnes relations d’État à État, et des relations privées pourries.




Partager