Entretien 26/06/2010 à 20h25

Ali Soumaré infantilisé au procès Villiers-le-Bel : un « symptôme »


L'élu PS estime avoir été traité « comme un voyou » au procès des émeutiers de Villiers-le-Bel, où il était entendu comme témoin.


Les compte-rendus d'audience de vendredi trahissent un regain de tension dans le procès des émeutiers de Villiers-le-Bel (Val d'Oise) : échanges vifs, emportement de la présidente du tribunal de Pontoise... et agacement d'Ali Soumaré, le témoin le plus attendu de la journée, qui a le sentiment d'avoir été reçu « comme un voyou ».

Le conseiller régional socialiste, qui avait été l'objet d'une campagne de déstabilisation xénophobe cet hiver, est entendu comme témoin dans ce procès.

« La juge m'a interrogé avec agressivité »

Ali Soumaré, qui a grandi à Villiers-le-Bel, est en effet proche d'un des quatre prévenus suspectés d'avoir tiré sur la police après le décès de deux adolescents qui avait déclenché l'embrasement de la ville en novembre 2007. 24 heures après son passage devant Sabine Foulon, la magistrate, l'élu PS revient sur l'audience :

« J'ai essuyé pas mal de commentaires ironiques de la part de la présidente du tribunal. J'ai même dû lui faire remarquer que moi, je n'ironisais pas, contrairement à elle.

Ils ont commencé par insister sur le fait qu'ils avaient “l'honneur de me recevoir au tribunal de Pontoise”, puis la magistrate a essayé de me faire dire des choses. Notamment que les voyous et les habitants pacifiques étaient tous les mêmes. J'ai refusé : je sais argumenter, je m'exprime bien, ça a semblé l'agacer là où les autres témoins ont pu être davantage malmenés, intimidés. »

Lorsqu'on interroge Ali Soumaré sur l'audience de vendredi, on a surtout l'impression que l'institution judiciaire l'a passablement infantilisé :

« La juge m'a clairement mis en cause. Elle m'interrogeait avec agressivité, et alors que je refusais de dire des choses que j'ignore ou que j'ai découvertes dans la presse, elle m'a rappelé que je parlais sous serment, ce qui signifiait que je mentais. »

« A l'image des tensions entre institutions et population »

A l'audience, l'élu de 29 ans a mentionné à plusieurs reprises ses rencontres avec le préfet du Val-d'Oise et ses rendez-vous avec la ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, place Beauvau (aux côtés d'Adama Kamara, un des cinq prévenus). Il raconte avoir essuyé des sarcasmes à l'évocation de ces épisodes :

« On m'a signifié que tout le monde n'avait pas la chance de voir des gens haut placés... Mais en réalité, on m'a traité comme un voyou. Je portais à leurs yeux toutes les tares de la banlieue. »

Pourtant, il assure qu'il n'est pas en colère. Plutôt « content de ne pas [s']'être énervé », Ali Soumaré est certes étonné de la virulence de la magistrate « alors que la procureure faisait profil bas », mais est surtout satisfait d'avoir fait office de révélateur :

« En réalité, ils ont montré aux jurés leur vrai regard sur la banlieue. La magistrate s'est décrédibilisée en me traitant ainsi.

Mon passage devant le tribunal est à l'image du climat de tension entre certaines institutions et la population. On essaye de nous faire croire que tous les habitants sont les mêmes alors qu'il y a des casseurs, des voyous et des habitants honnêtes. Je suis élu régional et on me cuisine avec agressivité comme si j'étais comptable de la délinquance. C'est un symptôme. »

Ali Soumaré témoignait en faveur d'Adama Kamara, un des accusés dont il a déclaré qu'il ne l'imaginait pas « en tueur de flics ». Lui qui est arrivé à Villers-le-Bel à l'âge de 8 ans a expliqué à la cour, à propos d'Adama Kamara :

« On a grandi ensemble, je suis très ami avec l'un de ses frères. »

Adama Kamara, Abderhamane Kamara, 29 ans tous les deux, Ibrahima Sow, 26 ans et Mara Kante, 23 ans sont jugés depuis lundi devant la cour d'assises de Pontoise pour avoir tiré sur des policiers les 25 et 26 novembre 2007 lors des émeutes de Villiers-le-Bel suite à la mort de deux adolescents dans une collision entre leur moto et une voiture de police.

  • 40481 visites
  • 279 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • Chom
    • Posté à 20h40 le 26/06/2010

    Aujourd'hui, Oui-oui au Palais de justice ...
    Je comprends son ressenti et l'humiliation qui va avec mais j'imagine que la Présidente du tribunal s'est dit « Tiens, encore un politique qui vient faire sa promo dans mon audience, si il crois que je vais lui servir la soupe ».
    Un procès pénal n'est pas une gentille interview par Arlette Chabot ou Pujadas ; les magistrats ne sont pas là pour ménager quiconque, y compris les témoins, mais pour rechercher la vérité judiciaire.

  • marousan
    marousan répond à Chom
    • Posté à 21h22 le 26/06/2010

    Bonsoir,
    Nous ne savons pas ce qu'a pensé la juge, je pense sincèrement que s'avancer sur le sujet est téméraire. Cependant l'agressivité ne sert à rien face à un témoin de moralité.

    De plus entre le ménagement et le respect due à tous citoyen il y a de la marge. L'ironie, le sarcasme et les déclarations forcée de témoins sous pressions des magistrats ne sont que des simulacres de justice. Les bons magistrats vous le diront. Fermeté oui, irrespect et déconsidération non.

    Le sarcasme de plus dénote une partialité au sein d'une fonction qui justement se veux impartiale et à la recherche de la vérité.

    Nous tombons dans le cliché avec ce témoignage, c'est bien triste cela prouve uniquement que la démocratie et l'impartialité de la justice sont un peu en recul depuis quelques années.

    Cela reste bien entendu mon avis sur un témoignage sujet à caution et de plus un simple avis de citoyen quand à ses idéaux élevé de démocratie.

  • Scif
    Scif
    patatoïde
    • Posté à 00h48 le 27/06/2010
    • Internaute
      patatoïde

    Les intentions prêtées à la magistrate (lui faire avouer que « les voyous et les habitants pacifiques étaient tous les mêmes. ») sont grotesques et peu crédibles ; qu'aurait-elle gagné à essayer d'accréditer ce genre de thèse ?

    La phrase « la procureure faisait profil bas » fait tiquer : n'en déplaise, un représentant du parquet n'a pas à faire « profil bas » devant un élu au cours d'une audience. Le fait que M. Soumaré ait pu interpréter ainsi son attitude laisse penser que celui-ci se positionnait dans un rapport de force avec le tribunal. Jouer au coq n'est certainement pas la meilleure stratégie dans une telle occasion ... Rien de tel pour énerver une magistrate déjà certainement tendue du fait de la présence d'une personnalité médiatique (d'où l'ironie initiale).

    La morgue des hommes politiques (de par l'onction que leur confère le suffrage universel, qui les placerait au dessus des citoyens ordinaires) devant les forces de l'ordre et les tribunaux est tristement banale (« mais pour qui me prenez vous ? ») ; ce qui changerait ici, c'est l'interprétation « victimaire de banlieue » que la personnalité en cause permet de faire.

    Bref, j'aurais bien aimé en savoir davantage sur l'attitude et les propos de M. Soumaré à l'audience (il ne s'est pas énervé, mais encore ? ), pour pouvoir me faire une idée plus exacte ... Nul doute que d'autres personnes présentes pourraient avoir eu une vision bien différente de la scène.

    Et peut-être aurait-on pu ainsi éviter en commentaires les poncifs habituels sur la justice (magistrats à la solde du pouvoir, magistrats racistes, « Selon que vous soyez puissant ou misérable, Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir », « y'a plus de justice en France d'nos jours », etc.), le bruit de fond habituel dès qu'une affaire judiciaire est médiatisée ...