A la Une 23/06/2010 à 10h21

Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, vit à moitié caché

Pascal Riché | Redchef Rue89


Gêné par la mise en ligne de documents confidentiels sur WikiLeaks, le Pentagone veut entendre Assange, qui reste sur ses gardes.

Il avait déjà le nom et la tête d'angelot d'un héros de roman d'espionnage, il en goûte désormais le mode de vie. L'Australien Julian Assange, ex-hacker, fondateur du site d'information WikiLeaks qui encourage les fuites de documents confidentiels, vit dans l'ombre depuis plusieurs semaines.

Assange affirme qu'il n'a pas peur, mais il passe sa vie sur ses gardes. Car les services américains aimeraient bien l'entendre sur les informations qu'il a obtenues. Particulièrement cette vidéo montrant un hélicoptère américain, en 2008 à Badgad, en train de tuer des civils et deux journalistes de Reuters, ainsi qu'une autre, qui n'a pas encore été diffusée, et qui serait pire encore.

Sélections de scoops WikiLeaks

► Un document que Microsoft a fourni à la police, listant les informations dont la firme disposait sur ses utilisateurs.

► La liste des membres du BNP, le parti britannique d'extrême droite, incluant des policiers.

► Un rapport très gênant pour la firme Trafigura sur le rejet de déchets toxiques -voire mortels- sur les côtes ivoiriennes.

► Les millions de messages SMS interceptés le 11 septembre 2001

► Des documents sur du blanchiment d'argent impliquant la banque Julius Bär

► Des échanges de mails entre des chercheurs du Giec (le « climategate »).

Assange a décidé de disparaître du paysage lorsqu'un jeune soldat des services de renseignements militaires américains a été mis aux arrêts en Irak.

Basé à une soixantaine de kilomètres de Bagdad, cet analyste, Bradley Manning, 22 ans, venait de raconter par tchat à l'ancien hacker californien Adrian Lamo, 29 ans, rencontré récemment sur le Net, qu'il avait balancé au réseau WikiLeaks la fameuse vidéo et 260 000 télégrammes du département d'Etat américain. Il fallait que le monde sache « la vérité », expliquait-il à son nouvel ami.

Enfin, « ami » jusqu'à un certain point : Lamo, qui a déjà été condamné pour avoir hacké les ordinateurs du New York Times, a pris peur et a transmis ces conversations au FBI : « Ethiquement, j'étais coincé », a-t-il expliqué au quotidien américain.

« Je veux juste que ces trucs sortent »

Exemple d'une conversation, celle du 22 mai, deux jours après la rencontre des deux hommes :

(1 : 39 : 03 PM) Manning : je n'arrive pas à croire que je me confie à toi : '(

(1 : 40 : 20 PM) Manning : j'ai été isolé si longtemps... Je voulais juste être sympa et avoir une vie normale... Mais les événements m'ont poussé à chercher des moyens de survivre... Je suis assez malin pour comprendre ce qui se passe, mais je ne peux rien faire... Personne ne fait attention à moi.

(1 : 40 : 43 PM) Manning : : '(

(1 : 43 : 51 PM) Lamo : je suis de retour

(1 : 43 : 59 PM) Manning : je prends des médicaments comme un fou [...]

(1 : 44 : 11 PM) Manning : tu as raté des trucs

(1 : 45 : 00 PM) Lamo : quel genre de scandale ?

(1 : 45 : 16 PM) Manning : des centaines

(1 : 45 : 40 PM) Lamo : par exemple ? Je suis curieux de nature.

(1 : 46 : 01 PM) Manning : Je sais pas.. il y en a tant... je n'ai plus les docs originaux.

(1 : 46 : 18 PM) Manning : uhmm... Le Saint-Siège et sa position sur les scandales sexuels du Vatican ?

(1 : 46 : 26 PM) Lamo : tu inventes [...]

(1 : 49 : 40 PM) Manning : celui là était un test : un télégramme classifié de l'ambassade US à Reykjavik sur Icesave [une banque islandaise en ligne, ndlr] daté du 13 Janvier 2010

(1 : 50 : 30 PM) Manning : résultat, l'ambassadeur a été rappelé aux US et viré.

(1 : 51 : 02 PM) Manning : c'était juste un seul télégramme..

(1 : 51 : 14 PM) Lamo : il y a des trucs qui n'ont pas encore été publiés ?

(1 : 51 : 25 PM) Manning : je dois demander à Assange [...]

(1 : 51 : 54 PM) Lamo : pourquoi tu lui réponds ?

(1 : 52 : 29 PM) Manning : non... Je veux juste que ces trucs sortent... Je ne veux pas en faire partie.

Fin mai, Manning a été arrêté pour « diffusion d'informations classifiées » et transféré vers une base militaire au Koweit. Depuis, les avocats de Julian Assange s'inquiètent. Ils ont conseillé à ce dernier de ne plus voyager aux Etats-Unis.

WikiLeaks a recruté trois avocats pour défendre Manning, mais ces derniers n'ont pas été autorisés à joindre le jeune analyste. On lui aurait assigné un avocat militaire commis d'office.

Assange est sur ses gardes en permanence

Lundi dernier, les mèches argentées d'Assange sont réapparues pendant quelques heures à Bruxelles, à l'occasion d'une conférence sur la liberté de l'information, abritée par le Parlement européen.

Assange a eu le temps de déclarer au Guardian que s'il ne craignait pas pour sa sécurité, mais qu'il était sur ses gardes en permanence :

« Certains ont peur pour ma vie, pas moi. Nous devons éviter certains pays, éviter de voyager, jusqu'à ce que nous sachions qui est dans le collimateur. »

Assange s'apprêterait à diffuser une nouvelle vidéo plus choquante, le temps de la décrypter : une attaque aérienne, en Afghanistan qui a tué 97 civils, l'an dernier.

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  • TH.
    TH.
    • Posté à 12h11 le 23/06/2010

    Tout cela me fait penser aux bouquins de James Ellroy, rassemblés dans le triptyque « American underworld trilogy ». Tout y est, sur le fond, avec de multiples acteurs jouant leurs propres intérêts, dans le contexte d'une guerre avec des cadavres par centaines dans toutes les armoires ; sur la forme, avec retranscrition d'enregistrements de conversation ; l'ambiance, enfin, avec les personnages qui ont le trouillomètre à 0, ou qui la jouent « même pas peur » (je ne me fous pas de sa gueule, bien entendu...).

  • Chris.A
    Chris.A
    Ni pour,ni contre,bien au (...)
    • Posté à 13h10 le 23/06/2010
    • Internaute
      Ni pour,ni contre,bien au (...)

    Pour ceux qui lisent l'anglais, je recommande la lecture de ce site (ils savent de qui ils parlent ) :

    Lien

    The strange and consequential case of Bradley Manning, Adrian Lamo and WikiLeaks

    Désolé, je n'ai pas le temps de traduire.
    Toute cette mise en scène ne vise qu'à discréditer Wikileaks ! ! !

  • Chris.A
    Chris.A
    Ni pour,ni contre,bien au (...)
    • Posté à 14h06 le 23/06/2010
    • Internaute
      Ni pour,ni contre,bien au (...)

    Dans votre sélection de scoops Wikileaks, vous avez omis de mentionner celui-ci :

    U.S. Intelligence planned to destroy WikiLeaks, 18 Mar 2008

    `The possibility that current employees or moles within DoD or elsewhere in the U.S. government are providing sensitive or classified information to WikiLeaks.org cannot be ruled out. It concocts a plan to fatally marginalize the organization. Since WikiLeaks uses ``trust as a center of gravity by protecting the anonymity and identity of the insiders, leakers or whistleblowers, the report recommends ``The identification, exposure, termination of employment, criminal prosecution, legal action against current or former insiders, leakers, or whistleblowers could potentially damage or destroy this center of gravity and deter others considering similar actions from using the WikiLeaks.org Web site.

    Lien

  • Samuel_A
    Samuel_A répond à Troll-en-folie
    Expat'
    • Posté à 14h20 le 23/06/2010
    • Internaute
      Expat'

    Parce que vous croyez qu'en France c'est mieux ? Vous avez oublié l'affaire Guillaume Dasquié ? Il lui est arrivé des misères étrangement similaires...

  • Chris.A
    Chris.A
    Ni pour,ni contre,bien au (...)
    • Posté à 15h36 le 23/06/2010
    • Internaute
      Ni pour,ni contre,bien au (...)

    Morceaux choisis d'un article ( traduit ) dont l'auteur connait personnellement certains des protagonistes :

     » Dès le début, toute cette histoire était assez étrange pour de nombreuses raisons.
    Afin d'y voir plus clair, je me suis intéressé à tout ce qui a été dit sur cette affaire et je devais intérroger plusieurs des principaux protagonistes ( Lamo, Poulsen ). Une compréhension définitive de ce qui s'est réellement passé est pratiquement impossible, en grande partie parce que presque tout ce qui est connu provient d'une source unique et très peu fiable : Lamo lui-même.

    Ahurissant aussi le fait que la plupart de ce qui venait de Lamo a été filtré par un seul journaliste - Poulsen - qui a une histoire longue et étrange avec Lamo, qui est en possession des éléments de preuve essentiels mais ne souhaite pas les divulguer, et qui n'a pas été tout à fait transparent sur ce qui s'est réellement passé.

    Voici mon point de vue sur ce qu'il s'est déroulé. Mais il faut bien garder à l'esprit que le renseignement souhaite détruire Wikileaks.

    En d'autres termes, Il se déroule exactement ce que le gouvernement américain voulait voir arriver : tous les médias annoncent que la principale source Wikileaks ( cf collateral murder ) a été identifié et arrêté, de hauts-fonctionnaires qui déclarent anonymement qu'une « chasse à l'homme “ est ouverte. Même si Wikileaks n'a absolument rien à se reprocher, les lanceurs d'alertes réfléchiraient désormais par deux fois aux risques encourus. N'est-ce pas ce que le gouvernement souhaitait ?

    Adrian Lamo et Kevin Poulsen ont une histoire longue et étrange ensemble. Les deux ont été reconnus coupables de crimes en matière de piratage informatique : Poulsen en 1994 (quand il a été condamné à 3 ans et demi de prison, ironiquement c'est un ami informateur qui l'a dénoncé ) et Lamo en 2004 pour piratage du New York Times .

    En dépit des graves crimes de piratage retenu contre lui, le gouvernement a accordé à Poulsen le droit d'être un journaliste couvrant le monde du hacking, pour la sécurité. En 2002, Information Week a décrit l'étrange duo Lamo-Poulsen de cette manière : ‘Pour faire connaître son travail, Lamo hacke une entreprise. Puis Poulsen contacte l'entreprise, Lamo est embauché ou consulté...
    Quand j'ai demandé à Poulsen s'il estime que Lamo est son ami, il répondait en disant : Il s'agit d'un sujet et une source.

    En fait, au fil des ans, Poulsen a été plus ou moins le média personnel de Lamo...

    Lamo, cependant, m'a dit que Manning ne le trouva pas par l'article de Wired -dont Manning n'a jamais mentionné la lecture -, mais qu'il a cherché le mot Wikileaks’ sur Twitter, qui l'a conduit à un tweet que Lamo avait écrit comportant le mot ‘Wikileaks . Même si Manning a vraiment trouvé Lamo à travers une recherche Twitter pour Wikileaks, Lamo ne pouvait pas expliquer pourquoi Manning est tombé sur lui, plutôt que les milliers d'autres personnes qui ont également mentionné le mot Wikileaks’ sur Twitter , y compris d'innombrables personnes qui l'ont fait en exprimant leur soutien Wikileaks.

    .

    Bon nombre des aspects bizarres de cette affaire, au moins telle que véhiculée par Lamo et sont évidents. Pourquoi un jeune homme engagé de 22 ans a un accès illimité à des milliers de pages ultrasensibles si sensibles signifie ‘ pourrait causer un préjudice grave à la sécurité nationale ? Pourquoi aurait-il communiquer avec un total inconnu, qu'il trouve au hasard d'une recherche Twitter, afin de’ rapidement ‘avouer des actes qui pourrait l'envoyer en prison pendant un temps très long ? Ce sont là les actions de quelqu'un de soit incroyablement téméraire ou réellement désireux d'être pris...

    Au moment où Lamo conspirait avec les agents fédéraux à induire Manning à faire des déclarations incriminantes, Poulsen, selon ses propres dires, était conscient de ce qui se passait, bien qu'il n'y ait aucune indication de sa participation.

    On ne peut s'empêcher de noter l'ironie que deux ex -hackers-journalistes, Poulsen et Lamo sont maintenant les gardiens du temple de la sécurité nationale de l'Amérique...

    Compte tenu des relations mutuellement bénéfiques et multi-couches entre Poulsen et Lamo, ils entretiennent bien plus qu'un simple rapport journaliste-source.
    Pourtant, à la lumière de l'ampleur de cette histoire et à plusieurs niveaux, Kevin Poulsen ne devrait pas être seul à décider ce que le public est autorisé à connaître des échanges Lamo-Manning.

    Lien

    Glenn Greenwald.