A la Une 19/06/2010 à 19h04

Pour se lancer, Villepin mise sur les campagnes et les banlieues

Zineb Dryef | Journaliste Rue89

L'ex-Premier ministre a lancé samedi son mouvement République solidaire. Et veut occuper les terrains délaissés par Sarkozy.


Dominique de Villepin lors du lancement de son mouvement République solidaire (Zineb Dryef/Rue89)

« Villepin président ! », « Villepin président ! » Président, désormais Dominique de Villepin l'est. De son mouvement « République solidaire » lancé devant plusieurs milliers de personnes -6 000 selon Brigitte Girardin, fraîche secrétaire générale du mouvement- à Paris.

Dans la halle Freyssinet, on pouvait rencontrer ce samedi après-midi des membres de l'UMP déçus du sarkozysme, des curieux, des jeunes, des vieux, des socialistes (rares), des parisiens, des habitants de Dordogne, de Côte d'Azur et d'ailleurs, des jeunes de banlieue...

« Bon, pour moi qui suis libéral, c'est un peu trop social-démocratie »

Pierre-Claude, ex-RPR, jamais passé à l'UMP, est venu du Calvados. Très enthousiaste, il mise sur la victoire de l'ennemi juré de Sarkozy :

« Bon, pour moi qui suis libéral, c'est un peu trop social-démocratie, mais c'est bien de vouloir rétablir un équilibre social. Il va gagner parce qu'il va rassembler. On est au-dessus des partis ! »

Au-delà du nombre de sympathisants présents, l'originalité tient à ceux que Villepin a choisi de mettre en avant. Avant son discours, des sympathisants expliquent leur engagement à la tribune. Les premiers à s'exprimer viennent de banlieue. Les seconds prennent la parole sur les campagnes.


Des partisans de Dominique de Villepin halle Freyssinet, à Paris (Zineb Dryef/Rue89)

Ces derniers mois, Dominique de Villepin a pris soin d'organiser des déplacements très médiatisés dans des zones où Nicolas Sarkozy perd du terrain.

Et d'abord en banlieue, à Bondy (Seine-Saint-Denis) en janvier, puis à Mantes-la-Jolie (Yvelines) en juin. Deux visites rondement menées, durant lesquelles il a pris soin de se montrer très en rupture avec la « politique sécuritaire » du gouvernement, le débat sur l'identité nationale, la guerre en Afghanistan, l'égalité sociale...

Menées par des associations dont certains présidents ont récemment rencontré Villepin (Energie urbaine, La Relève, Rose des sables...), près de 150 personnes sont venues de l'Essonne.

« Dans les quartiers, ça va très vite, on a un réseau »

Un groupe d'adolescents est venu avec Ouis Azzedine, leur éducateur, élu de Corbeil-Essones. Ils portent des T-shirts rappelant que Villepin s'est opposé à la guerre en Irak. De Nicolas Sarkozy, ils pensent qu'il n'aime pas les quartiers.

Il y a deux ans, Azzedine a écrit à Georges Tron, député de l'Essonne proche de Villepin et secrétaire d'Etat, pour rencontrer l'ancien Premier ministre. Pas de réponse. Au début de l'année, le secrétaire d'Etat se manifeste : Villepin veut rencontrer les gens qui comptent en banlieue.

Après une rencontre au mois d'avril, Ouis Assedine mobilise ses réseaux :

« Dans les quartiers, ça va très vite, on a un réseau avec d'autres associations. On a fait des réunions et on a organisé ce déplacement pour emmener Villepin vers la victoire.

On le soutient parce qu'il incarne des valeurs de courage, c'est important dans les quartiers. A l'Onu, il s'était fait applaudir. Il est aussi le symbole du renouveau. Le gouvernement actuel s'en fout de la banlieue. Le plan de Fadela Amara, c'est un plan de désespoir. On est oubliés.

Villepin quand il vient en banlieue, il vient sans policiers. Il nous a jamais stigmatisé. Quand les banlieues ont crâmé en 2005, on a été reçus quand même. »


Des partisans de Dominique de Villepin halle Freyssinet, à Paris (Zineb Dryef/Rue89)

Abderahmane Bouhout, président de l'association cultuelle des musulmans qui gère la mosquée de Clichy-sous-Bois, est également venu soutenir l'ancien Premier ministre. Il rappelle en plaisantant que ce dernier est né au Maroc :

« Je n'ai pas été contacté pour venir. J'ai simplement entendu parler de ce rassemblement. J'aime beaucoup Villepin. Il est ouvert et très sage. C'est quelqu'un qui va sur le terrain. Il est très populaire dans les quartiers, vous savez. »

Sous une bannière « La Dordogne avec Dominique de Villepin » plus d'une cinquantaine de personnes venues de Bergerac et de ses environs. Le député, l'ex-UMP Daniel Garrigue, est un proche de Villepin. C'est sous impulsion qu'un club a été crée dans la région.

Un bon Président ? « Ne pas mettre la charrue avant les bœufs »

Jean-Pierre, retraité de la distribution automobile, assure que des réunions se tiennent une fois par semaine et que certaines accueillent jusqu'à 120 personnes :

« On soutient Villepin parce qu'il est venu nous voir deux fois à Bergerac et qu'il soutient les agriculteurs. Moi, j'ai voté Sarkozy en 2007 mais au bout d'un an, j'en ai eu assez de ses frasques. Villepin, lui, il reprend le flambeau du gaullisme et d'une certaine idée de la France.

Je pense qu'il fera un bon candidat en 2012. Un bon président, je ne sais pas, il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs. »

Guy, agriculteur, est lui aussi retraité :

« Notre retraite est minable et ce n'est pas Sarkozy qui fera quelque chose pour nous. Sur le prix des céréales, il n'a pas bougé. Les subventions, c'est pareil. Et en plus, il a boycotté le Salon de l'agriculture. Non, surtout pas Sarkozy. »

Agriculteurs et banlieues au cœur d'un discours fleuve

Dans son discours fleuve, Villepin a pris soin de s'adresser à ces « orphelins de la République ».

Agriculture. « J'ai vu le désespoir d'agriculteurs condamnés à travailler toujours plus, pour presque rien (...)

Et aux injustices sociales s'ajoute l'injustice morale quand ce sont toujours les mêmes -ouvriers de l'industrie, agriculteurs, salariés précaires, les jeunes et les classes moyennes- qui payent un si lourd tribut à la crise. (...)

Oui, j'entends la frustration et je sais l'inquiétude (...) des agriculteurs qui veulent vivre de ce qu'ils produisent (...) des agriculteurs qui subissent la loi des grandes enseignes. (...)

Enfin, sur des sujets aussi stratégiques pour la France que l'énergie ou l'agriculture, l'Europe doit aujourd'hui mieux prendre en compte nos spécificités. »

Banlieues. « Non, nous n'acceptons pas qu'un gouvernement se lance dans une fuite en avant sécuritaire et que le Kärcher tienne lieu de politique dans le déni des réalités économique et sociale. (...)

Des jeunes des banlieues et d'ailleurs qui veulent être respectés et exprimer leurs talents. (...)

Dans les banlieues. Sortons d'une politique condescendante, d'une politique encore empreinte de réminiscences coloniales. (...)

Oui, j'entends la frustration et je sais l'inquiétude (...) de ceux qui se sentent exclus de la République et dont on ne se souvient qu'à l'occasion de violences, comme en 2005 dans les banlieues. »

Dans un sondage Ifop repris par Le Monde, il apparaît que c'est à Sarkozy que Villepin prendrait le plus de voix s'il venait à se présenter en 2012. C'est en tout cas son intention, son discours samedi après-midi le prouve.



Message affiché pendant le meeting de lancement de République solidaire (Zineb Dryef/Rue89)

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  • al.jk
    al.jk
    penseur
    • Posté à 22h29 le 19/06/2010
    • Internaute
      penseur

    Bonsoir, la bataille commence après l'appel du 18 juin nous en conviendrons, la symbolique à son importance ! ! On peut dire que De Villepin sera à Sarkozy ce que Chirac fut à Giscard. Et bis repetita.

  • Adaivi
    Adaivi
    Etudiant en droit
    • Posté à 22h38 le 19/06/2010
    • Internaute
      Etudiant en droit

    J'y étais ! Franchement, il est vraiment différent des hommes politiques habituels. On donnerait au meilleur politologue les propositions qu'il a faites dans son discours - sans préciser qu'elles sont de Villepin - il ne pourrait vous dire de qui elles sont issues et son courant d'origine. Il m'a bluffé et croyez moi, j'avais pas mal d'a priori négatifs sur la personne (je me suis longtemps considéré comme un sarkozyste pur et dur...).
    Je suis maintenant certain : Villepin 2012 ! !

  • Jacques_Uzedesmilzolas
    • Posté à 00h27 le 20/06/2010

    J'ai 18 ans et pour l'instant je n'ai eu l'occasion que de voter une seule fois (pour les régionales). J'avais alors voté écolo puis blanc .
    Je me suis rendu au meeting par pure curiosité ; savoir ce qu'est un meeting, savoir ce qu'allait nous montrer de Villepin.
    Comme beaucoup je rejette la politique sarkozienne ; et j'ai du mal à me reconnaître dans le PS d'aujourd'hui. L'arrivée d'un nouveau parti me semble donc nécessaire.
    Lors du meeting ma curiosité s'est transformé en enthousiasme. De Villepin est un excellent orateur. J'y ai entendu tout ce que je voulais entendre : débats sur l'identité nationale inutile, politique de la peur à la George W. Bush, état palestinien et paix israélienne, besoin de refonder la République, il faut changer (YES WE CAN ? ) le système français, redonner à la France sa place dans le monde. « La France doit être le trait d'union entre Est et Ouest, entre Nord et Sud »
    Puis en rentrant chez moi dans le RER j'ai réfléchi. Un parti qui rassemble, au dessus des partis, Azouz Begag. Tiens donc mais il était pas au Modem lui. Ah oui ...
    En fait je crois que République Solidaire est une sorte de Modem de la prochaine présidentielle, avec du gaullisme en plus. Un parti qui regrouperait les talents.

    J'attends de voir ce que proposera la gauche.

  • Scipion2009-
    • Posté à 00h30 le 20/06/2010

    C'est une riche idée de prendre les de souche à rebrousse-poil en allant faire de la retape dans les banlieues émotives. Ce type est un fin stratège, c'est très exactement ce que les Français attendent de leur président, depuis qu'ils savent que les caisses sont vides.

  • Scipion2009-
    • Posté à 00h41 le 20/06/2010

    « Villepine président ? Avec 80/90% de naïfs pourquoi pas ! »

    Aucune chance.

    Tous les observateurs attentifs de la politique savent que lorsqu'on va ratisser dans des plates-bandes qui ne sont pas les siennes, on perd beaucoup plus d'électeurs dans son propre camp qu'on en gagne dans le camp adverse.

    C'est une des plus vieilles lois de la démocratie partitocratique et il s'en trouve encore qui croie qu'on peut la bafouer impunément...

  • Joe Liqueur
    • Posté à 11h37 le 20/06/2010

    Extrait du discours :

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    Ça ressemble surtout à un exercice de nombrilisme. Pour le reste, du vent.

    Avec les trois éléments centraux qui caractérisent le discours de presque tous nos responsables politiques :

    -Un diagnostic sur lequel tout le monde ou presque pourrait tomber d'accord. Ça ne mange pas de pain.
    -Une batterie de déclarations d'intention elliptiques, vaporeuses, fumeuses, qui n'engagent strictement à rien.
    -Et bien sûr, une forte dose d'européisme béat. A 8'20 : « … cette rigueur, si nous voulons qu'elle porte ses fruits, doit s'inscrire dans une démarche européenne à l'heure où l'Europe traverse une de ses crises les plus graves » ; « ce qu'il nous faut aujourd'hui, c'est changer radicalement d'orientation avec nos amis allemands » ; « nous devons être sans concession pour défendre notre souveraineté » - tu l'as dit bouffi, adhère donc à l'UPR au lieu de brasser de l'air. Etc. En bref, l'imposture habituelle sur le thème rebattu de l'« autre Europe ».

    A noter que le « patriotisme économique européen » évoque fortement le « protectionnisme européen » dont parle Emmanuel Todd (une idée qui me paraît absurde à moins d'admettre qu'il ne s'agit que d'un vœu pieux).

    J'ajoute que le couplet écologiste (à la fin, à partir de 16'00) est d'une niaiserie consternante. Du pur marketing électoral.

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