Dans le rétro avec l'Ina 18/06/2010 à 14h02

Le général Bigeard et la torture : « M'emmerdez pas avec ça »

François Krug | Journaliste Rue89

C'était un des militaires les plus célèbres, et un des plus controversés : le général Bigeard, mort ce vendredi à l'âge de 94 ans, a défendu jusqu'au bout les méthodes de ses parachutistes pendant la guerre d'Algérie. Retour en images sur sa carrière militaire et politique.

Sa mission : reprendre le contrôle d'Alger

Jeune militaire, Marcel Bigeard avait été fait prisonnier, s'était évadé et avait rejoint les Forces françaises libres. Mais son nom restera surtout associé aux guerres de la décolonisation. L'Indochine d'abord, avec la bataille de Dien Bien Phu en 1954. L'Algérie, surtout, avec la bataille d'Alger en 1957.

Sous les ordres du général Massu, le colonel Bigeard et ses parachutistes sont chargés d'arrêter les dirigeants du FLN. Comme Lardi Ben M'hidi. Selon la version officielle, le leader indépendantiste s'est suicidé. En 2001, le général Aussaresses confirmera que Ben M'hdi avait en fait été pendu. Marcel Bigeard affirmait n'y être pour rien :

« Mes prisonniers étaient vivants quand ils quittaient mon quartier général. Et j'ai toujours trouvé dégueulasse de les tuer. Mais c'était la guerre et on devait trouver les bombes qui tuaient des civils. » (Voir la vidéo)

Une grande gueule défendant l'esprit militaire

Après avoir quitté l'armée, Marcel Bigeard s'était lancé dans une double carrière : homme politique et auteur. Il était devenu secrétaire d'Etat à la Défense en 1975, puis député UDF de la Meurthe-et-Moselle. Il avait aussi écrit onze livres. Avec des titres évocateurs, comme « Pour une parcelle de gloire » ou « France, réveille-toi ! »

Le général Bigeard était une grande gueule, notamment à l'Assemblée nationale. Par exemple en accusant le gouvernement socialiste de faire régner la « terreur », et en regrettant que le Premier ministre Pierre Mauroy n'ait pas le courage de défier ses adversaires en duel. (Voir la vidéo)

La torture : « M'emmerdez pas avec ça »

Quarante ans après la guerre d'Algérie, les accusations de torture et d'exécutions sommaires ressurgissent. En 2001, le général Aussaresses confirme : oui, l'armée française employait ces méthodes, et non, il ne regrette rien.

Bigeard, lui, défend ses hommes. La torture ? Bien sûr qu'elle existait, répondait-il, mais pas chez lui :

« Les interrogatoires musclés, c'était un moyen de récolter des infos. Mais ces interrogatoires étaient très rares et surtout je n'y participais pas. Je n'aimais pas ça. »

Il n'aimait pas ça, et il n'aimait pas que la presse en parle autant. Venu décorer des anciens d'Algérie, il coupe court aux questions des journalistes :

« Je n'ai pas dit que ça n'existait pas, tout le monde le sait qu'il y a eu de la gégène [...]. M'emmerdez pas avec ça, on en parle toute la journée, ça suffit. » (Voir la vidéo)

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  • Mme Berthe
    • Posté à 14h25 le 18/06/2010

    Un ancien béret rouge : « dans chaque guerre, y'a des saloperies qui se font, je vois pas pourquoi on vient remuer ça 40 ans après »...

    Ben moi je vois, justement : toutes les armes ne sont pas permises, encore moins quand on a prétention à défendre le côté des « gentils », ou de la « nation des Droits de l'Homme ». Savoir quelles « saloperies » ont été commises, ça évite de refaire la même la prochaine fois. Et puis, les conventions de Genève ça vous dit quelque chose ? Et le fait que les opposants de respectent pas les règles n'y change rien...

    Je ne prétends pas que cette guerre n'ait pas été un calvaire pour les appelés ou les engagés français, mais 40 ans, ça devrait suffire pour se remettre un tout petit peu en cause. Ou bien, comprenez qu'on se réjouisse quand, comme Bigeard, vous finissez par passer l'arme à gauche.

  • GWERN
    GWERN
    Ex militant du vaste mouvement (...)
    • Posté à 14h40 le 18/06/2010
    • Internaute
      Ex militant du vaste mouvement (...)

    Ouille ! Partir le 18 juin c'est plutôt « classe » pour un ancien résistant !

    Mais justement quand on a résisté entre 1940 et 1945 on devrait aussi réfléchir à l'usage de la torture, non Marcel ?
    Moi je reste sur ma préférence : Jacques Paris de la Bollardière dont on parle si peu, donc quelques extraits ( le reste sur Wikipédia) :

    « Jacques de Bollardière est l'un des Français les plus décorés de la Seconde Guerre mondiale : grand officier de la Légion d'honneur, compagnon de la Libération, deux fois décoré du DSO (Distinguished Service Order), etc. ;

    Jacques de Bollardière est le seul officier supérieur à avoir condamné ouvertement l'usage de la torture pendant la guerre d'Algérie : il dénonce “ certains procédés ” pratiqués par une partie de l'armée française dans la recherche du renseignement lors de la guerre d'Algérie. Sa prise de position publique lui vaut une sanction de soixante jours d'arrêt en forteresse ! “

    Et voici ce qu'il disait de la torture et pas après 40 ans de silence lui :

    ‘ La guerre n'est qu'une dangereuse maladie d'une humanité infantile qui cherche douloureusement sa voie. La torture, ce dialogue dans l'horreur, n'est que l'envers affreux de la communication fraternelle. Elle dégrade celui qui l'inflige plus encore que celui qui la subit. Céder à la violence et à la torture, c'est, par impuissance à croire en l'homme, renoncer à construire un monde plus humain. ’

    Rien à dire de plus !

  • le soudanais
    le soudanais répond à hermaion-
    ici et là
    • Posté à 15h02 le 18/06/2010
    • Internaute
      ici et là

    Et je ne vais pas pleurer sa mort, il symbolisait cette France qui n'a pas hésité à commettre les pires des crimes pour défendre un empire et des idéaux d'un autre temps...

  • alberich
    alberich répond à le soudanais
    • Posté à 15h08 le 18/06/2010

    Bigeard était un soldat, il n'incarne en rien la politique de la France durant la décolonisation.

    Vous savez ce qu'on dit : l'honneur du soldat est d'accepter de mourir pour une cause qui n'est pas la sienne.

    Si cette remarque pouvait pondérer les tombereaux d'insultes et injures qui saluent la mort de quelqu'un qui dans tout autre pays pays du monde serait considéré comme un héros militaire ...

    Mais ne rêvons pas ^^

  • Chimulus
    Chimulus
    Dessinateur de presse
    • Posté à 16h46 le 18/06/2010
    • Internaute
      Dessinateur de presse
  • Mordicus06
    Mordicus06
    Informaticien
    • Posté à 18h35 le 18/06/2010
    • Internaute
      Informaticien

    Seuls ceux qui ont VECU la guerre d'Algérie peuvent juger leurs frères d'armes. Les bien-pensants, douillettement calés dans leur fauteuil se prennent tous pour des BHL, des intellos de salon, qui n'ont peut-être même pas effectué leur Service National.

    Personne n'est pour la guerre, personne n'est pour les saloperies qui s'y déroulent.Personne n'est pour la torture. Ce genre de trucs sont des atrocités dont la grande majorité des acteurs se seraient passé.

    Quelle réaction auriez-vous si vous découvriez au détour d'une colline un groupe de vos potes massacrés après tdes tortures, les couilles entres les dents, mutilés,et qui ont dû agonir dans l'horreur.

    Moi je n'ai pas la réponse.....Mais je suis persuadé que toute la psychologie d'un homme doit exploser à ce moment. On devient quelqu'un d'autre très certainement. Plus d'éthique, plus de discours moralisateurs, ce qui compte c'est sauver sa peau et venger les siens.

    Alors Bigeard s'est battu aussi pendant la 2de guerre mondiale contre les nazis pour assurer le confort des internautes d'aujourd'hui et de demain. Il s'est battu pour la France et a franchi comme bon nombre de soldats bien avant lui la ligne blanche.

    Mais qui irait demander des comptes aux auteurs des massacres de l'Histoire, aux troupes napoléoniennes responsables de tortures et d'atrocités, aux Gi's du Vietnam, aux combattants de Bosnie, aux Serbes, aux Irakiens, etc.............

    l'Histoire est une litanie de guerres, avec leur lot d'atrocités.

    Les atrocités ne se justifient pas. Elles s'expliquent.

    Enfin j'en termine à l'adresse de ceux et celles qui crachent sur Bigeard, qui se réjouissent de sa mort, réflechissez, qu'avez-vous fait pour la France qui a engagé votre vie ?

    Ce fanatisme de la repentance perpétuelle conduit à insulter ceux qui se sont trouvé là où il ne fallait pas à un moment où il ne fallait être, et l'insulte est l'arme des lâches, des fourbes et des poltrons.

  • jpn
    jpn
    • Posté à 00h15 le 19/06/2010

    Au revoir soldat,

    Si j'avais été sous vos ordres dans les maquis de France, je vous aurais suivi.

    Si j'avais été sous vos ordres au Vietnam, je vous aurais abandonné.

    Si j'avais été sous vos ordres en Algérie, je vous aurais trahi.

    Vouloir être un homme libre, c'est combattre le nazisme, le communisme, le colonialisme.

    JPN

  • P a z
    • Posté à 01h25 le 19/06/2010

    C'est le rappel du 18 juin.