Tribune 15/06/2010 à 19h56

Flottille de Gaza : l'attitude de la Turquie est une leçon pour l'Occident

Hugh Pope | International Crisis Group

Les tensions entre la Turquie et Israël -croissantes depuis la mort de militants turcs, la semaine dernière, lors de l’assaut israélien contre la flottille humanitaire au large de la bande de Gaza- posent la question du maintien de la Turquie au sein d’alliances occidentales de longue date, face à son nouveau statut de puissance montante du Moyen-Orient.

Les élites du parti politique au pouvoir ont fait part de leur soutien aux militants turcs qui ont organisé le départ de la flottille.

Il est aussi vrai que ces activistes ont rassemblé des milliers de personnes en Turquie pour condamner les actes israéliens, entonnant des slogans islamistes et brûlant parfois une image du président américain.

Dans ce contexte, les porte-parole israéliens sont allés très loin en insinuant que ces militants avaient des liens avec l’organisation terroriste Al-Qaeda. Théorie qui n’a pas été prouvée.

Une vue d’ensemble objective sur ce que la Turquie essaie d’atteindre depuis ces dernières années montre à quel point de telles analyses et accusations manquent la cible.

Oui, effectivement la Turquie tente de changer les politiques de l’Occident, en particulier celles qui ferment les yeux sur les conséquences humanitaires du blocage israélien de Gaza. Par contre, les voies utilisées par la Turquie sont légitimes, dont notamment son siège durement gagné au Conseil de sécurité des Nations unies.

La Turquie imite le parcours de l’Union européenne

La pression sur les relations avec Israël ne dépend pas de l’idéologie du gouvernement turc. Il y a deux ans, la Turquie avait accueilli les négociations directes entre Israël et la Syrie, interrompues seulement à la suite de l’assaut israélien sur Gaza pendant l’hiver de 2009.

Les crises ont toujours suivi la dénonciation, par l’opinion publique turque, d’injustices commises contre les Palestiniens, que ce soit lors de la guerre des Six jours en 1967, de la déclaration de Jérusalem comme capitale d’Israël en 1980, ou lors de l’occupation des villes de la Cisjordanie en 2002.

L’âge d’or des relations entre la Turquie et Israël, pendant les années 90, coïncide exactement avec les accords de paix d’Oslo.

Ces tentatives d’Ankara de stabiliser la région sont caractéristiques de ses efforts de ces dix dernières années. La Turquie a conclu des accords avec la Syrie, le Liban, la Jordanie et la Libye pour :

  • supprimer progressivement les visas ;
  • ouvrir de nouvelles routes, chemins de fer et les voies de communications ;
  • intégrer des infrastructures énergétiques ;
  • établir des accords de libre-échange et tenir des réunions ministérielles communes régulièrement.

Des accords similaires ont été signés avec d’autres pays dans la région. En ce sens, la Turquie est explicitement en train d’imiter le parcours de l’UE qui a montré à quel point la convergence peut mettre fin aux cycles de conflit.

Manifester contre le blocus de Gaza n’a rien de non-européen

Ceci ne peut pas être considéré comme une politique « islamique » ou pour le Moyen Orient, puisque ces projets de grande ouverture et d’intégration ont déjà été utilisés pour renforcer les liens entre la Russie et la Grèce.

Ceci ne signifie pas non plus un changement fondamental de l’attitude turque vers l’Europe et l’Occident. Plus de la moitié des exportations turques sont pour l’Europe, 90% des investissements étrangers en Turquie proviennent des États de l’UE, et plus de quatre millions de turcs habitent déjà en Europe.

En comparaison, le Moyen-Orient reçoit moins de 25% des exportations turques, et les travailleurs immigrés en Turquie sont plus de 200 000.

Il est vrai que les négociations entre la Turquie et l’Union européenne sont dans une impasse, et ce n’est pas la première fois en 50 ans de convergence.

Cette fois-ci, les politiciens populistes de France, d’Allemagne, d’Autriche, et au sein des gouvernements chypriotes et grecs, ont éloigner la Turquie en critiquant le processus de négociation.

Les différences entre la Turquie et Israël ne constituent pas le signe d’une animosité turque envers l’Ouest. Les Turcs sont peut-être les principaux organisateurs de la flottille de Gaza, mais ils ont été rejoints par d’autres activistes, par des bateaux et des fournitures de plus de 30 pays différents, et par plusieurs politiciens de l’UE.

Il n’y a rien de non-européen à protester contre la peine infligée par Israël sur les habitants de Gaza. Ce qui est inhabituel pour les pays européens, c’est que, pendant que la Turquie s’engage contre le blocus, eux ne fassent rien pour y mettre fin.

Hugh Pope est directeur du projet Turquie-Chypre à l’International Crisis Group.

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    • Voyageur
      • Posté à 11h51 le 16/06/2010
      • Internaute 1117

      Une leçon pour l’occident ?

      Comme vous y allez, ne serait ce pas plutot une action de politique interieure pour le gouvernement Turc qui voit des affaires de corruptions
      risquer de mettre en difficulté sa majorité aux prochaines elections ?

      Il leur faut juste un bouc emissaire pour essayer de noyer le poisson
      C’est vieux comme le monde.
      Alors libre a vous et au gouvernement Turc d’essayer de nous faire prendre des vessies pour des lanternes, les consensus cachent souvent des verités differentes et derangeantes, et cette verité la me parait bien opportune

    • rimk212
      rimk212
      consultant
      • Posté à 14h48 le 16/06/2010
      • Internaute 115687
        consultant

      Je vois que comme d’habitude, dés que l’on essaye de dire aux gouvernements occidentaux qu’ils sont mouillés jusqu’au cou ( et pas qu’eux d’ailleurs) dans la politique israelienne, on voit debarquer plein d’internautes pour dire que la turquie fait de la poltique islamiste ou cherche à cacher ses problémes intérieures... c pathétique même si c pas faux mais ne retenir que cette explication est un raisonnement fallacieux et politiquement orienté.
      Avec l’histoire de la flotille, la turquie a marqué des points c vrai même si elle paye un lourd tribu ( 10 morts) mais je crois en la sincérité de l’acte turc envers leurs fréres musulmans.
      Si je puis me permettre, si des occidentaux étaient morts dans l’assaut ( ce qui me pousse à dire qu’Israel n’a pas attaqué les bateaux au hasard...elle a du choisir celui où il y avait le plus de turcs car tsahal savait qu’ils resisteraient plus que d’autres) et ben là on aurait entendu les occientaux mais comme au final ce ne sont que des musulmans qui sont morts tout le monde s’en bat les c...., car si des francais, des anglais ou des allemands étaient morts cela aurait été différent.

      On a besoin de puissances régionales pour arriver à un semblant d’equilibre, la turquie veut le devenir, je les encourage car c’est un partenaire sur lequel on peut compter

      • Voyageur
        Voyageur répond à rimk212
        • Posté à 15h40 le 16/06/2010
        • Internaute 1117

        L’hopital qui se fout de la charité ! ! ! ! ! ! ! ! !
        Car dans le genre Fallacieux et orienté vous vous posez la.

        « Si je puis me permettre, si des occidentaux étaient morts dans l’assaut ( ce qui me pousse à dire qu’Israel n’a pas attaqué les bateaux au hasard »

        C’est trop fort quand meme vous dictez ce que vous voulez entendre d’une commission d’enquete avant meme qu’elle n’ai eu lieu et vous taxez les internaute de politiquement orienté Cherchez l’erreur.

        D’autre part je vous rappelle au cas ou ca vous aurait echappé que Musulman c’est une religion et pas une nationalité ! donc il est faux de dire que l’occident s’en bas les c car ce ne sont que des musulmans qui sont concernés, bien au contraire il m’a semblé voir des milliers de manfestants de part le monde dont en Occident qui ont criés leur colere

        En conclusion on peut etre horrifiés par ce qui s’est passé sur ce bateau, sans se croire obligé de raconter des conneries qui disqulifie d’emblé votre discours

        • GoodGuy
          GoodGuy répond à Voyageur
          Chti
          • Posté à 20h08 le 16/06/2010
          • Internaute 59429
            Chti

          De plus, les israéliens n’ont pas seulement arraisonné le bateau turc mais tous les bateaux de la flottille.
          Seuls les activistes du bateau turcs se sont confrontés aux israéliens.

        • rimk212
          rimk212 répond à Voyageur
          consultant
          • Posté à 10h16 le 17/06/2010
          • Internaute 115687
            consultant

          Votre réponse est pertinente et je ne condamne nullement les citoyens occidentaux qui ont témoigné de leur solidarité, il s’agit uniquement des gouvernements ( pays musulmans compris). Je suis d’accord avec l’analyse que vous faites de mon discours.
          Mais je reste convaincu que l’on passera à coté de lessentiel, c’est à dire la levée du blocus... merci pour votre réponse qui illustre que l’on peut pas dire n’importe quoi et qu’il faut peser ses mots et je suis sensible à votre réaction qui est constructive.
          cordialement

    • boboland
      boboland
      ex-o'placard
      • Posté à 15h59 le 16/06/2010
      • Internaute 104841
        ex-o'placard

      article franchement spécieux !
      La Turquie s’ islamise durement c’est tout .
      Il suffit d’y voyager à 20 ans d’intervalle pour voir de ses propres yeux le changement : femmes voilées partout, barbus partout.
      La fausse bonne question c’est -soit disant- de se demander si c’est la poule qui a fait l’oeuf ou le contraire...
      NON, ce ne sont pas les réticences des européens qui ont poussé la Turquie dans les bras des intégristes musulmans.
      C’est le spectacle impressionnant de l’ installation d’ un Islam intégriste qui refroidit les européens, et c’est heureux que l’angélisme niais des intellos européens n’ait pas cédé.

    • Polychrome-
      Polychrome-
      Pour une conception universelle (...)
      • Posté à 17h24 le 16/06/2010
      • Internaute 113415
        Pour une conception universelle (...)

      Les dirigeants Turcs ont effectivement une politique intelligente, et attentive aux intérêts de sa population.

      C’est une démocratie où il y a encore des problèmes (dans laquelle n’y en a-t-il pas ?), mais qui est sur une bonne trajectoire d’évolution.

      Il y a un gros risque de campagne médiatique anti-Turquie actuellement, parce que la Turquie n’est plus soumise aux Etats-Unis.

      Ceci dit les gouvernements occidentaux étant financés par les réseaux pro-Israël, il n’est pas difficile de faire au Proche-Orient une politique moins répugnante que la leur.
      (voir les émissions de « Là-bas si j’y suis » sur le livre de Mearsheimer et Walt, « The Israel Lobby », et un article du Guardian sur le financement du parti conservateur britannique)

      Ces réseaux pro-Israël sont multi-ethniques : il y a infiniment plus de chrétiens évangélistes (qui sont ultra-sionistes pour des raisons de mythologie religieuse) aux Etats-Unis que de juifs (et de plus en plus de juifs sont très critiques envers la politique d’Israël, certains ne se sentent même aucun lien avec ce pays).

      Un site et un article qui valent la visite et la lecture :

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    • Georges P.-
      • Posté à 20h20 le 16/06/2010
      • Internaute 113089
        OK

      Directeur du projet « Turquie-Chypre » ?

      Rappelons donc que la Turquie occupe militairement et illégalement près de la moitié de Chypre depuis 35 ans, ça relativisera sa légitimité à donner des leçons à quiconque. Sans compter l’inqualifiable négation du génocide arménien, le massacre des Kurdes, y compris les bombardements au Kurdistan irakien, les persécutions des minorités et le fait que seuls les musulmans y ont droit à la citoyenneté pleine et entière...

      Le gouvernement islamiste « modéré » turc aurait donc suffisamment de travail chez lui pour faire respecter les grands « principes » qu’il voudrait imposer à Israël.

      Rappelons également qu’il n’y a PAS de blocus israélien, mais un blocus israélo-égyptien (Gaza a-t-elle oui ou non une frontière commune avec l’Egypte, à la fin ?), qui a été mis en place suite au coup d’Etat sanglant du Hamas à Gaza - coup d’Etat qui eut lieu dans le silence assourdissant des prétendus « pro-palestiniens », qui ne s’émeuvent pas le moins du monde quand des Palestiniens sont massacrés en grand nombre par d’autres Palestiniens ou par d’autres Arabes.

      Rappelons enfin que le blocus cessera immédiatement du côté israélien quand les missiles cesseront de s’abattre sur le territoire israélien et que le soldat Shalit sera libéré par ses kidnappeurs. Du côté égyptien, c’est moins sûr, car leur méfiance envers les islamistes est encore bien pire que celle qu’entretiennent les Israéliens à leur égard.

      Les Européens, quant à eux, ne sont pas dupes de ce qu’est le Hamas, ils ont lu leur charte, ne voudraient pas les avoir pour voisins, et s’ils voulaient mettre fin au blocus, ils s’engageraient autant envers l’Egypte qu’envers Israël, à condition que le Hamas libère le Franco-Israélien Shalit et renonce à sa volonté de détruire Israël.

      • Voyageur
        Voyageur répond à Georges P.-
        • Posté à 21h38 le 16/06/2010
        • Internaute 1117

        Directeur du projet « Turquie-Chypre » ?

        Je me suis aussi posé cette question mais qu’est ce donc que ce projet chez crisis Group ?

      • GoodGuy
        GoodGuy répond à Georges P.-
        Chti
        • Posté à 21h46 le 16/06/2010
        • Internaute 59429
          Chti

        Je suis tout à fait d’accord avec votre commentaire.

        En fait, la Turquie qui veut donner des leçons d’humanisme à Israel c’est un peu comme l’aveugle qui se moque du borgne !

    • Polychrome-
      Polychrome-
      Pour une conception universelle (...)
      • Posté à 11h55 le 17/06/2010
      • Internaute 113415
        Pour une conception universelle (...)

      Une analyse interressante d’Eve Spangler, américaine, professeur de sociologie au Boston College et membre fondateur de l’organisation « Juifs pour une Paix Juste » :

      « Le nettoyage ethnique est au coeur du projet sioniste »

      Un extrait et la conclusion :

      « Aujourd’hui les citoyens israéliens d’origine palestinienne constituent 20% de la population d’Israël mais sont confinés sur 3% de sa surface. »
      ...

      « Que l’une ou l’autre de ces prédictions se révèle exacte, il est clair que le nettoyage ethnique est au coeur du projet sioniste et que c’est donc une nécessité absolue pour l’Etat d’Israël d’empêcher (à n’importe quel prix) qu’il ne soit dénoncé.

      Il ne s’agit donc pas du tout d’une erreur de communication.

      Tant que les Américaine refusent de voir le lien entre sionisme et nettoyage ethnique, nous ne pouvons espérer que les opposants israéliens manifestent “un amour sans concession” à Israël, et nous ne pouvons pas jouer honnêtement le rôle de concilateur pour les 11 millions de gens qui vivent entre la rivière de Jourdain et la Méditerranée.

      Nous ne pouvons pas évaluer nos intérêts stratégiques nationaux, protéger l’intégrité de notre politique intérieure, ni actualiser nos valeurs les plus chères, tant que nous continuons à nier le nettoyage ethnique de la Palestine. »

      L’article de Counterpunch est traduit ici :

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