Décryptage 11/06/2010 à 21h19

Piratage : un logiciel d'Orange prend l'Hadopi de court

François Krug | Journaliste Rue89


des logos Orange sont préparés dans un magasin de Bordeaux (Régis Duvignau/Reuters).

Deux euros pour ne pas être poursuivi par l'Hadopi : c'est la promesse d'Orange, avec son nouveau logiciel bloquant l'accès aux sites de piratage. C'est surtout un casse-tête juridique pour les internautes et l'Hadopi. Explications.

C'est le site PCInpact qui a repéré ce nouveau service d'Orange, baptisé « Contrôle du téléchargement ». Les clients Internet de l'opérateur se voient proposer, pour deux euros, un logiciel bloquant l'accès aux sites peer-to-peer (P2P), à partir d'une liste établie par Orange. L'offre a été lancée ce jeudi, en toute discrétion.

La « négligence caractérisée » inscrite dans la loi

C'est une conséquence logique de la loi Hadopi. Celle-ci a introduit dans le code de la propriété intellectuelle un concept controversé, la « négligence caractérisée ». L'internaute est responsable de l'utilisation qui est faite de son ordinateur, par lui-même, ses enfants ou des inconnus. En cas de poursuites, ne pas avoir installé de « moyens de sécurisation » sera une circonstance aggravante.

« Une présomption de culpabilité contraire à la présomption d'innocence », selon l'opposition. Elle avait saisi le Conseil constitutionnel en octobre, après le vote de la loi Hadopi. En vain : le Conseil constitutionnel avait validé le concept de « négligence caractérisée ».

C'est donc un de ces « moyens de sécurisation » qu'Orange vend à ses clients. « En tant qu'opérateur, nous sommes obligés de le proposer », explique une porte-parole. Le problème, c'est qu'Orange a pris l'Hadopi de court.

Impossible de savoir, notamment, si l'offre est conforme aux exigences officielles. Contacté par Rue89, Eric Walter, secrétaire général de l'Hadopi, préfère
éluder la question. La situation est en fait embarrassante. L'Hadopi doit valider et « labelliser » les logiciels de sécurisation, mais elle ne l'a pas encore fait. Et pour cause : les décrets nécessaires et le cahier des charges n'ont toujours pas été publiés.


Capture d'écran du site Internet Assistance.orange.fr.

Pourtant, à en croire Orange, tout est déjà réglé. Selon une porte-parole de l'opérateur, un lien permettant de télécharger le logiciel figurera bien dans les mails que l'Hadopi enverra aux pirates. Le secrétaire général de l'Hadopi n'a pas souhaité non plus nous confirmer cette information.

L'Hadopi « techniquement prête » fin juin

Le logiciel d'Orange n'est pourtant pas un produit miracle. Comme le note PCInpact, les conditions générales d'utilisation et la licence du logiciel précisent clairement que rien n'est garanti : l'utilisateur n'est pas protégé contre tous les risques d'utilisation illégale de son ordinateur, et s'il est poursuivi par l'Hadopi, Orange ne pourra pas en être tenu pour responsable.

Une autre faille pourrait même transformer le logiciel en arme anti-Hadopi. Un même client peut l'installer sur trois ordinateurs différents. Imaginons qu'il ne l'installe que sur un seul ordinateur, utilisant les autres pour télécharger illégalement. Si l'Hadopi le rappelle à l'ordre, il lui suffira de présenter la facture. Bon courage : à moins de venir inspecter chacun de ses ordinateurs, comment lui reprocher de ne pas avoir installé un « moyen de sécurisation » ?

Cela n'empêche pas le secrétaire général de l'Hadopi de se dire « optimiste » : « Nous serons techniquement prêts fin juin, comme nous l'avions annoncé », assure Eric Walter.

Mise à jour le 17/06/2010 à 16h30 : Orange annonce qu'il retire de la vente son logiciel de « contrôle du téléchargement ».

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  • Wayland
    Wayland
    chef d entreprise, mais petite
    • Posté à 22h19 le 11/06/2010
    • Internaute
      chef d entreprise, mais petite

    Payer pour brider sa connexion. Sont forts chez orange

    *il y a internet et internet selon orange et bin c est pas glorieux

  • RomainR
    • Posté à 00h05 le 12/06/2010

    Le problème majeur de ce logiciel, et des logiciels qui seront labellisés par l'Hadopi, et ce que François Krug n'a manifestement pas compris, c'est qu'il (le logiciel) fait l'amalgame, comme vous le faites dans votre article, entre P2P et « site de piratage ».

    Le P2P est juste un outil, qui peut être utilisé à des fins de piratage mais qui n'est pas illégal en soi, de la même façon que l'autoroute permet de commettre des infractions, ce n'est pas pour ça que l'on interdit son utilisation.

    Ce logiciel élude cette question car il bloque carrément les logiciels de P2P, et c'est la seule chose qu'il fait. Effectivement, on vous demande de payer 2€ par mois pour que vos logiciels ne soient plus utilisables. Super !

    En effet, qu'un logiciel puisse déterminer à la volée si un fichier téléchargé par P2P est illégal ou pas est rigoureusement impossible, à moins de bloquer tout simplement les logiciels P2P, ce qui est une aberration, ou alors de lister en permanence les fichiers considérés comme illégaux, ce qui est irréalisable.

    De plus ce logiciel n'est disponible que pour Windaube, ce qui ne peut pas en faire un logiciel labbellisé car il romprait l'égalité des citoyens devant la loi. (à moins qu'on ne sorte un logiciel similaire pour Linux, mais là c'est une autre paire de manches…)

    Et enfin Monsieur Krug, rappelez-vous que la négligence caractérisée correspond à un défaut de sécurisation de son ACCÈS À INTERNET, donc de son wifi par exemple, et pas uniquement de son ordinateur…

  • guyiom
    guyiom répond à chonchounet
    ideologue
    • Posté à 16h36 le 12/06/2010
    • Internaute
      ideologue

    Et oui, les approximations ne manquent pas sur la rue des qu'il s'agit de technologie.
    Mais je suis etonne que personne n'ai fait le parallele avec la voiture par example :
    Les logiciels de p2p sont des outils, rien de plus. En effet il est tout a fait possible d'utiliser un outil frauduleusement : je peux faire un exces de vitesse avec une voiture, je peux aussi tuer mon voisin avec un marteau, alors pourquoi ne pas interdire les marteaux et les voitures ?
    Ne jamais confondre un outil avec l'utilisation que l'on peut en avoir.

  • ronane
    ronane
    Etudiant
    • Posté à 11h21 le 14/06/2010
    • Internaute
      Etudiant

    Petite info supplémentaire :

    Le bloggueur bluetouff nous informe que le logiciel de sécurisation se connecte a un serveur en clair pour transmettre des informations.
    Celui-ci victime d'une grossière faille de sécurité (mot de passe par défaut laissé) a permis aux adresses IP des personnes voulant se protéger par ce logiciel de se retrouver publiques.

    Lien

    Il est donc fort probable que cette liste d'adresses IP soit rapidement victime d'insertion dans des réseaux P2P via des logiciels comme SeedFuck.

    La bonne foi est payante non ? ^_^