Parlons Net 11/06/2010 à 18h48

Domenech, Zidane, Maradona : l'étoffe des héros grecs


Quelques heures avant le premier match des Bleus en Coupe du monde contre l’Uruguay, David Abiker invitait à Parlons Net, le club de la presse en ligne, Ollivier Pourriol. Agrégé de philosophie et passionné de foot, il est l’auteur d’un petit livre aussi malin qu’agréable à lire : « Eloge du mauvais geste ». Livre dont j’ai décidé de dire grand bien -autant le dire- et dont vous retrouverez les bonnes feuilles dans le premier numéro de Rue89 Le Mensuel, qui sort en kiosque le 16 juin.

« Eloge du mauvais geste » donne du sens à six passages à l’acte de joueurs de génie qui, un jour, ont triché ou démoli leur adversaire.

Evidemment, vous pensez au coup de tête de Zidane sur Materazzi en 2006 ou à la main de Thierry Henry contre l’Irlande en novembre 2009. Ollivier Pourriol aussi, mais il y ajoute la « main de Dieu » par Maradona en 1986, Cantona et ses sorties sanguines, Platini à la joie déplacée en plein drame du Heysel ou Schumacher qui assassine Patrick Battiston en 1982.

« Zidane n’a pas raté son rendez-vous avec la grandeur »

Ces six épisodes ont en commun d’impliquer des footballeurs de légende, mais aussi d’être regardés comme des moments d’anthologie. Ollivier Pourriol y ajoute une intensité dramatique qui emprunte aux tragédies grecques comme à la transgression. Car, de ces joueurs, on attend de la vertu, explique l’auteur :

« Le jugement moral est devenu inapplicable dans les autres champs parce que c’est le seul espace où l’on attend encore de la justice. C’est pour ça que ce sont des gestes importants. Le scandale est à proportion de l’attente de justice. » (Voir la vidéo)

Du coup de boule de Zidane (un dieu archaïque et colérique façon Zeus, aux yeux d’Olivier Pourriol qui cite Michel Serres), ou de l’effronterie ultime de Maradona, transpire une vraie charge poétique à la lecture. Ce sont des monstres sacrés et leur geste confine au sublime. Extrait :

« Zidane n’a pas raté son rendez-vous avec la grandeur. Il a raté la grandeur que tout le monde ambitionnait pour lui, mais il a réussi son échec d’une manière si éclatante qu’il l’a renversé avec succès. »

Domenech, « celui qu’on adore détester »

Celui de Thierry Henry apparaît sans doute moins superbe. Pourquoi ? Parce qu’il a « raté son geste » : ils s’y reprend à deux fois pour mettre la main, il ne s’agit « que » d’une passe, et, surtout, il n’assume pas son geste. Va jusqu’à consoler les joueurs de l’équipe adverse pour finalement passer six mois à battre sa coulpe. Il n’a pas la même étoffe dramatique que ses prédécesseurs. Parce qu’il est trop bon garçon, trop scout, en quelque sorte. L’histoire s’en trouve changée :

« Ce qu’on reproche finalement à Henry ce n’est pas son geste c’est que ce geste ne lui ressemble pas. C’est un premier de la classe. »

Reste Domenech, si habile à faire l’unanimité contre lui. Pour Pourriol, c’est avant tout « celui qu’on adore détester ». Mais aussi un entraineur qui a fait le choix de la liberté négative, façon Doors ou Stones plutôt que Beatles. Une affaire de frange un peu trop propre et aussi d’intuition de l’histoire :

« Il sait qu’il touche plus de gens en étant celui qu’on adore détester. »

Concomitance des agendas oblige, le bac de philo et la Coupe du monde se télescope. Si Raymond Domenech était un sujet au bac, voilà ce que le normalien pourrait trouver à en dire : (voir la vidéo)

► Suivez la Coupe du monde en direct du Rue89 Football Club.

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  • 37 réactions
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  • A déménagé le 8-10 2
    • Posté à 19h08 le 11/06/2010
    • Internaute 41917
      nc

    Je veux bien qu’on trouve beau un match (ceux qui ont vu le FCN au temps du jeu « à la nantaise » comprendront). Notamment quand il y a du suspense.

    De là à idolâtrer les joueurs, et en tout cas des gens comme Zidane et Maradona !

    Zidane est un génie balle au pied, mais essayez de lui faire aligner plus de dix mots d’affilée ! Un timide ? Oh, ben pas pour palper l’argent même quand il « sert » des causes humanitaires !

    Quant à Maradonna, il jouait infiniment mieux qu’une brouette, certes. Mais il en avait le QI. Tricheur, drogué, pignous, la totale !

    • Liberté Capillaire
      Liberté Capillaire répond à A déménagé le 8-10 2
      Capillotractée
      • Posté à 19h25 le 11/06/2010
      • Internaute 116598
        Capillotractée

      Sans idolâtrer, on peut avoir du plaisir à regarder jouer et évoluer en dehors du terrain certains joueurs. Certains ont un parcours et une attitude poétique ou au moins romanesque. Maradona ou Best par exemple sont des génies avec un ballon et des rebelles qui font ainsi parti des joueurs intéressants au-delà du terrain. Ce ne sont pas des modèles mais il y a de la matière...
      Zidane (voir Pelé mais là je ne l’ai pas vu jouer) était un génie sur un terrain mais n’a rien d’un rebelle. Il palpe son blé et fait attention à son image au point d’être aussi fade et amer qu’un yaourt bulgare... S’il n’avait pas planté son coup de tronche à l’autre débile, il serait le parfait modèle pour les gnangnan de tout poil qui veulent réussir dans la vie. Aujourd’hui, il est le modèle des cyniques...c’est un putain de trader...

  • Mike.Turner-
    • Posté à 19h23 le 11/06/2010
    • Internaute 116419
      Veuf

    « l’étoffe des héros grecs » ?

    Les moeurs aussi ?

    Vous en avez de bonnes vous, Chloé.............

  • Anastaze
    Anastaze
    inconsolable absolument
    • Posté à 19h31 le 11/06/2010
    • Internaute 53186
      inconsolable absolument

    Oui et derrière le héros, l’étoffe de la nouvelle tapisserie de Pénélope.

  • 100 000 d entre nous
    100 000 d entre nous
    meurent de faim chaque jour
    • Posté à 19h45 le 11/06/2010
    • Internaute 95182
      meurent de faim chaque jour

    Le foot c’est bien à jouer ou, dans certains cas, à voir jouer.
    Mais écouter, ou lire, tous ces gens qui se réunissent autour de tables rondes, triangulaires, rectangulaires... pour commenter ce qu’ont fait / font / feront les footballeurs, ça commence à me gonfler grave !

  • 101.7
    101.7
    Promeneur
    • Posté à 19h45 le 11/06/2010
    • Internaute 59121
      Promeneur

    Ne pas louper le match du 17 juin... Mexique-France .

    Des mexicains contre des mecs si cons...

    • BobCat
      BobCat répond à 101.7
      observateur
      • Posté à 23h09 le 11/06/2010
      • Internaute 71310
        observateur

      « Des mexicains contre des mecs si cons... »

      - des mecs dits cons et un (go)goal aussi, ça fait les onze !

  • londomolari
    londomolari
    DOOOOOOOOOOOOOOOMED ! ! ! !
    • Posté à 19h55 le 11/06/2010
    • Internaute 111145
      DOOOOOOOOOOOOOOOMED ! ! ! !

    « Le jugement moral est devenu inapplicable dans les autres champs parce que c’est le seul espace où l’on attend encore de la justice. »

    C’est un peu du grand n’importe quoi, non ? Dans la vie de tous les jours, on applique des principes moraux ; et dans la vie en société, on aspire encore et toujours à la justice. Je ne comprends pas trop où il veut en venir...

  • ismet222
    ismet222
    democrate
    • Posté à 20h17 le 11/06/2010
    • Internaute 60772
      democrate

    Pour idolâtrer un Zidane aussi gentil soit il, il faut quand même avoir une sacrée case de vide. et dire que des articles comme celui-ci on va s’en taper pendant 1 mois et plus, et ça au détriment de quelques réalités plus importante, c’est navrant.
    Bon ok on peut aimer le foot et cela se respecte mais encore une fois de là à en faire des tonnes, il y à des limites.

  • eXistenZ
    eXistenZ
    Arracheur de dents
    • Posté à 20h35 le 11/06/2010
    • Internaute 67914
      Arracheur de dents

    Des héros grecs ? ? ! ! ! Faudrait arrêter de rouler ses pétards avec des cartes Panini...

    • Reelax-
      Reelax- répond à eXistenZ
      peintrepompier
      • Posté à 21h37 le 11/06/2010
      • Internaute 116633
        peintrepompier

      A ma connaissance, les « héros grecs » n’adoraient pas le veau d’or.

    • Sabate
      Sabate répond à eXistenZ
      • Posté à 13h08 le 12/06/2010
      • Internaute 76520

      C’est juste pour le carton.

  • bart94
    bart94
    technicien
    • Posté à 20h47 le 11/06/2010
    • Internaute 47630
      technicien

    « Agrégé de philosophie et passionné de foot »

    cherchez l’erreur.

    • boboétie
      boboétie répond à bart94
      • Posté à 21h39 le 11/06/2010
      • Internaute 2816

      Je n’ai jamais compris comment Camus fut de ceux-là... Mais lui n’a rien écrit (ou si peu ?) qui laisserait penser que le « divertissement » fût

      eeeee mais c’est bien sûr ! Rue89 est LE « divertissement » où s’englue Boboétie !

      me mettre au vert plutôt qu’aux bleus !

    • Mike.Turner-
      Mike.Turner- répond à bart94
      Veuf
      • Posté à 23h30 le 11/06/2010
      • Internaute 116419
        Veuf

      Et alors, où est le problème ?

      Il y a bien des « avocats » passionnés de magouilles...............

    • BobCat
      BobCat répond à bart94
      observateur
      • Posté à 23h56 le 11/06/2010
      • Internaute 71310
        observateur

      « cherchez l’erreur. »

      L« erreur ne pourrait-il pas être :

      - de croire qu’un féru de philosophie doive nécessairement détester un sport devenu divertissement populaire, certes devoyé par des intérêts financiers colossaux, mais engouement d’un très grand nombre tout de même ?

      - “Philomathia”, la conception de Platon de “l’amour de la sagesse” qui serait en opposition avec les désirs “ humains ” n’a -t- elle pas été enrichie et se présente dès lors comme un questionnement, une interprétation et une réflexion sur le monde et l’existence humaine ?

      - ne dit-on pas que la philosophie est une “Synthèse réfléchie d’une conception unitaire de l’univers”, et à ce titre, n’a pas de dogme ou de limitation du champ d’interêt de l’esprit qui s’ y adonne ? .

      - puisqu’on a fait quelques études, se croit-on suffisamment au dessus du lot du petit peuple, et considérer les centres d’intérêt d’icelui comme indignes d’attirer aussi l’intérêt de “l’individu instruit” ?

      • bart94
        bart94 répond à BobCat
        technicien
        • Posté à 10h38 le 12/06/2010
        • Internaute 47630
          technicien

        je ne veux pas dire que des gens instruits doivent détester tout ce qu’aime le peuple « d’en bas ».

        je dis qu’ils devraient détester le sport spectacle tout simplement pour ce qu’il est. et réfléchir sur ce que vous appelez « leurs désirs humains »

        je répèterai à chaque fois que le sport spectacle est au départ un combat de pauvres (dans le foot ils ne le restent pas très longtemps) pour détourner l’attention des autres pauvres. c’est ça qu’ils devraient expliquer.

    • Ndjocka
      Ndjocka répond à bart94
      irrégulier
      • Posté à 22h05 le 12/06/2010
      • Internaute 24567
        irrégulier

      « J’aime le football avec mes jambes. »

      Jacques Derrida (ancien gardien de but)

      Les tombereaux d’injures que j’entends ou que je lis de la part des sommités, dont vous êtes, dès qu’on parle de football, me font me demander chaque fois si ces sommités ont été des enfants. Un Messi me fait autant rêver, le temps d’un match, qu’un Socrates (oui, avec un s), il y a 25 ans. Pour qui vous prenez-vous pour me faire passer pour un imbécile pour autant ?

      • bart94
        bart94 répond à Ndjocka
        technicien
        • Posté à 22h33 le 12/06/2010
        • Internaute 47630
          technicien

        vous reprenez vous-même sans vous en rendre compte les mots que des publicitaires vous ont implanté :

        le foot qui fait rêver (je me demande bien à quoi d’ailleurs ? ? ?), c’est comme disney qui a kidnappé le mot « magique », ou carrefour le mot « positif »

        c’est un décor, derrière c’est vide

         
        • Ndjocka
          Ndjocka répond à bart94
          irrégulier
          • Posté à 10h35 le 13/06/2010
          • Internaute 24567
            irrégulier

          À rebours, vous m’annoncez donc que, sous le prétexte que la marque Disney a utilisé le mot magique pour un slogan, ledit mot est vidé de son sens ? Qu’il faut en trouver un autre ?

          Il me semble que vous vous êtes fabriqué l’image d’un amateur de football bovin, décérébré, et que vous n’en démordrez pas. Cela vous permet-il de vous sentir, vous, un homme intelligent, conscient et civilisé, par comparaison ?

          Le rêve dont j’ai parlé n’est que celui de réussir à faire avec un ballon ce que font un L. Messi ou un C. Ronaldo. Petit plaisir de dimanche après-midi entre potes, et qui nous font rire comme des gosses. Tout le fatras autour du football-paillettes ne nous concerne pas (comme il ne concerne pas la plupart des amateurs). Nous ne rêvons ni de Lamborghinis, ni de poules de luxe mais seulement de réussir une roulette ou un petit-pont, et d’épater nos marmots qui nous prennent déjà pour des vieux…

          Mais vous êtes au-dessus de ça.

          • bart94
            bart94 répond à Ndjocka
            technicien
            • Posté à 11h32 le 13/06/2010
            • Internaute 47630
              technicien

            déjà disney n’utilise pas le mot magique. il se l’est vraiment approprié. si le parc astérix utilisait comme slogan « le monde magique d’astérix » les procès pleuvraient.

            ensuite finalement quand vous parlez de sport nous sommes d’accord sur le fond.

            s’amuser entre amis et avec les enfants : bien sur que c’est ça le sport (j’y ajouterais le bien être et la forme)

            mais le sport n’en est plus à partir du moment ou il devient une démonstration de supériorité.
            les sportifs « professionnels » sont en plus des gens malades, qui vont de blessure en blessure à partir de 20 ans, foutus à 30, et qui ne tiendraient pas sans le renfort de la médecine et des traitements permanents.
            leurs exploits sont faux.

            • Ndjocka
              Ndjocka répond à bart94
              irrégulier
              • Posté à 13h03 le 13/06/2010
              • Internaute 24567
                irrégulier

              Je suis désolé, vous confondez : je vous parle d’ailes de pigeon, de passements de jambes, de feintes de corps, de petits-ponts, et vous me parlez condition physique irréelle, et endurance surhumaine (et effrayante). Aucun médoc ne fera réussir le petit geste qui fait le génie à un footballeur lambda.

              Pour tenter de vous faire couper d’eau votre vin, quant au cerveau des fans, dont je suis, que vous supposez rétréci, je vous invite Lien

              « La mort d’Hendrix et celle de Lennon m’ont tant atteint que je me réjouis de la présence sur terre de Maradonna. » (B. Morlino)

              So long.

        3 autres commentaires
    • Kojines
      Kojines répond à bart94
      assis
      • Posté à 00h08 le 16/06/2010
      • Internaute 28550
        assis

      Je ne crois pas qu’il y ait d’erreur. Étudiant en philosophie, j’ai rencontré beaucoup d’amateurs de foot comme moi dans cette branche, que ce soit les profs ou les étudiants. Se pencher sur ce sport (et le sport en général), le corps, les gestes, l’intelligence d’un jeu, c’est montrer une qualité d’observateur curieux dont vous n’êtes pas capable.
      Et je remarque que c’est souvent dans les autres branches des sciences humaines que l’on donne des leçons de faux intellectualisme.

  • MisterKaplan
    • Posté à 21h13 le 11/06/2010
    • Internaute 8048

    ...ou comment faire du fric avec rien....

  • Reelax-
    Reelax-
    peintrepompier
    • Posté à 21h14 le 11/06/2010
    • Internaute 116633
      peintrepompier

    N’insultez pas la Grèce !

  • boboétie
    • Posté à 21h43 le 11/06/2010
    • Internaute 2816

    « le bac de philo et la Coupe du monde se
    télescope. »
    ...évidemment, rejeté en début de ligne, le verbe est un peu nu, non ?

    • BobCat
      BobCat répond à boboétie
      observateur
      • Posté à 00h03 le 12/06/2010
      • Internaute 71310
        observateur

      ... » le verbe est un peu nu, non ? »

      il n’est un peu nu(l) que s’il n’ a pas été accordé : « se télescopent

  • algerien musulman-
    • Posté à 23h30 le 11/06/2010
    • Internaute 106282
      ici

    Zidane est un génie. Zidane est un con. Les deux en même temps ; ça existe. Et ce n’est pas un génie parce qu’il est le plus grand footballeur de tous les temps et un con parce qu’il a foutu un coup de boule à un autre joueur à huit minutes de la fin de sa carrière. C’est peut-être le contraire. Zinédine Zidane n’a jamais été aussi génial qu’en marquant ce but inattendu et bien réel : une tête dans la poitrine du défenseur Materazzi pendant la finale de la Coupe du Monde ! Conséquences en cascade : carton rouge, expulsion, absence pendant les tirs aux buts, défaite de la France, déception générale...
    Décevoir, quel pied suprême ! ... Rien de plus jouissif et de plus juste, quand on est en train de gagner la partie, que de tout détruire d’un coup sec. À sa guise, selon son humeur, par caprice pur ! Bienvenue au club des fouteurs de merde ! On a dit que Zidane était enfin redescendu sur terre, qu’il ne voulait plus être un dieu, mais un homme. C’est vrai, il n’est plus un dieu. Maintenant, il est Dieu ! Il change le cours des choses. Déjà il se dévoilait mystique en affirmant qu’il avait entendu des voix le convaincre de revenir en équipe de France après sa décision « irrévocable » d’arrêter de jouer avec ses potes de 98. Revenir oui, mais pour faire ça ? Qui l’aurait prévu et admis ? Si ce n’est le souffle divin...
    Autodestruction ? Instinct de survie ? Masochisme ? Sadisme ? Un peu de tout ça : il a surtout dit non à la beaufitude, il s’est évadé du triomphe promis... Surtout ne pas être encensé, ne plus être condamné à la béatification footballistique, médiatique, et historique de son vivant, arrêter de soi-même l’horrible processus de confiscation de sa substance. Quel situationniste qui s’ignore, ce Zidane ! Refuser de mourir en quelque sorte, sortir indemne de cette gloire préméditée, souiller l’hagiographie obligatoire, chier dans la nécrologie antemortem, baiser la mort donc !
    Tout a été dit sur ce « vilain geste », mais rien n’a été pensé sur les raisons qui ont fait que Zidane est devenu ce soir-là plus qu’un sportif, un artiste de son destin. Ce qui manque souvent au sport pour devenir un art, c’est cette transcendance que « Zizou » a osé atteindre en un coup de tête. Et il l’a fait seul, en égoïste, dans un sursaut de fidélité à son enfance plus fort que tout. Il s’est comporté comme un gosse aux yeux de tous, devant le monde entier. Un petit caquou marseillais en culottes courtes dans la cour de récré d’une école primaire près de l’autoroute Nord... Regardez sa sale tête de narquois d’abord, puis de méchant quand il frappe, puis de roublard quand il espère ne pas avoir été vu, puis de penaud pris en faute, et de boudeur enfin lorsqu’il sort, pour toujours, par la petite porte, car la grande était trop petite pour lui !
    Zidane devait en avoir marre depuis des années d’être l’incarnation de la bien-pensance... Même l’Abbé Pierre avait eu son moment de malédiction, pourquoi pas lui ? Le sans-défauts sauveur du monde, le messie du foot, assez ! « Jésusdane » dribblant sur l’eau, roulettes, passements de jambes à toute berzingue, ça suffit !
    De toute façon, il faisait la gueule depuis le début du match, il avait l’air d’être en prison, de vouloir s’évader de son personnage étouffant. Quelque chose au fond de lui cherchait comment faire... Il savait, son corps savait qu’il lui restait encore quelques minutes pour prouver qu’il était encore vivant. C’était aussi une façon de reculer le moment de finir d’être footballeur, de casser l’inéluctabilité de la victoire de son équipe et de son triomphe personnel, total et définitif. Geste de jeunesse qui refuse de vieillir... L’a-t-on assez dit qu’il était vieux, croulant retraité précoce sénile de 33 ans !
    Quel match formidable ! J’étais sur les Champs-Élysées avec Djamel Bouras, Stomy Bugsy et Amel Bent. Rien n’était normal dans cette finale. À la 48e seconde, après un mauvais coup à la tête, Thierry Henry est sonné. Ensuite, pénalty injustement accordé à la France contre Materazzi : 19e minute, premier acte. C’est Zizou qui le marque, et là il fait quelque chose que Barthez, de sa cage, qualifie de « malade », et que Zizou lui-même n’avait jamais tenté, un risque fou pour un enjeu si crucial : une panenka ! Un coup de louche soulevant le ballon et le lançant, plus que le frappant, dans le haut du filet pour le laisser retomber en feuille morte dans le dos du gardien. La balle zidanienne touche même l’intérieur de la barre transversale du plus grand goal du monde. Pour Buffon c’est pire qu’une provocation : c’est une humiliation ! Et après Zidane, pas gonflé, ira dire que « le coupable c’est toujours celui qui provoque » ! ... Materazzi avait raison d’avoir trouvé Zidane « superarrogant » sur la pelouse... Il fallait s’attendre à la riposte italienne, elle ne tarde pas : avant la mi-temps, Materazzi-le-tatoué, déjà vengeur, récupère par une superbe tête le corner de Pirlo et égalise. Mais ça ne suffira pas aux ritals. Les Français sont inquiets. En deuxième période, Zizou rate la sienne, de tête. On aurait dû comprendre. Puis c’est le claquage de la cuisse de Vieira, et l’épaule presque déboîtée de Zidane qui visiblement souffre : il demande même à être remplacé, on voit bien qu’il cherche la sortie, celle du match et celle de sa carrière. Il n’a plus que dix minutes pour trouver quelque chose de fort. Il ne va tout de même pas jouer la victoire à la roulette russe avec une séance de tirs aux buts dans laquelle les Italiens font tout pour entraîner la France ! Ribéry, Henry, Vieira sortis, aucun nouveau but ne semble possible : c’est là que Materazzi, toujours la panenka en travers de la gorge, sert sur un plateau au Kabyle divinisé une occasion de changer son destin et accessoirement celui des autres ! Lors de l’altercation qui faillit passer à l’as des arbitres, on voit Zidane proposer ironiquement son maillot à Materazzi, puis s’éloigner calmement du défenseur de l’Inter Milan, avant de se retourner et de se laisser aller à un coup de sang, mais de sang froid...
    — Ah, il y a faute aussi sur Materazzi... J’espère qu’il ne s’est rien passé, parce que... Ouais, ouais, ouais... Non, le juge de touche ne semble pas intervenir... Tiens, on voit Zizou... Hou ! Houh ! Zinédine ! Oh, Zinédine... Pas ça, pas ça, Zinédine... Pas ça, Zinédine ! Oh, non. Pas ça. Pas aujourd’hui. Pas maintenant... Pas après tout ce que tu as fait ! ... Aïe, aïe aïe aïe aïe aïe aïe... Sa devise, c’était « Vivre ensemble, mourir ensemble » ce qu’il fallait traduire par « Mourir seul, ça fait mourir tous les autres » ! Chevalier du Graal à qui la coupe échappe, il passe devant, la tête basse, de dos, avec son nom « Zidane » écrit sur son maillot comme le M de M le Maudit...
    Qu’a donc bien pu dire Materazzi pour que Zidane en arrive là ? Un mystère, plus fort que celui qui fait s’interroger depuis deux mille ans les théologiens les plus chevronnés sur ce que Jésus-Christ a écrit sur le sable au moment de l’épisode de la femme adultère, enrobe les phrases « intolérables » de Materazzi...
    Qu’on arrête de nous faire croire que Materazzi a insulté sa mère et sa soeur ! ... Il s’agirait donc de gober que Zinédine Zidane, à quelques minutes de la fin du match le plus regardé de tous les temps, au moment de dire adieu à sa vie professionnelle, à quelques centimètres de la coupe du monde qui va sacrer définitivement son ascension cosmique dans les sphères de la légende du football intergalactique, idolâtré par les Martiens eux-mêmes pour sa maturité et son fair-play, son élégance exemplaire et sa grâce angélique, a pris la mouche au point de casser la gueule devant trois milliards de téléspectateurs à un mec qui l’a traité de « fils de pute » ? À d’autres !
    Alors ? Menteur ou abruti ? Il faut choisir. Abruti de réagir au quart de tour comme le premier des casquettés à l’envers ou bien menteur de nous cacher ce qui l’a fait vraiment disjoncter. On sait bien que « fils de pute » (qu’il a dû entendre des millions de fois dans sa vie depuis qu’il est né rue du Docteur-Escat) ne veut pas dire « Malika Zidane fait le trottoir » ! Pute, le métier que j’admire le plus au monde ! Malheureusement pour moi (et pour mon père), ma mère n’en est pas une, loin s’en faut... Si quelqu’un me traite de « fils de pute », moi j’ai envie aussitôt de me coucher amoureusement sur sa poitrine de pélican plutôt que de vouloir la lui défoncer à coup de tête... La réaction raciste c’est de croire qu’un Arabe ne peut s’énerver que si on touche à sa mère : ça veut dire en douce que les Arabes sont trop primaires pour défendre autre chose dans la vie que l’image de leur maman. Et Zizou qui confirme ça... « Ça touche à la maman, à la soeur... ». Il met son sens du nif là où il ne faut pas et là où il le faudrait, il n’y a plus personne.
    Zidane se fout de la gueule du monde, et le monde marche, le plaint, l’approuve dans sa « condamnable mais compréhensible » réaction face aux mots « très durs » lancés par Materazzi, le salaud au plexus solide... On lui trouve toutes les excuses : sa maman est à la Timone, son entraîneur de jeunesse meurt le lendemain de son anniversaire, les Espagnols l’ont chargé dans la presse, il faisait trop chaud...
    Il était écrit que l’histoire devait s’écrire autrement. Refaire deux fois le coup de la coupe du monde à la Française, ce n’était pas possible. Les cieux ne voulaient pas de ce bis ! Seuls les VIP bariolés ridiculement de bleu-blanc-rouge s’y voyaient déjà, niant, du haut de leur petitesse athée, le grand sens de la justice de Dieu, et son goût notoire pour les coups de théâtre.
    La France ne veut pas sortir du rêve. Un seul mot d’ordre : « Merci pour tout, Zizou ! ». Tous les annonceurs y passent à grandes pages dans les journaux : Danone, Carrefour, SFR, Coca Cola, Orange, Suez, La Poste, Adidas, CanalSat... Chirac le réconforte comme un gamin qui a fait une bêtise... Lui-même s’excuse mais ne regrette rien (il pourrait aussi bien dire le contraire). Les commentateurs passent l’éponge au nom du génie qui ne fait rien comme les autres, mais ils pensent aussi qu’en un geste fou, il est devenu un simple humain comme eux ! Ça les arrangerait bien, mais ce n’est pas le cas.
    À quoi reconnaît-on que toute une société médiatique tourne autour du pot ? À sa peur des mots. Entreprise de révisionnisme de l’instant, la télé s’en veut de devoir montrer l’image du coup de tête, elle espère toujours pouvoir l’occulter, pour finalement l’effacer de la carrière du héros. Si elle pouvait !
    Toujours mal informantes, mensongères, spéculatives, fantasmatiques, erronées, les « actualités » télévisées déforment en direct le direct de la vie : « cachez ce réel que je ne saurais voir ! » Surtout nier ce qui se passe au moment où ça se passe. De l’imprécision au n’importe quoi : voilà leur palette. La parole médiatique veut toujours corriger la poésie de la réalité qui lui est insupportable. Voilà pourquoi les médias se croient « décents » de ne pas insister sur la raison de sa sortie manquée, parce qu’elle est très réussie, trop réussie pour eux. Ils sont catégoriques sur la teneur des propos insultants (« Maman ! »), pour se débarrasser du problème.
    Le geste final par lequel Zizou clôt son jubilé est aussi le dernier aveu d’échec de la politique d’intégration. Zidane l’a senti bouillir dans son corps, l’imposture de l’antiracisme à la française de gauche et de droite. Coup de boule à « SOS racisme » autant qu’à Sarkozy...
    D’ailleurs, Sarkozy a été « interdit » de match à Berlin pour cause de Kärcher par Lilian Thuram qu’on appelle « Finkielkraut » parce qu’il a des lunettes et que ça suffit à en faire l’intello du groupe... Ah ! il a dû bien se marrer le ministre de l’Intérieur place Beauvau en regardant la finale... Zidane la racaille...
    Tout à coup, un Arabe enlève à la France sa chance d’être victorieuse, il lui vole sa joie d’exploser d’autosatisfaction, d’oublier le racisme primaire de ses Blancs et l’antiracisme, tout aussi primaire, de ses Beurs...
    Ceux qui ne sont pas contents, ce sont les « collabeurs » qui lui en veulent d’avoir terni l’image des leurs qu’il était sur le point de finir de redorer. Le Kamikaze de la Castellane les ramène à leur réputation de violents coups-de-bouleurs, de bagarreurs de sortie de boite. Les Arabes de France sont lamentables : lâches, toquards, fainéants, ils ouvrent grand leur gueule au bistro pour mieux la fermer devant les micros, ils ne pensent qu’au fric, aux bagnoles et à la déconne. Camés à la PlayStation, au rap et au stand-up : autant de leurres pour passer à côté de la réalité... Qu’est-ce qu’un vrai Arabe du Moyen-Orient peut attendre d’un Beur d’ici ? Rien, il peut crever sous les bombes de Bush et d’Ehud Olmert. Ça ne concerne pas les « cailleras » qui se bousculent sur les Champs-Élysées au nom du « respect » ou les rebeux boboïsés qui magouillent avec les requins du show-biz...
    On attend toujours que Jamel Debouzze, le grand « ami » de Zizou, suive son exemple... Qu’un jour de finale de coupe du monde du rire, il envoie sérieusement sa main dans la gueule d’un Materazzi du Spectacle, et on le rerespectera... Jamel a participé à polir l’image de son héros, à faire de son copain humble et bienveillant, timide et introverti, un Musulman pas excessif et un rassembleur de Français, un humanitaire modèle, le sportif qui se comporte toujours bien. D’accord, il peut lui arriver une nuit de pisser contre le bar du Queen ou un jour de s’essuyer sur un Saoudien, mais dans l’ensemble, c’est un être d’une douceur parfaite... Patatras ! Tout est à refaire, c’est Aimé Jacquet qui avait raison ! Aimé Jacquet a toujours raison : Zidane a un fond très violent. Et Zizou sait que Jacquet sait. Vous connaissez la différence entre Jacquet et Domenech ? Lorsque Zidane se prend un carton rouge, c’est Jacquet qui détourne son regard du sien ; tandis qu’en passant devant Domenech après s’être fait sortir, c’est Zidane qui refuse de croiser celui de son sélectionneur.
    Jamel, qui ne mérite même pas le noble titre de « racaille », a pour idole Mohamed Ali, sauf que Ali s’engageait vraiment lui, il s’exprimait sur tous les sujets pour cracher sa haine antiblanche, en pleine guerre du Vietnam, il a agi contre tout un système par la parole et les gestes, et par la provocation, cette provocation que devant le gentil Michel Denisot, le encore plus gentil Zinédine Zidane refuse de répéter.
    Dernier espoir : la Fifa ! Elle seule peut nous apprendre ce qui s’est vraiment dit. Malheureusement, elle annule une confrontation prévue entre Zidane et Materazzi, et les deux méchants garçons sont finalement condamnés à des suspensions et à environ 4000 euros d’amende chacun... La manipulation crève les yeux : Zidane, Materazzi et la Fifa se sont mis d’accord sur une version « non-raciste » qui arrange tout le monde, et évite à la Fédération de disqualifier l’Italie. C’est de plus en plus flou : Zidane continue d’affirmer que sa mère et sa soeur ont été injuriées ; Materazzi que c’est faux, et basta ! Ni l’un ni l’autre ne disent la vérité, c’est l’essentiel.
    Assez de mensonges ! Il y avait un autre mot « choquant » dans la « provocation » de Materazzi lue très précisément sur ses lèvres par des sourds-muets italiens revisionnant la séquence : « Je ne veux pas le maillot d’un fils de pute ! Toi, ta mère, ta soeur, vous êtes tous des enculés de musulmans, sales terroristes ! » Zidane ne veut pas se l’avouer à lui-même, mais c’est bien le mot « terroriste » qu’il n’a pas supporté. C’est à ce moment-là qu’il fait volte-face : « Enfin, le mot de trop ! ». Pourquoi après se faire complice de l’hypocrisie des médias qui se servent de sa mère comme bouclier humain pour le protéger de la véritable insulte (« sporchi terroristi ! ») que personne ne cherche à analyser ? Zizou préfère jouer au fils effarouché plutôt qu’à un être humain poussé dans ses retranchements politiques... Oui, Materazzi a parlé de sa mère, mais dans une expression triviale et impersonnelle que Zidane lui-même n’a pas hésité à balancer à l’arbitre de France-Portugal (« fils de pute ! »).
    Le vrai sujet qui a fait sortir Zidane de ses gonds, c’est le terrorisme, et ça il l’occulte. Pourquoi ? Parce qu’il sait très bien que ce qu’il a fait à cette finale, c’est un acte terroriste. Contre le football, contre les médias, contre ses fans, contre la France, contre le monde ! Et c’est Materazzi, habité lui aussi sans le savoir par une mission de vérité dont il a été le jouet indispensable (comme Judas devait trahir le Christ pour qu’il échappe à son destin de simple Messie), qui l’a poussé à l’accomplir. En trouvant les mots du blasphème qui seuls pouvaient faire sortir le vrai Yazid de la carapace du faux Zidane, l’Italien inspiré (on l’a vu tout au long du match) a visé juste.
    Ah ! Zizou a dû être sacrément conditionné pour ne pas soulever le lièvre « terroriste », alors que c’est ce mot bien sûr qui a fait resurgir irrépressiblement sous forme de colère toute sa honte d’avoir gardé le silence depuis tant d’années sur la façon dont les Arabes sont traîtés...
    Materazzi lui a planté dans le dos la langue qu’il n’aurait pas dû garder dans sa poche sur la situation internationale, sujet plus intéressant que les « problèmes » des cités du 9-3, qu’aiment évoquer, en promo et sous les applaudissements d’un public payé par la télé, les anti-sarkozystes démagos...
    Zidane n’a pas été naturel, pendant dix ans, il a fait semblant de s’intégrer, et bien des signes montraient que le feu couvait sous la gentillesse tièdasse de ses interventions. Pas seulement ses treize cartons rouges précédant le plus beau de dimanche dernier. Des signes dans la vie politique de la France et du monde auxquels Zidane n’a jamais répondu. On est en 2006, on n’est plus en 1998 : il s’en est passé des choses pour les Arabes. Le monde à changé du tout au tout depuis l’apothéose des Bleus sur les Champs-Élysées, le 3-0 contre le grand Brésil, « I will survive » et « On est les champions » ! ... Les deux têtes de Zizou le 12 juillet 98 se sont métamorphosées en deux tours !
    11 septembre 2001 : Zidane, l’Arabe le plus célèbre du monde, ne dit rien. 6 octobre 2001, après le match France-Algérie où il joue contre son pays d’origine, et où La Marseillaise est sifflée et la pelouse envahie par ses frères, Zidane ne dit rien non plus. Novembre : Bush attaque l’Afghanistan : toujours aucune réaction. Avril 2002 : Le Pen au second tour, Zidane dit enfin quelque chose, mais c’est trois fois rien. Mars 2003, Bush attaque l’Irak : Zidane ferme encore sa gueule. Décembre, les GI sortent Saddam Hussein de son trou : Zidane ferme toujours sa gueule. Les Américains entassent les « terroristes » à Guantanamo : Zidane ferme sa gueule. La France interdit le foulard à l’école : Zidane ferme sa gueule. Israël enferme les Palestiniens derrière un mur : Zidane ferme sa gueule. Sharon liquide le Cheick Yassine et Rantissi : Zidane ferme sa gueule. Les Yankees torturent les Irakiens à Abou Ghraib : Zidane ferme sa gueule. Arafat meurt : Zidane ferme sa gueule. Sarkozy parle de « Kärcher » et Finkielkraut d’une équipe de France « Black-Black-Beur » : Zidane ferme sa gueule. Deux « racailles » poursuivies par les flics se font électrocuter, ça entraîne des émeutes dans toutes les banlieues : Zidane ferme sa gueule...
    À force de se taire, voilà ce qui arrive : on se nique la coupe du monde ! Quelques mots de lui placés aux bons moments auraient pu, sans changer le cours de l’Histoire du Troisième millénaire, délivrer bien des âmes captives, les soulager de l’injustice et de la frustration de ne pas pouvoir s’exprimer. Et qu’on ne me dise pas que ce n’était pas son rôle ! C’était même sa responsabilité. Pas besoin d’être un intellectuel pour dire simplement NON. Zidane à Bagdad n’aurait pas empêché Bush de bombarder, mais le monde entier aurait compris le message. Il ne risquait rien, et s’il ne voulait pas aller au Palestine infesté de journalistes, j’étais en face à l’Ishtar. On l’aurait refait, le monde, entre deux bombes qui tombent, nous, métèques nés à Marseille... Ah, les impulsifs de la Clinique Bouchard !
    Aucun risque pour Zidane d’aller en Irak, avec toute la France derrière lui. Quel beau geste ça aurait été ! De ne pas l’avoir fait a abouti au coup de boule sur Materazzi. Le raccourci est inepte ? Réfléchissez ! Zidane a bien compris que son terrain d’expression était celui du foot, c’est donc là qu’il a réagi enfin à toute cette injuste guerre faite aux Arabes qui ne font que se défendre. C’est dans les mots mêmes de ses « explications » : « je n’ai fait que réagir à une provocation ». Que font d’autres les « terroristes » que de réagir aux « provocations » des occidentaux qui spolient leurs terres, bafouent leur foi, exploitent leur manque de savoir-faire, moralisent leur obscurantisme, et volent leurs richesses ?
    Qui sait si toutes ces réalités ne se sont pas imprimées en lui d’une façon beaucoup plus traumatisante qu’on ne croit ? En les refoulant, elles sont sorties comme ça, au moment le plus inattendu sur le premier Blanc venu. Pas tout à fait n’importe qui d’ailleurs : une brute d’Italie, comme par hasard, l’un des pays européens qui a accepté d’aller casser de l’Irakien en Mésopotamie aux côtés des salauds de Bush.
    Au bout d’un moment, ça s’accumule, dans l’esprit et le coeur d’un Arabe. Gavé d’images blessantes comme un fakir avale des lames de rasoirs, il était prévisible que Yazid dégueule tout ça sous une forme ou sous une autre... 9 juillet 2006, à la 110e minute, à la fin de la prolongation du match France-Italie, Zidane parle enfin, et comme cette tête de con, de son propre aveu, a de beaux yeux mais ne sait pas parler, il agit. Ne vous y trompez pas, c’est encore de la parole, ce coup de boule. Tout le prouve : d’abord son originalité : Zidane n’a pas défoncé la tête mais le thorax de Materazzi jusqu’à vaciller lui-même de l’avoir fait si bien tomber sur le dos. Ce n’est plus du foot, c’est de la boxe (d’ailleurs Zinédine avait le poignet bandé et le poing serré comme ceux d’un boxeur). On aurait dit un bélier qui fonçait sur un rhinocéros et qui le mettait K.O. Les deux corps étaient dans une position magnifique, à donner envie à Delacroix de repeindre sa Lutte de l’ange avec Jacob ! ... L’image, dévoilée comme une révélation après l’action, telle une image cachée dans le tapis, est à ranger parmi les plus belles de la télé... Ça en rappelle une autre... Oui ! L’avion de Mohammed Atta percutant la tour du World Trade Center ! Toutes proportions gardées, c’est la même chose ! Avec la même violente beauté tragique, Zidane a envoyé sa tête d’Arabe percuter le poitrail d’un occidental.
    « Terroriste », c’est l’insulte suprême mais il faut l’entendre comme Zidane ne supportant pas qu’à travers lui on insulte Ben Laden ! Lui croit que ce qu’il ne supporte pas, c’est qu’on fasse l’amalgame entre un Musulman français d’origine algérienne et les terroristes islamistes d’Al Qaida, mais son corps n’aime pas qu’on dise que les Arabes sont des terroristes parce qu’il sait bien au fond de lui que ce sont des résistants...
    « Islamiste » aussi, ça doit bien le dégoûter qu’on puisse le considérer comme tel. Sauf qu’au cours du périple de l’équipe des Bleus en Allemagne, Herr Zidane, d’un château à l’autre, demandait une chambre spéciale pour que lui et Frank Ribéry puissent prier ensemble plusieurs fois par jour sur leurs tapis de prière... S’ils l’apprenaient, il n’en faudrait pas beaucoup plus à des connards d’athées blancs pour traiter les deux joueurs pieux de « fanatiques » ! Frankenstein Ribéry, lui au moins, ne se cache pas en début de match pour faire sa prière et se frotter le visage, seuls les ignorants ont pu le croire supercatho en train de réciter le Notre-Père. Quant à Zidane, ce n’est un secret pour personne qu’il est de plus en plus en contact direct avec Allah, cet inspirateur de tant de terroristes ! ... S’il avait continué sa carrière, il est sûr qu’il aurait dû justifier sa foi fervente et croissante auprès des médias autoritairement laïques...
    Maintenant il est vraiment Arabe ! Son ambiguïté de Kabyle a été vaincue, au dernier instant. Les Kabyles, certains autres Arabes n’hésitent pas à les traiter tous de traîtres ! Mais le sombre Kabyle n’a trahi personne le 9 juillet, c’est en acceptant d’être la vache à lait des footeux, publicitaires et autres médiatoïdes bien décidés à le traire toute sa vie qu’il trahissait, qu’il se trahissait... Il devait se sentir mal dans sa peau d’échanger sans arrêt sa gloire contre son silence. D’ailleurs, les boutons de fièvre qui fleurissaient régulièrement ses lèvres le prouvent : Zizou n’était pas à l’aise dans ce rôle de bon garçon, doux, pudique, non violent, icône de la bien-pensance abbépierresque, post-coluchien idéal, vendu aux marchands et marchant aux vendus...
    Sans provocation, rien n’avance ! Toi aussi, Yazid, tu as provoqué toute ta vie pour progresser, tu veux qu’on te ressorte la liste ? O.K, il y a des mots qui font plus mal que des gestes, mais ces mots, j’espère que tu vas finir par les cracher maintenant que tu as fait LE geste. Je te signale qu’au moment où j’écris ces lignes, Israël se sent suffisamment « provoqué » par le Hezbollah pour détruire, du nord au Sud, un pays d’Arabes chrétiens et musulmans qui s’appelle le Liban.
    « Terroriste », ce n’est pas si dur à porter. Surtout dans une époque comme la nôtre. Vu ce qui se passe au Proche-Orient, il y aurait plutôt de quoi être fier d’être « insulté » de la sorte ! C’est autre chose que d’être ou ne pas être un fils de pute... Ton père Smaïl l’a dit : « ce n’est pas grave, il y a des choses pires qui se passent en Irak ! » Lui, est un vrai sage : il n’en a rien à foutre qu’un Italien traite sa femme de pute, je pense que ça lui ferait plus plaisir que son fils traite tous les Américains de terroristes !

    Marc-Édouard Nabe, 24 Juillet 2006.

    • Sethtes
      Sethtes répond à algerien musulman-
      Mega Culpa
      • Posté à 00h32 le 12/06/2010
      • Internaute 86642
        Mega Culpa

      Poster la réponse la plus longue de l’histoire de Rue89 (je prends un risque) ne fait pas de l’auteur un Dieu.

    • BobCat
      BobCat répond à algerien musulman-
      observateur
      • Posté à 00h37 le 12/06/2010
      • Internaute 71310
        observateur

      - Quelqu’un m’a dit un jour, qu’exprimer en peu de mots ce que l’on a soi-même à faire savoir, orner sa thèse de citations courtes, bien distinguées de ses propres propos par des guillemets, et dont les auteurs sont indiqués, est une forme de respect pour celui à qui l’on s’adresse !

      - L’on peut en penser ce que l’on veut, mais sans intention aucune de vouloir vous vexer, le lecteur je le crois, aurait apprécié que vous synthésiez vos propos comme ceux de Marc-Edouard Nabe, et à la rigueur, metrre un lien vers la totalité du texte de ce dernier.

      - Honnêtement, je confesse : j’ai commencé à lire votre texte, et au bout de quelques paragraphes, je me suis dis que le rapport direct avec l’objet de l’article est devenu lâche, à tel point que j’ai pensé que ce texte devait faire l’objet d’un titre et être publié comme « article de presse.

      - je n’ai pas lu jusqu’à la fin, laquelle fin d’ailleurs je suis allé la chercher par un “cliqué-glissé” de la souris, et c’est ainsi que j’ai appris que c’est un texte de l’auteur que vous avez indiqué !

      - Et si par le plus grand des hasards, cet auteur n’est autre que vous-même, veuillez s’il vous plait, proposer votre texte à un journal, R89 par exemple, si ce journal veut bien le publier ! Un texte concis en guise de contribution au forum serait le bienvenu !

    • Nekrobastard-
      Nekrobastard- répond à algerien musulman-
      médecin à Lunéville
      • Posté à 10h59 le 12/06/2010
      • Internaute 32615
        médecin à Lunéville

      « J’étais sur les Champs-Élysées avec Djamel Bouras, Stomy Bugsy et Amel Bent »

      Tragédie Grecque ?

  • marsatak-
    marsatak-
    ontheroadagain
    • Posté à 01h39 le 12/06/2010
    • Internaute 115715
      ontheroadagain

    yep, maradona est un mythe moderne, le génie, la classe, l’ascension à la rastignac, l’enfance pauvre, le vice, la déchéance... il a tout connu...
    bon, par contre, un petit conseil à rue89 : arretez de mettre 3 articles foot par jour, ça fait mal au slip aux petits bobos, et autres rebelles de comptoir (vu le niveau des réactions)...

  • Jean-Luc M.
    Jean-Luc M.
    « Prieur à temps partiel »
    • Posté à 12h21 le 12/06/2010
    • Internaute 81746
      « Prieur à temps partiel »

    J’en ai lu des conneries, mais là, je la met dans mon top dix celle-là.
    Bravo, belle claque à la Mythologie Grecque.

    Je suis inquiet de voir, comment on peut idolâtrer un être humain courant pour mettre un ballon dans un filet.

    Notre civilisation semble devenir aliénée.

  • dindon
    dindon
    un passant
    • Posté à 13h57 le 12/06/2010
    • Internaute 43030
      un passant

    la chemise immaculee me rappelle quelqu’un, heu attends...

  • superpoussin
    superpoussin
    Employé de commerce
    • Posté à 14h56 le 12/06/2010
    • Internaute 85030
      Employé de commerce

    Pour ceux qui n’aiment pas le foot de maintenant ....et bien ne regardaient pas ......

  • Monacia78
    • Posté à 18h54 le 12/06/2010
    • Internaute 5952

    Il est toujours intéressant d’explorer les contre-pieds, mais en l’occurrence, les analyses citées semblent contribuer à une certaine confusion.

    Il y a quand même une différence entre des œuvres littéraires, poétiques, mythologiques, qui génèrent du sens, des interrogations, des émotions et de la réflexion à partir de récits et d’expressions FICTIVES, et le foot : un sport aussi populaire a beau être un spectacle avec sa propre dramaturgie, ce qui se passe sur le terrain est RÉEL.

    Un coup de boule ou un geste de triche sont RÉELS. Ces gestes incarnent des comportements réels de gens impliqués intensément dans une activité à la fois futile et lourde d’impact dans la réalité - par le retentissement médiatique, social, parfois diplomatique, et par l’argent en jeu.

    C’est un peu comme la politique : dans une ère de communication totale, on peut être tenté de regarder la représentation politique via la télé et les gros médias comme un spectacle mythologique - il n’empêche qu’on ne peut faire l’impasse sur les faux-semblants et les manipulations symboliques qui sont en jeu, et qui proviennent d’acteurs du réel comptant bien agir sur le réel d’une certaine façon tout en donnant l’impression, le plus souvent, de faire le contraire. Apprendre à décoder les manipulations en jeu, c’est autrement plus intéressant que de mythifier les images médiatiques produites.

    Lire le foot comme une mythologie antique sans décoder ce qui se passe vraiment en sous-main, c’est comme demander à la population de se laisser hypnotiser par la communication politique, ou de croire que la pub est de l’art en refusant de décoder la manipulation au service d’une aliénation consommatrice.

    Donc attention aux belles paroles séduisantes, mais qui contribuent à l’hypnose collective. Ce qui mérite vraiment, à mon sens, d’être exploré, c’est en quoi le foot influe sur les valeurs de l’époque, et par conséquent, sur les comportements.

    • orange 06
      orange 06 répond à Monacia78
      retraite
      • Posté à 22h21 le 14/06/2010
      • Internaute 116735
        retraite

      Zidane avait dit avoir « choisi l´honneur, plutôt que la gloire ». rappelons que pour savoir ce que Materazzi avait dit, il avait fallu beaucoup de chance (trouver un morceau d´enregistrement où se devinait ce qui lui avait été dit) et des spécialistes, occupés pendant un bout de temps pour comprendre ce qui avait pu être dit. voyons les choses sous un autre angle, si Zidane n´avait pas mis un coup de boule à Materazzi, le propriétaire de la preuve justifiant une réaction de Zidane aurait juste eu un morceau où l´on devinait que Materazzi avait dit quelque chose. autrement dit, sans coup de boule de Zidane, pas d´intérêt pour ces quelques secondes de film, qui ne seraient jamais passé à la postérité, et peut-être une autre fin pour le film principal de la soirée.

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