J'ai la pénible impression d'avoir été piégé par Didier Porte
J’ai la pénible impression de me faire piéger. Piéger par une logique de surenchère, piéger par cette idée qu’il faudrait tester en permanence sa liberté pour défier nos chefs et prouver au monde entier qu’ils ne méritent pas de l’être, que la façon dont ils ont été nommés ne peut que conduire France Inter à devenir une radio aux ordres.
Cette forme de surenchère démonstratrice est, selon moi, une attitude aussi détestable que si l’on décidait de s’autocensurer pour plaire au pouvoir.
Le mode de nomination du président de Radio France ou la personnalité du directeur de France Inter (Philippe Val et Didier Porte se sont opposés lors du schisme Charlie/SinéHebdo) ne doivent avoir aucune influence, ni dans un sens, ni dans un autre, sur le contenu de ce que nous écrivons. C’est aussi le meilleur moyen de prouver qu’on ne contrôle plus les médias comme au XXe siècle et donc que nous sommes déterminés à rester libres.
Didier Porte, la plupart du temps, nous fait rire. Je suis d’ailleurs allé voir son spectacle avec plaisir. Mais le jeudi du fameux « j’encule Sarkozy », il m’a glacé et il m’a piégé.
Le problème, c’est que Didier Porte n’était pas drôle
Le problème n’est pas qu’il ait dépassé les bornes ce jour-là puisque, justement, c’est son métier de dépasser les bornes et que c’est le ressort de son humour. Et c’est bien ainsi. Le problème est que, cette fois-là, il n’était pas drôle.
Du coup, le dépassement des bornes m’est apparu insupportable. Ça semblait gratuit, on avait l’impression que le sketch était construit pour ces quelques secondes de « j’encule Sarkozy ».
Je ressentais d’autant plus la fameuse surenchère que, juste avant, Didier nous avait prévenus que ça allait être particulièrement salé. D’ailleurs pour déconner, on lui a chanté pendant la pub « ce n’est qu’un au revoir Didier »... « Vous ne croyez pas si bien dire », nous a-t-il répondu.
Puis, en sortant du studio, Didier a dit : « Quitte à se faire virer, autant que ça se fasse avec éclat ». Tout cela était-il donc prémédité ? Le fait est que je me suis senti piégé.
Si j’utilise la première personne pour décrire mon malaise c’est qu’à ce moment-là, pendant le papier de Didier, je ne savais pas ce que ressentaient les autres. Après le papier, quand Didier a quitté le studio, on s’est tous rendu compte que chacun d’entre nous avait le même sentiment. Pourquoi ce papier plus qu’un autre ?
Le mot « enculé », répété, gratuit, pas drôle, dans un contexte particulier où se pose la question de la place des humoristes dans la matinale, tout nous est apparu comme une provocation jusqu’au-boutiste.
Interrogés sur cette chronique sur le plateau du Grand Journal, nous disons que les bornes ont été dépassées et mal dépassées. Nous le disons pour signifier à nos auditeurs que nous ne travaillons pas pour prouver que nous sommes plus libres et plus audacieux les uns que les autres, mais juste pour faire notre métier.
La matinale en otage
Je me sens piégé parce que je n’ai pas vocation à décréter ce qu’est une borne pour un humoriste. Mais quand ces bornes sont dépassées gratuitement comme ce jour-là, c’est l’ensemble de la matinale qui est mis à mal. On ne peut pas arriver au milieu d’une tranche d’infos, déverser « ça » et repartir.
J’espère qu’il y aura encore des humoristes dans la matinale de l’année prochaine. Nous n’avons pas à leur dire ce qu’ils ont à faire, c’est à la direction de la chaîne de fixer les règles, dans le respect de leur liberté artistique. Nous demandons simplement aux humoristes de comprendre qu’ils ont l’obligation de toujours être drôles pour ne jamais être gratuits, surtout au-delà des bornes qui sont, c’est vrai, faites pour être dépassées.
- Sur Rue89Affaire Guillon : Radio France donne raison à Eric Besson
- Sur Rue89La chronique controversée de Didier Porte sur France Inter
- Sur radiofrance.frLe mode de nomination des dirigeants de l'audiovisuel public
- Sur lesinrocks.comL'interview de Didier Porte : "Je suis très attaché à France Inter", sur LesInrocks.com
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Orwellien
Orwellien
On peut trouver que les chroniques de Porte ou de Guillon vont de plus en plus dans la provocation gratuite, voire que ce n’est pas drôle (ce qui est subjectif, non ?), mais on peut aussi s’inquiéter d’une « ambiance » entourant ces humoristes et des menaces à peine voilées qu’on entend à leur sujet.
On peut aussi s’étonner que l’ancien directeur de Charlie Hebdo (que j’ai longtemps défendu, en particulier sur ce site, et je commence à le regretter de plus en plus) se dise choqué par ces chroniques...
Donc, il faudrait vraiment définir ces bornes, dire selon vous (c’est-à-dire les principaux journalistes, mais aussi dirigeants, de FI) ce qui est « drôle » ou pas, « acceptable » ou pas. Je pense que ce serait assez...amusant.
Ou alors laisser libre cours à la liberté d’expression, et plutôt la défendre, même quand on n’est pas spécialement d’accord (ou qu’on ne trouve pas ça drôle, ce qui est souvent mon cas, pour Guillon en particulier).
Comme dirait l’autre « il vaut mieux un excès de caricature que pas de caricature du tout... »




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