Droit de suite 08/06/2010 à 19h09

Affaire Boulin : le procureur « déplore » la perte des scellés



Le corps de Robert Boulin (dossier de la SRPJ de Versailles).

L'enquête sur la mort en 1979 de l'ancien ministre du Travail Robert Boulin ne sera pas rouverte faute « d'éléments nouveaux ».

Pas de réouverture de l'enquête sur la mort de Robert Boulin, ministre du Travail retrouvé mort en 1979. Le parquet refuse la demande de la famille : pas « d'éléments nouveaux », précisent les magistrats. Pire : des scellés originaux ont disparu du Palais de justice...

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Après le sang et les viscères, la disparition des lettres

« Il manque la vérité judiciaire. » Depuis 1979, Fabienne Boulin en a vu d'autres, mais son rendez-vous de ce mardi avec le procureur général de Paris lui laisse un goût amer. A cause d'un aveu de taille de François Faletti, qui a reçu une heure et demie la plaignante et son conseil. (Télécharger le communiqué du parquet général)

« L'examen du dossier original de la procédure par le parquet général a également conduit celui-ci à constater et à déplorer qu'un tome de la procédure, ainsi qu'un certain nombre de scellés, n'ont pu être retrouvés à ce jour ; ces pièces ont pu être reconstituées en copie, mais les scellés ne sont évidemment plus exploitables. Les recherches se poursuivent activement pour les retrouver. »

Les fameuses lettres de revendication, censées authentifier le « suicide » de Robert Boulin, ont donc tout simplement disparu des archives judiciaires. Fabienne Boulin :

« Il y a déjà eu une série de destruction de preuves dans cette affaire. C'est tellement systématique depuis trente ans.

Pourquoi une affaire aussi signalée n'a-t-elle pas fait l'objet de plus d'attention ? C'est un jour noir pour la justice, c'est écœurant. Il y a une volonté de ne pas connaître la vérité. »

La justice n'en est pas à sa première défaillance dans ce dossier. Par deux fois, des scellés ont mystérieusement disparu de la procédure, juste au moment opportun :

  • un flacon de sang,
  • un prélèvement des viscères.

Deux éléments qui, à l'époque, s'étaient déjà mystérieusement évanouis des locaux de l'Institut médico-légal (IML) de Paris.

Refus de réouverture de l'enquête

Dans une longue argumentation -en partie fallacieuse- le plus haut magistrat français s'efforce de justifier pourquoi il n'y a, selon lui, pas « d'éléments nouveaux au sens de la loi » :

« [...] les faits nouveaux invoqués soit ne l'étant pas, soit étant inexacts, soit étant de simples éléments d'ambiance non susceptibles d'apporter le moindre commencement de réponse aux questions posées.

Ces précédentes requêtes avaient donc été rejetées en 2007. »

François Faletti a seulement indiqué à Fabienne Boulin qu'il lui est toujours possible de redéposer plainte auprès du doyen des juges d'instruction de Versailles pour... assassinat. Rien de moins.

En clair : vous pouvez repartir pour un tour, mais pas à Paris.

Inspection des services judiciaires

Dans la journée, Michèle Alliot-Marie a rapidement annoncé une mission d'inspection des services judiciaires, précisant que la garde des Sceaux « souhaite que toute la lumière soit faite sur la disparition d'une partie du dossier et d'une partie des scellés ».

Avec un léger malaise du côté de la Chancellerie, car la ministre s'est permis d'annoncer la nouvelle avec une bonne semaine d'avance sur le procureur général.

Nos amis de Bakchich ont raconté cet étrange épisode de la vie judiciaire. En visite à Libourne, le 31 mai dernier, MAM s'est laissée aller à cette confidence :

« Le dossier est clos, et en l'absence de faits nouveaux, je m'en tiens aux décisions qui ont été prises. »

La décision avait déjà été prise... sans que personne ne fasse état du moindre « dysfonctionnement ». L'avocat de la famille Boulin a donc annoncé sa volonté de lancer une action en responsabilité de l'Etat pour dysfonctionnement du service public de la justice. Olivier Morice :

« C'est la ministre en personne qui est visée. Pour le reste, nous réfléchissons. »

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  • Autist Reading
    Autist Reading
    Plus fort que Brogilo
    • Posté à 19h24 le 08/06/2010
    • Internaute
      Plus fort que Brogilo

    Si la famille Boulin continue comme çà, il vont finir adhérents du Temple Solaire !

  • pipolino
    • Posté à 19h56 le 08/06/2010

    Quand ils ne peuvent pas utiliser le « confidentiel » ou le « secret défense », les archives brûlent ou se perdent.
    Il n'y a pas que socialement qu'on régresse.
    Quelqu'un peut rappeler le classement de la France en matière de corruption ?

  • David Servenay
    David Servenay répond à Glavhio
    Auteur(e) de l'article
    • Posté à 21h59 le 08/06/2010

    C'est juste la réalité, cher Glavhio.

    Je peux vous certifier qu'il y a dans les planches photos prises par le SRPJ des images bien plus dures. En particulier celles de l'autopsie réalisée à l'IML de Paris, où l'on voit le visage tuméfié de Robert Boulin, comme s'il sortait d'un match de boxe contre Mohamed Ali.

    Ces photos, la famille Boulin a décidé de les diffuser après les avoir découvertes, plusieurs années après la mort, parce qu'elles contiennent des informations précieuses sur les circonstances du décès, notamment le fait qu'il a été battu... à mort.

    C'est un des éléments d'information sur cette affaire.

  • moravagine
    moravagine
    Observateur désabusé
    • Posté à 22h57 le 08/06/2010
    • Internaute
      Observateur désabusé

    Intérêt de montrer la photo d'un cadavre ? Faire plaisir à la famille ? Attirer le cochon de lecteur ? Apporter une information que nous n'aurions pas saisie ?

  • francky033
    francky033
    la profession pour situer un (...)
    • Posté à 00h16 le 09/06/2010
    • Internaute
      la profession pour situer un (...)

    Soutenez Fabienne Boulin dans son combat : Lien

  • Di
    Di répond à moravagine
    • Posté à 00h24 le 09/06/2010

    Elle vous choque ? Pourtant, la photo choisie est bien soft comparée à l'effroyable machination des politiques dans toute cette histoire. Je ne la trouve pas choquante, c'est la décision du parquet qui l'est. Et toute cette histoire avec tous les mensonges dès le début. Les financements occultes des partis politiques sont décidément particulièrement bien protégés et surtout notre Justice est indépendante, comme vous pouvez le constater...

  • iFFLYG
    • Posté à 09h40 le 09/06/2010
    • Internaute

    A l'époque, Philippe Alexandre, chroniqueur politique sur RTL, avait fait part de ses doutes et de ses soupçons, ce qui avait provoqué une vague de protestations sinon de menaces de procès en diffamation, de la part des politiques incriminés par les propos de M. Alexandre. Cependant, ces politiques n'avaient pas persévéré quand Philippe Alexandre avait relevé le défi et proposé de mettre tous les dossiers sur la table.