Décryptage 06/06/2010 à 19h26

Bayrou, Morin, Borloo, Arthuis : le vrai centre, c'est moi !


Tous veulent rassembler les centristes en vue de 2012, mais aussi être candidats. Sous le regard d'un Sarkozy omniprésent.


François Bayrou, Hervé Morin, Jean-Louis Borloo et Jean Arthuis (Benoît Tessier/Reuters)

Rassemblement. Le même mot est sur les lèvres de tous les centristes, mais chacun des ténors réfléchit au meilleur moyen de tirer la couverture à lui en vue de 2012. Que ce soit ou non dans une perspective d'alliance avec l'UMP, personne ne néglige l'avis de Nicolas Sarkozy pour devenir le candidat qui a toujours représenté au moins le centre droit. Décryptage.

Bayrou, du pamphlet à l'Elysée

François Bayrou peut être satisfait. Dans la bataille des centres qu'il était en passe de perdre, après les calamiteuses élections européennes et régionales pour le MoDem, le voici de nouveau en jeu, au centre du jeu. A la faveur notamment d'une entremise élyséenne.

Le 22 avril, François Bayrou et Nicolas Sarkozy se rencontrent à l'Elysée. Une entrevue restée secrète jusqu'à ce que L'Express ne la révèle dix jours plus tard. Le président de la France dit au président du MoDem qu'il s'est « trompé de stratégie depuis plusieurs années » en penchant à gauche. Et qu'il serait même prêt à travailler avec lui s'il redéfinissait sa ligne politique.

S'ensuit, un mois plus tard jour pour jour, une longue interview dans Le Monde. Nicolas Sarkozy propose d'inscrire dans la Constitution la lutte contre les déficits ? François Bayrou « trouve légitime d'en faire un principe constitutionnel ». Le PS fait des contre-propositions pour la réforme des retraites ? Il les caricature :

« Lorsque le PS officiel prétend que, pour la réforme des retraites, il suffit de taxer les banques, qu'il n'y a qu'à “prendre l'argent là où il est”, comme disait magnifiquement feu Georges Marchais, c'est le pire des messages politiques. »

« C'est n'importe quoi ! »

De quoi accréditer le confidentiel paru mercredi dans Libération, qui relate un nouveau tête-à-tête de François Bayrou, cette fois avec Pierre Méhaignerie. Il aurait confié au patron des centristes de l'UMP son intention de se « recentrer », voire de se rallier à une future majorité à condition que Nicolas Sarkozy inscrive dans son programme pour 2012 l'introduction d'une dose de proportionnelle pour les prochains scrutins.

Tangage au MoDem : l'opération renaissance est une réussite, mais il est temps de redresser la barre. Au parti centriste, on prend même son téléphone pour indiquer à Mediapart que François Bayrou a démenti ledit confidentiel... dans les commentaires du site du quotidien :

« J'ai lu cet “écho”. Il n'y a qu'un commentaire qui me vient : c'est n'importe quoi ! Est-ce que le rédacteur n'aurait pas pu me passer un coup de fil pour voir si tout cela avait la moindre crédibilité ? Parfois le téléphone peut servir pour échapper à l'intox... Amitiés. François Bayrou. »

Un commentaire suivi d'une lettre envoyée aux militants de son parti et rendue publique vendredi sur LeJDD.fr. Le président du MoDem y dénonce « rumeurs et intoxications », réfutant tout « infléchissement de notre action en direction de l'actuelle majorité ».

« En politique, il faut être magnanime »

Il est tout de même loin le temps où François Bayrou y allait au lance-flammes contre Nicolas Sarkozy, par exemple dans son pamphlet « Abus de pouvoir » (Plon) publié en avril 2009. La consigne de l'Elysée de ne plus chercher à affaiblir plus qu'il ne l'est le troisième homme de la présidentielle de 2007 n'y est certainement pas étrangère.

Consigne confirmée dans Le Figaro par le porte-parole de l'UMP, Dominique Paillé, qui avait à l'époque pourtant répondu à son ancien collègue de l'UDF par un autre livre paru quelques jours plus tard, au titre aussi évocateur, « Les Habits neufs des faux centristes : arnaque ou imposture ? » (Le Cherche Midi) :

« A partir du moment où François Bayrou ne fait plus de l'antisarkozysme et laisse à penser qu'il ne cherche plus d'accord avec le PS, il retrouve la place qui était la sienne à l'origine. En politique, il faut être magnanime. Nous savons pardonner. »

Morin, même s'il doit quitter la Défense

La consigne d'épargner le président du MoDem n'a cependant rien de gratuit. « L'Elysée va tout faire pour mettre le bordel dans la famille centriste. Si Sarkozy va rechercher Bayrou, c'est pour faire chier Morin », explique sans détour à Rue89 l'entourage du ministre de la Défense et président du Nouveau Centre.

Nicolas Sarkozy a conscience que pour 2012, il ne lui faudra pas réitérer sa stratégie de parti hégémonique à droite, désastreuse aux dernières régionales. Il mise sur un réservoir de voix au centre, mais ne veut pas non plus d'un candidat centriste qui puisse lui faire de l'ombre. Ce qui pourrait être le cas d'Hervé Morin, selon ce même proche :

« Toute la stratégie actuelle de l'Elysée consiste à entraver son chemin. Ils n'arrêtent pas de dire qu'il ne fait pas le poids mais, si c'est vrai, pourquoi mettent-ils alors en place un tel dispositif de déstabilisation ? »

« Si tu es candidat, tu ne peux pas rester au gouvernement »

Les cadres du Nouveau Centre n'en démordent toutefois pas : ils veulent un candidat à la présidentielle et tout laisse à penser qu'il s'agira du président de leur parti. Même si cela devait coûter au ministre de la Défense sa place au gouvernement...

Récemment reçu à l'Elysée, Hervé Morin a fait savoir au chef de l'Etat qu'il ne ferait pas d'esclandre dans ce cas. « Tu es bien conscient que, si tu es candidat, tu ne peux pas rester au gouvernement ? », l'a interrogé Nicolas Sarkozy, qui a reçu en retour un simple « oui ». Reste une inconnue : quand ?

En attendant, ses proches continuent de plaider sa cause face à ses concurrents pour la place de meilleur candidat centriste :

François Bayrou ? « L'analyse des votes des européennes et des régionales montrent que son électorat a fondu et n'est plus du tout de centre droit. Il faut se rappeler de Marielle de Sarnez dire que ce qu'elle a en commun avec Robert Hue est plus fort que ce qui les sépare. »

Jean-Louis Borloo ? « Le problème de Borloo, c'est qu'il est à l'UMP ! Son parti est intégré dans l'UMP et il est sous perfusion financière de l'UMP. »

Borloo, Matignon et/ou 2012 ?

Dans sa stratégie de captation de l'électorat centriste, le président de la République a également songé à la carte Borloo. C'était même l'une des premières, à en croire Le Canard Enchaîné. L'hebdomadaire satirique rapporte que le ministre de l'Ecologie aurait évoqué avec lui cette thèse à l'Elysée au lendemain de la déroute de la majorité aux régionales.

Le président du Parti radical valoisien a lui-même déclaré, le 9 mai sur Canal+, qu'il allait « réfléchir » à l'opportunité de réunir « une famille politique, écologiste, solidaire, centriste ».

« Borloo est le mieux positionné »

Le secrétaire général du parti, Laurent Hénart, va même un peu plus loin. Il affirme à Rue89 être convaincu de la nécessité de présenter un candidat centriste en 2012 et imagine logiquement Jean-Louis Borloo en endosser les habits :

« Il y aura forcément une volonté des Français d'avoir une alternative entre la gauche et la droite. François Bayrou occupait cette place en 2007, mais à trop avoir tapé depuis sur Nicolas Sarkozy, il a perdu cette image d'indépendance.

Après cette crise, quels sont les défis ? Retrouver de la cohésion sociale et miser sur le développement durable. Ce sont les deux domaines sur lesquels Jean-Louis Borloo est le mieux positionné. »

« Il commence à prendre la question très au sérieux »

Récemment réunis à deux reprises autour de Jean-Louis Borloo, les élus du Parti radical valoisien « souhaitent très clairement qu'il se présente », poursuit Laurent Hénart, avant de se confier sur la pensée de l'intéressé :

« Il commence à prendre la question très au sérieux, mais je ne sais pas ce qu'il décidera. »

Mais peu enclin à partir au clash avec Nicolas Sarkozy, c'est peut-être l'Elysée qui décidera pour lui. Le président de la République peut craindre la popularité d'un de ses ministres les plus appréciés du gouvernement dans les enquêtes d'opinion. Le nommer à Matignon pour la fin du quinquennat lui laisserait une marge de manœuvre bien moindre.

Mais aussi Arthuis, Robien...

Au rassemblement, d'autres centristes s'y essayent également, mais toujours chacun de leur côté. Après l'organisation le 18 mai d'un colloque par Gilles de Robien, président de Société en Mouvement, appelant les centristes à « se retrouver sur une plate-forme de travail, autour des valeurs communes », c'est un autre ancien ministre, le sénateur Jean Arthuis, qui organise mardi en tant que président de l'Alliance centriste des « assises de la refondation du centre ».

Interrogé par Rue89, il dit « vouloir proposer la constitution d'un think tank centriste » avant d'aller porter devant les électeurs un projet ». Comme les autres leaders centristes, il déplore « un déficit croissant, un endettement qui remet en cause la solidarité intergénérationnelle, une Europe menacée de se déliter »...

Et comme les autres leaders centristes, il « n'exclut pas » évidemment d'être le porteur de ce projet. Mais à l'issue de primaires, où il voudrait concourir face à François Bayrou, Hervé Morin et les autres. (Voir la vidéo)

Vidéo : David Servenay

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    Promeneur
    • Posté à 19h53 le 06/06/2010
    • Internaute
      Promeneur

    « Bayrou, Morin, Borloo, Arthuis : le vrai centre, c'est moi ! “

    Je suis impressionné par la jeunesse de tous ces ‘gens’ du centre.
    Le centre a de l'avenir pour sûr à force de rajeunir ses cadres. : )

    Trêve de plaisanterie, tout le monde sait que le centre n'existe pas, c'est la roue de secours du gros 4X4 qu'est la droite.
    Gros problème cette roue a un pneu lisse.

  • Fernand Buron
    • Posté à 20h08 le 06/06/2010

    Un « think tank centriste » !
    Si c'est avec des arguments à la noix pareils que tu crois que tu vas convaincre les électeurs, tu te mets le doigt dans l'œil jusqu'à la poutre, mon gars !
    CENTRISTES : TOUS DES MOUS DU GENOU !
    (Ils vont se faire coiffer sur le poteau par Galouzeau ! )

  • phc1949
    • Posté à 20h42 le 06/06/2010

    Les centristes que ce soient ceux qui en vivent comme ceux qui votent pour eux sont à la fois les plus minoritaires mais aussi les plus puissants. Ce sont eux qui font passer de 49.99 à 50.01.

  • Brachamul
    Brachamul
    Multi-Taskeur
    • Posté à 20h54 le 06/06/2010
    • Internaute
      Multi-Taskeur

    On lit quand même des trucs un peu étranges sur le Centre par ici...

    Le Centre, ce n'est pas la roue de secours de la droite, il faut être de gauche pour se dire ça. Et à droite on dira que le centre c'est la gauche entreprenante : )

    Non, le Centre c'est beaucoup plus. C'est d'abord le pragmatisme contre l'idéologie. Ce n'est pas le culte des marchés ni celui de l'état providence, c'est l'observation et l'analyse des problèmes, doublée de la recherche des solutions crédibles.

    Parceque l'éducation, l'écologie, l'énergie, et bien d'autres sujets n'ont pas besoin d'être enfermés dans un moule gauche-droite.

    Un des sujets les plus importants, pour les Centristes, c'est la dette que l'on est en train de construire pour nos vieux jours et pour nos enfants. Sans les efforts constants de tout les centres, tout le monde s'en foutrait de cette dette à la noix. 1.400.000.000.000 d'Euros à rembourser, ça fait quand même un sacré paquet.

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 23h55 le 06/06/2010
    • Internaute
      Chroniqueur Grolandais

    Les électeurs centristes ne se reconnaissent pas dans un homme ou une femme providentiel et parachuté depuis le microcosme parisien
    L'ex UDF est le prototype même de ce qu'était le centrisme, une assemblée de notables de province , médecins, vétérinaires et propriétaires terriens à forte connotation chrétienne.
    Depuis la disparition de l'UDF et la dissolution du Nouveau Centre dans l'UMP, ces électeurs sont orphelins, ils ne se reconnaissent pas dans le Modem de Bayrou (trop anti Sarkozysiste) ni dans le NC de Morin (trop inféodé à l'UMP). Quant à Borloo, ils savent qu'il ne sert que d'aspirateur de voix pour le deuxième tour de 20120.
    Il reste Jean Artuis, archétype du candidat centriste, fils de marchand de volailles, plusieurs fois sénateur de la Mayenne, plusieurs fois secrétaire d'État et Ministre, bien de sa personne, nostalgique de l'UDF, Président d'Alliance Centriste, Il a tous les atouts pour être le rassembleur des centristes à l'exception de son charisme d'huitre

  • moonlight
    • Posté à 00h21 le 07/06/2010

    A mon avis, le mieux placé est F.Bayrou, à condition qu'il reprenne sa place au centre au lieu de converger vers la gauche comme il l'a fait précédemment.
    Morin n'a aucune chance, le NC n'a jamais eu plus de 2% des voix aux élections auxquelles il s'est présenté, de plus ses électeurs viennent de l'UMP quand il n'y avait pas de candidat UMP en face ! !
    Quant à Borloo, on ne nous fera pas prendre des vessies pour des lanternes ! ! C'est un des bras droits de Sarko, je ne vois pas de différence avec lui... C'est bonnet blanc et blanc bonnet ! ! Sauf peut-être sur la dive bouteille ! ! : )