A débattre 04/06/2010 à 10h35

Hausse d'effectifs : enseignants, quels effets sur vos élèves ?



La recette du ministère de l'Education nationale pour réduire le nombre de postes d'enseignants pour les rentrées prochaines a filtré sur Internet : augmenter la taille des classes dans le premier degré.


Téléchargez le document publié sur CaféPédagogique.net

Cette proposition, issue d'un document du 4 mai remis par le ministère aux inspecteurs d'académie, a été publiée sur le site CaféPédagogique.net (voir document ci-contre) le 31 mai dernier, suscitant de vives réactions.

Plusieurs études ont tenté de mesurer l'impact de la taille des classes sur la réussite des élèves. Et notamment celle de l'économiste Thomas Piketty, publiée en 2006 par les services du ministère : elle montrait qu'en primaire, on apprend mieux à lire et à calculer quand on est 20 au lieu de 25. Un constat qui se vérifie d'autant plus pour les enfants de milieux défavorisés.

Pourtant, dans sa note aux inspecteurs d'académie, le ministère ignore les résultats de cette étude et avance au contraire que :

« Hors cas ou situations spécifiques, les études et expériences les plus récentes indiquent que la diminution des effectifs dans les classes n'a pas d'effet avéré sur les résultats des élèves et que les très petites écoles ne s'avèrent plus toujours performantes. »

Enseignants, sur un mode prospectif, racontez-nous les effets que pourraient avoir une augmentation des effectifs sur l'atmosphère de travail en classe. Quel impact sur les progrès de vos élèves ? N'hésitez pas à être concret et précis dans vos commentaires.

► Nous publierons une synthèse de vos contributions.

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  • lally
    • Posté à 10h59 le 04/06/2010

    Plus l'enseignant peut être disponible pour aider chaque élève, plus la réussite générale de la classe est importante.
    La pédagogie ne se fait pas uniquement de façon générale.
    Beaucoup d'enfants ont besoin qu'on leur explique individuellement les choses, quitte à les rappeler plusieurs fois dans un même cours.
    L'apprentissage en primaire des bases que ce soit de lecture, de maths, d'histoire, de géographie, de sciences, de langues, passe par une pédagogie individualisée. Et plus les enfants viennent d'un milieu familial en difficultés, plus cette notion de pédagogie individualisée est importante. Par ce que le niveau de concentration de l'enfant et sa disponibilité à étudier sont réduites. Donc il faut passer son temps à stimuler ces élèves, à les accompagner mais aussi à imposer une autorité suffisante pour qu'il y ait une mobilisation constante des élèves.
    Et il va sans dire qu'on y arrive mieux lorsque les enfants sont moins nombreux que nombreux. La qualité d'enseignement n'est pas la même suivant que l'on est 15, 20, 25 ou 30.

    J'ai des classes de 15 à 30 élèves. Ce n'est pas du tout la même approche pédagogique que je peux me permettre avec 30 élèves qu'en classe de 15.
    J'apprécie beaucoup plus les petits groupes. Ca me permet de pouvoir être plus disponible pour les aider, mieux leur apprendre ce que je leur enseigne et proposer un cours plus riche, mais aussi de pouvoir plus faire intervenir les enfants, les ados que j'ai. A 30, dès que l'on tente un débat, un cours un peu interactif, c'est rapidement la foire parce qu'il y en aura toujours une poignée qui en profitera pour mettre le bazar ou à peine suivre. Faudrait faire le garde chiourme perpétuellement. Par contre à 15, c'est plus facile. On construit, on étoffe chaque cours, ça participe et ça suit mieux.

    Et je fais ce constat autant avec les enfants que les ados ou les adultes. Même si les adultes sont plus autonomes, plus calmes, le fait d'évoluer dans une classe où il y a trop de monde est plus démotivant pour eux, moins attractif. Et il s'en suit souvent l'impression d'être perdu, surtout si le cours est très technique.

    Donc la volonté du ministre d'augmenter la taille des classes ne fera que décourager à la fois les enfants et les profs.
    Et cela amènera plus d'échec scolaire.
    En primaire, c'est tellement important de démarrer sa scolarité dans de bonnes conditions avec un instit qui est présent, qui est toujours le même, qui sait prendre du temps pour expliquer à chacun, rassurer, motiver...

    Comment donner confiance en eux aux enfants si d'emblée on les met dans des classes surchargées ? C'est un non-sens...

  • bleuet1
    bleuet1
    espère malgré tout
    • Posté à 11h21 le 04/06/2010
    • Internaute
      espère malgré tout

    Moi qui suis enseignante d'anglais dans le secondaire, je peux dire que la taille d'une classe a un impact très concret sur les cours de langue.
    L'oral doit avoir une place privilégiée. Mais comment faite-vous, lorsque vous menez un cours de phonologie où CHAQUE élève doit apprendre à prononcer correctement le phonèmes, pour faire s'exprimer INDIVIDUELLEMENT les élèves si la classe est trop nombreuse ? Comme le programme est chargé et qu'on ne peut pas y passer des plombes, et bien on n'interroge pas tout le monde, ou bien on le fait mais très rapidement et c'est tout simplement mal fait. Quand on sait le niveau des Français en prononciation anglaise, il y a pourtant du boulot...

    Autre exemple, qui concerne tous les enseignants, qu'ils soient du primaire ou du secondaire : le handicap scolaire. Les statistiques montrent que chaque enseignant a dans sa classe au moins deux élèves en souffrant (très souvent de la dyslexie, mais il n'y a pas que ça). Ces handicaps réclament une prise en charge particulière, qui doit être rendue possible pour peu que le professeur soit formé pour ça, mais aussi qu'il en ait le temps ! Comment fait-on pour s'occuper des besoins très particuliers de manière adéquate si la classe est très nombreuse, et si en plus elle est bruyante ?

    Ce qui me sidère d'autant plus, c'est l'hypocrisie du gouvernement avec ces « internats d'excellence ». Évidemment que l'expérience est positive, puisque les élèves évoluent dans de bonnes conditions de travail (notamment avec des classes non surchargées, je suppose) ! Mais pourquoi diable ne propose-t-on pas ça à TOUS les élèves de France ? Bon, d'accord, tous les élèves n'ont pas les mêmes besoins, mais tous les élèves ont le droit à une instruction décente.

  • ermine
    ermine
    Etudiante en sociologie
    • Posté à 13h28 le 04/06/2010
    • Internaute
      Etudiante en sociologie

    Je ne suis pas enseignante mais souhaite le devenir.
    J'ai retrouvé un bulletin de terminale auquel était joint un compte rendu dans lequel les profs donnaient leur avis sur la classe.
    Quelque chose m'a frappé :

    Anglais LV2 ; Les conditions de fonctionnement de la classe avec 33 élèves de S, L et ES rassemblés n'expliquent pas seulement les difficultés constatées [...].

    Bon, c'est de l'anglais, plein de gens le disent, les p'tits français sont nuls en anglais. MAIS. J'aimerais souligner le fait qu'il s'agit d'une classe de terminale. Et qu'en anglais, selon la filière (L, ES ou S), le coefficient et l'examen ne sont pas le même.
    Pour un bac Littéraire, la Langue Vivante n°2 a un coeffecient de 4 et se présente sous forme d'un examen écrit.
    Pour un bac Economique et Social, la LV2 a un coefficient de 3 et il s'agit d'un oral.
    Pour un bac Scientifique, la LV2 est coefficient 2 et c'est un écrit.

    Une prof devait donc préparer 33 élèves de 3 filières différentes à 3 examens différents et ayant des niveaux différents.
    Sans compter les élèves ayant des difficultés qui ne comprennent pas donc ne veulent/peuvent pas travailler.
    Sans compter les élèves ayant un niveau élevé, qui s'ennuient et ne travaillent pas non plus.
    Comptez donc au moins un tiers de la classe qui fout le bordel.

    D'accord, c'est de l'anglais.
    D'accord, la prof dit que ce n'est pas qu'à cause du nombre d'élèves que ça ne marche pas.
    Il n'empeche qu'à la base, on se sent ridicule quand on parle anglais tout seul. Quand il y a 2 ou 3 copains à côté, c'est marant. Quand il y a 30 élèves prêts à se foutre de ta gueule, t'as plus du tout envie de l'ouvrir. Si plus personne ne participe, le cours est foutu en l'air.

    Il y a quelques années j'ai passé 2 mois dans un lycée allemand. Il y avait à peu près 20 élèves dans ma classe. Là-bas, le système repose sur la participation des élèves et j'ai trouvé ça excellent. Pendant leurs cours de français je les ai trouvé très bon et tout le monde participe vraiment, même s'ils font des fautes, le prof les corrige unes par unes en prenant le temps d'expliquer à chaque fois.

    Dans les centres de loisirs, un animateur peut être responsable au maximum de 12 enfants. Un professeur est parfois responsable du triple et doit en plus leur apprendre à compter, écrire et lire.

    Je suis navrée, mon commentaire est totalement décousu mais je me sens révoltée par cet article parce que j'ai détesté l'enseignement du lycée à cause du trop grand nombre d'élèves dans ma classe. Je suis passé d'une classe de 3e à 21 élèves à une classe de seconde à 32 élèves.

  • J.N.
    J.N.
    Enseignant dans le secondaire
    • Posté à 13h44 le 04/06/2010
    • Expert
      Enseignant dans le secondaire

    L'augmentation du nombre d'élèves par classe aurait des conséquences à la fois sur le travail des élèves et sur celui des enseignants.
    Sur le travail des élèves d'abord :
    - moins de pré-corrections individualisées des exercices ;
    - moins de reformulation individuelle des consignes ;
    - moins d'évaluations de l'acquisition des savoirs et des méthodes par le passage au tableau.
    Les élèves ne font pas tous les mêmes erreurs, et n'ont donc pas tous besoin des mêmes remédiations. Il est important de pouvoir individualiser au maximum l'aide apportée dans la classe.
    De façon plus générale, plus un élève est issu d'un milieu défavorisé, plus il a besoin de construire une relation affective avec ses enseignants. Limiter davantage cette possibilité, c'est risquer de se l'aliéner.
    Sur le travail des enseignants ensuite :
    - plus de copies à corriger, de parents à rencontrer, de conseils de médiation... ainsi que des réunions parents-professeurs et des conseils de classe plus longs ;
    - des classes pleines à craquer (surtout dans les établissements récents où leurs dimensions sont calculées au millimètre) où il est impossible d'isoler un élève, et où la seule possibilité en cas de problème est l'exclusion de cours.
    Une fois de plus, cela reviendrait à travailler plus sans gagner plus.
    Augmenter les effectifs réduit donc automatiquement l'efficacité des leviers dont disposent les enseignants pour connaître, instruire et gérer leurs classes.

  • Morse
    • Posté à 10h09 le 05/06/2010

    je suis professeur des écoles.
    En maternelle, on est en ZEP limité à 25 et en primaire à 23.
    On limite le nombre d'élèves dans les classes de milieux sociaux défavorisés, c'est l'aveu même de l'influence du nombre d'élèves dans les classes sur la qualité de l'enseignement.
    Pour les influences, c'est noyer les élèves dans la masse et ne pas accorder de temps et d'intérêt au élèves « moyens ».
    Car, on s'occupe toujours des bons (faut leur donner plus à faire sinon ils vont s'ennuyer et gêner les autres) et évidemment des élèves en difficulté.
    Et puis, augmenter le nombre d'élèves revient à disposer de ressources pédagogiques limitées (quand on a des jeux pour 6 et qu'on est obligé de les mettre à 7, il y a forcément de la frustration).

  • Anterak13
    • Posté à 16h31 le 05/06/2010
    • Internaute
      GO

    Bonjour,
    Je n'ai pas trop l'habitude de donner mon avis ou opinion sur les forums. Cependant les dernières dispositions prises par le gouvernement m'incitent cette fois-ci à réagir fortement.
    Oui, l'augmentation des effectifs au sein de la classe ne manquera pas de dégrader les conditions d'enseignement et cela pour au moins deux raisons :

    La première est que plus le nombre d'élèves par classe est important et plus il est difficile de mettre en place des éléments de différenciation pédagogique (« tracer des pistes » de travail pour les élèves les plus fragiles, prendre du temps pour accompagner personnellement un élève lors de nouveaux apprentissages),

    La seconde, plus le nombre d'élèves est important et plus les problèmes de comportement de certains enfants sont difficiles à gérer (le nombre d'élèves perturbateurs va augmenter, et des émulations négatives peuvent se manifester particulièrement dans certains quartiers difficiles, mais pas seulement). Ce qui, parfois, peut être géré à 22-25 élèves devient ingérable à 30-35 (puisque c'est bien de cela dont il est question).
    A ce titre, on ne peut que déplorer la disparition entamée et à venir des RASED (maître E, maître G, psychologues scolaires) qui intervenaient auprès des enfants en grande difficulté. Ces derniers ont à régler bien des problèmes avant d'être en mesure de se confronter aux apprentissages. Ces interventions ne sont pas très rentables (d'un premier abord). Elles nécessitent des personnels spécifiques qui n'obtiennent pas toujours des résultats concluants du fait même de la nature de leur mission. Sans eux, il est à peu près certains que plus aucun enfant ne sera « sauvé ». Pour ces élèves, l'échec scolaire s'exercera dans toute sa violence et garantira une exclusion d'autant plus forte.

    Je tiens à attirer votre attention sur le fait que ce type de réforme n'a pas du tout pour objectif d'améliorer la qualité de l'enseignement reçu par les enfants mais de réduire les dépenses publiques. Quant on se fixe comme but de ne remplacer qu'un enseignant sur deux partant à la retraite sans tenir compte des données démographiques (plus maintenant), il faut s'attendre à ce que le système dysfonctionne et il dysfonctionnera à n'en pas douter. D'ailleurs, on peut se demander si se dysfonctionnement n'est pas souhaité.

    Pourquoi ? Parce que cela permettra, je pense, d'aller plus en avant dans ce qu'il faut bien appeler la destruction du système publique d'éducation (pour des raisons idéologiques principalement : le système serait, pour certains,digne du socialisme soviétique).

    Comment ? En constatant la catastrophe (ça ne marche pas) puis « en réformant » :
    1 - mise en place du chèque éducation avec « choix » pour les familles de l'établissement public ou privé (il se pourrait bien que les établissements choisissent les élèves finalement et qui nous dit d'ailleurs que les frais d'inscription correspondront au montant du chèque ? ),

    2- mise en place des EPEP (chef d'établissement recruteur, conseil d'administration avec compétences financières). Les enseignants seront recrutés (donc potentiellement évincés) en fonction de leurs atouts au regard du projet d'école. Que cela signifie-t-il pour leur statut ? Seront-ils toujours assurés de leur emploi ? Et si non, pourront-ils être contraints par des familles de rester ou non (certaines sont parfois dans le déni des difficultés de leurs enfants et rejette la responsabilité de leur échec sur le système éducatif, c'est à dire la maîtresse de la classe). L'indépendance et la neutralité des personnels sera-t-elle mise à mal ?

    Dans une certaine mesure, on peut considérer que nous nous rapprochons du système américain ou l'école publique devient une sorte de sécurité sociale de l'éducation mais sans mutuelle.
    Les familles devront-elles provisionner des fonds pour assurer la scolarité de leurs enfants dans de de bonnes conditions ?
    Cette charge supplémentaire viendra donc s'ajouter à celle qui découle de l'obligation de s'assurer d'un complément retraite.

    Voilà les évolutions proposées pour sortir de « l'archaïsme » : un programme vraiment pas très moderne qui atomise un peu plus la collectivité.

    Le déficit de l'Etat aurait pu être moindre si l'impôt avait été levé correctement (exonérations et niches trop nombreuses), les politiques ont choisi ces évolutions. La crise leur donne l'argument final pour mettre en oeuvre un projet libéral élaboré il y a déjà longtemps (AGCS par exemple, préconisations de l'OCDE, Traité constitutif, etc.). Pourquoi devrait-on (les élèves, les familles, les enseignants) accepter d'être puni à la place des autres (sphère financière). Quand un élève fait une bêtise dans la cour, il ne viendrait pas à l'idée de la maîtresse d'en punir un autre.

    Il est grand temps de réagir en dénonçant ces sombres projets.