Coke Party à la Conciergerie
« Soirée spéciale coke » jeudi à la Conciergerie. Ça pique la curiosité. Une fois à l’intérieur, il y a bien de la cocaïne, mais dans des présentoirs fermés. Ni musique, ni Zahia, ni tout ça... mais une flopée d’uniformes et de policiers en civil. Le tout dans une ancienne prison.
Sniff, serait-ce un piège ? Il y avait bien un indice : l’invitation émanait de la préfecture de police de Paris. L’ambiance était donc plutôt... (Voir la vidéo)
Assis à côté de moi, deux flics blasés se racontent des histoires de flics blasés. Tellement blasés que l’un d’eux quitte la salle après cinq minutes de conférence sur la neurobiologie des addictions (on ne lui jette pas la pierre), tandis que l’autre feint le ronflement (avec un certain talent).
« On ne rit pas avec la cocaïne »
Invités par la préfecture, la Mission interministérielle de la lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt) et le rectorat, médecins, journalistes et policiers étaient en fait réunis pour passer un message fort aux 250 000 usagers présumés de cocaïne en France :
« Quand ont dit “cocaïne” on sourit. Mais on ne rit pas avec la cocaïne. La cocaïne c’est grave. »
Démarrage sur les chapeaux de roues donc avec le cours de neurobiologie, où l’on apprend que la cocaïne empêche la dopamine de rentrer tranquillement dans son premier neurone comme elle a l’habitude de le faire.
Et parfois des cellules du cerveau meurent. Effroi dans l’assistance. La Gentille Organisatrice tente la dramatisation pour éviter le naufrage annoncé de cette première partie :
« Mais ces dégâts sur le cerveau sont réversibles ? »
Réponse scientifique de la scientifique :
« On n’a pas de retours suffisants pour le savoir. »
Nouvelle tentative de la GO pour effrayer les foules qui ne demandent que ça :
« Mais alors est-ce qu’une seule prise peut avoir des conséquences ? »
Nouvelle réponse scientifique de la scientifique :
« Tout dépend de la vulnérabilité de la personne. »
La salle applaudit poliment. Désormais soudés, mon voisin flic et moi, on reste de marbre.
Du Pass Navigo comme outil de prévention

L’affiche de la « soirée spéciale cocaïne ».
Vient ensuite le tour du psychiatre, qui nous apprend que les prix ont chuté de 50% en quelques années (si votre dealer ne suit pas, demandez-lui des comptes, la moyenne serait désormais à 60 euros...) et dresse le profil moyen du consommateur.
Pas facile à reconnaître pour les policiers : un homme d’environ 30 ans. C’est le moment où je commence à craindre que mon voisin ne se désolidarise et ne me saute dessus.
Le psy livre toutefois une technique qui devrait m’innocenter pour reconnaître le cocaïnomane : le mettre de profil ! S’il a le bout du nez affaissé, c’est qu’il y a lésions de la cloison. Et s’il y a lésions, il y a sniff !
Autre technique étrange du sympathique docteur qui réveille un peu la salle : à un patient qui ne sniffait qu’avec des tickets de métro et chez qui la vue dudit ticket provoquait un phénomène de manque, il a conseillé d’acheter... un Pass Navigo. Et ouais !
Reste quelques points qui font moins rire (car « on ne rit pas avec la coke ») : les risques encourus par les consommateurs. Accidents cardio-vasculaires, épilepsie, lésions nasales (qui vous trahissent), angoisses, états délirants...
De la révolte du sucre contre le marteau pilon
Pédopsychiatre (parce que 3% des jeunes de 17 ans auraient essayé la coke et surtout que parler des enfants, c’est toujours plus efficace quand il s’agit de faire peur), le candidat suivant commence par nous expliquer ce que c’est que la fête : « Le lieu d’exacerbation des sensations ».
Ça se confirme, on n’est pas à une fête. Pour le cocaïnomane non plus, c’est pas la fête longtemps : « Le cocaïnomane est rapidement très seul. » A croire que ce monsieur ne va pas souvent en boîte de nuit.
Conclusion de cette intervention :
« La cocaïne peut apporter du plaisir mais en aucun cas elle n’apportera le bonheur. »
C’est beau comme du Rimbaud (sauf que Rimbaud il se droguait). Ou, dit autrement : « Il ne faut pas écraser du sucre avec un marteau pilon ou le sucre se révolte » (si vous avez compris celle-là merci de me laisser un message dans les commentaires).
Saint Hortefeux au chevet de l’Afrique
Vient ensuite un reportage sur le narco-Etat de Guinée Bissau, dont on apprend que le PIB ne vaut que 2,5 tonnes de cocaïne (on en produit plus de 800 dans le monde chaque année).
« On voit que ça déstabilise des pays entiers », en conclut la GO, qui n’a pas tort mais oublie que la pauvre Guinée-Bissau n’a pas eu besoin de coke pour s’adonner aux coups d’Etat à répétition.
Heureusement, remarque quelqu’un que l’on supposera être un haut gradé de la place Beauvau, Brice Hortefeux a justement signé ce jeudi à Luxembourg (sûrement un hasard de calendrier...) un pacte européen contre la cocaïne avec un important volet pour l’Afrique. Dédain de mon petit gradé de la place Beauvau de voisin :
« Ils vont filer du pognon à des mecs qui sont pourris par la came. »
De la capacité à avaler des poissons rouges vivants
Viennent enfin les commissaires Dupond et Dupont (« car la première règle de sécurité dans la police c’est de ne jamais venir seul ») pour parler des routes de la cocaïne et de tout le mal qu’elle fait... à l’environnement.
En effet, explique Dupond, dire à des ados que la cocaïne pollue et n’est pas issue du commerce équitable (au cas où quelqu’un en aurait douté) peut être un argument pour les dissuader.
Mon inénarrable voisin n’a toujours pas l’air convaincu. D’autant moins quand Dupont explique, lui, que la première source de pollution est les herbicides utilisés contre les plantations de coca.
On apprend également que les trafiquants fabriquent du plexiglas à base de cocaïne totalement indétectable (et qui est ensuite retransformé en cocaïne, ce qui pollue ici même en Europe) et que la majeure partie de la cocaïne arrive en France par bateau.
A son arrivée elle serait pure de 70 à 90% mais ne le serait plus qu’à 30% à la revente. Bénéfice pour les trafiquants, de 20 à 30 euros le gramme.
Puis vient l’inévitable passage sur les pauvres mules (si bien traitées par la police) qui seraient sélectionnées pour leur capacité à avaler des poissons rouges vivants et à les vomir sans les avoir trop abimés (signe que leurs sucs gastriques ne seront pas trop agressifs avec leur précieuse cargaison).
« Car les trafiquants sont des grands professionnels », avertit Dupond. Lui-même grand professionnel, mon voisin réagit : « N’empêche qu’ils se font repérer à chaque fois. » Ce que l’augmentation de la consommation de cocaïne dans toute l’Europe rend peu crédible.
Conclusion de Dupont et Dupond, et de cette soirée au cours de laquelle on n’aura quand même pas appris grand chose :
« Ne pas consommer de cocaïne c’est aussi un geste citoyen. »
Sur ce, direction le buffet pour un verre de vin, car boire du vin, ça c’est un geste citoyen.
En partenariat avec LesInrocks.com
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parti de rien pour arriver (...)
parti de rien pour arriver (...)
les cartels ils sont surtout bien implantés en Rep Dominicaine avec les corses mafieux gabonais et au Costa Rica avec le traffic d’ananas fourrés à la coke !




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