A la Une 04/06/2010 à 13h50

C'est prouvé : l'acupuncture, ça marche. Et maintenant ?



Fi de la science ! Les Chinois, convaincus de l’efficacité de l’acupuncture depuis plus de 2000 ans avant Jésus-Christ, n’accordent pas grand intérêt aux travaux neuroscientifiques occidentaux visant à confirmer ou infirmer son intérêt. Une étude menée par une équipe de neuroscientifiques du centre médical de l’université de Rochester, aux Etats-Unis, vient d’en valider scientifiquement les effets.

Pratique emblématique de la médecine traditionnelle chinoise, l’acupuncture a résisté au temps depuis la publication, au IIIe siècle de notre ère, du plus vieil ouvrage sur le sujet : le « Classique d’acupuncture et de moxa ». Ces textes médicaux chinois révèlent que le corps humain est traversé par des lignes énergétiques appelées « méridiens » qui sont liés chacun à un organe. L’implantation et la manipulation de fines aiguilles en divers points de ces méridiens favorisent la circulation de l’énergie vitale, le Qi.

Les vertus de l’acupuncture décryptées par les scientifiques

L’insertion d’aiguilles d’acupuncture chez des souris activerait les récepteurs anti-douleur situés à proximité, a établi l’étude du Centre médical de Rochester.

Au cœur de ce processus, un neurotransmetteur aux propriétés antalgiques : l’adénosine. L’activation de ce médiateur chimique nécessite l’expression d’un récepteur complémentaire, le récepteur A1 de l’adénosine. Sous l’action de cette chaîne moléculaire, la douleur locale disparaît !

Pour valider cette découverte, les chercheurs ont ensuite injecté directement une molécule voisine de l’adénosine qui reproduit bel et bien les effets analgésiques de l’acupuncture.

Plus étonnant encore : pour stimuler cette action, ces mêmes chercheurs ont inoculé à des souris blessées une substance amplifiant à la fois la quantité d’adénosine ainsi que la durée de sa présence autour du site meurtri. Cette substance accroît ainsi la période d’atténuation de la souffrance de une à trois heures.

Des souris aux humains ?

La substance utilisée pour ce test, la deoxycoformycine, est un anti-cancéreux trop toxique pour être envisagé comme traitement chez l’homme. Mais cela laisse toutefois entrevoir la possibilité à terme d’injecter un médicament capable de doper l’effet des récepteurs anti-douleurs, et donc de renforcer les actions de l’acupuncture par la médecine occidentale.

Pour le docteur Gil Berger, médecin acupuncteur et membre de l’Association française d’acupuncture, une contribution scientifique en faveur de l’acupuncture n’est pas négligeable mais elle continuera de ne pas faire l’unanimité au sein de la communauté médicale occidentale :

« Nous contribuons à diminuer l’utilisation de médicaments, mais la sécurité sociale continue de considérer que nous ne faisons que piquer nos patients, que nous enchaînons les séances et que nous ne prenons pas le temps de les écouter.

Cette étude est un rapprochement de plus entre acupuncture et science et ne peut qu’apporter du crédit à notre discipline. Cependant, les preuves scientifiques ne changeront pas la façon dont je soigne mes patients par l’acupuncture. De toute façon, il y aura toujours des détracteurs pour dire que ce n’est pas une preuve suffisante. »

Rapprochement entre médecine occidentale et acupuncture

Des chercheurs en sciences comportementales de l’université de Stanford en Californie ont pourtant prouvé l’efficacité de l’acupuncture grâce à une étude menée sur 150 femmes enceintes fortement déprimées. Pour arriver à ce résultat, ces femmes ont, pendant huit semaines, reçu :

  • soit un traitement sous forme d’acupuncture spécifique à la dépression,
  • soit un traitement d’acupuncture non spécifique,
  • soit un traitement à base de massages.

Conclusions : les femmes ayant suivi le traitement d’acupuncture spécifique répondent significativement mieux que les deux autres catégories : 63% contre 44,3%. L’intérêt de cette découverte n’est pas négligeable car les antidépresseurs sont proscrits durant la grossesse.

Selon Anne Perraut-Soliveres, directrice de la publication de la revue Pratiques, les cahiers de la médecine utopique :

« Il y a un gros monopole de la médecine en France et les études scientifiques qui valident les bienfaits de l’acupuncture pourraient enfin permettre à cette technique de se faire une place définitive dans la médecine occidentale, et par là-même d’améliorer la prise en compte conjointe de la douleur par les deux disciplines : médecine occidentale et acupuncture. »

Aller plus loin
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  • Fabienne Gallaire
    Fabienne Gallaire
    Journaliste
    • Posté à 15h14 le 04/06/2010
    • Journaliste 24285
      Journaliste

    Ce que cet article omet de préciser, c’est que les études sur les humains ont montré que l’acupunture ne fonctionne pas mieux que le placebo (fausses aiguilles ou points choisis au hasard).
    (Voir Lien des divers résultats selon le Lien).
    Donner autant de publicité à une étude sur la souris semble donc étrange.

    Les résultats n’en sont pas moins intéressants sur la sensibilité de la douleur neuropathique à l’adénosine, mais il convient de souligner que c’est un effet *local* qui ne valide aucunement les théories de l’acupucture : les souris sont piquées dans la patte à un endroit supposer traiter l’estomac. Et ça leur soulage... la patte.

    Pour plus de détails, voir
    - l’article original N. Goldman et al., Lien, Nature Neuroscience, en ligne 30 mai 2010, doi : 10.1038/nn.2562.
    - un Lien (en).
    - un Lien sur le même sujet (en).

  • karghyl
    karghyl
    informaticien, Paris
    • Posté à 15h33 le 04/06/2010
    • Internaute 17757
      informaticien, Paris

    Pour avoir été traité plusieurs fois pour des tendinites, je suis convaincu de l’efficacité de l’acuponcture.
    Alors que les examens (analyse de sang, échographie du tendon) et traitements allopathiques (anti-inflammatoires) ne fonctionnaient pas et coûtaient cher, deux séances d’acuponcture ont donné pleinement satisfaction et coûté beaucoup moins cher.

    Je trouve que c’est un peu plus efficace qu’un placébo, et en plus contrairement aux anti-inflammatoires, ça n’abime pas l’estomac...

  • Herby
    Herby répond à VickingJack
    encore là
    • Posté à 16h04 le 04/06/2010
    • Internaute 116252
      encore là

    Très juste.
    En Chine, dans les régions rurales, le médecin passe une fois par an dans chaque village, ausculte chaque habitant et prescrit éventuellement un traitement généralement à base de plantes mais l’acupuncture peut aussi en faire partie. Lors de cette visite annuelle, le médecin est payé.
    Si durant l’année, un habitant tombe malade, le médecin doit alors revenir au village et s’occuper du patient. Mais à ce moment-là, par contre, il n’est pas payé.
    Le médecin a donc tout intérêt à avoir des patients en bonne santé.

    « En quelque sorte la médecine traditionnel s’occupe de la santé des personnes, la médecine scientifique de la maladie. »
    Également très juste.
    L’organisation même de ce « système de santé » démontre que la médecine chinoise est avant tout une médecine préventive privilégiant le maintien en bonne santé. Le rôle du médecin lors de sa visite annuelle est de détecter d’éventuelles carences ou faiblesses dans l’organisme de ses patients et d’y remédier. Si, malgré tout, un de ses patients tombe malade, cela signifie qu’il n’a pas bien fait son travail et se doit donc de revenir s’occuper du malade sans demander d’honoraires.
    Cependant, cette tradition tend à disparaître laissant place à un système de santé tel que nous le connaissons.
    Mais la médecine traditionnelle à base de plantes, d’acupuncture et autres vieilles recettes coexiste très bien avec notre médecine moderne. L’une prévient les maladies, l’autre les soigne. Elles sont donc parfaitement complémentaires.

    Pour conclure, par rapport aux plantes médicinales largement utilisées dans la médecine chinoise, j’ai vu en Asie (à Singapour notamment, ce n’est pas vraiment la Chine rurale) des pharmacies proposant des milliers de plantes. Je pense que si on faisait le décompte des substances actives que l’on trouve dans ces plantes et que l’on compare ça avec celles présentes dans le stock de la pharmacie du coin, on y trouverait sensiblement la même chose.
    Dieu merci, grâce à nos chers labos, l’infusion de racine a un goût beaucoup plus agréable.

  • Brédala
    Brédala répond à Autre raleur
    NB : dernières lignes dans " (...)
    • Posté à 19h45 le 04/06/2010
    • Internaute 63792
      NB : dernières lignes dans " (...)

    J’ai l’impression que depuis la chasse aux sorcières (herboristes notamment, « remède de bonne-femmes » inclus), d’après-guerre, par l’industrie chimique (Bayer), ces pratiques ont été reléguées dans le placard à flon-flons folkloriques...
    L’intelligence moderne se détournant de la terre, attirée par des horizons plus binaires, plus technologiques, plus lucratifs...
    Il existe des scientifiques qui reconnaissent ces pratiques mystérieuses,
    ce ne sont pas forcément des cousins de Claude Allègre !
    On peut trouver des témoignages mais dans des lectures plutôt ésotériques, new-âge...à leur détriment d’ailleurs, les marginalisant encore davantage, effrayant d’autant le grand public à cause d’un caractère mystique pouvant être mal interprété.