Tribune 03/06/2010 à 08h16

France Afrique : « le sommet de la poudre aux yeux »

L'Observateur paalga"
San Evariste Barro | L'Observateur Paalga

Le sommet France-Afrique de Nice vu d’Afrique : notre partenaire au Burkina Faso, L’Observateur Paalga, a publié mercredi le commentaire ci-dessous, décapant et désabusé, sur les résultats de la rencontre.

(De Ouagadougou) A Nice, dans l’Hexagone, les lampions se sont éteints mardi sur le jamboree du 25e sommet Afrique-France. Depuis, les 38 princes « nègres » qui avaient accouru à l’appel du « grand chef blanc » ont, pour la plupart, regagné le bercail. Mais avant, certains ont fait un petit crochet à Paris, histoire de laisser un peu de temps à la Première Dame de faire ses emplettes dans les plus grands magasins de la ville Lumières.

Dans le lot des absences à Nice, on retiendra, d’une part, celle d’un Laurent Gbagbo de la Côte d’Ivoire, qui a préféré décliner l’invitation, et, d’autre part, celles de présidents « parias » comme le Soudanais Omar El Béchir, le Malgache Andry Rajoelina, et le Zimbabwéen, Robert Mugabe, qui ont vainement attendu le précieux bristol.

Le cadre de ce sommet, véritable théâtre de fête foraine, se prête plus au farniente qu’à de vraies cogitations devant déboucher sur des décisions ayant une incidence directe et concrète sur les populations africaines. Il ne faut tout de même pas oublier qu’on est sur la Côte d’Azur, lieu de plaisance où nombre de chefs d’Etat du continent possèdent des hôtels particuliers pour leurs vacances d’été !

De toute façon, on savait que cette Afrique-France allait donner lieu à de grands discours comme à l’accoutumée : une vraie litanie de déclarations d’intention. On n’en attendait donc pas grand-chose. Et, de ce point de vue, on n’est pas du tout déçu par les conclusions de cette grand-messe, qui passe plus pour des scories et des survivances d’un néocolonialisme hors du temps que pour autre chose.

Parmi les princes de la Françafrique, quelques-uns ont pu faire parler d’eux : les généraux guinéen Sékouba Konaté et nigérien Salou Djibo. La raison à cela est qu’ils sont tous deux putschistes. Sur cette question, le président Jacob Zuma de l’Afrique du Sud, dans un entretien accordé à la chaîne de télévision France 24, a déclaré :

« Nous souhaiterions que ces gens n’aient pas cette reconnaissance, parce que s’ils sont reconnus ici au même niveau pratiquement que les autres chefs d’Etat, cela pose un problème pour l’Afrique ».

Puis il a ajouté que leur présence à de telles rencontres peut être perçue comme une exhortation faite aux militaires de renverser les pouvoirs civils dans nos pays.

« Les inviter signifie une reconnaissance. C’est ainsi que c’est interprété sur le continent. Ils (les militaires) ne devraient pas pouvoir entreprendre des coups d’Etat. C’est contre la culture démocratique, que nous essayons de promouvoir en Afrique ».

Mais à vrai dire, il y a de quoi se marrer devant de tels ostracismes. Certes, il est évident que Sékouba Konaté et Salou Dijbo sont des putschistes, mais c’est des putschistes pas comme les autres. Dans le premier cas, en Guinée, le coup d’Etat a catalysé aujourd’hui, après les errances d’un général et la boulimie du pouvoir d’un capitaine illuminé qui a fini par prendre une balle dans la tête, la relance du processus démocratique en Guinée.

Dans le second cas, au Niger, l’irruption du treillis dans l’arène politique a permis de mettre un terme à l’œuvre d’un colonel-président qui voulait trois ans pour finir ses chantiers.

Pour être honnête, il faut reconnaître que ces deux ont fait une œuvre de salubrité publique.

Mais au lieu de vouloir mettre à l’index ces deux putschistes, pourquoi ne pas plutôt s’en prendre à ces présidents qui sont arrivés au pouvoir par les armes ou encore à ces roitelets qui sont déjà aux affaires et qui perpètrent régulièrement des putschs constitutionnels pour se scotcher à la magistrature suprême de nos Etats ? Ceux-là étaient pourtant les plus nombreux sur la Côte d’Azur. Nous ne citerons pas de noms de peur d’en oublier.

En effet, n’est-ce pas quelque part un coup d’Etat que de changer en cours de match les règles du jeu, de se tailler des Constitutions sur mesure et de sauter les verrous constitutionnels pour s’éterniser au pouvoir ?

La France a soutenu que c’est parce que les juntes guinéenne et nigérienne avaient donné des « garanties », avec à la clé un « calendrier électoral » et une transition démocratique se déroulant dans un cadre consensuel. Une réponse qui tient, certes, la route, mais difficile de ne pas voir en bas la laide vérité qui est que ces deux pays représentent des intérêts économiques stratégiques pour l’ancienne puissance colonisatrice, qui a besoin de l’uranium de Niamey et des richesses du sous-sol de Conakry.

Ce 25e sommet, présenté alors comme celui du renouveau et de la rupture avec les vieux réseaux d’influence postcoloniaux, n’est que de la poudre aux yeux. On ne peut pas, comme Sarkozy, être le candidat du CAC 40 et rejeter des pays qui ont un certain intérêt pour les opérateurs économiques français.

Publié initialement sur
L'Observateur paalga
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  • 14240
    14240
    retraité
    • Posté à 14h48 le 03/06/2010
    • Internaute 95774
      retraité

    Poudre aux yeux....poudre aux yeux ? ? ? ...mon oeil...impossible de circuler en ville...4.000 hommes des services de sécurité, interdisant le centre de Nice ?
    Pour le sommet....c’est un BIDE de plus à l’actif du président ! ...dépenses à gogo ! ...en tout « GENRE »...pour faire plaisir à l’Afrique...qui commerce avec la Chine, et les USA ! ...heu...il nous reste des Africains venants chercher refuge chez nous ! ...pour pas CHER... !

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 15h49 le 03/06/2010
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    France Afrique : « le sommet de la poudre aux yeux »

    Ouais bin la prochaine fois qu’ils organisent le sommet France - Amérique du Sud, histoire de faire le sommet de la poudre au nez, ce qui sera beaucoup plus agréable : D

  • solènejazz
    • Posté à 15h55 le 03/06/2010
    • Internaute 89346

    Analyse froide et réaliste
    bilan : l’Afrique n’a rien a gagné à maintenir des relations étroites avec la France

    l’auteur aurait pu évoqué les responsabilités des différentes multinationales françaises dans la mise en place de régime autoritaire ou le maintien de dictateur

    L’Afrique doit rompre les amarres avec la France et renégocier tout ces contrats, elle doit aussi demander le départ des soldats français

    Mais est ce que la Chine sera un partenaire plus fiable ? est ce que Khadafi va promouvoir un processus démocratique ?

  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 18h30 le 03/06/2010
    • Internaute 82025
      non connue

    Sommet CAC40-berlines présidentielles donc.
    Nice était un bon choix. L’historique juridique de ses maires ne dépaysait pas trop...

    Merci pour cet article, c’est toujours un plaisir de lire l’Observateur Paalga dans ces colonnes. Ce serait intéressant de parler aussi des chefs d’États les plus intègres. C’est peut-être plus facile de ne pas en oublier.

  • monpays
    • Posté à 18h30 le 03/06/2010
    • Internaute 39512

    Le roi Mohamed VI du Maroc et le président Joseph Kabila (RD Congo) n’étaient pas là non plus. Et ils n’ont pas tort. Ce petit cirque ne sert strictement à rien. Nicolas Sarkozy, qui n’en est pas à une contradiction près, prétend relayer le message de l’Afrique auprès des instances internationales. Mais qui lui a donné mandat ? Les Africains eux-mêmes ne peuvent pas s’exprimer ? La France est-elle le seul membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU à comprendre l’Afrique ? Grâce à Nicolas Sarkozy, « l’homme africain » est enfin entré dans l’histoire ?
    La majorité des Africains, qui ne parlent même pas la langue française, n’ont pas les yeux rivés sur la France - contrairement aux idées reçues. L’Afrique ne se résume pas à l’ensemble des ex-colonies françaises. D’ailleurs, celles-ci ne constituent qu’une minorité des 53 Etats africains. Certes, ces ex-colonies tiennent, d’une façon ou d’une autre, à maintenir des liens avec la France. Mais l’écrasante majorité des pays africains s’en foutent royalement. Un Sud-Africain, un Zambien, un Nigérian, un Mozambicain, un Zambien, un Ougandais, un Angolais, un Ghanéen ou un Soudanais par exemple ne se réveille pas le matin en cherchant à savoir ce que pense Nicolas Sarkozy de l’Afrique. Il ne faudrait pas qu’on accorde à la France l’importance qu’elle n’a pas.

  • A déménagé le 1-6
    • Posté à 20h06 le 03/06/2010
    • Internaute 61755

    quelle rupture !

    il suffit de lire que « La France a soutenu que c’est parce que les juntes guinéenne et nigérienne avaient donné des “ garanties ”, avec à la clé un “ calendrier électoral ” et une transition démocratique se déroulant dans un cadre consensuel. » pour s’apercevoir des changements incantatoires...

    mais bon, les promesses n’engagent que ceux qui font semblant d’y croire.