A la Une 02/06/2010 à 13h38

Karachi : Sarkozy et Balladur directement impliqués


Selon un rapport, une société off-shore créée avec leur accord a permis le financement illégal de campagnes politiques en France.


C'est une nouvelle pièce dans le dossier de l'attentat de Karachi. Dans un rapport, dont le contenu est révélé ce mercredi par Mediapart, la police judiciaire luxembourgeoise décortique l'activité d'une société off-shore mise en place par la DCN (Direction des constructions navales) pour distribuer des commissions. Une off-shore créée « directement » sur accord de Balladur et de Sarkozy. Avec la trace de commissions qui ont financé des « campagnes politiques françaises ».

Cela fait deux ans que les pièces s'accumulent dans les armoires des enquêteurs chargés d'analyser le système de financement des contrats d'armement de la DCN dans les années 90. Trois (grosses) affaires sont au cœur de leurs recherches :

  • Le contrat des Frégates de Taïwan, six navires vendus 2,4 milliards d'euros ;
  • Le contrat des trois sous-marins Agosta B, vendus 826 millions d'euros au Pakistan ;
  • Le contrat Sawari 2, trois frégates vendues 3 milliards d'euros à l'Arabie Saoudite.

A l'époque, la DCN, société d'Etat, a parfaitement le droit de verser des commissions à des intermédiaires susceptibles de favoriser la conclusion de ces contrats. Ces commissions sont d'ailleurs défiscalisées, après déclaration au ministère du Budget, pour être discrètement versées dans des paradis fiscaux et judiciaires.

DCN international (DCN-I) confie à Jean-Marie Boivin le soin de créer deux sociétés off-shore basées au Luxembourg : Heine et Eurolux gestion. Deux coquilles vouées à servir de réceptacles aux commissions, pour alimenter ensuite une chaîne de sociétés-écrans qui va nourrir les circuits de la corruption. Ce que Nicolas Sarkozy démentait il y a un an à Bruxelles lors d'une conférence de presse. (Voir la vidéo)

« Pour le financement de campagnes politiques françaises »

En février, les policiers luxembourgeois ont transmis leur rapport au parquet général de Paris. Leurs conclusions, conformes aux premières fuites de l'enquête révélées par Bakchich, sont les suivantes :

« Un document [...] fait état de l'historique et du fonctionnement des sociétés Heine et Eurolux [société jumelle de Heine, ndlr]. Selon ce document, les accords sur la création des sociétés semblaient venir directement de M. le Premier ministre Balladur et de M. le ministre des Finances Nicolas Sarkozy.

En 1995, des références font croire à une forme de rétro-commission pour payer des campagnes politiques en France. Nous soulignons qu'Edouard Balladur était candidat à l'élection présidentielle en 1995 face à Jacques Chirac et était soutenu par une partie du RPR dont M. Nicolas Sarkozy et Charles Pasqua. »

Ou encore :

« Finalement, une partie des fonds qui sont passés par le Luxembourg reviennent en France pour le financement de campagnes politiques françaises. »

Les policiers relèvent notamment qu'un virement de 96 462 000 de francs (14,7 millions d'euros) en 1995 aurait eu pour destinataire final des Français. En clair, des rétro-commissions parfaitement interdites par le code pénal et les lois de financement de la vie politique votées entre 1990 et 1995. Question : qui a bénéficié de ce financement illicite ?

  • Jacques Chirac, soutenu par le RPR ?
  • Edouard Balladur, son ami de 30 ans, soutenu par des diss

    idents du RPR et de l'UDF ?

  • Ou d'autres candidats à la présidentielle de 1995 ?

L'intermédiaire libanais Ziad Takieddine s'est exprimé dimanche dans le JDD pour se dédouaner et mettre en cause les réseaux... chiraquiens. Selon lui, le clan du Président aurait puisé dans la manne des commissions versées en marge du contrat saoudien Sawari 2.

Question subsidiaire qui sous-tend l'enquête sur l'attentat de Karachi : y-a-t-il un lien entre l'explosion du bus de la DCN, le 8 mai 2002 au Pakistan, et le versement de ces commissions ?

En 2006, les administrateurs luxembourgeois interrogent Sarkozy

La réponse ne figure pas dans le rapport du Grand Duché. Au contraire, les policiers luxembourgeois soulignent avec une pointe d'ironie la sophistication du dispositif financier et concluent qu'« il n'existe aucune preuve concrète de corruption ».

Mais cette analyse réaffirme aussi que Nicolas Sarkozy, ministre du Budget de 1993 à 1995, puis ministre de l'Intérieur à partir de 2002, a été informé de près des activités d'Heine. Les enquêteurs mentionnent un détail troublant, celui d'un courrier de deux administrateurs de Heine :

« [...] adressé à M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur, le 29 novembre 2006 où on lui demande des instructions par rapport à la démarche à suivre concernant le risque de liquidation judiciaire de la société Heine. »

Quel lien existe-t-il précisément entre Nicolas Sarkozy et Heine en pleine campagne présidentielle pour l'élection de 2007 ? Jusqu'à maintenant, le chef de l'Etat a choisi d'éluder le sujet. Une position d'équilibriste de plus en plus difficile à tenir. Autant que les dénégations de l'ancien Premier ministre Edouard Balladur.

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  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 14h36 le 02/06/2010
    • Internaute
      Prisonnier dans le village (...)

    Ben quoi ? On a encore le droit de rêver ..

  • passager
    passager
    clandestin
    • Posté à 15h07 le 02/06/2010
    • Internaute
      clandestin

    La présentation des faits (et les réactions qu'elle suscite) ne me semble pas très honnête. La seule chose qui parait avérée pour l'instant c'est la connaissance qu'avaient Balladur et son ministre du budget Sarkozy de la création d'une société luxembourgeoise destinée à gérer d'éventuelles commissions à verser à des intermédiaires œuvrant à la facilitation de certaines négociations.
    Mais il nous est dit que cette pratique est légale et qu'elle donne même lieu à une défiscalisation (d'où certainement la nécessité d'en avertir le ministre du budget). Donc jusqu'ici rien d'anormal.

    Ensuite il pourrait y avoir eu versement de « rétrocommissions » à des intermédiaires français opérant pour un candidat. (« En 1995, des références font croire à une forme de rétro-commission… » ) mais apparemment pas de preuve de ces rétro-commissions et encore moins de l'implication de Sarkozy ou Balladur.

    Ce mélange entre de l'avéré, parfaitement légal, et du présumé, totalement illégal, induit, pour le moins, une certaine confusion.

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 15h45 le 02/06/2010
    • Internaute
      Chroniqueur Grolandais

    Ma contribution du 29/12/2009
    La « Presse de la Manche » de ce jour, fait état de la plainte de 6 familles de Cherbourg contre M. E. Balladur pour corruption active et passive dans le cadre des contrats Karachi. Les fonds ainsi « recueillis » auraient alimenté des caisses électorales d'Édouard pour les présidentielles de 2002 via des sociétés au Luxembourg ( Eurolux et Heine)
    Monsieur Sarkozy, alors ministre des finances du gouvernement Balladur et supporter d'Édouard n'aurait rien à redire de ce procédé ?
    La Presse de la Manche organe pas vraiment « gaucho crypto communiste » relate des faits qui ont touché 11 techniciens de l'arsenal de Cherbourg le 8 mai 2002.
    Tous ces faits ont faits l'objet d'un rapport officiel baptisé « Nautilus » commandé par la DCNS
    Par contre l'article se termine par un
    « Il revient dorénavant au parquet d'ouvrir une enquête.... ou de classer sans suite » On ne peut pas être plus explicite »
    Régulièrement La Presse de la Manche fait état de l'enquête en cours pour deux raisons
    1) Comme indiqué dans ce texte, se sont 11 Cherbourgeois qui sont morts à Karachi
    2) C'est le Député Maire de Cherbourg . B. Cazeneuve qui était le rapporteur de l'enquête parlementaire sur cette affaire.
    B. Cazeneuve insiste particulièrement sur l'absence de transmission de pièces essentielles pour les besoins de vérité sur cette affaire, pièces classées « “confidentielle défense” et dont les représentants parlementaires ne peuvent avoir accès, ce qui est un comble dans notre démocratie.

  • cMoi69
    • Posté à 16h35 le 02/06/2010

    Il me semble pas avoir lu d'information concernant le site du collectif
    Voici l'adresse

    Lien

    Pour ceux qui demandent de passer très vite à autre chose,(certaines contributions) , il faut se rappeler que les familles , elles ! ! se battent depuis pas mal de temp pour justement ne pas passer à autre chose trop rapidement... que la vérité soit écrite , que la justice dite...

  • Neihu
    • Posté à 19h24 le 02/06/2010

    Bonsoir,

    Cette affaire intéresse beaucoup à Taïwan et...en Chine où les rétro-commissions- celles qui sont interdites et sanctionnées- par la loi française et européenne depuis que le Code Pénal existe- sont avérées et leurs destinataires identifiés (en Chine, ils sont en liberté ou morts, à Taïwan décédés ou en prison).

    Seule exception : la France qui protège depuis 20 ans tous les corrompus directs et indirects des contrats d'armement, jamais inquiétés, encore moins condamnés ou emprisonnés, voire contraints, comme à Taïwan, à rendre l'argent volé ! ! !

    Il faut aussi rappeler que la France et Thalès négocient actuellement avec le gouvernement taïwanais le remboursement de près d'un milliard d'euros pour l'affaire de corruption dites des frégates de Taïwan.

    Que les contribuables français se rassurent : les gouvernants français corrompus gardent l'argent mal acquis et vont faire payer le Trésor Public, c'est à dire le peuple pour se protéger et préserver les sommes reçues contre la loi commune qu'ils sont censés défendre.

    Il en sera de même bientôt avec le dossier des Mirage 2000. que l'article a oublié de mentionner......

    Si cela continue, la France aura aussi mauvaise presse mondiale pour ses politiciens corrompus qu'Israël avec ses actes de piratage et de kidnapping de citoyens dans les eaux internationales !

    Et en France, celui qui crée cette image négative du pays dans le monde s'appelle Nicolas Sarkozy comme en Israël, le fautif se nomme Netanyahu (avec ses amis).

    Il serait temps que soit lancée une campagne populaire massive pour la démission de Nicolas Sarkozy, comme on fit à Taïwan contre l'ancien Président Chen Shui Bian (qui dort en prison maintenant pour avoir volé des milliards de $ taïwanais d'argent public.

    Un exemple à suivre par les citoyens français...

    Bien cordialement,