Conso.net 27/05/2010 à 18h36

Quand les syndics se « servent » de l'argent des copropriétaires

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Florent Pommier | Journaliste


Une affaire visant un des leaders français des administrateurs de biens met en lumière les dangers d’une pratique douteuse : les syndics peuvent se servir indirectement des fonds des copropriétaires pour leurs propres intérêts.

Pour éviter toute dérive, des associations de consommateurs plaident pour que chaque copropriété se dote d’un compte bancaire séparé. Aujourd’hui, ce n’est pas une obligation légale. Seulement une option... difficile à mettre en œuvre.

Mettez-vous un instant dans la peau d’un syndic. Vous gérez les fonds de centaines voire de milliers de copropriétaires mais, conformément à l’article 5 de la loi « Hoguet » du 2 janvier 1970 et à l’article 59 du décret du 20 juillet 1972, vous ne pouvez pas les utiliser pour vous -puisqu’ils sont destinés à payer des charges et des travaux.

Pourtant, cette trésorerie est enviable et vous estimez qu’il est dommage de ne pas se « servir » de cet argent. Imaginez alors que votre banque, avec laquelle vous êtes en bons termes, vous permette d’exploiter indirectement ces fonds pour vos propres intérêts.

Comment est-ce possible ? La banque crée un « compte reflet » sur lequel elle place une somme équivalente à l’ensemble des fonds présents sur les comptes « intouchables » des copropriétés. Dans les faits, elle vous accorde un prêt en acceptant que les fonds des copropriétaires servent de garantie financière. Vous placez alors cet argent pour le faire fructifier.

La belle astuce ! Problème : ce n’est pas un rêve, mais bel et bien la réalité.

Quelque 400 000 copropriétaires s’inquiètent pour leurs fonds

Ce genre de pratique financière, qui semble monnaie courante, est au cœur de l’« affaire Urbania ». En début d’année, le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire pour voir si cet administrateur de biens, qui regroupe 115 cabinets pour 400 000 lots de copropriétés, a floué ou non la Société générale.

Au cours de l’année 2009, cette banque assure avoir demandé plusieurs fois -en vain- à Urbania de verser davantage de fonds sur les comptes des copropriétés pour qu’ils équivaillent l’argent qu’elle prêtait par le biais des comptes reflets. La banque, qui a porté plainte, aurait subi une perte de 200 millions d’euros.

Selon le quotidien Le Monde du 4 mai, d’autres banques seraient concernées. Au total, 500 millions d’euros auraient en fait été utilisés par Urbania pour acheter notamment de nouveaux cabinets et prendre des participations dans des sociétés, dont certaines seraient hébergées dans des paradis fiscaux.

L’Union nationale des associations de responsables de copropriété (Unarc) pointe les effets pervers du système :

« Pour obtenir le maximum d’argent à placer, le syndic va chercher à majorer par tous les moyens les trésoreries disponibles des copropriétés, ce qui va se traduire par un budget gonflé, des prestataires payés avec retard, le refus de placer l’argent au profit des copropriétaires, etc. »

La solution : contraindre les syndics à ouvrir un compte séparé

Si la dérive est avérée et que certains des quelque 400 000 copropriétaires ne recouvrent pas les fonds déposés, l’affaire aura un retentissement encore plus important.

Déjà, elle est l’occasion pour les associations de consommateurs de remettre sur le métier une demande déjà ancienne : il s’agit de mieux encadrer les syndics en les obligeant à ouvrir un compte bancaire séparé. Cela permet au syndicat de copropriété d’avoir une meilleure connaissance des fonds disponibles et de placer certaines sommes sur un compte épargne qui produit des intérêts pour la communauté des propriétaires et non pour le syndic .

Aujourd’hui, la loi « SRU » du 13 décembre 2000 contraint le syndic à ouvrir un tel compte, tout en prévoyant la possibilité pour l’assemblée générale des copropriétaires de l’en dispenser par un vote... Si bien que beaucoup de copropriétés ne disposent pas de compte séparé, car leurs syndics les en dissuadent en faisant valoir que les frais bancaires et les honoraires augmenteront.

L’association Consommation, logement et cadre de vie (CLCV) et l’Unarc réclament de nouveau qu’il n’y ait plus de dispense possible et qu’un compte bancaire séparé soit ouvert pour chaque copropriété. « C’est une des solutions majeures face à des affaires comme Urbania, estime David Rodrigues, juriste à la CLCV. Ensuite, le compte séparé ne doit pas se traduire par une augmentation des honoraires et des frais bancaires. »

Un projet de loi, mais que contiendra-t-il ?

Le ministère de la Justice prépare un projet de loi qui pourrait être soumis au conseil des ministres en juillet. S’agira-t-il de modifier à nouveau les règles régissant le statut des copropriétés (loi du 10 juillet 1965 et décret du 17 mars 1967) pour mieux protéger l’argent des copropriétaires ? De supprimer cette fameuse dispense ?

Pour l’instant, le ministère ne souhaite parler que de ses axes de travail :

« La tenue et la gestion des comptes des copropriétés pour améliorer la transparence, le renforcement des mesures disciplinaires, le contrôle annuel des activités des administrateurs de biens par la DGCCRF, l’amélioration de la formation professionnelle dans le secteur. »

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  • la blatte
    la blatte
    Eleveur d'idées, empathovore (...)
    • Posté à 19h07 le 27/05/2010
    • Internaute 80755
      Eleveur d'idées, empathovore (...)

    Et la marmotte, elle met le papier autour du chocolat ? ...
    Plus sérieusement, gestionnaire de syndic depuis peu, j’ai découvert ces méthodes avec étonnement, mais le problème est que dans 99% des cas, le syndicat des copropriétaires refuse de voter le compte séparé car celà engendre des frais supplémentaires pour la copro ! Sur une 60taine d’AG, je compte un seul compte séparé...

  • xaxa
    • Posté à 20h11 le 27/05/2010
    • Internaute 88669

    « Si bien que beaucoup de copropriétés ne disposent pas de compte séparé, car leurs syndics les en dissuadent en faisant valoir que les frais bancaires et les honoraires augmenteront. »

    Avis d’un copropriétaire affilié par rachat de son syndic.

    Depuis 2003, l’ancien syndic, comme Urbania depuis le rachat, propose chaque année :
    1) ce compte séparé pour la gestion des appels de fonds dans le cadre du budget général.

    Le syndic, dans son descriptif des points à voter lors de l’AG, précise qu’il y a des frais, modestes compte tenu des sommes transitant sur ce compte, mais aucun frais supplémentaire dans le tarif du syndic puisque cette solution simplifie la gestion comptable du syndic, et que dans le même temps cela facilite la vie des copropriétaires qui peuvent plus facilement contrôler l’effectivité des rentrées et des sorties puisque les relevés bancaires, et plus seulement les relevés comptables, sont alors controlables. Donc un controle du travail réel du syndic plus aisé.

    Cette disposition est refusée à 80% des copropriétaires présents depuis toujours.

    Résultat : sur ce point, le syndic n’est pas en tord.

    2) le syndic propose l’ouverture d’un compte supplémentaire, rémunéré, au nom de la copro, pour placer des fonds réclamés par anticipation, en prévision de travaux au delà de l’année à venir (hors budget de l’année à venir).

    L’idée étant d’augmenter les appels trimestriels de 30 à 100 euros pour préparer ce fond, qui viendrait en déduction lors de travaux futurs.

    Cette mesure est elle aussi systématiquement refusée par plus de 70% des copropriétaires.

    Résultat : en 2009, des travaux réglementaires, prévus depuis 5 ou 6 ans mais sans cesse repoussé, sont tombés. Les appels de travaux, en l’absence de ce fond prévisionnel, ont donc été lancé. Entre 2000 et 9000 euros d’appels supplémentaires PAR copropriétaire pour financer ces travaux ... imposés par l’Etat, et prévisible depuis 6 ans.

    Et curieusement, ceux qui refusaient le fond prévisionnel sont venus râler en raison des sommes appelées sur une seule année, sur le manque de prévision du syndic en la matière (6 AG annuelle de suite traitant de ce sujet, mais personne n’était au courant du montant de ces travaux ? ? ?), des impayés à gogo et ... des travaux retardés d’un an faute de la disponibilité des fonds, suite aux impayés.

    Bien que j’ai une liste longue comme le bras de soucis avec ce syndic en terme de gestion courante, sur ces deux points là, je crois que ce sont les autres copros qui sont particulièrement imprévoyant.

  • vavou.270
    vavou.270
    étudiant
    • Posté à 23h41 le 27/05/2010
    • Internaute 115670
      étudiant

    Obliger l’ouverture de comptes séparés ne changerait pas grand chose pour les copropriétaires au niveau des frais puisqu’il suffirait pour les syndics de facturer une autre prestation plus chère.

    Je ne trouve par ailleurs pas illogique que les syndics facturent l’ouverture de comptes séparés dans la mesure ou ceci a des conséquences pour eux. Les comptables passent en effet plus de temps sur la comptabilité lorsque les immeubles ont des comptes séparés. Ce n’est pas que les syndics ne pensent qu’à l’argent mais les associations oublient trop souvent qu’il y a des salaires à payer à la fin du mois...

    Le gros problèmes vient à mon avis des grandes entreprises qui ne cessent d’avoir des pratiques à la limite de la légalité( LAR à 50euros, cout des AG exorbitants) ou même illégales (arrangements avec les artisans)...

    On oublie également que les copropriétaires ne sont pas assez vigilants alors qu’ils ont une réelle possibilité de contrôler les comptes, de négocier le contenu de contrats ou encore de comparer les prix entre syndics.

    Enfin,concernant la formation, il est indéniable qu’il y a un gros problème à ce niveau. On forme en effet les syndics en leur faisant faire un BTS immobilier, une formation donc courte et souvent en alternance pour un métier complexe. Il faudrait sans doute imposer une formation plus rigoureuse et notamment dans le domaine des connaissances juridiques, trop souvent mal maitrisées...Je pointe la aussi les grosses entreprises qui prennent ce genre d’étudiants, qui les exploitent et les forment très mal et leurs inculque une culture erronée. Il n’y a quasiment plus de juristes purs dans ce domaine ou étudiant mastérisé,j’ai moi même eu des difficultés pour trouver un emploi du fait qu’une personne ayant bac +2 sera toujours moins chère qu’un bac +5, et souvent au détriment de la qualité...

  • marabbeh
    marabbeh
    au comptoir du café du commerce
    • Posté à 16h32 le 28/05/2010
    • Internaute 20412
      au comptoir du café du commerce

    Après avoir essayé une demi-douzaine de syndics, nous sommes tombés sur un bon, semble-t-il, qui nous a tout de suite conseillé un compte séparé pour notre co-propriété. C’est un syndic de taille moyenne, mais local. Comme quoi ils ne sont pas tous pourris, même si c’est le cas de la grande majorité d’entre eux.

  • la blatte
    la blatte répond à Archange
    Eleveur d'idées, empathovore (...)
    • Posté à 18h58 le 28/05/2010
    • Internaute 80755
      Eleveur d'idées, empathovore (...)

    Évitez de généraliser ! Comme pour tout métier, y a des bons, des moins bons et des malfaisants !