A la une 26/05/2010 à 13h01

Mitterrand place un conseiller de 33 ans à la tête de l'INA

François Krug | Journaliste Rue89


Frédéric Mitterrand à l'Assemblée nationale le 4 mai 2010 à (Charles Platiau/Reuters).

Frédéric Mitterrand a obtenu la nomination d'un de ses plus proches conseillers, Mathieu Gallet, à l'Institut national de l'audiovisuel. Ce choix fait beaucoup de jaloux : l'intéressé a 33 ans et manquerait d'expérience.

Diriger l'INA, ce n'est plus seulement gérer en bon père de famille les archives de la télévision. Le PDG sortant, Emmanuel Hoog, a voulu en faire une machine commerciale et un acteur majeur d'Internet.

La bataille pour la présidence de l'INA commence début avril, avec le départ d'Emmanuel Hoog pour l'AFP. Le ministre de tutelle, Frédéric Mitterrand, a déjà choisi son candidat : le directeur adjoint de son cabinet, Mathieu Gallet. Nicolas Sarkozy n'est pas convaincu.

Une ascension très rapide

Mathieu Gallet n'a que 33 ans, et il n'a jamais dirigé d'entreprise. L'INA emploie tout de même un millier de personnes, et l'ambiance y est tendue. Le nouveau PDG devra être capable de mener à bien les négociations sur une nouvelle convention collective, pour l'instant bloquées.

Frédéric Mitterrand a d'autres arguments à faire valoir. Mathieu Gallet connaît très bien le secteur et la rapidité de son ascension démontre son sens politique.

Mathieu Gallet est passé, successivement, par le label de musique classique Erato Disques (filiale de Warner), Pathé, Studio Canal (filiale cinéma de Canal+), avant de s'occuper du lobbying du groupe Canal+ auprès des politiques.

Il bascule en politique en 2006, en rejoignant le cabinet de François Loos, alors ministre de l'Industrie. Mais c'est auprès de Christine Albanel qu'il se fera un nom. Comme conseiller technique chargé des médias, il participe aux deux principales réformes confiées à la ministre de la Culture :

Mathieu Gallet survit même au départ de Christine Albanel, en 2009. Mieux : il est promu au poste de directeur adjoint du cabinet par Frédéric Mitterrand. Il gère tous les dossiers concernant les médias. Par exemple, l'avenir de l'INA et la succession d'Emmanuel Hoog...

Frédéric Mitterrand a donc obtenu gain de cause. Le décret de nomination de Mathieu Gallet au conseil d'administration de l'INA a été publié ce mercredi dans le Journal officiel. Il ne reste plus qu'une formalité à remplir, l'élection officielle du PDG par les administrateurs.

Des candidats expérimentés -et plus âgés- ont été envisagés. Camille Pascal, secrétaire général du groupe France Télévisions, s'est même déclaré candidat publiquement. Contacté par Rue89, il refuse de commenter la nomination de Mathieu Gallet :

« J'ai été officiellement et publiquement candidat, la décision a été prise. Je connais bien Mathieu [Gallet, ndlr], ce n'est en rien un combat personnel. »

Camille Pascal assure que sa candidature « a été étudiée très sérieusement », même s'il n'a pas rencontré Frédéric Mitterrand ou des membres de son cabinet pour la défendre.

Le cabinet de Frédéric Mitterrand, justement, reste silencieux. Aucune réponse, pour l'instant, à nos demandes d'explications sur le choix du ministre et d'entretien avec Mathieu Gallet.

Les salariés de l'INA veulent « juger sur pièces »

Chez les salariés de l'INA, on préfère attendre pour voir. Pas d'enthousiasme pour ce PDG de 33 ans, mais pas d'hostilité de principe. Françoise Lamontagne, déléguée CGT, explique :

« On jugera sur pièces. Ce qui nous intéresse, c'est sa lettre de mission et ce qu'il va faire dans l'entreprise. Les négociations sur la convention collective sont suspendues depuis la nomination d'Emmanuel Hoog à l'AFP, et il sera difficile d'aboutir à la date prévue, le 9 juillet. »

Economiquement, en revanche, « l'INA est une entreprise qui va bien », admet la syndicaliste. En neuf ans, Emmanuel Hoog l'a profondément transformée. Le site Ina.fr est ainsi devenu une nouvelle source de revenus, avec la vente d'archives aux internautes, et plus seulement aux professionnels. Autre débouché : le développement et la vente de technologies de numérisation des images et de lutte contre le piratage.

Modifié le 26/05/2010 à 19 heures : dans le premier paragraphe, l'expression « l'intéressé (...) manque d'expérience » pouvait laisser penser qu'il s'agissait de l'opinion de Rue89, pas de celle des « jaloux » ; elle a été remplacée par « l'intéressé (...) manquerait d'expérience ».

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  • I.P
    I.P
    Flat4
    • Posté à 13h23 le 26/05/2010
    • Internaute
      Flat4


    Les salariés de l'Ina veulent « juger sur pièces »

    Et voilà, tout est résumé dans cette phrase, bref un article pour ne rien dire.
    Au passage l'argument qu'il n'est peut être pas apte à diriger une entreprise parce qu'il n'en a jamais dirigé est assez grotesque.

    Après je ne connais pas cette personne, il est peut-être bon ou peut-être pas, mais de toute manière personne ne peut arriver à un tel poste sans copinage, à 33 ans comme à 66, de droite comme de gauche, homme ou femme, etc.

  • vilmorpheus
    vilmorpheus
    Idéaliste
    • Posté à 13h25 le 26/05/2010
    • Internaute
      Idéaliste

    ...marre marre marre. On peut avoir 33 ans et être très efficace.

  • redgrunt
    • Posté à 14h18 le 26/05/2010
    • Internaute

    Marre du Népotisme et marre de voir que ceux qui ne comprennent rien à la révolution numérique sont amenés a diriger les fleurons de notre patrimoine national.

    Les vidéos à 5 euros de l'INA sont une insulte et un frein à la diffusion de la culture française. Évidemment, personne n'achète et ce qui en ressort c'est une célébration paradoxale de la culture clip et des petits extraits indigestes et incompréhensibles.

    Et pourtant quel outil pour la francophonie et la culture serait l'accès illimité et international aux archives de la télévision publique française, et pour un cout tellement ridicule, par rapport aux maigres gains engrangés par le système actuel.

    Encore une fois c'est le triomphe de l'ignorance et du profit à court terme au détriment de tout le reste.

  • Bison
    Bison répond à vilmorpheus
    • Posté à 14h38 le 26/05/2010

    il ne suffit pas d'être efficace pour être PDG de l'INA !
    Le mec était controlleur de gestion junior il y a encore 5 ans...

    Tout ça me semble encore une fois une mauvaise décision pour les mauvaises raisons ; de la politique en somme.

  • vroomus
    vroomus répond à vilmorpheus
    • Posté à 14h50 le 26/05/2010

    Ce n'est pas une question d'efficacité.

    c'est une question d'expérience. D'ailleurs cela ne veut rien dire être efficace.

    Il y a des choses qu'on apprend à l'école et d'autres pas. Cela fait parti de l'expérience.

    Par ailleurs ce type de poste c'est souvent le baton de maréchal d'une belle carrière. c'est souvent un poste « de récompense ». Donner ce poste à quelqu'un de 33 ans c'est un peu idiot. Qu'est ce qu'on récompense à 33 ans ? sans doute la proximité du pouvoir.

    Le reste est de toute façon sans importance.

  • Jack Sullivan
    Jack Sullivan
    en boule
    • Posté à 16h58 le 26/05/2010
    • Internaute
      en boule

    Il n'a « que 33 ans », la belle affaire et surtout qu'est-ce que ça dit de ses compétences ? Absolument rien.
    On ne peut pas râler sur le recyclage perpétuel des mêmes vieux crabes de plus de 50 ans à tous les postes directoriaux en France (du moment qu'ils sortent des mêmes grandes écoles, finalement...) et faire la fine bouche lorsqu'on propulse quelqu'un qui en est sans doute à peine à inaugurer son premier cheveu blanc.

    En revanche, ça :
    « Mathieu Gallet survit même au départ de Christine Albanel, en 2009. Mieux : il est promu au poste de directeur adjoint du cabinet par Frédéric Mitterrand. Il gère tous les dossiers concernant les médias. Par exemple, l'avenir de l'INA et la succession d'Emmanuel Hoog… »

    ....ça, c'est du mélange des genres, du conflit d'intérêt caractérisé, et ça aurait dû le disqualifier d'entrée de jeu pour ce poste.

  • JLOUP
    • Posté à 20h44 le 26/05/2010

    A 33 ans, on manque d'expérience ? ? ? c'est quoi ce raisonnement ?
    La France est un pays extraordinaire : ou est ou trop jeune, ou trop vieux. Les jeunes ne trouvent pas de job parce qu'ils n'ont pas d'expérience professionnelle, et dès 45 ans on est considéré comme trop vieux pour trouver un job. Donc sur une vie de 80 ans, on a plutôt intérêt à être opérationnel au bon moment. C'est attristant de voir que rue 89 fait écho à ce genre d'idées reçues. je vous écris depuis Hong Kong. Ici, chacun a sa chance quel que soit son age et sa condition, pourvu qu'il travaille et qu'il ait du talent. Notre pays meurt parce qu'il a perdu l'énergie vitale. Qu'importe l'age s'il y a l'énergie, la volonté de gagner et le désir d'apprendre. Quant'au piston, il fait partie du jeu et tout le monde s'en sert. Que celui qui n'a jamais essayé de faire jouer une relation pour faire avancer sa situation lève le doigt ! ! ! !

  • Keloglan
    • Posté à 10h53 le 27/05/2010
    • Internaute

    Ce qui me désole le plus dans cette affaire, c'est que tout le monde focalise sur la personne de Mathieu Gallet, son passé, ses compétences, son statut actuel et que du coup on en oublie l'essentiel : l'INA, son passé, sa fonction, son statut actuel et futur.

    En bonne logique, ce qui devrait nous être le plus important, c'est l'INA. C'est en fonction d'une bonne et solide analyse de l'INA, de ses moyens, de ses ambitions et de son avenir qu'il convient de choisir quelle est la personne la plus apte à prendre le gouvernail.

    La principale critique qu'il convient d'adresser au Ministre de la Culture et au Président de la République, c'est bien d'avoir bâclé une nomination importante, d'avoir esquivé le bilan d'étape de l'INA, d'avoir occulté les informations sur les candidatures, y compris l'avis d'Emmanuel Hoog qui a sans doute un avis autorisé sur la question.

    En somme, mes petits loups, nous avons ici benoîtement accepté la controverse telle qu'elle nous a été offerte par F. Mitterrand. Au lieu de refuser ce leurre et de lancer le débat là où il a sa vraie importance : non l'avenir de M. Gallet mais l'avenir de l'INA.