La spoliation des outils de travail des juifs sous l'Occupation
Selon une étude, la plupart des juifs spoliés par l’Etat étaient des petits commerçants, non de riches propriétaires.
Sous l’Occupation, les biens dont les juifs ont été dépossédés étaient des outils de travail. C’est ce que révèle le premier inventaire complet de la spoliation des juifs d’Isère (« en grande majorité des pauvres, des commerçants ») par l’Etat français. Le document sera rendu public le 1er juin.
« C’est la première étude qui explique comment s’organise la persécution au quotidien à l’échelle individuelle, en s’intéressant à chaque personne volée. » Tal Bruttmann a dirigé ces dix années de recherches qui seront présentées dans un colloque international organisé à Grenoble du 1er au 3 juin.
Il explique comment les biens des juifs ont été récupérés par les autorités :
« La politique de spoliation repose sur le mythe de l’argent juif. A cette époque, la majorité des personnes dites “juives” est très modeste.
C’est une politique idéologique, sûrement pas réfléchie. Le seul but était d’exclure les juifs, de leur interdire d’exercer une profession.
La grande majorité des personnes spoliées étaient des pauvres, des commerçants, des marchands forains. »
Des conclusions qui ne se limitent pas à l’Isère. Alors que leur a-t-on pris ? 90% des entreprises saisies étaient des commerces et des outils de travail. Bonneteries, ganteries, confections pour femmes, machines à coudre, merceries, outils d’artisan fourreur, bestiaux...
« Il vit du produit de son travail »
Les rapports de l’époque prouvent que la faible valeur des biens était connue. Bien loin des clichés véhiculés par les administrations elles-mêmes.
L’inspecteur André B., fonctionnaire comme un autre, note minutieusement les chiffres d’affaires, les moyens d’existence et la dangerosité des personnes étudiées. Pour Jacques S., artisan fourreur d’origine polonaise, il note :
« Les renseignements recueillis à son égard ne sont pas défavorables, il vit du produit de son travail. Son attitude du point de vue national a toujours été correcte. » (Voir l’extrait)
Inventaire.
Tal Bruttmann explique pourquoi cette réalité est peu connue :
« On pense souvent que les juifs ont perdu des biens immobiliers pendant la guerre. Un hôtel particulier, ça parle plus au grand public !
On s’intéresse aux objets de valeur, les tableaux volés par exemple. Dans ces cas-là, il s’agit de pillage, pas de spoliation organisée d’Etat. »
Commissariat général aux questions juives, délation des voisins, rafles de la police, administrations provisoires en charge de la gestion des biens saisis, individus qui pensaient faire de bonnes affaires... Tous participent à cette spoliation d’Etat.
Des biens de faible valeur
Pourquoi ne parle-t-on pas des « petites gens » ? En partie parce que ces biens ont une faible valeur, difficilement estimable de nos jours.
Mais surtout parce que « n’ayant pas de soutien, pas beaucoup d’argent, les commerçants ont été les plus facilement déportés. A la fin de la guerre, il ne restait plus personne pour réclamer ces biens ».
Tal Bruttmann se souvient d’une des histoires qu’il a recensées :
« En mai 1942, lors d’une rafle à Vienne, la propriétaire d’un immeuble a perdu son locataire. Il était juif.
Ses biens, laissés dans l’appartement, ont été saisis. Mais au passage, ils ont pris un poêle et des meubles appartenant à la propriétaire. A la fin de la guerre, elle a réclamé ses biens. »
Pas de nouvelles du locataire.
- Sur Rue89Le domaine d'une famille juive spoliée ressurgit lors d'un procès
- Sur ville-grenoble.frLe site de la commission communale d'enquête sur les spoliations des biens juifs d'Isère
- Sur wikipedia.orgLa fiche Wikipédia de Tal Bruttmann
- Sur rue89.comUn monument en France pour des fusillés allemands ?
- 22646 visites
- 276 réactions









40

Retraité
Retraité
A mon avis, on enfonce encore des portes ouvertes. De même que tous ceux qui s’intéressent tant soit peu à la question savent pertinemment que dès 1930 tous les juifs fortunés ou intellectuels avaient quittés l’Allemagne et l’Autriche (majoritairement pour les USA), que le peu de juifs aisés étaient partis d’URSS dès les années 20 et qu’en Pologne et en Europe Occidentale ils sont partis entre Septembre 39 et Juin 40.
Et si c’est pour nous dire que ce sont les pauvres qui ont été lésés et déportés, que personne n’en parle et qu’ils n’intéressent personne, je ne crois pas que ce soit l’apanage des juifs.




Partager