vie de bureau 21/05/2010 à 10h59

Si je critique mon patron sur le Web, peut-il me virer ?



Congédiées pour s'être moqué de leur hiérarchie sur Facebook, deux salariées ont contesté leur licenciement le 20 mai devant le Conseil des prud'hommes de Boulogne-Billancourt.

L'affaire se déroule en décembre 2008, un samedi soir. Sur le site de réseau social Facebook, trois salariées d'Alten, une société d'ingénierie et de conseil en technologie, critiquent leur hiérarchie et la DRH, et ironisent sur le « club de néfastes » dont elles estiment faire partie.

Une quatrième employée, « amie » commune sur Facebook, transmet à la direction une capture d'écran de la conversation. L'entreprise décide de licencier les trois fautives, pour « incitation à la rébellion et dénigrement ». Deux d'entre elles portent alors l'affaire devant les prud'hommes.

La décision, qui aurait pu faire jurisprudence, était très attendue. Le Conseil des prud'hommes de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) n'est pas parvenu à trancher, une égalité parfaite de conseillers se prononçant pour et contre ces licenciements. L'audience, reportée à une date ultérieure, se tiendra avec un cinquième conseiller, appelé à décider.

Droit des salariés vs droit des employeurs

Pour Christophe Noël, avocat au barreau de Paris spécialisé en droit du travail, ce type d'affaire s'avère délicat à arbitrer car deux principes s'opposent :

« Outre la liberté d'expression, les salariés peuvent invoquer le droit à la protection de la vie privée et de la correspondance privée. Mais ces principes se heurtent de plein fouet à celui de la protection des intérêts légitimes de l'employeur : il ressort de la jurisprudence que les salariés ne doivent pas causer de “trouble manifeste” à l'entreprise. »

Une notion qui s'apprécie au cas par cas, explique t-il :

« Les propos tenus par les trois salariées d'Alten ne me semblent pas par exemple relever du “ trouble manifeste ”. Parfois, ce n'est qu'un mauvais prétexte pour se débarrasser d'un salarié. »

Dans d'autres pays d'Europe, où les droits des salariés sont moins protecteurs, plusieurs affaires ont fait grand bruit. En Angleterre, Kevin Colvin, qui s'absente de son bureau pour « urgence familiale », se voit démasqué par son patron à cause d'une photo publiée sur Facebook, qui le montre déguisé en fée à une soirée d'Halloween. Il est immédiatement licencié.

Idem en Suisse, où une femme perd son travail pour avoir utilisé Facebook lors d'un congé maladie. Elle avait assuré à son employeur que ses migraines la contraignaient à rester dans le noir. Cette salariée va même jusqu'à affirmer que la compagnie l'espionnait grâce à un « ami » fictif, qui a mystérieusement disparu de ses contacts après son licenciement.

Vie privée, vie publique : la frontière est brouillée

Pour Christophe Noël, il est illusoire de croire que l'on peut tout montrer et tout dire sur Facebook :

« Les réseaux sociaux brouillent la frontière entre privé et public. Ce qui, au départ, appartient à la sphère privée, ce que je communique aux gens que je connais, même s'ils sont 400, peut ensuite devenir public par le biais de mes amis. Si le destinataire du message diffuse l'information, comme c'est le cas dans “l'affaire de Boulogne”, elle n'est plus privée.

Attention cependant : pour se procurer ces informations, l'employeur ne doit pas user de moyens déloyaux et violer la correspondance privée. Cela fonctionne dans “ l'affaire de Boulogne ” car il y a une dénonciation. »

La législation diffère en matière de blogs, explique t-il :

« On n'est pas dans le cadre de la vie privée, car le blog est public. Mais le blogueur peut se retrancher derrière la liberté d'expression, inviolable, sauf en cas de diffamation, injure, atteinte à la vie privée ou, toujours, trouble manifeste causé à l'entreprise. »

« Mise à mal de l'image » de l'entreprise

Une blogueuse du Post vient d'en faire les frais. « Jessi » tenait la « minute blonde », une chronique quotidienne qui rapportait sous forme romancée et pas toujours tendre des anecdotes liées à son travail de réceptionniste dans un hôtel de Reims.

Accusée d'avoir notamment « mis à mal l'image de la chaîne d'hôtels », elle a été licenciée pour faute grave. La jeune femme de 31 ans, qui avoue s'inspirer « comme tous les auteurs » de la réalité, n'a pourtant jamais mentionné le nom de son employeur et indiquait à la fin de chacun de ses billets :

« Toute ressemblance avec des personnes réelles ou faits ressemblant ne serait qu'une pure coïncidence. »

Les législateurs devraient-ils se pencher sur la question, pour encadrer ces nouveaux motifs de licenciement ? Inutile, selon Christophe Noël :

« Ces affaires ne nécessitent pas de loi spécifique. Chaque situation est particulière, mais il n'y a pas de vide juridique : le droit s'adapte à Internet et aux réseaux sociaux. »

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  • rumpus
    rumpus
    friend/unfriend
    • Posté à 11h14 le 21/05/2010
    • Internaute
      friend/unfriend

    Mais euh .. vous êtes au courant qu'il existe des sites comme Lien qui servent uniquement à balancer sur sa hiérarchie actuelle ou passée ?
    Il aurait peut être été utile d'interroger votre spécialiste en droit là dessus.

  • darkvlador
    • Posté à 11h32 le 21/05/2010

    D'accord avec vous. La dellation de ce type est un fléau qui doit être combattu avec la plus grande fermeté, car elle entrave la liberté d'expression et le droit à la vie privée.

    Facebook reste quand même un piège à nigauds. Tout simplement à cause de sa politique de protection de la vie privée. Pour que nos informations ne soient pas rendues publiques il faut que nous le demandions via le menu des options.
    Ce qui est anormal c'est que Facebook n'enregistre pas la date de la demande de protection de vie privée. Il le faudrait. Ainsi, cela permettrait de définir un cadre légal sur la protection de la vie privée sur un réseau social.

    Pour moi cette amie est un suppôt corrompu du patron qui a profité de son statut « d'ami » pour se faire sa propre promotion interne. Je classe ça au même niveau que la « promotion canapé ».
    Illégal.

    Je suis moi même utilisateur de ce réseau, et la première chose que j'ai fait sur ce site a été d'interdire l'accès à mon mur et à mes informations aux personnes qui ne sont pas dans ma liste d'amis. Et je ne parle pas de mes problèmes relationnels, personnels ou professionnels sur le fameux mur. Il me sert plus à mettre des petits délires entre potes et à commenter d'autres petits délires.
    D'ailleurs c'est à cela que ça sert.

    Mais ce patron doit être condamné ainsi que le « dellateur » pour divulgation de données personnelles (je n'ai pas nom juridique exact), et atteinte à la liberté d'expression.

    Bien sur, tout peut dépendre du contexte aussi. Si la personne visée divulgue des informations de la société ou sur son fonctionnement pouvant mettre en danger le fonctionnement même de l'entreprise, alors c'est un autre problème.
    Mais si c'est juste pour dire « mon patron est un con » (je simplifie) et bien tout ce que cette affaire prouvera c'est que ce patron et la justice sont vraiment des gros cons.

  • TomBay
    TomBay répond à Tistou
    Touriste du web
    • Posté à 14h03 le 21/05/2010
    • Internaute
      Touriste du web

    Je crois que vous vous trompez...

    Voir le blog d'Eolas :

    Lien

    extrait du billet :
     »
    (...)
    Quand vous envoyez un courrier, qu'il soit épistolaire ou électronique, il cesse de vous appartenir et n'est protégé que pendant son acheminement vers son destinataire. Au-delà, son destinataire en devient le propriétaire et en fait ce qu'il veut, sauf si le courrier contient des éléments relatifs à votre vie privée, dont la divulgation est dès lors prohibée (art. 9 du code civil), ou que son destinataire est tenu au secret professionnel (comme un avocat). (...)
     »

    Sujet de philo du bac 2010 :
    « Sur Facebook, a-t-on les amis que l'on mérite ? Dès lors, est-ce que les amis de mes amis sont mes amis ? »