explicateur 21/05/2010 à 14h02

Mais, au fait, pourquoi a-t-on si peur des déficits publics ?

Pascal Riché | Redchef Rue89



Billets de 500 euros vus de près (Flickr/1suisse)

Quand les hommes politiques prennent des mesures pour s’empêcher de prendre des mesures, c’est que le libéralisme avance. Dans les années 90, ils ont accepté le principe de l’indépendance de la banque centrale : « On ne laisse pas le pot de crème à la garde du chat », expliquait-on alors (le pot de crème étant, on l’a compris, la création monétaire). Aujourd’hui, dans la même logique de défiance, on constitutionnalise la rigueur budgétaire.

Le déficit de la France atteint 8% du PIB, un niveau historique. Il est présenté comme un cauchemar par la plupart des commentateurs. Pourquoi donc ?

A cette question, la réponse est paradoxalement loin d’être évidente. Historiquement, les Etats vivent presque toujours en déficit : c’est une façon de financer l’économie. L’épargne privée s’investit dans des équipements publics, qui à leur tour profitent à l’activité privée...

Un taux de chômage de 10%, ou une stagnation du pouvoir d’achat ont des conséquences concrètes sur le bien-être. Mais un déficit ?

La théorie de « l’effet d’éviction »

Les économistes expliquent que le déficit est mauvais pour la croissance parce qu’il détournerait une épargne qui aurait pu aller vers des projets productifs. On parle « d’effet d’éviction ». Voici l’enchaînement :

  • Le déficit public doit être financé (par l’emprunt).

  • L’argent disponible sur les marchés se raréfie donc ; ce qui est plus rare est plus cher.

  • Les taux d’intérêt grimpent.

  • Emprunter, pour un acteur privé, est donc plus difficile.

  • Les projets (création d’entreprise, investissement...) se raréfient à leur tour.

  • La croissance est freinée.

Ce raisonnement est toutefois contesté : si vraiment les déficits publics faisaient grimper les taux d’intérêt, ceux-ci seraient élevés. Or, en ces temps de déprime économique, ils sont bas.

Commentaire de l’économiste américain James Galbraith :

« Si les marchés pensaient vraiment que les taux d’intérêt allaient grimper à cause de difficultés de financement dans les dix prochaines années, cela se reflèterait dans le niveau des taux d’intérêt à 20 ans. »

Or, ce n’est pas le cas. Pour Galbraith, un solide keynésien, il y a donc deux possibilités : soit la théorie de l’éviction est fausse, soit les marchés sont irrationnels et se trompent. Et s’ils se trompent, pourquoi chercher à leur complaire ?

On peut d’ailleurs renverser le sens du prétendu « effet d’éviction » : c’est parce que l’investissement privé est malade que l’Etat a été poussé à jouer son rôle : soutenir la demande intérieure et donc atténuer la crise...

La théorie de la « dynamique de la dette »

Le véritable danger du déficit, c’est son effet cumulatif, qu’on retrouve dans l’expression : « laisser filer les déficits ». Ce danger-là est bien plus sérieux : les Etats creusent les déficits pendant les périodes de vaches maigres (ce qui est normal, l’économie dégageant moins de recettes et les sociétés ayant besoin d’accroître leurs dépenses sociales). Mais ces nigauds oublient de réduire ces déficits pendant les périodes de vaches grasses (c’est un procès que l’on peut faire à Lionel Jospin, par exemple). Résultat, la dette française ne fait que gonfler. (Voir le graphique)


Dette publique de la France en % du PIB (Wikipédia)

Là est le véritable problème. Imposer des programmes d’austérité alors que l’économie menace de retomber en récession n’a pas grand sens. Cela risque même d’avoir des effets contre-productifs. Si ces politiques engagées par l’Europe conduisent à faire replonger l’économie, les recettes fiscales s’amenuiseront et les déficits exploseront de nouveau.

Nicolas Sarkozy avait semblé comprendre cette logique lorsqu’en juin 2009 il exposait sa stratégie économique, et fustigeait la « rigueur » :

« Je ne fuirai pas mes responsabilités devant la grave question des déficits de nos finances publiques. Mais je ne ferai pas la politique de la rigueur. Parce que la politique de la rigueur a toujours échoué. »

« (...) Chaque fois que l’on a fait la politique de la rigueur, on s’est retrouvé à la sortie avec moins de croissance, plus d’impôts, plus de déficits, plus de dépenses. Oui, nous avons un problème de finances publiques. Oui, nous avons un problème de déficits. Mais nous ne le résoudrons pas de cette manière. »

Le président de la République exposait alors sa théorie des « trois déficits » :

  • « Il y a le mauvais déficit. Celui qui finance les mauvaises dépenses, les gaspillages, l’excès de bureaucratie, les frais de fonctionnement trop élevés. Ce déficit structurel doit être ramené à zéro par des réformes courageuses.

  • Il y a le déficit qui est imputable à la crise, à la diminution des recettes, à l’augmentation des dépenses sociales. C’est un amortisseur social. Il a bien fonctionné. Il a permis à la France de limiter les effets de la crise. Après la crise, il faudra le résorber en y consacrant les recettes de la croissance.

  • Il y a enfin le déficit qui finance les dépenses d’avenir. Ce peut être un bon déficit à la condition expresse qu’il permette de financer de bons investissements. »

Selon Sarkozy (du moins le Sarkozy de 2009), la logique de la rigueur « occulte » la question centrale, qui est « celle de la qualité de la dépense publique ». Quand on fait de la rigueur pour la rigueur, on ne s’interroge que sur les conséquences budgétaires à court terme des décisions que l’on prend, sans penser au long terme.

Les Américains ont depuis longtemps intégré cette logique. Sous le très libéral Ronald Reagan, le déficit public a grimpé jusqu’à 6% du PIB, dans le sombre sillage du second choc pétrolier. Et sous Bill Clinton, la croissance a permis à l’Etat fédéral de réduire le déficit à zéro. (Voir le graphique)


Déficit fédéral américain

A court terme, quelle priorité ?

Tout ceci pour dire que la priorité à court terme, en période de marasme économique, ne devrait pas être le niveau de déficit public. La priorité, ce devrait être le niveau de chômage et le risque de plongeon de l’activité. Si les Etats européens réduisaient leur chômage, ils auraient plus de recettes et moins de dépenses : ils n’auraient plus de problème de déficit.

Pour suivre une telle stratégie, il faudrait qu’ils soient d’accord entre eux. Ce qui ne semble pas être le cas. L’Allemagne a exploité la crise grecque pour imposer sa façon de piloter l’économie. Ce récit de la crise par Jean Quatremer est édifiant. Le correspondant de Libération auprès de l’Union européenne explique par le menu comment Angela Merkel s’est servi de la crise grecque pour imposer un changement de politique à la France :

« Ce n’est pas vraiment à la Grèce à laquelle Berlin pense en exigeant de la rigueur, encore de la rigueur, mais à la France, un poids autrement plus lourd. Or, Paris ne semble toujours pas décidée à emprunter le chemin de l’austérité en cette fin d’année 2009 et se prépare même à lancer un nouveau “ grand emprunt ”, heureusement limité à 30 milliards d’euros au lieu des 100 prévus au départ. La crise grecque va donc servir de pédagogie à tout le monde. »

L’Elysée s’exécute aujourd’hui, sous la pression des Allemands et les marchés. Le discours de 2009 semble bien loin.

Résultat, au nom de la lutte contre les déficits publics, les Etats européens préparent une cure d’austérité d’autant plus sévère qu’elle est conjointe, au risque de faire rebasculer l’Europe dans la récession. Et donc, de conduire à une baisse des recettes fiscales (qui dépendent de la croissance) et par conséquent, à une... augmentation des déficits.

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  • du_rhum_des_femmes
    du_rhum_des_femmes
    (pascontent)
    • Posté à 14h43 le 21/05/2010
    • Internaute 54926
      (pascontent)

    Bon article explicatif... et si moi je comprends, les ministres et le président doivent comprendre. Alors pourquoi font-ils n’importent quoi ?
    N’y a t il pas une stratégie du pourrissement, pour en arriver à un « idéal » libéral : amoindrir le champ d’intervention de l’État ?

  • zaichonok
    zaichonok
    bobo bio
    • Posté à 15h14 le 21/05/2010
    • Internaute 61156
      bobo bio

    « Le système du Crédit Public, c’est-à-dire des dettes publiques, dont Venise et Gênes avaient, au moyen âge, posé les premiers jalons, envahit l’Europe définitivement pendant l’époque manufacturière. Le régime colonial, avec son commerce maritime et ses guerres commerciales, lui servant de serre chaude, il s’installa d’abord en Hollande. La dette publique, en d’autres termes l’aliénation de l’État, qu’il soit despotique, constitutionnel ou républicain, marque de son empreinte l’ère capitaliste. La seule partie de la soi-disant richesse nationale qui entre réellement dans la possession collective des peuples modernes, c’est leur dette publique. Il n’y a donc pas à s’étonner de la doctrine moderne que plus un peuple s’endette, plus il s’enrichit. Le crédit public, voilà le credo du capital. Aussi le manque de foi en la dette publique vient-il, dès l’incubation de celle-ci, prendre la place du péché contre le Saint-Esprit, jadis le seul impardonnables.
    La dette publique opère comme un des agents les plus énergiques de l’accumulation primitive. Par un coup de baguette, elle doue l’argent improductif de la vertu reproductive et le convertit ainsi en capital, sans qu’il ait pour cela à subir les risques, les troubles inséparables de son emploi industriel et même de l’usure privée. Les créditeurs publics, à vrai dire, ne donnent rien, car leur principal, métamorphosé en effets publics d’un transfert facile, continue à fonctionner entre leurs mains comme autant de numéraire. Mais, à part la classe de rentiers oisifs ainsi créée, à part la fortune improvisée des financiers intermédiaires entre le gouvernement et la nation – de même que celle des traitants, marchands, manufacturiers particuliers, auxquels une bonne partie de tout emprunt rend le service d’un capital tombé du ciel – la dette publique a donné le branle aux sociétés par actions, au commerce de toute sorte de papiers négociables, aux opérations aléatoires, à l’agiotage, en somme, aux jeux de bourse et à la bancocratie moderne. “
    Karl Marx, Le capital, Livre 1, Huitième section,

    re-piqué de Lien, (avec un très bon article en prime.)

  • jojo1er
    jojo1er
    27 mars 2010 - No Sarkozy Day
    • Posté à 15h21 le 21/05/2010
    • Internaute 10521
      27 mars 2010 - No Sarkozy Day

    C’est marrant cette manie de toujours désigner la droite la plus libérale comme la reine de la réduction des déficits publics et la gauche ou les progressistes comme les responsables de l’endettement...en se masquant les yeux devant les tableaux et courbes qu’on utilise pour se justifier.

    La droite et les libéraux ont pas de bol quand quand même, systématiquement quand ils sont au pouvoir l’endettement croît de plus en plus vite alors qu’ils font tout ce qu’il faut faire, parole d’économiste, pour le réduire. Et la gauche a du bol : à chaque fois qu’ils mènent des politiques d’intervention, qui, parole d’économiste accroissent la dette, la dette se tasse ou au moins son augmentation ralentit...

    Deux possibilités, soit les dogmes économiques se plantent depuis toujours, soit c’est uniquement de la chance. Dans les deux cas, que l’on compte sur la chance ou l’erreur des économistes, je commence à croire que pour réduire les déficits publics il vaudrait mieux voter à gauche.

    Mon idée est que la concentration des richesses est contre-productif (car favorisant la spéculation, l’épargne, la corruption, etc...) et que sa répartition équitable favorise la dépense privée (car ceux qui en ont pas assez ne peuvent de toute façon pas dépenser). Laquelle offre plus d’opportunité de taxes et donc de réduction de la dette...ça va un peu à l’encontre des dogmes libéraux en induisant logiquement une nécessité d’augmentation des bas revenus et un tassement des plus hauts...mais bon : un dogme contre un dogme...ça se défend toujours.

    Concernant le dogme du chat et du pot de crème c’est d’un ridicule, ce qu’on a fait, en privatisant la création monétaire (phénomène initié bien avant les années 90, d’ailleurs) c’est pas qu’on a retiré le pot de crème de la garde du chat, on l’a juste privé de moyens d’accéder a ce qui est produit par la vache, le lait grâce auquel on produit la crème. Faut pas s’étonner de se retrouver avec un chat toujours aussi gourmand, mais en gros déficit de crème et aussi énervé qu’un chat qui crève la dalle.

    Jojo1er, ...

  • neutron
    neutron
    juriste
    • Posté à 16h00 le 21/05/2010
    • Expert 54951
      juriste

    Le déficit ne fait pas peur ... Tant que les créanciers sont les citoyens du pays. Si l’Etat ne peut plus payer, et bien il dit à ses concitoyens « effacez ma dette en guise de sacrifice à la Nation ». C’est pas cool, mais ça se défend.

    Mais si les créanciers sont à l’étranger, si l’Etat français leur dit « je suspends mes remboursement car je n’ai plus d’argent » voire « je ne vous rembourse plus » ... ?

    Comme tout créancier, ceux-ci seraient tentés de faire saisir les « meubles, la voiture et le chien » de leur débiteur (en l’occurence : des immeubles dans nos villes, nos entreprises, nos brevets etc ...).

    Si pour éviter ça, si vous leur dites « bas les pattes ! je suis dans mes frontières, comptez-pas sur mes juges ni ma police, vous n’aurez rien » et bien que font-ils ces banques ou ces investisseurs étrangers qui sont les créanciers de notre Etat ?

    A mon sens, ils viennent voir leurs politiques : « Les créances que j’avais sur la France représentaient l’essentiel de ma richesse, si tu n’agis pas, je dépose le bilan, je te ruine tes épargnants (qui m’avaient confié l’argent que j’ai moi-même prêté à la France) et je te fous tes électeurs au chômage par dizaines de milliers ».

    Le politique étranger dit alors à son peuple : « mon cher peuple, vous avez mis votre argent dans nos banques qui ont prêté cet argent à la France qui ne veut pas le rendre ».

    Le peuple lui répond : « Même pas en rêve ! fais quelque chose, envoie les chars et on va aller se servir ! »

    A ce titre, le refus de la Russie de 1917 de rembourser le fameux « emprunt russe » n’est-il pas pour quelque chose dans l’intervention de la France dans la guerre des blancs contre les rouges ?

    Moralité, je veux bien des déficits, mais alors il faut que nous, citoyens français, on aille les racheter aux étrangers. On aura tout le loisir de faire ensuite des remises de dettes à notre Etat en signe de patriotisme et de solidarité.

    Moralité de la moralité : on veut des belles routes, des beaux bus, des flics à tous les coins de rues, des hôpitaux modernes ... Ce n’est pas parce qu’on ne nous montre pas la facture (ou qu’on en profite pas parce qu’on habite la campagne ou qu’on est jamais malade) que ça n’a pas un coût dans notre budget familial. Si on veut tout ça, il faut assumer et payer tout nous même (ça peut vouloir dire 70% d’impôts), et donc acheter moins d’écrans plats.

    Personnellement, en tant que gaucho, j’accepte de renoncer à mon écran plat pour qu’existent de beaux hôpitaux, même si (je touche du bois), je n’y mettrai jamais mes pieds.

    Conclusion : je suis un socialiste réaliste : je veux du service public ET j’accepte d’en payer le coût en rognant sur ma consommation « égoïste » privée (j’admets que c’est pas marrant, mais après tout, nos aïeux se sont bien fait envoyer à la guerre pour la Patrie sans qu’on leur ait demandé leur avis)

    Qui m’aime me suive !

  • Iv
    Iv répond à A déménagé le 16-01-2012 3
    Roboticien utopiste
    • Posté à 16h07 le 21/05/2010
    • Internaute 39192
      Roboticien utopiste

    Oui, il est très curieux cet article. On s’interroge sur les dangers de la dette publique alors que la Grèce risque d’être en cessation de paiement des salaires à cause d’elle...

  • freakfeatherfall
    freakfeatherfall
    moonchild
    • Posté à 16h30 le 21/05/2010
    • Internaute 21024
      moonchild

    c’est donc ça un billet de 500€...

  • Ruski
    Ruski
    Gracchus
    • Posté à 17h19 le 21/05/2010
    • Internaute 50606
      Gracchus

    La seule solution aux problèmes des déficits de toutes les caisses est le retour au plein emploi.
    Mais la question du plein emploi et de son corrollaire, l’inflation, n’est ni une question économique, ni une question financière, elle est une question politique. Problème : La BCE est indépendante du politique et l’UE n’a aucune politique de croissance volontariste, elle ne dépend que de la conjoncture économique internationale.
    Une inflation moyenne contrôlée, n’aurait aucune conséquence néfaste du point de vue économique, puisque, salaires, prix, et taux d’intérêts, s’ajustent en fonction du marché, comme ce fut le cas dans un passé pas si ancien. En 1979, par exemple, la BNP proposait à ses clients, un PEL rémunéré à 10%, l’inflation était alors de 10, 8 % …

    J’entends déjà la ploutocratie mondialiste libérale hurler au manque de la sacro-sainte compétitivité ; je réponds qu’une « révolution culturelle » est nécessaire. Mais ceci est un autre débat. En effet, la productivité comme la compétitivité se jouant en termes qualitatifs et non pas quantitatifs. Une heure de travail (cotisations sociales comprises) coûte 24,90 $ en France, contre 34,01 $ en Allemagne, qui pourtant exporte ses produits sans difficulté et mieux que la France.
    Une politique de plein emploi tend vers une augmentation des salaires, et une amélioration des conditions de travail, qui, in fine, est génératrice d’inflation par la demande à la consommation qui augmente. Une inflation contrôlée et maintenue à un taux suffisant pour entretenir la demande est favorable à l’emploi et aux salaires mais pas aux revenus financiers puisque le partage de la richesse dans la valeur ajoutée se fait entre travail, rémunéré en salaire, et capital, rémunéré en dividende. Si vous prélevez à l’un vous donnez à l’autre ; CQFD. Ces dernières décennies, le capital a prélevé, en plus, aux salaires, une masse monétaire importante qui a largement contribuée aux déficits des caisses de protections sociales, en exigeant 15% de retour sur investissements et bientôt 20.
    Après de longues années au cours desquelles la part des salaires n’avait cessé de croître (jusqu’à la fin des années 1970 environ), on observe une nette tendance à la hausse de la part des profits dans la valeur ajoutée. Cette hausse s’accompagne évidemment d’une baisse de la part des salaires.
    En résumé, avec une politique de plein emploi, le rapport de force devient favorable au travail, donc a fortiori défavorable au capital. La dynamique s’inverse ; de la dictature de l’actionnariat, on passe aux dictats du salariat. Donc la question n’est pas économique, mais politique. Il est simplement question de pouvoir, donc d’enrichissement.
    Le mal, n’est pas conjoncturel, mais structurel. Le même phénomène de l’iniquité de la répartition de la richesse produite est partout le même. Aux EU, les deux tiers de l’ensemble des augmentations de revenus entre 2002 et 2007, sont allés aux 1% des Américains les plus riches. Le problème est global, c’est une question de système.
    En Europe, depuis trente ans, la classe dominante, maintient une politique de monnaie forte par un pacte de stabilité draconien (les mesures préparatoires au Traité de Maastricht, ont été prises en France dès 1983, avec « la politique de rigueur »). Ce pacte de stabilité, a temporairement explosé, sous la contrainte du réalisme économique dû à la crise du capitalisme financiarisé, mais va revenir comme un boomerang pour assommer les peuples concernés. Avec une maitrise très basse de l’inflation, ces mesures ont eu pour résultat d’entretenir un chômage suffisamment important pour faire pression sur le salariat.
    On voit donc très nettement la corrélation qui existe entre : politique libérale, lutte contre l’inflation, envolé du chômage, aggravation de la dette publique et accaparement plus que significatif de la richesse produite par les revenus du capital, qui pour une bonne partie échappe aux cotisations sociales.
    Maintenir une inflation basse a au moins un double avantage pour le capital :
    Primo : Ne pas, ou peu, augmenter les salaires. Pour compenser ce manque de pouvoir d’achat, le système n’a rien trouvé de mieux que de proposer du crédit hypothécaire titrisé, en abandonnant toutes règles prudentielles…. On connaît la conséquence : Une crise majeure globale et durable !
    Secundo : Dégager de la plus value, par l’augmentation des gains de productivité qui vont ainsi principalement dans l’escarcelle des actionnaires, dû au fait que le rapport de force est en faveur de ces derniers.
    Aujourd’hui, les marchés financiers, après avoir été sauvés par les états, donc par les contribuables, sans contre partie – privatiser les gains, collectiviser les pertes - une fois leurs forces retrouvés, ont déclaré une nouvelle guerre économico financière aux peuples, par une spéculation étayée sur une prophétie auto réalisatrice, qui présuppose que certaines dettes d’états seraient insolvables. Présupposé démenti par les faits puisque lors de la première émission obligataire grec, il y a eu cinq demandes pour une offre ! Dettes d’états, largement creusées par la crise créée par ces mêmes marchés. Dette, dont ils profitent, en achetant massivement les obligations d’états et qu’ils aggravent, par une exigence d’augmentation importante du taux d’intérêt de leurs prêts. Ce qui se traduit en Europe, par une tentative d’attaque contre l’Euro, de la part d’agents financiers qui spéculent sur une dévaluation de cette monnaie.
    Alors inflation ou dévaluation ? Il semblait que les institutions européennes avaient choisi le statu quo ante en ayant l’ambition de créer le fond Monétaire Européen pour geler la situation qui prévaut depuis la création de l’Euro, mais c’était sans compter sur le refus catégorique allemand des conservateurs libéraux au pouvoir actuellement, qui ont exigé et obtenu l’entrée du loup de Washington, le FMI, dans la bergerie européenne, des prêts bilatéraux entre états de l’Euroland, et qui réclame une révision des traités pour aggraver les sanctions et aller jusqu’à exclure un pays de la zone euro en cas de manquement grave aux règles.
    Mais entre troubles politiques et sociaux majeurs, des peuples qui payent déjà très cher, et payeront plus fort demain, une crise créée par la ploutocratie mondialiste libérale, et la puissance de nuisance des spéculateurs de cette ploutocratie, combien de temps l’UE, dans sa version libérale, attaquée sur deux fronts, sera capable de tenir cette ligne politique ?

  • brennec
    brennec
    retraité
    • Posté à 17h33 le 21/05/2010
    • Internaute 57326
      retraité

    A vrai dire n’étant pas économiste je n’entrerais pas dans le débat théorique et je m’en tiendrais a quelques remarques qui me semblent de bon sens : parler de la dette sans parler de l’emploi de l’argent emprunté me semble une abstraction dangereuse. Emprunter pour construire des infrastructures qui serviront a tous, y compris les entreprises n’est pas la même chose qu’emprunter pour payer les salaires et retraites des agents de l’état. Bref il y a une notion d’investissement qui ne semble pas être pris en compte. La deuxième remarque concerne le service de la dette. Je ne sais pas a quel taux notre état emprunte, disons entre 2 et 4%, ce qui veut dire que le service d’une dette qui représente 90% du PIB représentera lui même 1.8 a 3.6% du PIB, faut il s’étonner alors que la croissance soit faiblarde ? Sans compter qu’il s’agit la d’une belle injustice : un impot redistributif a l’envers, l’impot servant alors a rémunérer la partie la plus riche de la population, celle qui peut prèter de l’argent a l’état (en plus ces prèteurs sont a l’étranger pour la plupart).

  • VinceDeg
    • Posté à 17h56 le 21/05/2010
    • Internaute 36941

    Quand même, à part la théorie de « l’effet d’éviction », n’y a t-il pas aussi un problème de volume des intérêts payés pour expliquer que la dette publique soit mauvaise ? Je n’ai pas les derniers chiffres, mais Wikipedia m’explique qu’en 2005 déjà, le seul paiement des intérêts (et même pas le remboursement effectif de la dette) se chiffrait à presque 50 milliards d’euros, que cela absorbait presque l’intégralité de l’impôt sur le revenu, et que le paiement des intérêts est le deuxième poste budgétaire du pays après l’éducation nationale et avant la défense ! On paie déjà une somme colossale en intérêts chaque année sans même pouvoir commencer à rembourser, et sûrement que cet argent serait le bienvenu autre part... Certains disent que le problème de la dette est que l’on fait payer à des générations futures (la mienne en l’occurence) les dépenses d’aujourd’hui, si on tient en compte le paiement des intérêts, ce n’est même pas cela, c’est que l’état s’obère dès aujourd’hui d’une grosse capacité budgétaire. Est-ce que l’état ne s’étrangle pas lui-même et réduit sa capacité d’action en devant payer chaque année de plus en plus d’intérêts ?

  • Pierrrrre
    Pierrrrre
    → → → → → → → le marché autant (...)
    • Posté à 19h57 le 21/05/2010
    • Internaute 23078
      → → → → → → → le marché autant (...)

    « Mais, au fait, pourquoi a-t-on si peur des déficits publics ? »

    ► On se demande bien,
    le dernier gouvernement ayant présenté un budget non déficitaire est celuii de Raymond Barre.. qui s’est soldé par un echec électoral,
    et l’élection d’un gouvernement Mauroy ayant fait exploser notre déficit et exploser la dette de la France,
    ouvrant la pèriode d’une grande irresponsabilité politique nécessaire à toute victoire électorale.

  • Hulk
    Hulk répond à A déménagé le 1-6
    Gros con de droite
    • Posté à 23h57 le 21/05/2010
    • Internaute 108405
      Gros con de droite

    Un million de fonctionnaires en plus en vingt ans (merci la gauche), explosion des dépenses du mille-feuilles des collectivités locales, pilotage laxiste de la dépense gouvernementale et de la sécu, bref n’importe quoi partout et tout le temps.

    Il suffit de se rappeler le débat dément et surréaliste au sujet de la « cagnotte » sous Jospin pour s’en convaincre...

  • nosil35
    nosil35 répond à Pascal Riché
    en mutation
    • Posté à 22h41 le 22/05/2010
    • Internaute 39000
      en mutation

    Vous auriez du donc dire qu’il n’avait pas suffisamment réduit les déficits ou diminué la dette.
    Je constate pour ma part sa gestion honorable, en décalage complet avec le lieux commun souvent entendu et sous entendu par vous : le PS creuse les finances de l’état.