Témoignage 20/05/2010 à 16h59

« Si je porte le voile, c'est parce que je l'ai choisi »

UV_29640 | étudiante


Exemple de voiles sur mannequin (Flickr/jfgornet)

Je suis française, d’origine française, la vingtaine, étudiante à l’université et je suis musulmane, par choix, depuis maintenant quelques années. Je ne suis nullement manipulée, comme on peut vouloir nous le faire croire.

Je suis heureuse et épanouie dans ma vie à tous les niveaux et l’Islam me permet d’être plus ouverte et tolérante. J’y trouve un apaisement personnel ainsi qu’une soif de savoir. Je vis seule, sans présence masculine qui, soi-disant, contrôlerait mes faits et gestes.

Je porte le voile sur une abaya, pas de niqab ni de jilbab. Mais peu importe : lorsque je sors de chez moi personne n’est là pour voir si je porte mon voile et lorsque je rentre le soir, personne n’est là non plus. Autrement dit, je suis à 100% libre du choix de ma tenue vestimentaire.

J’enlève le voile devant mes parents : suis-je soumise ?

Malgré cela, je suis aussi dans une situation dont on ne parle jamais : je porte le voile de mon plein gré mais je le retire lorsque je rends visite à mes parents. Bien qu’ils connaissent mes convictions, cette étape n’est pas encore prête à être franchie. Alors que dire ? Suis-je soumise ? Suis-je manipulée ?

Cela va bientôt faire un an que la polémique du niqab a débuté et elle a toujours autant de succès. Pourquoi ? Comment ceci a commencé ? Les médias ont agité un bout de tissu noir pendant que tout le monde étouffaient sous le soleil de juin et tout s’est emballé. J’ai clairement vu l’avant et l’après polémique car j’ai plusieurs amies qui portent le niqab, et je ressens moi-même cette tension ambiante alors que je ne le porte même pas !

Je ne sais pas si les médias et les politiques en ont conscience mais c’est de plus en plus invivable. Et si nous étions soumises et manipulées, nous aurions depuis longtemps abandonné nos voiles sous cette pression. Mais non : nous sommes toujours là et même plus nombreuses. Alors, comme expliquer cela ?

Menacée de mort, bousculée dans la rue

Du jour au lendemain votre vie change. Vous ne pouvez plus sortir sans avoir peur, sans vous faire insulter, critiquer, montrer du doigt, des femmes portant le niqab dans mon entourage ont été menacées de mort, bouscule, est-ce normal ? Est-ce un comportement digne d’un citoyen ? Les gens se défoulent car ils ont le feu vert des médias, des politiques !

On ne peut plus se promener à Saint-Michel sans faire dix minutes et entendre « pfff » ou d’autres réactions. On ne peut pas se promener sans être prise en photo comme des choses étranges. Avant on pouvait se promener librement ; aujourd’hui on sent les regards pesants, pour celles qui osent encore sortir de chez elle à part pour le strict minimum.

Alors j’aimerais comprendre où est la liberté dans ce pays, et surtout l’honnêteté, si vous êtes musulmanes visibles -nouvelle appellation inquiétante-, vous devez faire attention à tous vos gestes car tout retombe sur votre voile et sur votre religion. Si on est fatiguée et que, par malheur, on fait une mauvaise tête dans le métro, c’est à cause de notre voile, forcément, et non d’une mauvaise note, etc.

Enfin, je souhaite revenir à la place du niqab. Je comprends que cela puisse choquer mais on est quand même adulte et responsable. Les gens osent venir dans la rue vous dire : « C’est interdit ! » Non, ce n’est pas (encore) interdit et lorsqu’ils voient un voleur, un fraudeur, un fumeur de joint... Vont-ils lui dire que c’est interdit ?

Quand les ministres de la République expliquent le Coran

Ça devient tout simplement de la folie, ils ont réussi leur pari : diviser encore plus les personnes. Et lorsque j’entends des ministres citer des textes religieux pour appuyer leurs décisions, je me demande où est la République laïque.

La femme ne doit pas porter de niqab pendant le pèlerinage à La Mecque ? C’est vrai mais sommes-nous à La Mecque ? Sommes-nous au pèlerinage ? Non, alors toutes à nos niqab ? C’est une plaisanterie ! Monsieur Copé ou Madame Lagarde vont-ils m’apprendre ma religion ?

Photo : présentation de voiles sur trois mannequins (jfgornet/Flickr)

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  • kabreras
    kabreras
    Enervé
    • Posté à 20h29 le 20/05/2010
    • Internaute 60553
      Enervé

    La question posée est en fait :
    La loi de 1905 séparant l’église de l’état est elle en fait à sens unique ?

    L’église, les églises n’ont plus droit de cité dans l’état (ca reste à voir cependant, hein mme Boutin). Alors pourquoi l’état vas il se mêler de religion ?

    Cela n’a aucun sens et surtout aucun intérêt à part se discréditer soi même (l’état) et discréditer la loi.

    Que burka, nikab,cagoules, passe montagnes et autres masques divers et variés soient interdit dans les lieux administratifs et sensibles (aéroports) est du domaine de la décision d’état.
    Que ceux-ci soient banis de la rue elle meme est une entorse pure et simple à la liberté de déplacement.
    En quoi cela est il dérangeant de voir une femme voilée ? Cela l’est plus que de voir un homme avec des cheveux hirsutes ? Cela l’est plus que de voir quelqu’un avec un masque de charlot ?

    Non.

    Peu importe comment les gens s’habillent du moment que c’est de leur propre choix et que cela n’atteins pas la liberté des autres.
    Si vous ne souhaitez pas voir cette femme avec un nikab passant dans la rue, tournez la tête ou apprenez à être tolérants. Elle ne vous dérange pas, ne vous connait pas et n’en a surement rien a faire de vous.

    Lien

  • Sylvain Reboul
    Sylvain Reboul
    Professeur honoraire de (...)
    • Posté à 08h48 le 21/05/2010
    • Expert 22220
      Professeur honoraire de (...)

    Les propos de cette personne relèvent d’une confusion typique entre le simple foulard qui n’est en rien interdit à l’université et n’est pas menacé de l’être (nous ne sommes pas en Turquie !) et le voile intégral qui met en cause l’impossibilité pour les femmes qui le porte, contraintes ou non, d’être d’es citoyennes à part entière, ce qui exige d’être reconnaissables et partant responsables d’elles même dans l’espace public.

    Il ne faut pas confondre une liberté publique qui exige la possibilité de l’identification, donc de la responsabilité personnelle, en tant que gage de confiance dans tous les actes hors de l’espace privé, et un désir privé (quels qu’en soient les mobiles) prétendu libre de se mettre hors de cet espace de confiance.

    Le simple foulard relève de la liberté publique ou citoyenne de se vêtir et de s’exprimer en utilisant tel ou tel symbole, religieux ou non, au contraire du voile intégral qui s’y oppose sans ambiguïté possible. La liberté est responsable ou n’est rien.

    C’est pourquoi aussi je n’utilise ni sur le net, ni ailleurs, aucun pseudo et que la règle s’impose sur les sites ouverts (en particulier sur celui de Rue89) que ceux qui les utilisent soient, par les responsables des différents sites, identifiables. Je ne comprends donc pas que les rédacteurs de Rue89 continuent à entretenir (et à faire droit à) cette confusion qu’ils refusent pour leur propre compte...

  • BasicDA
    BasicDA
    loin
    • Posté à 10h17 le 21/05/2010
    • Internaute 84831
      loin

    Madame,
    Si effectivement ce que vous portez est ce qui est sur la photographie de l’article. Je n’y vois aucun problème étant donné qu’il ne cache pas le visage.

    (Ma grand mère portait regulièrement un foulard qui ressemblait beaucoup à ça quand même, même si on voyait une partie des cheveux dans son cas).

    Mais personnellement j’ai bien peur que vous vous trompiez de débat ; il s’agit bien d’un problème de voile INTEGRAL dont il est question içi.

    Le probléme sont les gens qui se coupent du monde qui refusent les autres, qui croient qu’un simple controle et une attaque personnelle envers eux ( et ceci que le choix soit forcé ou non).

    Enlevez vous le voile si un policier le demande ? Peux on vous demander de l’enlever dans d’autre cas sans créer de ressentiment pour une raison quelconque (contrôle d’identite à la banque,prise d’une photo d’identité tête nue..etc) ?
    Si vous repondez « oui » à ces deux questions vous n’êtes qu’une française aux croyances religieuses différentes et en effet les attaques contre vous dans la rue sont très malvenues.

    Par contre je tiens à vous dire que la stigmatisation de votre comportement n’est pas pire (ni mieux ! ! !) que l’intolérance ordinaire (helas...) envers les jeunes, les jeux vidéos internet ceux qui ont les cheveux longs etc....

    Quand à votre dernier paragraphe je pense que nul ne doute içi de la capacité de nos élus à raconter les pires âneries sur des sujets sur lesquels ils ne connaissent rien.

    Par contre je mettrais un bémol quand même surtout sur certaines de vos paroles je me trompe peût être mais vous semblez mélanger allègrement le probléme sur le port du voile et celui du voile intégral qui sont deux choses bien différentes.

    PS : Je suis contre le voile intégral mais aussi contre une loi sur son interdiction mais ceci est un autre débat et j’ai déja répondu sur ce sujet sur le fil traitant du voile intégral.

    Sur ce je vous souhaite bon courage.

  • chris19
    chris19
    Toujours en alerte
    • Posté à 11h24 le 21/05/2010
    • Internaute 115274
      Toujours en alerte

    Je suis une femme française de 50 ans et le sujet de la burqa soulève chez moi un certain nombre de questions.
    Certes nous sommes dans un pays où la liberté de parole, de pensée, de vie est essentielle et défendue à juste titre. C’est aussi dans ce cadre que l’on essaie de mettre en place une certaine égalité homme/femme et que nos grands-mères et mères ont lutté pour que dans ce pays les femmes puissent disposer de leur vie en obtenant (entre autres) : le droit de vote, la gestion autonome de leur compte bancaire, le droit à la contraception et à l’avortement. Or, la burqa est, dans les pays où il a été rendu obligatoire, le symbole même de l’asservissement de la femme et donc totalement contraire à ces liberté et parité qui nous sont si chères.
    Quelle est donc cette revendication de femmes françaises à porter haut et fort le drapeau d’un vêtement dont une majorité de femmes afghanes (notamment) auraient plaisir à se débarrasser si elles le pouvaient ? N’est-ce pas un manque de respect vis à vis de ces femmes et de leur souffrance au quotidien ? Et cet appel au droit à la liberté pour le port de ce symbole régressif et moyen-âgeux (et apparu très récemment en France) ne constitue-t-il pas un détournement des avancées obtenues par nos aïeules au profit d’un objectif totalement contraire au leur ?
    Il est par ailleurs intéressant de constater que la plupart de femmes qui revendiquent le droit de porter ces tenues « en toute liberté » sont pour un certain nombre d’entre elles françaises de souche, converties à l’Islam. Ne doit-on pas voir là un comportement classique du « plus que les plus » des « transfuges » ayant besoin de convaincre (et de se convaincre) de leur soumission et de leur attachement sans faille à leur nouvelle « famille » ?
    Je suis profondément attachée à la liberté, à l’égalité et à la fraternité. Vous l’aurez compris, c’est la raison pour laquelle la revendication du port de ce vêtement me met extrêmement mal à l’aise.

  • monisme
    monisme
    clm
    • Posté à 11h25 le 21/05/2010
    • Internaute 52504
      clm

    « Les médias ont agité un bout de tissu noir pendant que tout le monde étouffait sous le soleil de juin »
    Je crains que votre raisonnement ne soit faussé dès le départ. Avant que les médias n’agitent un bout de tissu noir, c’est vous qui l’avez exhibé. Ce débat n’existe que par la multiplicité des bouts de tissu noir.
    Je ne pense pas que les « regards pesants » que vous décrivez sont fondés sur la seule différence que vous seriez censée représenter. La différence, je m’en fiche voire m’y intéresse. Etudiante, vous pouvez aussi vous intéresser à l’Histoire pour comprendre que l’évolution des sociétés occidentales, telle qu’elle s’est opérée, s’est accompagnée ou n’a pu se faire que par la disparition progressive, quand bien même inégale, du carcan des signes distinctifs religieux. On peut appeler ça la laïcité ou autrement si vous voulez. Je suis de culture laïque (et non tradition), je pense ne pas être le seul, et ça ne signifie pas que je ne m’intéresse pas à des religions, à d’autres civilisations ou que j’établis une hiérarchisation. « Vous êtes musulmanes visibles -nouvelle appellation inquiétante » dites-vous. Oui, c’est inquiétant pour moi, spirituellement et philosophiquement si j’ose dire. Parce que, si je m’adresse à vous, vous posez comme préalable : je suis musulmane. Et ce préalable m’apparait déjà une conclusion.

  • Chloé Leprince
    Chloé Leprince répond à Sylvain Reboul
    Rue89 Rue89
    • Posté à 11h48 le 21/05/2010
      rédacteur
    • Internaute 74
      Rue89

    Je ne pense pas, contrairement à vous, qu’elle confonde voile intégral et foulard. Loin s’en faut. Elle raconte simplement, depuis son expérience intime, que le débat autour de la burqa et du niqab a modifié son vécu à elle, qui ne le porte pas. Elle parle en fait de stigmatisation. Ce qui est très différent et retient mon attention. Je trouve utile (et sain) de lire des témoignages de cet ordre, quel que soit le regard qu’on porte sur la burqa, la loi anti-burqa, ou même le voile.