A la une 20/05/2010 à 20h42

Foot : un jeune entrepreneur attaque Nike pour contrefaçon



Un footballeur devant une cage de buts équipée de TargeToon (DR).

Alphonse Boua, entrepreneur de Seine-Saint-Denis, créateur d'une cible permettant aux joueurs de football de s'entraîner à viser, accuse Nike d'avoir copié son concept, ce que nie la firme américaine. Il compte sur la Coupe du monde pour faire pression sur le géant de l'équipement sportif.

Pour que les footballeurs puissent réaliser des frappes imparables, rien de tel qu'une cible matérialisant le point à atteindre. C'est ce qu'a pensé Alphonse Boua en créant « TargeToon », cibles rectangulaires que l'on fixe sur la barre transversale ou les poteaux d'un but pour s'entraîner à viser dans la lucarne ou le petit filet. (Voir la vidéo)

En 2003, Alphonse Boua dépose un brevet à l'Institut national de la propriété industrielle (INPI) pour son invention, qui lui vaut une médaille au Concours européen Lépine dans la catégorie innovation sportive.

L'année suivante, il écrit à plusieurs équipementiers, dont Nike, pour faire connaître son produit. Il reçoit peu de réponses, hormis celle de Puma et de quelques autres firmes qui ne sont pas intéressées. Dans la foulée, Alphonse Boua monte une petite société nommée Exoxium pour commercialiser son produit.


Alphonse Boua (DR).

« Merci Nike »

Mais en juillet 2009, il découvre avec stupeur que Nike, lors de tournées promotionnelles effectuées au sein des clubs pour vendre des chaussures, entraîne les joueurs à tirer sur des dispositifs similaires aux TargeToon.

Les cibles se répandent dans les clubs et rencontrent un grand succès auprès des joueurs, comme en témoignent les vidéos disponibles sur le Net.

Alphonse Boua raconte :

« Sur certaines vidéos que j'ai fait retirer, on voit des clubs, que nous n'avions pas démarché, utiliser des cibles portant le logo de Nike. Sur une vidéo, un joueur prend la cible et dit “ Merci Nike ”. Quand j'ai vu ça, je me suis dit qu'on ne pouvait pas en rester là.

Cela nuit à notre développement et à notre crédibilité. Nous avons commencé à vendre notre produit en 2008, et nous n'avons réalisé aucune vente en 2009 ! Nike, qui est implanté dans le monde entier, a fait sa campagne de promotion en Ile-de-France, le marché sur lequel nous voulions nous lancer. Leur campagne de marketing nous a coupé l'herbe sous le pied. »

A partir de ce moment, les clubs auxquels s'adresse Exoxium, dont beaucoup sont sous contrat avec Nike, disent ne pas être intéressés par les cibles proposées. Alphonse Boua songe à tout plaquer, mais ne veut pas « baisser les bras ».

Nike réfute la contrefaçon


TargeToon (DR).

Dans un premier temps, Exoxium entreprend une démarche de conciliation avec Nike, sans succès. Alphonse Boua décide alors d'attaquer la firme américaine pour contrefaçon.

Les services juridiques de Nike estiment qu'il n'y a pas de violation de la propriété intellectuelle, comme l'explique Sophie Nicolet, directrice de la communication de Nike France :

« Nike réalise des campagnes de promotion et de test de chaussures auprès de clubs amateurs. Dans le cadre des exercices de précision, nous avons accroché au but une cible très sommaire, réalisée avec un carré de mousse et du fil de fer, et qui ne ressemble nullement à l'objet de M. Boua.

Cette cible n'a jamais été vendue. Lorsqu'on on fait tester des chaussures à des clubs, on leur laisse le matériel. »

Me Ludot, l'avocat d'Alphonse Boua, a fait établir un constat par un huissier de justice visant à prouver la contrefaçon, en se basant notamment sur les vidéos diffusées sur Internet. Selon lui, l'objectif de Nike n'est pas de commercialiser les cibles mais « d'occuper l'espace au maximum en termes de communication ».

Une « guérilla » pour seule solution

La petite société d'Alphonse Boua n'a pas les armes et les moyens financiers pour affronter le géant Nike sur une longue procédure. Mais Me Ludot compte profiter de « l'effet Coupe du monde » pour faire pression sur l'équipementier :

« Nous allons agir sur les médias car Nike a horreur d'une communication défavorable. Nous allons surveiller toutes les images d'entraînements des équipes nationales, et nous mènerons parallèlement une action en référé pour que toutes les images faisant support de contrefaçon soient interdites.

La seule façon de procéder est de mener une sorte de guérilla contre Nike pour les forcer à trouver une solution. Pour l'instant ils nous traitent par le mépris, mais la Coupe du Monde peut leur faire très mal. »

Au cours de la dernière décennie, Nike a déjà dû faire face à des affaires similaires en étant accusé de contrefaçon par la PME marseillaise Texto puis par la société francilienne Sport Color, avant de régler ses comptes par des accords financiers.

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  • RodionRomanovitchRaskolnikov
    • Posté à 21h39 le 20/05/2010

    Mais c'est une idée de génie cette cible. Personne n'y avait pensé avant !

  • Hulk
    • Posté à 02h10 le 21/05/2010

    En même temps, si ce truc là est considéré comme étant une innovation par le milieu du foot, ça fait un peu peur.

    Et de toute façon, une idée n'est pas brevetable. Il va avoir bien du mal à plaider son cas, et c'est d'ailleurs pourquoi il a choisi un angle d'attaque différent. Il sait qu'il ne gagnera pas sur le plan judiciaire, mais en revanche un chantage auprès de Nike en pleine coupe du monde peut les amener à lâcher quelques liasses de billets pour éviter une mauvaise pub, vu que par défaut, un géant qui a raison face à un petit qui a tort a quand même tort aux yeux du grand public...

  • Ciné.tique
    • Posté à 10h09 le 21/05/2010

    Ce gars a eu une idée innovante, récompensée par un prix Lépine (ce qui n'est pas rien). Nike lui a juste piqué l'idée, et des firme de ce taille ont suffisamment de recul pour savoir comment brouiller les pistes et ne pas se faire tomber dessus pour contre-façon.
    Maintenant on peut dire tout ce que l'on veut, que c'est une bête cible, que si le milieu du foot est content de ça ça fait peur ect... (n'en demandez pas trop à des gus en short qui tape dans une baballe non plus ! ), n'empêche qu'il a eut LA bonne idée.
    Ben moi j'espère qu'il va avoir gain de cause, je lui souhaite bon courage.

  • kevangel
    kevangel répond à Hulk
    Chercheur
    • Posté à 13h12 le 21/05/2010
    • Expert
      Chercheur

    Une idée n'est pas brevetable, mais là il s'agit d'une invention et pas simplement d'une idée. De toute facon, si ce n'était pas brevetable il n'aurait tout simplement pas pu le breveter puisque le dépot n'aurait pas été accepté. Donc votre argument n'est pas très recevable.
    Cela dit, le droit des brevets est très strict, donc si Nike avait fait une vraie contrefacon, ce monsieur gagnerait à coup sur au tribunal. Je pense plutot que le brevet n'a pas été assez bien rédigé et que Nike a pu facilement le contourner. Quand on se lance dans les affaires, c'est des choses qui arrivent et il faut en tirer les lecons.

  • Enogabalo
    Enogabalo répond à Stanislas Jourdan
    Photoshopeur
    • Posté à 14h09 le 21/05/2010
    • Internaute
      Photoshopeur

    Le brevet peut porter sur le système de fixation, ou les différents élément qui composent la cible...
    Ceci dit, commercialement c'est pas étonnant que ça ne fonctionne pas, on peut facilement en bricoler avec une petite planche, une perceuse, un fond de peinture et des crochets... Ou bien une vieille jante de vélo et du scotch... Dans la plupart des clubs on utilise le système D, plutôt que des cibles à 100€ l'unité (si j'ai bien compris leur bon de commande).

  • Victor Nettoyeur
    • Posté à 14h27 le 21/05/2010

    Merci pour l'article (perso je me fous pas mal de la faute d'ortaugrafe, passons).

    Cher M. Alphonse Boua,

    Je connais les chemins tout pourris que vous empruntez en ce moment. Les gens qui se foutent de votre gueule parce que votre idée leur semble nulle, ringarde, déjà vue, blablabla sont autant de gens qui n'en ont jamais. Les fabricants qui y croient mais qui n'ont pas les moyens, les juristes plutôt sympathiques de l'INPI, l'espoir qu'on place dans cette idée (je suis sûr qu'avec les deniers récoltés avec cette idée, vous auriez envie de financer toutes les autres que vous avez dans un coin de votre tête mais qui patientent pour l'instant), les gens autour de vous qui vous voient tantôt comme un inventeur qui va finir par sortir un grand truc, tantôt comme un débile qui invente l'eau tiède (voir les commentaires ironico-faciles plus haut),... Je connais aussi ce jour où on découvre que notre idée a été récupérée. Je pense que vous faites bien d'attaquer la multi-nationale pour contre-façon. Même si vous perdiez, vous permettez de montrer qu'on peut être petit mais pas moins résistant, vous envoyez un message d'encouragement aux autres inventeurs de bas étage comme moi, et vous mettez en garde Reebok, Adidas, Asics, New Balance de ne pas se compromettre dans ce genre d'histoire...

    Tout ce que je vous souhaite, c'est de gagner la bataille de la communication. Soit pour que Nike vous verse de quoi développer d'autres idées, soit pour mieux commercialiser votre produit dont je n'aurais pas entendu parler si Nike ne vous l'avait pas piqué. Maintenant, c'est fait. Faut garder la rage ! BANZAÏ !

    Aux autres lecteurs et auteurs de commentaires railleurs :

    Savez-vous combien gagne le mec qui a inventé le crayon gomme ? Non ? Eh bien lui non plus, il a arrêté de compter. Et pourtant, il a juste breveté la bague qui tient l'un à l'autre...

    Cordialement.