Votre porte-monnaie au rayon X 18/05/2010 à 19h21

Guillaume, informaticien expatrié en Suisse, 2 600 euros par mois


Après des galères professionnelles en France, Guillaume est « plus à l'aise » en Suisse. Examen de ses comptes.


Guillaume, informaticien (DR)

« C'est clair que je n'aurais pas pu être aussi à l'aise en France. » Il y a un an, Guillaume, 25 ans, vivait chez ses parents, en Alsace, et touchait un salaire de 1 100 euros par mois lui permettant juste de rembourser l'emprunt pour sa voiture et de s'offrir quelques sorties. « Mais je n'aurais jamais pu partir de chez moi. Impossible. »

Après avoir obtenu un BTS en informatique industriel en 2004, Guillaume enchaîne une dizaine de CDD chez France Télécom sans jamais se voir proposer de CDI. Puis pendant un an, il va de petits boulots en jobs par intérim, toujours pour un salaire minimum :

« Quand je faisais le calcul, je me rendais compte que mon salaire du mois, en déduisant les frais d'essence et de nourriture, faisait moins que si j'avais déclaré le chômage en restant à la maison. C'est un peu difficile de se lever le matin dans ces conditions. »

Il reprend ses études et obtient une licence, puis travaille pendant plus d'un an dans une petite entreprise de service où il se démultiplie (« Je bossais en moyenne cinquante heures par semaine ») pour le salaire de 1 100 euros.

Il claque la porte « avant que l'ambiance ne devienne trop mauvaise » et, après un court passage au poste d'informaticien à l'IUFM, saisit l'opportunité d'aller travailler en Suisse via le contact d'un ancien client.

Aujourd'hui, il est responsable du parc informatique d'une petite entreprise d'environ 100 employés qui fait de l'implantation de cartes électroniques, dans la banlieue de Zurich. Un poste équivalent à ses expériences en France, pour un salaire bien plus élevé.

Revenus : 2 600 euros net par mois

Guillaume travaille 42 heures par semaine (le temps de travail hebdomadaire légal en Suisse) et dispose de quatre semaines de congés payés par an.

Salaire : environ 2 600 euros net par mois (3 649 francs suisse).

Son salaire net est obtenu après la déduction automatique des impôts (257 euros) et de la cotisation retraite (346 euros en cumulé) de son salaire brut, qui s'élève à 3 209 euros :

« Il faut savoir que ce salaire, au poste que j'occupe, est en bas de l'échelle pour la Suisse. C'est dû à mon âge, mon expérience et aussi au fait que je ne suis pas encore parfaitement bilingue [Guillaume vit en Suisse alémanique]. »

Selon Guillaume, les entreprises suisses offrent de bonnes opportunités d'évolution :

« Ils partent du principe qu'on n'a pas forcément une super paye juste parce qu'on sort d'un bac +5. Ça marche au mérite, il faut montrer qu'on s'investit dans l'entreprise, qu'on a envie de bien faire... Mais sur le long terme, c'est payant. »

Guillaume touche aussi un treizième mois, divisé en deux versements par an et qui varie en fonction des résultats de l'entreprise. L'an dernier, il a eu l'équivalent d'un salaire en plus sur l'année, mais la dernière fois qu'il a touché la moitié de son troisième mois, il a eu beaucoup moins.

Son entreprise ne lui fournit pas de ticket restaurant ni d'autres avantages. En effet, il n'y a pas de comité d'entreprise :

« Dans la mesure où les gens gagnent relativement bien leur vie ici, il y a moins d'avantages sociaux. Ils préfèrent donner l'argent directement plutôt que de le prélever pour le redistribuer ensuite. »

Il y a bien quelques notes de frais lorsqu'il s'agit d'aller rencontrer des clients (frais kilométriques, restaurant).

Dépenses fixes : 1 800 euros par mois

Guillaume s'est installé en colocation avec un collègue français depuis deux mois, dans un F5 de 110 m2 avec deux balcons et un garage compris, à une dizaine de kilomètres de son lieu de travail. Toutes les charges sont donc divisées par deux. Voici la part mensuelle de Guillaume :

Loyer : 760 euros

Alimentation : environ 200 euros

Internet : 18 euros

Redevance audiovisuelle : 40 euros par trimestre pour la télévision et la radio (soit 13 euros par mois).

Charges : Guillaume n'a pas encore reçu de facture d'électricité, d'eau ou de gaz dans son nouvel appartement, mais pour son ancien logement, le montant s'élevait à 250 euros pour un an (21 euros par mois).

L'assurance habitation lui coûte 160 euros par an (13 euros mensuels).

Ses autres dépenses fixes mensuelles sont :

Remboursement de l'emprunt pour sa voiture : 320 euros par mois.

Essence : environ 120 euros par mois, et un peu plus lorsqu'il retourne chez lui en France, « à une heure et demie en voiture ».

Téléphone : 10 euros pour son téléphone français, dont il se sert quand il retourne chez lui. Son téléphone en Suisse lui coûte 20 euros pour une carte prépayée.

Caisse d'assurance maladie (non déduite de la fiche de paye) : 213 euros.

L'assurance de sa voiture lui coûte 1 000 euros par an (soit 84 euros par mois).

Dépenses aléatoires : 800 euros

La vie est-elle plus chère en Suisse ? « Ça dépend pour quoi », répond Guillaume, qui évalue le prix des courses à 10 ou 15% plus élevé qu'en France. « Dans les bars ou les restaurants, ce sont en moyenne les mêmes prix » :

« J'estime que je suis beaucoup plus à l'aise ici qu'en France en fin de mois. Je peux tout prendre en charge et je fais aussi beaucoup moins attention, je me permets plus de choses quand je sors. Je n'ai pas du tout le sentiment de devoir me priver. Et pourtant je ne suis jamais à découvert. »

Deux ou trois restaurants par mois, des sorties régulières en soirée à plus de 30 euros, et quelques extras de temps en temps... Guillaume s'est payé une télévision grand écran au début de l'année, et a offert un caméscope numérique à sa sœur pour son anniversaire, « sans aucun souci ». En revanche, Guillaume n'épargne pas de façon régulière.

Bien sûr, il y a toujours quelques contraintes imprévues :

« L'assurance maladie fonctionne sur le système de franchises. Comme j'ai pris une franchise assez basse, les frais sont plus chers : j'ai payé 463 euros pour un rendez-vous chez le dentiste, et je vais devoir y retourner... Ça plombe un peu les finances, mais bon, j'ai la marge pour ça. »

Notre expatrié est donc heureux de son choix et n'a pas l'impression d'avoir dû faire de sacrifices en partant. Il juge la vie en Suisse plaisante, et a été frappé par « le respect et la confiance des gens entre eux. »

Il tente de convaincre ses amis de venir le rejoindre pour travailler en Suisse, où il y a « des places à prendre ».

Les chiffres en euro présentés dans cet article tiennent compte du taux de conversion entre francs suisses et euros à la date du 18 mai 2010.


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  • Marcd33
    • Posté à 19h45 le 18/05/2010
    • Internaute

    c'est toujours intéressant, voir presque passionnant de voir un peu comment les autres font, comparer et tout ça (c'est ludique : ) )

    Et permet également de voir qu'en Suisse ça reste assez pareil qu'en France ou en Belgique, avec quand même un salaire un peu à la hausse.

    Je reste quand même surpris par le prix de l'appartement, 110 m² pour 1520 euros (760x2 si j'ai bien compris) c'est énorme. A Bruxelles 110 m² est souvent dans les 650 euros, voir parfois moins. Et pourtant Bruxelles est pas toujours bon marché. La Suisse reste donc chère à ce niveau, le salaire donc en conséquence. (je parle même pas de Paris et ses loyers atmosphériques)

    Merci pour ce témoignage en tout cas : )

  • Alfcmoa
    • Posté à 19h57 le 18/05/2010

    Ça aurait été long de tout expliquer dans l'article, mais l'assurance maladie obligatoire est à la charge de chacun auprès d'une assurance privée.

    Pour mon cas, j'ai l'assurance obligatoire, qui ne couvre que le strict minimum plus la complémentaire.
    Le tarif de l'assurance obligatoire de base est environ la même chez tous les assureurs, la différence de prix et des services sont sur la complémentaire.

    Par exemple, les soins dentaire, l'optique ne sont que pris en charge dans la complémentaire.

    Guillaume.

  • chguette
    • Posté à 20h00 le 18/05/2010

    Je ne sais pas si votre question était ironique. Mais elle peut l'être. Je suis moi aussi expatrié en terre helvétique et j'ai beaucoup de mal a me faire au système de santé. D'ailleurs, vivant près de la frontière, je vais en France pour me faire soigner car cela me revient moins cher même si je ne suis pas remboursé de la consultation. Seul intérêt, je pense, ce sont les ophtalmos. Car ils sont souvent opticiens en même temps. On rentre dans la boutique et avec de la chance, vous pouvez vous faire contrôler les yeux tout de suite et non pas prendre un rendez vous pour dans 6 mois...
    Sinon, la Suisse me parait plus chère que ce qu'indique le témoignage de Guillaume.

  • Namvina
    • Posté à 20h45 le 18/05/2010

    Petite comparaison entre les cantons.

    Plus de chômage en suisse romande (Les chiffres du chômage sont faussées à la baisse)
    Zurich est dans le rose clair.

    Le prix de l'assurance maladie n'est pas le même selon les cantons

    J'ai pas trouvé de stats récentes pour les loyers... dommage.
    Quand à la moyenne salariale je pense pas que ce soit le genre de stat très fiable (dépend des secteurs d'activités plus que des régions à mon avis)

  • Sissi des bois
    Sissi des bois répond à Alfcmoa
    ...
    • Posté à 21h18 le 18/05/2010
    • Internaute
      ...

    213 € d'assurance maladie par mois pour ensuite devoir sortir 463 € de dentiste à chaque visite c'est quand même drôlement cher.
    Du coup, en tenant compte des frais annexes qui me paraissent plus élevés qu'en France j'ai l'impression que la relative aisance dans laquelle vous vous sentez n'est dû qu'à l'écart avec le salaire que vous obteniez chez nous.
    Pour ma part je suis dans l'informatique en région parisienne et le salaire que vous avez là-bas correspond à celui de mes collègues qui ont les mêmes responsabilités que les vôtres. Je ne suis pas certains qu'ils s'en trouvent du coup moins bien lotis, loin de là.

    Mais vous voyez du pays et si jamais vous comptez revenir cette expériences vous servira.
    Profitez bien.

  • G-Y.M
    • Posté à 21h36 le 18/05/2010

    Bonne paye effectivement !

    Après la prépa, 3 ans d'une école d'ingé correctement cotée, 6 ans d'expérience dans une grande SSII européenne en ayant fait une carrière plutôt bonne puisque je suis chef de projet, je suis au même niveau de paye sur Paris.

    En France, dans une SSII plutôt bien, Guillaume serait autour de 1900 EUR NET sur Paris (avec 5 semaine de CP, 2 semaines de RTT, une mutuelle, la sécu, un CE, etc...)

  • gastonduf
    gastonduf répond à Marcd33
    • Posté à 22h25 le 18/05/2010

    Je ne pense pas qu'en Suisse, c'est « assez pareil qu'en France ». Il y a moins de filet social certes (encore que...), une assurance maladie à charge du citoyen, des loyers un peu plus élevés, mais de moins en moins... (sauf à Genève ou au bord du Léman ou les riches rentiers français viennent faire monter les prix). Il y a surtout des salaires bien plus élevés. A mon avis, c'est là qu'il y a un problème en France ! Les salariés français perçoivent, pour une grande majorité d'entre eux, des salaires de merde (y'a pas d'autre mot), indigne d'un grand pays européen moderne où les travailleurs ne sont pas, à ma connaissance, moins productifs qu'ailleurs (que font vos syndicats ? ).
    Lorsque il fut question pour mon épouse française et moi-même de choisir le lieu de notre résidence, il n'y a pas eu photo, si nous avions choisi la France (que j'adore), je n'aurais pas pu assumer des pensions alimentaires décentes pour les enfants que j'ai eu d'un premier mariage.

  • kenjiamo
    kenjiamo répond à pablico
    • Posté à 22h38 le 18/05/2010

    La base pour un informaticien c'est BAC +5 en France.

    Les SSII comme sopra n'embauche que à BAC+5 et à un salaire assez bas ... alors un bac +2 ... faut arreter de rever avant BAC +3 le diplome n'a aucune valeur ... et encore bac +3 quand on parle d'une licence PRO, une licence simple ne vaut guère mieux qu'une licence classique ...

    Donc en gros il y a trop d'informaticien qualifié en france.

  • mattzz
    mattzz répond à brothe
    • Posté à 22h43 le 18/05/2010
    • Internaute

    Je ne comprends pas le besoin qu'ont les expatriés de prendre leur cas pour une généralité, et leur départ pour une preuve de la dégradation de la vie en France...

    J'ai aussi vécu en Suisse, j'y ai apprécié pas mal de choses, d'autres moins, et au final j'ai (enfin nous avons) fait le choix de rentrer en France. Choix dont je suis très heureux. Est-ce que ça prouve quoi que ce soit ? Non, si ce n'est que votre exemple n'a pas non plus valeur de preuve.

  • Alfcmoa
    Alfcmoa répond à Sissi des bois
    • Posté à 23h55 le 18/05/2010

    C'est à cause de la franchise, j'explique en CHF pour éviter les conversions :

    je paye 300 Sfr / mois pour l'assurance de base plus complémentaire avec une franchise de 1000Sfr/an (franchise définie lors de la signature du contract, le minimum étant 500Sfr)

    Donc premiere visite chez le dentiste de l'année : 650Sfr

    Après 1000Sfr de consultation, ce sera l'assurance qui prendra en charge.

    Effectivement, comme dit dans l'article mon salaire n'est pas très élevé mais les opportunités d'évolution son réelles.

    J'ai commencé à 4000 brut, mon chef justifiant ce salaire par le fait que je suis arrivé en alignant difficilement une phrase en Allemand, mais il a décider d'essayer. Après la première année, premier bilan avec mon chef. Impressionné par mes progrets (le fait d'habiter en Alsace aide beaucoup à conprendre le Schweizer Deutsch) et mon investissement, première augmentation, +12%, pour une première année je trouve ca motivant.

  • Jerome_B
    Jerome_B répond à Marcd33
    • Posté à 09h33 le 19/05/2010
    • Expert

    1500 Euros pour 110 m2, c'est assez typique pour la Suisse et encore, il ne faut pas espérer un appart en centre ville de Genève ou Lausanne à ce prix là, ni au bord du léman avec vue ... je pense que la situation zurichoise doit être assez équivalente ......

    J'apporterais un bémol à ce reportage. Pour un jeune célibataire, diplômé intermédiaire, qui vit en colloc, je conçois tout à fait que la Suisse soit un Eldorado. Ce n'est pas cependant le cas général. Pour ma part, diplômé à un niveau un peu supérieur, marié avec deux enfants, la situation est un peu différente :
    Ma femme et moi même gagnons correctement notre vie, voire même touchons de gros salaires comparativement à ce qui se pratique en France mais voilà :
    - Les assurances maladies pour une famille entière : 700 euros
    - La garde des enfants pour (4 jours pleins pour l'un + 4 demis journées pour l'autre) : 1200 euros
    - Le loyer (120 m2 + petit jardin à 15 km de Lausanne / pour une famille de 4) : 1600 euros
    - Le prix moyen du plat du jour au restau : 15 euros / personne. un repas plus copieux le w-e : 25 euros / personne
    - nombreuses taxes administratives (voitures, animaux, renouvellement de tout papier d'identité etc ...)
    - Dans un couple marié, le « deuxième » salaire est sur-imposé (ma femme paie environ 25% d'impôts directs ! ! ! )

    La vie en Suisse est agréable pour plusieurs aspects :
    - L'environnement (splendide, surtout si on aime la montagne)
    - Le côté cool et respectueux des gens
    - Le respect des enfants et une société construite pour leur plaisir

    Mais la vie est très chère et même si l'on gagne des salaires très élevés comparativement à la France, je reste persuadé, pour reprendre mon cas personnel, qu'en allant travailler dans un grande entreprise du sud-ouest de la France avec qui j'ai déjà des contacts, je gagnerais un salaire bien moindre mais nous serions déjà depuis longtemps propriétaires d'une belle villa à la campagne et nous n'aurions pas de soucis d'argent à la fin du mois ..... acheter une maison du côté de Lausanne est pour nous à l'heure actuelle un rêve inaccessible alors que nous en achèterions une du jour au lendemain en France (hors Paris ou côte d'azur évidemment) ...... je ne me plains pas et être propriétaire d'une maison n'est absolument pas une fin en soit pour moi mais c'est un objectif assez concret et précis pour beaucoup de familles qui est très difficilement accessible ne Suisse comparativement à beaucoup d'endroits en France ..... L'immobilier reste pour moi le gros point noir de la Suisse ......