A débattre 17/05/2010 à 13h43

Retraites : la brèche dans le bouclier fiscal est-elle un alibi ?

Julien Martin | Ex-Rue89


Eric Woerth s’entretient avec Bernard Thibault à Paris le 12 avril 2010 (Charles Platiau/Reuters).

Le gouvernement veut taxer « les hauts revenus et les revenus du capital ». Suffisant pour faire passer la réforme ?

Première brèche dans le bouclier fiscal. Dans le document d’orientation sur la réforme des retraites, remis dimanche aux organisations syndicales, le ministère du Travail indique :

« Afin d’assurer une répartition équitable de l’effort, le gouvernement mettra notamment en place une contribution supplémentaire sur les hauts revenus et les revenus du capital.

S’agissant des particuliers, cette contribution ne donnera pas droit à restitution au titre du bouclier fiscal. »

Pierre Lellouche avait déjà prôné, lundi soir sur France 2, une remise en cause, précisant ensuite à l’AFP qu’il visait « les hauts revenus et les revenus du capital qui bénéficient de la ristourne. »

Déclaration visiblement peu appréciée d’Eric Woerth. Le ministre du Travail corrigeait le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes deux jours plus tard sur Canal+, à l’unisson avec Nicolas Sarkozy qui a toujours assuré qu’il ne toucherait pas au bouclier fiscal qui, depuis l’été 2007, limite à 50% les impôts et les taxes payés par les plus hauts revenus :

« Ça a été lancé par Pierre Lellouche il y a quelques jours, c’est un sujet au fond sur lequel il s’est un peu aventuré, ça n’engage pas le gouvernement. [...]

C’est un élément très important de la compétitivité française. On ne touchera pas au bouclier fiscal pour régler quoi que ce soit. »

« C’est un excellent document de travail »

« Les hauts revenus et les revenus du capital », les termes utilisés par Pierre Lellouche, se retrouvent pourtant précisément dans le document du ministère du Travail. Si revirement il y a de la part de l’exécutif, il semble davantage stratégique qu’idéologique.

La manœuvre est habile. Elle a pour but de contrer le scepticisme grandissant de l’opinion publique face à cette réforme. Selon un sondage Publicis Consultant et TNS-Sofres pour Europe 1, i>Télé et Le Monde, publié ce lundi, 85% des personnes interrogées disent ne pas croire à une amélioration dans le financement des retraites.

Elle permet aussi d’amoindrir la contestation dans les rangs de la majorité, dont plusieurs tenants réclamaient la fin du dogme du bouclier fiscal. Le président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, Jean-François Copé, n’a pas dit autre chose au micro de RTL :

« C’est un excellent document de travail, il est d’ailleurs tout à fait en phase avec ce sur quoi nous, les députés UMP, travaillons. On a lancé un groupe de travail [...] et on arrive à peu de chose près aux mêmes orientations. »

Même Benoît Hamon, le porte-parole du Parti socialiste, a reconnu sur i>Télé le bien-fondé de cette mesure réclamée depuis le début par l’opposition :

« Enfin ! Ça relève de la justice la plus élémentaire. Que le gouvernement bouge là-dessus, je dis “enfin”, mais j’attends de voir ce que sera la nature de la proposition. »

« Nous ne nous faisons pas d’illusions »

Ce « mais » de Benoît Hamon pourrait toutefois constituer la limite à cette annonce du gouvernement. Car la mesure n’est pas chiffrée et les appels à la méfiance se multiplient. Au PS donc, mais aussi parmi les syndicats de salariés. Le négociateur de la CGT pour les retraites, Eric Aubin, sur France Info :

« Nous ne nous faisons pas d’illusions sur le niveau de contribution auquel les hauts revenus et les revenus du capital seront soumis.

Et donc nous pensons que ça ne suffira pas de toute façon à équilibrer nos régimes. »

D’autant que ce n’est pas la principale piste avancée par le gouvernement pour résoudre le dilemme du financement des retraites. Le document cite avant tout l’augmentation de la durée de cotisation et le report de l’âge d’ouverture des droits à retraite.

L’opposition, comme les syndicats, demeure ferme sur sa volonté de ne pas remettre en cause l’âge légal de départ à la retraite, qui s’établit pour l’heure à 60 ans. Reporter cet âge légal n’est pas « une piste juste » pour Benoît Hamon et Eric Aubin regrette de « ne pas avoir été entendu ».

L’enjeu sera désormais de savoir s’ils parviendront à convaincre l’opinion de la légitimité de leur contestation. Ou si, à l’inverse, le gouvernement réussira à se servir de cette première brèche -même minime- dans le bouclier fiscal pour démontrer que les dogmes ne sont plus dans son camp.

La carte Pearltrees des articles sur la réforme des retraites :

Penser la réforme

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  • Moorice
    Moorice
    assis
    • Posté à 13h58 le 17/05/2010
    • Internaute 112628
      assis

    Il est clair que l’on doit faire quelque chose pour le système des retraites.

    La mesure essentielle et la première à présenter à nos pseudo-représentants est la supression des régimes spéciaux, en commençant par ceux des représentants élus. L’excuse de devoir laisser son activité professionnelle pour un mandat (souvent grassement payé) est absurde alors que la précarité touche la plupart des français.

    Les catégories professionnelles n’acceptant pas les réformes doivent être exclues de la caisse « commune » et pourquoi pas pourraient se financer eux-même, sans transfert de cotisation d’une caisse à l’autre comme c’est le cas actuellement.

  • Phil2922
    Phil2922
    Retraite invalidité
    • Posté à 14h33 le 17/05/2010
    • Internaute 36639
      Retraite invalidité

    Le film « Robin des Bois » a fait l’ouverture du festival de Cannes. Le problème c’est que nous n’avons pas ce genre de personnage parmi les décideurs d’où la méfiance sur une réelle loi faite de justice et de bonne répartition... !

    Lien

  • Marcantoines
    Marcantoines
    trouveur
    • Posté à 14h41 le 17/05/2010
    • Internaute 55044
      trouveur

    Il faut tout mettre sur la table.
    Les ressources possibles : durée et montant des cotisations, taxation sur les flux de capitaux, impôts sur « la connerie “ ( bling bling, luxe débile, spéculation court terme, objets inutiles et chers.), impôts sur la transmission de patrimoine.
    Les moyens : retraite par répartition, partie retraite par capitalisation.
    Les excès : régimes spéciaux de nos élus, de nos doublons administratifs.
    La consommation, l’importation, le manque de production.
    Produire des richesses au lieu de partager la médiocrité.

  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 15h09 le 17/05/2010
    • Internaute 82025
      non connue

    Il est clair que nous sommes ici face à une bataille idéologique, et je crains que la gauche soit en train de la perdre.
    Ça se joue en trois temps :

    -1- La droite joue les « dures » en protégeant son bouclier fiscal, et en proposant des mesures douloureuses - allongement de la durée des cotisations, et implicitement diminution des pensions par chômage des séniors interposé. Face à ça, la gauche la joue démago en demandant de compenser le déficit par une participation des gros revenus et des revenus du capital.

    -2- La droite lâche du lest et admet, à grand bruit médiatique, d’entailler au canif son bouclier fiscal.

    -3- La gauche se retrouve Gros-Jean comme devant, car non seulement on applique ce qu’elle demande, mais en plus on établit la preuve que financièrement on est très loin du compte. Et par conséquent l’essentiel des mesures prises toucheront quand-même les gens modestes.

    Il faut que la gauche reprenne la main en proposant des solutions plus originales, pose les véritables questions conduisant à régler le problème des retraites tout en aidant à rallonger l’espérance de vie.

    Ça peut consister à passer progressivement à temps partiel, au delà de 50 ans, et jusqu’à 65 ans. Et ainsi utiliser l’activité professionnelle comme facteur de longévité.

    Ça doit consister à trouver des solutions au chômage des séniors, par exemple en baissant les charges salariales sur des binômes junior-sénior.

    Et surtout, ça devrait consister à établir davantage de solidarité entre retraités, en baissant les grosses pensions et augmentant le minimum vieillesse. Mais là, il faut être politiquement courageux (et de gauche) ...

  • yabon
    yabon
    Klingon
    • Posté à 15h57 le 17/05/2010
    • Internaute 98602
      Klingon

    La réponse est dans la question. Vous travaillerez plus (pour toucher moins, au mieux autant) mais soyez contents : Ce sont les riches qui paieront votre retraite ! Vous voyez qu’on en a besoin, donc il faut garder le bouclier fiscal. Voilà ce qu’on va essayer de nous faire avaler.

    Maintenant tout cela n’est qu’une campagne de communication (voir Lien) car l’essentiel est ailleurs : Dans la calendrier. D’abord le festival de Cannes, puis la coupe du monde de foot et quand tout le monde sera en vacances, hop, on fait comme maître Balladur, on fait tout passer au mois d’Août.