Les Inrocks 17/05/2010 à 17h09

La photo choc du séisme d'Haïti a-t-elle été volée par l'AFP ?

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Marc Beaugé | Les Inrocks


Image : The Russian Photos Blog

La photo la plus emblématique du tremblement de terre en Haïti n’a rien rapporté à son auteur, Daniel Morel, qui accuse l’Agence France-Presse de l’avoir volée et vendue à travers le monde. Il a même quelques solides arguments.

Photographe, Daniel Morel a longtemps travaillé pour Associated Press (AP), la plus grande agence de presse au monde. Il lui est même arrivé, au cours de sa carrière, de remporter de prestigieux prix. Daniel Morel a une autre particularité. Il est Haïtien. Et il était à Port-au-Prince, le 12 janvier, en fin d’après-midi, quand la terre a tremblé...

Immédiatement, ce jour-là, Daniel Morel se met au travail. En un quart d’heure, il prend des dizaines de photos. Puis cherche à les transmettre. Problème, la plupart des réseaux de communication sont alors hors service. Il s’entête et file à l’Oloffson Hotel, encore debout.

La fille du manager de l’établissement lui prête son ordinateur portable. Il marche. Même Internet marche. Daniel Morel télécharge treize images sur son compte Twitpic. Puis il crée un compte Twitter, baptisé « PhotoMorel ». Il y poste un lien vers son compte Twitpic. Il est 17h20.

Un internaute dominicain pirate les images

A 17h28, moins de dix minutes plus tard, un certain Lisandro Suero, internaute basé en République dominicaine pirate ses images. Il les met sur son propre compte Twitpic et annonce que ce sont ses images, des images exclusives. Elles sont rapidement repérées par les principales agences de presse.

A 21h45, l’AFP se lance. Elle télécharge les images depuis le compte de Lisandro Suera puis, via son distributeur Getty, les diffuse à ses clients à travers le monde. Les photos font un tabac. L’une d’entre elles retient particulièrement l’attention. On y voit une femme à demi enfouie dans les décombres, le visage hébété et recouvert de poussières. L’image est reprise par d’importants sites Internet.

Le lendemain, 13 janvier, elle apparaît en couverture de plusieurs quotidiens américains. Le 14, elle est encore en une de nombreux journaux européens (Libération, Le Corriere Della Sera, De Morgen, De Standaard, La Libre Belgique, Le Soir...) L’image est forte. Elle devient symbole de la catastrophe haïtienne. Elle est créditée « AFP/Getty Lisandro Suero ».

C’est la fin de l’histoire de Daniel Morel. Et le début de l’affaire.
Réalisant que ses images sont utilisées sans son consentement, et sans la moindre compensation, le photographe haïtien fait appel à une avocate américaine, Barbara Hoffman. Celle-ci met en demeure l’AFP, Getty et ses clients de cesser immédiatement l’utilisation des photos. Mais rien ne se passe. Les mises en demeure se multiplient. Toujours rien.

L’AFP fait la sourde oreille puis attaque

Jusqu’au 3 mars, les images de Daniel Morel continuent d’être proposées aux clients de l’AFP. Le 26 mars, l’AFP réagit enfin aux injonctions de l’avocate de Daniel Morel. Et la réaction est plutôt étonnante. L’AFP dépose plainte pour « revendication de droits erronée » et demande dédommagement. Le 21 avril, Daniel Morel réplique.

Il attaque l’AFP, Getty et ses clients sur dix chefs d’accusation, notamment celle d’infraction au droit d’auteur. Dans un dossier de 66 pages, Daniel Morel justifie de façon extrêmement détaillée sa plainte. Il démontre par exemple que l’AFP savait à qui appartenaient les images au moment où elle les a téléchargées.

Plusieurs employés de l’agence avaient même tenté de rentrer en contact avec lui via son compte Twitter. Sans réponse, ils se sont servis sur le compte de Lisandro Suero, et l’ont crédité. Dans sa plainte, l’AFP arguait que tous les contenus mis en ligne sur Twitter sont libres de droit. Là aussi, la réponse de Daniel Morel semble limpide.

Ses photos n’ont jamais été sur Twitter. Et pour cause. Twitter ne peut accueillir d’images. Ses photos étaient en ligne sur Twitpic. Et il est clairement stipulé, dans le règlement de Twitpic, que les images postées restent sous le coup du droit d’auteur...

La suite des événements ? Jointe par les Inrocks, Barbara Hoffman, l’avocate de Daniel Morel, détaille :

« Nous attendons désormais les réponses de l’AFP, Getty, CNN, et CBS à notre plainte. Ils ont jusqu’au 25 mai. Le 17 juin, nous rencontrerons le juge pour fixer les dates des audiences. »

Le procès pourrait avoir lieu à la rentrée. Pour chaque utilisation non autorisée de ses images, Daniel Morel devrait demander 150 000 dollars.

Photo : The Russian Photos Blog

En partenariat avec LesInrocks.com

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  • steed1
    steed1
    Franco-Breton
    • Posté à 09h23 le 18/05/2010
    • Internaute 29140
      Franco-Breton

    Il devrait demander 150000€ pour chaque photo publiée ?
    Si vraiment il gagne ses procès pour récupérer ses droits je le verrais bien, dans une sorte de happy end, en refiler une partie à cette femme pour qu’elle se reloge....
    Je rêve, sans doute...

    Ceci dit quand t’es photographe professionnel, ça doit bien être frustrant de voir quelqu’un se faire un gros tas de pognon sur ton dos ! ! !

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 11h00 le 18/05/2010
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    Il s’est fait gruger, pas de chance pour lui, mais ça reste quand même une affaire d’ordre limite privée, ou du moins qui ne concerne pas plus que la micro-sphère médiatique.
    Parce que franchement, que ça soit Raoul ou Gérard Lambert qui soit l’auteur de la photo, ça importe tellement qu’une fois l’article fini, j’aurais oublié jusqu’à l’existence de leurs noms : D

    Surtout que la photo en question vaut pas un kopeck. J’en ai vu des dizaines cent fois mieux, rien que les photos satellites sont plus parlantes qu’une énième photo à la con destinée à faire pleurer les chaumières en nous montrant en gros plan un type en train de crever.
    Ça n’a absolument rien de représentatif d’un séisme à Haïti, on pourrait bien l’utiliser pour illustrer l’effondrement d’un immeuble à NYC, les conditions de travail dans un chantier de construction de Bouygues, la misère des habitants des décharges indiennes, les difficultés budgétaires de l’archéologie, la dernière mode à la con sur Facebook ou le prochain film d’Emmerich.

  • flixp
    flixp
    Aboyeur
    • Posté à 11h00 le 18/05/2010
    • Internaute 34063
      Aboyeur

    Il est interdit de cracher sur les journalistes.
    Veuillez mesurer vos propos.
    L’éthique et la compassion ne peuvent remettre en cause le droit inaliénable à l’information.

  • jpouille
    jpouille
    Fils du vent
    • Posté à 13h54 le 18/05/2010
    • Internaute 31114
      Fils du vent

    Ils peuvent crever de faim a Haiti, la mode est passee, on en est aux reglements de compte entre l’AFP et un photographe.
    Une belle humanite : Une bataille d’epicier sur fond de catastrophe humanitaire. Des gens hebetes ou a moitie mort et une discussion pour savoir qui va toucher le gateau. Surement pas les victimes
    Et apres ils seront les premiers a vous faire de beaux disours...
    la pauvrete et la misere semble etre banalise...
    la detresse n’est qu’un outil qui permet de gagner plus de fric.
    Nous en sommes la. C’est pathetique.

  • dudul15
    dudul15
    anarchiste réactionnaire
    • Posté à 14h24 le 18/05/2010
    • Internaute 114822
      anarchiste réactionnaire

    Les images les plus publiées en Unes de tous les grands quotidiens le 12 septembre 2001 (il y a une trés bonne analyse de Clément Chéroux sur l’image et les médias par rapport au 11 septembre 2001) furent les tours en feux et non pas les gens se jetant du haut des tours ou autres visages ensanglantés. Remarquez comme à chaque fois que l’on reporte des images d’un drame se déroulant dans les pays « pauvres » les images sont plus trashs que celles de nos drames occidentaux. Le problème ne vient pas du photographe qui a envoyé cette image sur twiptic parmi tant d’autre faitent ce jour là, mais bel et bien des iconographes se pliant aux désir des patrons de journaux, qui eux veulent vendre du papier à tout prix. Qui dit grande ouverture tape à l’ oeil, dit vente immédiate et donc profit. L’autre problématique incombe quand à elle au lecteur qui s’oriente plus facilement sur une presse où les premières images visibles sont « chocs ». Pour simple exemple, un accident en bord de route, tout le monde ralenti pour essayé d’apercevoir quelque chose. Je sais de quoi je parle, je fais ce métier et c’est rarement, pour ne pas dire jamais, mon choix personnel qui est publié. Donc la faute a qui ? le photographe ? l’AFP ? ou l’ensemble des médias ? l’AFP est fautive si elle a diffusé cette image en ne s’occupant pas des droits d’auteurs. Désolé j’écris très mal mais vous m’aurez compris ! ?

  • kio
    kio
    urbain
    • Posté à 16h29 le 18/05/2010
    • Internaute 63657
      urbain

    Yeah ! Jackpot !

  • jojomigrateur
    jojomigrateur
    Photojournaliste
    • Posté à 17h20 le 18/05/2010
    • Journaliste 19668
      Photojournaliste

    La conclusion de cette affaire, c’est certainement qu’il faut être dingue pour balancer un scoop potentiel sur Twitpic, Flickr ou sur un réseau social...

  • Tekhyla
    Tekhyla
    Eudémoniste Contemporain
    • Posté à 14h21 le 19/05/2010
    • Internaute 74701
      Eudémoniste Contemporain

    Et personne ne se pose la question de savoir ce que cette photo apporte en terme « d’information » à part regardez y’a du sang et des tripes.
    Apporte-t-elle un plus sur le sujet ? Non.

    Bref plus du voyeurisme que de l’information.
    Droit à l’information ou droit de rassasier l’appétit vorace du client pour les images dures de misère en tout genre ?

    ....En plus ce n’est pas le sujet de l’article....

    Pas que ce ne soit pas intéressant, il y a pleins d’autres hors sujet intéressant en lien avec cet article.

    Je suis pour la création d’un TROLL POINT aussi du coup.

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