A la une 12/05/2010 à 17h40

Le Bloc identitaire s'acharne contre le Mur des expulsés

Jérôme Brisson | Journaliste

Infosignalée par
un internaute


Le mur vandalisé par le Bloc Identitaire (maire de Billère).

Samedi dernier à Billère, près de Pau, des membres du Bloc identitaire, un mouvement proche de l’extrême droite, ont recouvert de peinture le Mur des expulsés, une fresque en hommage aux étrangers expulsés de France. Le maire a fait nettoyer la souillure dès lundi matin, mais le feuilleton est loin d’être terminé.

Depuis son inauguration le 5 septembre dernier, déjà perturbée par des militants ultranationalistes du Bloc identitaire, le Mur des expulsés de Billère est au centre de toutes les attentions. Outre la contestation active des membres du Bloc, le maire PS Jean-Yves Lalanne doit aussi faire face à une décision de justice.


La fresque originale.

Peu après l’inauguration de la fresque, Philippe Rey, le préfet des Pyrénées-Atlantiques, a attaqué en justice le maire, jugeant qu’une « expression ayant une connotation politique » n’avait pas sa place sur le mur d’une salle communale.

Le tribunal administratif lui a donné raison lors de son jugement du 12 janvier, enjoignant le maire à retirer la fresque pour motif du « non respect de la neutralité du service public », sans préciser de date d’exécution du jugement.

Le maire a fait appel de la décision, mais le préfet insiste pour que la fresque soit rapidement retirée, comme il l’a rappelé dans un communiqué publié lundi :

« Le maire a l’obligation de procéder à cet effacement, l’appel qu’il a introduit n’ayant pas d’effet suspensif. »

M. Lalanne rétorque qu’il n’est pas question de retirer la fresque tant qu’il n’a pas utilisé « tous les recours administratifs ».

Passage à l’acte

Les militants du Bloc identitaire, eux, n’ont pas attendu. Samedi, ils ont recouvert d’une peinture jaune et beige le Mur des expulsés, en taguant le message : « C’est fait, M. le préfet ». Une action revendiquée sur leur site.

La peinture à l’eau a pu être retirée par les services techniques de la ville mais la mairie, qui ne veut pas en rester là, a porté plainte.

Interpellé par les identitaires, le préfet n’a pas directement condamné cet acte. Mais il s’en est détaché dans un communiqué en insistant sur l’action de justice en cours :

« Il est du devoir des responsables publics, et notamment du maire, de respecter le droit et d’exécuter les décisions de justice.

En cas de défaillance de leur part, c’est bien évidemment selon les seules procédures légales que le respect du droit doit être obtenu. »

Le maire de Billère, joint par téléphone, s’étonne du « harcèlement du préfet » pour une « simple fresque ». Il lui demande de retirer sa plainte et de régulariser deux étudiantes comoriennes sans-papiers sur qui a rejailli l’affaire :

« Le préfet doit se dissocier de ces actes et régulariser les deux étudiantes comoriennes qui sont inscrites à la faculté de Pau et ne troublent pas l’ordre.

Ce qui trouble l’ordre, c’est le zèle du préfet et de l’administration à harceler ces personnes-là. Maintenant il ne faut plus des mots, mais des actes. »

M. Lalanne, qui loue « la résistance des associations à la politique de l’identité nationale », veut rencontrer le préfet pour réitérer ses demandes.

Conscient que cette affaire met les militants de la droite conservatrice sur le devant de la scène, le maire n’en est pas moins déterminé :

« On ne va pas se coucher sous prétexte de ne pas faire de publicité aux ultranationalistes ».

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  • Hulk
    Hulk
    Gros con de droite
    • Posté à 18h09 le 12/05/2010
    • Internaute 108405
      Gros con de droite

    Si on en croit la photo, on ne peut guère appeler ça une œuvre d’art, c’est tout simplement nul ; une sorte de tract à la peinture.

    Sur le fond, il ne paraît pas choquant que le maire attende d’avoir épuisé tous les recours avant de faire effacer, vu qu’en cas de décision en sa faveur ensuite, on ne pourrait pas rétablir l’original. Mais ça ne me choque pas non plus que des gens viennent taguer cette chose, vu sa laideur...

  • Féline
    Féline
    fée
    • Posté à 18h22 le 12/05/2010
    • Internaute 111221
      fée

    Si un maire de droite faisait réaliser une fresque favorable à l’expulsion massive de tous les immigrés de France dans la salle communale de sa ville, et qu’il refusait de l’enlever immédiatement après que le préfet l’ait interdite, je me demande comment réagirais les médias, et surtout les militants d’extrême-gauche.

    Toujours le même « deux poids,deux mesures » en France.

  • Le-Hurleur
    Le-Hurleur répond à Hulk
    Manutention-Artiste musicien
    • Posté à 18h39 le 12/05/2010
    • Internaute 49166
      Manutention-Artiste musicien

    Je ne vois pas ce qu’il y a de nul. C’est une fresque murale dans un style urbain, et je trouve que pour un tract, il a de la gueule. Ce n’est pas laid, moins que des mur en béton brut.

  • Burpy
    Burpy répond à Féline
    Dans...
    • Posté à 20h26 le 12/05/2010
    • Internaute 80393
      Dans...

    « Toujours le même “deux poids,deux mesures” en France. »
    Comprends pas.
    Le pov’ Lefebvre, il peut pas s’exprimer à la télé ?
    Sarkozy ne trouve pas de place dans notre monde médiatique ?
    Les militants d’extrême gauche seraient protégés par Alliot Marie ?

    Si le cas que vous évoquez devait se produire, oui je pense qu’il y aurait des réactions. Mais :
    « Toujours le même “deux poids,deux mesures” en France. »
    Y a pas. Je comprends pas.
    Mais vous avez certainement plein de précisions.

  • Féline
    Féline répond à Burpy
    fée
    • Posté à 21h31 le 12/05/2010
    • Internaute 111221
      fée

    Je parle de la couverture médiatique des évènements.

    Lefebvre et Sarkozy sont des responsables politiques et des élus du peuple. Encore heureux qu’ils ne soient pas interdits de parole dans les médias. Mais ce n’est pas de la parole des hommes politiques dont je parle, mais de celles des citoyens lambda (si j’ose dire).

    Vous dites que le cas que j’évoque enclencherait des réactions. Doutez-vous un seul instant que ces réactions seraient largement couvertes par les médias ? Croyez-vous que les journaux et les émissions people/politique ne donneraient pas la parole à tous les militants/associations/artistes ou autres qui trouverait à redire à ce qu’une mairie de droite utilise l’espace public pour faire l’apologie des expulsions ?

    Le cas présent, l’inverse de celui que j’invente, enclenche aussi des réactions. Mais à la droite et l’extrême-droite de l’échiquier politique celles-là. Les médias se font-ils l’écho de ces réactions de citoyens de notre république ? Non, bien entendu.

  • Cyril_H
    Cyril_H répond à Busard A.
    étudiant à Pau
    • Posté à 22h13 le 12/05/2010
    • Internaute 5367
      étudiant à Pau

    De fait, l’effacement étant définitif, l’appel n’aurait pas d’objet si la fresque n’existait plus.

    Donc le maire de Billère a annoncé attendre la fin de la procédure pour appliquer la décision de la justice administrative quelle qu’elle soit.
    Le préfet n’a pas l’air de trouver ce raisonnement stupide, vu qu’il n’a pas introduit d’action en référé pour obtenir l’application de la décision du TA.

    Il faut savoir que le préfet du 64 est un habitué des déceptions en appel. Récemment encore, après avoir roulé des mécaniques, il s’est fait humilié par la cour d’appel de Pau dans un procès ubuesque qu’il faisait à une association d’agriculteur basque. Notre préfet n’est pas l’un des plus fins...

  • Ianeak
    Ianeak répond à Busard A.
    escapiste
    • Posté à 00h41 le 13/05/2010
    • Internaute 104544
      escapiste

    C’est peut être dans ses compétences ceci étant est-ce vraiment sérieux de la part d’un représentant de l’exécutif (et quel exécutif !) d’ainsi faire la guerre à ce genre de peinture ?

    Politique et opinion sont indissociables « Liberté - Egalité - Fraternité c’est politique à la base, et c’est sur le frontons de toutes les mairies.

    A nos morts pour la patrie (reconnaissante, tu penses), ça aussi c’est politique, et toutes les communes de France ont leur monument aux morts, grâce ou à cause notamment d’un décret (15-07-1922) qui déléguait aux préfets l’approbation des projets...

    Quand l’exécutif n’est pas neutre, et ne fait rien pour l’être, il est amusant de voir, sur ce sujet, un préfet prétendre protéger la neutralité républicaine (quelle vaste blague !)

  • mesam
    mesam
    Etudiant
    • Posté à 15h41 le 13/05/2010
    • Internaute 85700
      Etudiant

    Ce genre de simulacre d’action coup de point est le seul moyen d’exister un minimum pour les groupuscules d’extrêmes droites.

    En effet ces groupes n’ont plus réellement de poids du fait de leur nombreuse scissions internes (et oui ces demeurés ont tendances à se battre entre eux et pas qu’idéologiquement) et se trouve contraint de se faire entendre par des actions ridicules.

    Ils sont mêmes mis en difficultés dans les seules réelles tribunes qu’ils ont à savoir les tribunes de certains stades, le KOB au parc des princes ou le virage sud de Nice gangréné par les fafs du BI, JI ou encore RF.

    Mais le plus amusant dans l’histoire c’est que ces fafs sont en général contre l’État mais là ils sont en pleine collusion avec ce dernier, amusant...

    Bref l’info sort un peu tard sur rue89 ca fait déjà un petit moment que leur « exploit » a été diffusé.