La prison dépourvue face aux violences de mineures
Alors que les actes de délinquance augmentent chez les jeunes filles mineures, le système pénitentiaire français peine à s’adapter.
Une conductrice de bus a été hospitalisée dimanche, à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), après avoir été rouée de coups par trois jeunes filles qui exigeaient qu’on les dépose entre deux arrêts, a indiqué la préfecture, confirmant une information du Parisien.
Le nombre de jeunes filles mineures mises en cause pour ce type d’agression a explosé en l’espace de quelques années.
Selon la police, le nombre de mises en cause de mineures pour violences physiques non crapuleuses -celles qui n’ont pas pour but le vol- est passé de 2 800 en 2003 à 6 694 en 2009, soit une augmentation de 150% en six ans, selon des chiffres fournis à Rue89 par l’Observatoire national de la délinquance (OND).
Responsable des statistiques à l’OND, Cyril Rizk invite à ne pas surestimer le phénomène :
« La proportion de mineures reste très marginale, autour de 3% de l’ensemble des mis en cause. Mais la tendance est réelle : leur nombre augmente de manière spectaculaire.
Attention également, car les chiffres ne se basent pas sur des condamnations réelles. Les jeunes filles sont inscrites sur le fichier des “mis en cause” lorsque, une fois interpellées, les policiers estiment qu’il y suffisamment d’indices laissant croire qu’elles ont commis l’infraction reprochée. »
Le rapport annuel de l’organisme, portant sur la période 2003-2008, pointait déjà des chiffres inquiétants.
« Le nombre de femmes mineures mises en cause [pour tous types de crimes et délits, ndlr] a connu une hausse de plus de 27% en cinq ans (+ 6 412 mineures mises en cause), qui est supérieure à celle des majeurs, hommes ou femmes. »
Dans les cités, la loi du plus fort
Comment expliquer la tendance ? Educatrice de la protection judiciaire de la jeunesse, Sylvie s’occupe d’une jeune mineure incarcérée :
« Elle m’a lancé un jour : “Vous, vous ne savez pas ce que c’est la vie dans les quartiers !”. Dans leurs cités, ces jeunes filles doivent faire leur place : elles se comportent comme des garçons, parfois même pire. Livrées à elles-mêmes, elles manquent de sens moral et sont facilement manipulables. »
Stéphanie Rubi, auteure de l’ouvrage « Les Crapuleuses, ces adolescentes déviantes » paru en 2005, et membre de l’Observatoire européen de la violence scolaire, confirme l’analyse :
« Quand l’école ne protège plus, c’est la loi du plus fort qui régit les liens entre les jeunes. Une frange d’adolescentes, à cause d’humiliations sociales ou scolaires, se construisent une identité par l’oppression, d’abord symbolique et morale. »
Difficile ensuite de prévoir le moment où cette violence peut devenir physique, explique Stéphanie Rubi :
« Le système est aliénant : une fois qu’elles ont acquis cette réputation d’invincibles, d’insoumises, ces jeunes filles sont dans la surenchère. Un jour, cela peut basculer, mais le vecteur déclencheur du comportement délictueux reste mystérieux. »
Incarcérées avec les majeures
L’émergence de cette nouvelle population carcérale de jeunes filles, malgré son petit nombre, prend de court le système pénitentiaire français.
En 2007, les premiers établissements pénitentiaires pour mineurs (EPM) ont été inaugurés par Pascal Clément, alors ministre de la Justice. Quatre à six places devaient être réservées dans chacun de ces centres aux adolescentes. Dans les faits, sur les sept EPM existant aujourd’hui en France, rares sont les centres qui persistent à accueillir les filles.
François Bès, membre de l’Observatoire international des prisons, explique l’échec de la mixité :
« Elle n’a pas fonctionné à cause du trop faible nombre de filles incarcérées. Une ou deux filles pour une quarantaine de mecs, et pas des plus tendres, ça ne fonctionne pas ! »
Les jeunes mineures sont donc placées par défaut en maison d’arrêt, parmi les femmes :
« Le code de procédure pénale interdit pourtant de mélanger majeurs et mineurs. Mais si on les séparait, elles seraient très isolées, ce qui va à l’encontre de l’objectif de socialisation. C’est une solution pragmatique.
De fait, les jeunes filles subissent donc une réelle discrimination. Dotés de plus de moyens, les EPM dont elles sont majoritairement exclues proposent davantage de suivi et d’activités. »
En prison, elles « peuvent se laisser influencer »
Sylvie, dont la protégée purge sa peine parmi les femmes, souligne la dureté du milieu carcéral classique pour les jeunes mineures :
« En étant au contact de femmes majeures, qui purgent parfois de lourdes peines, les adolescentes peuvent se laisser influencer. Sans compter qu’il y a énormément de violences, de toxicomanie, même chez les femmes. »
Selon Maria Inès, co-secrétaire nationale du syndicat SNPES-PJJ/FSU, la prise en charge des mineures devrait faire quelques progrès :
« Début 2010, l’administration de la protection judiciaire de la jeunesse et l’administration pénitentiaire ont décidé de regrouper les jeunes filles par groupe de six minimum sur des lieux restreints de détention pour qu’elles ne soient ni isolées, ni au contact des majeures... Quitte à les éloigner de leur famille.
C’est une solution de pis-aller, mais cela vaudra mieux que le flou total qui règne aujourd’hui. »
Dans la circonscription Lille-Grand Nord, six places seront réservées aux filles dans l’EPM de Quièvrechain. Pour Marseille et l’ensemble du Sud-Est, une dizaine de places, au centre pénitentiaire des Baumettes, leur seront attribuées.
- Sur francesoir.frLa dérive des gangs de filles, sur FranceSoir.fr
- Sur rue89.comTroubles dans une prison pour mineurs à Porcheville
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assis
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Rue89 a souvent des partis pris affichés mais réussit toujours grace à ces articles, à relancer des débats (réflexions) d’actualités qui perdaient leur souffle...
Il me semble que la suppression des allocs pour les parents de mineurs descolarisés pointe son nez avec cet article. Je vais donc lui tendre mon mouchoir.
Il est temps que l’on applique la loi. Les parents sont responsables de leurs enfants. L’Etat utilise une partie de nos impots pour aider les familles dans la difficile entreprise qu’est de mettre toutes les chances du côté de nos bambins.
-pourquoi verser de l’argent aux parents irresponsables ?
-doit-on encourager les familles nombreuses qui ne peuvent pas s’assumer ?
-si la délinquance même des mineures est un crime, pourquoi tant de laxisme ?
la prison n’étant pas une solution mais une punition. Pourquoi ne pas utiliser des punitions alternatives ? Si la France manque d’argent pour financer le service public, pourquoi ne pas mettre ces délinquants mineurs aux travaux d’intérets public par exemple ? Ainsi les services communaux feraient des économies (il n’est évidemment pas question de les payer) et ces chers bambins pourraient même comprendre l’importance de se préparer un avenir et pourquoi pas recevoir une formation.




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