A DEBATTRE 10/05/2010 à 18h54

Femmes : les propositions qui seront obsolètes dans 40 ans

Léa Lejeune | Journaliste

En 1970, le magazine ELLE organisait les premiers états généraux de la femme. Pour recueillir les doléances, plusieurs questions étaient formulées par les journalistes du magazine d’Hélène Lazareff. Des questions devenues complètement obsolètes quarante ans après, alors que les deuxièmes états généraux viennent de se terminer. Quelles sont les propositions de 2010 qui paraîtront risibles en 2050 ?

1970 : adultère, conduite, travail

En 1970, on avait posé trois questions aux femmes :

► « Si une femme trompe son mari, est-ce une faute inexcusable dans tous les cas ou une faute plus ou moins pardonnable selon les circonstances ? »

La question est alors primordiale. Jusqu’en 1975, l’adultère est sanctionné d’une peine d’emprisonnement de trois mois à deux ans, selon l’article 337 de l’ancien Code pénal. Aujourd’hui, l’adultère n’est plus qu’une question de vie privée. Elle est parfois soulevée dans les disputes sur le partage des biens en cas de divorce.

► « A votre avis, les femmes sont-elles plus douées, moins douées, aussi douées que les hommes pour conduire une voiture ? »

On connaît le vieil adage « Femme au volant, mort au tournant » et les pubs provocatrices de Sixt. Comme si, moins concentrées, moins habiles dans leur gestion de l’espace, les femmes étaient plus susceptibles de causer des accidents.

Faux. D’après un rapport de l’ONISR (Observatoire national interministériel de sécurité routière) de 2008, la responsabilité dans les accidents de la route des femmes conductrices est moins grande que celle des hommes (41,5% contre 45,6%).

► « Estimez-vous préférable, dans l’absolu, qu’une femme exerce un métier ? »

Quarante ans après, la question ne se pose même plus. Le taux d’activité des femmes est de 65,9% en 2008, d’après l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques). Mais en 1970, on parlait encore de « liberté de choix ».

Une militante féministe s’insurgeait au micro des états généraux :

« La liberté des femmes de rester au foyer ou d’aller travailler, c’est une belle liberté, en effet. C’est pas une liberté du tout ! Vous avez la liberté de dépendre de votre mari, vous n’êtes pas payée ! » (Voir la vidéo)

Les états généraux sont donc ancrés dans leur époque. En 2010, les propositions ont été recueillies dans un livre blanc remis au Premier ministre, François Fillon, le 7 mai dernier. Elles sont chiffrées, concrètes pour la plupart. Mais peut-être seront-elles aussi périmées dans quarante ans.

2010 : salaires, entreprises et politiques

Proposition n°3 : « Egalité de rémunération entre les femmes et les hommes. »

Ça fait des années qu’on en parle. Laure Ortiz, directrice de l’IEP de Toulouse et fondatrice de l’équipe de recherches féministes Simone, s’en désole :

« Il y a bien la loi Roudy de 1983 qui déclare que, pour un même travail, hommes et femmes doivent être rémunérés à la même hauteur. Mais aussi consternant que cela puisse paraître, elle n’est pas appliquée. Il reste un écart global de 25% entre les salaires. Peut-être parce qu’avec les temps partiels, les pauses dans les carrières, les charges familiales, les femmes n’ont toujours pas les mêmes emplois. »

A âges, catégories socio-professionnelles, conditions d’emploi, secteurs identiques, le salaire d’une femme reste inférieur de 8,2% à celui d’un homme.

En 2007, Nicolas Sarkozy, fraîchement élu, avait annoncé que la parité salariale serait atteinte en 2010. Il s’agissait d’imposer, par étape, des sanctions financières aux entreprises qui ne respecteraient pas l’égalité professionnelle.

Trois ans plus tard, cette promesse est toujours inscrite sur le portail Web du gouvernement. Et Laurence Parisot, présidente du Medef, présente aux états généraux, vient d’y apporter son soutien.

► Proposition n°7 : « Développer la politique des quotas dans les lieux de prise de décision : 50% de femmes dans les conseils d’administration. »

Rien de nouveau. L’Assemblée nationale avait déjà adopté, le 20 janvier dernier, l’instauration d’un quota de femmes obligatoire dans les conseils d’administration des grandes entreprises (40%). La France suit l’exemple de la Norvège et de l’Espagne. Laure Ortiz :

« On finit par croire à une politique de mesures positives contraignantes. Par expérience, je ne fais plus confiance à l’évolution spontanée des mœurs. Les quotas sont LA solution efficace. »

Bientôt, Anne Lauvergeon, présidente d’Areva et Patricia Barbizet, directrice générale d’Artémis, ne devraient plus être des exceptions.

► Proposition n°21 : « Elaborer une charte des bonnes pratiques à signer par les partis politiques. »

Avec 15% d’élues au Parlement, la France se situe à la 18e place sur 27 des pays qui valorisent les femmes en politique dans l’Union européenne.

François Fillon n’en doute pas : « C’est au sein des partis politiques que ce combat des femmes doit être conduit », a-t-il déclaré vendredi. Pour lui, seul « un renforcement très dur des pénalités financières pour les partis politiques qui ne respectent pas la parité » peut faire évoluer les mentalités.

En 2002, l’UMP a payé 4,26 millions d’euros d’amendes pour non respect de la loi sur la parité.

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  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 19h14 le 10/05/2010
    • Internaute 82025
      non connue

    Il y a des revendications de 1970 qui sont toujours d’actualité...

    Les activités domestiques considérées au sens le plus large occupent les hommes en moyenne un peu moins de deux heures et demi par jour et les femmes deux heures de plus (Dumontier et Pan Ké Shon, 1999).
    Si on ne considère que le noyau dur des tâches domestiques (c’est-à-dire sans le jardinage et le bricolage, majoritairement pratiqués par des hommes), les femmes en assurent près de 80 %.
    Or ces tâches qui incombent très majoritairement aux femmes sont plus fréquemment considérées comme des corvées : 40 % en jugent ainsi pour le repassage contre 5 % pour le bricolage ou le jardinage (Brousse, 1999).
    Pourtant, en trente ans, de 1966 et 1998, la part des hommes a progressé, de 19 % à 31 % pour l’ensemble du travail domestique et de 8 % à 17 % pour les tâches du noyau dur (Chenu, 2002). Cependant, ces évolutions de longue période sont principalement imputables à la baisse du travail domestique total assuré au sein des ménages, qui bénéficie d’abord aux femmes. La généralisation du réfrigérateur puis du lave-linge, l’utilisation du lave-vaisselle et des produits alimentaires préparés se sont partiellement substitué à la production domestique.
    Lien

  • lulu.sur.rue89
    lulu.sur.rue89 répond à aphrodite59
    Entre deux chaises, assez (...)
    • Posté à 21h43 le 10/05/2010
    • Internaute 99634
      Entre deux chaises, assez (...)

    Nous ne parlons pas des mêmes choses : vous parlez des femmes qui effectivement ont fait un choix (mais la bourgeoisie dont vous parlez ne représente pas la majorité), je parle du fait qu’il n’est pas toujours possible de trouver du travail (et avec le taux de chômage, d’emploi partiel et de working poor que l’on subit et qui touche les femmes bien plus que les hommes, cela me semble être une évidence).

    Le fait que le travail des femmes soit rémunéré moins que celui des hommes, qu’elles aient plus de difficulté à en trouver, etc. fait que le retour au foyer est parfois la seule solution acceptable. Il faut donc agir sur les structures pour que tout le monde puisse l’avoir, ce fameux choix.

    Sinon, je suis d’accord avec vous, on ne devrait jamais renoncer à un travail correct - question de dignité. Mais je crois aussi que c’est aussi un travail global d’éducation qui est à faire, et qu’en ce moment on vit une régression.

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 14h42 le 11/05/2010
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    Jusqu’en 1975, l’adultère est sanctionné d’une peine d’emprisonnement de trois mois à deux ans, selon l’article 337 de l’ancien Code pénal.
    En lisant ce genre de chose, je crois qu’on peut changer la date officielle de la fin du Moyen Age à 1975 : D

    Les femmes au volant... En fait la question qui me vient à l’esprit ce n’est pas par rapport au accident, mais plutôt au bon vieux principe où le mâle conduit. Dans une brave famille avec papa maman et deux chiards, quelle est le pourcentage de femme qui conduit avec tout le monde dans la voiture, autrement dit avec le mari en passager ?

    Et ne pas permettra aux femmes de bosser... Obligé de n’avoir que les culs de ses collègues masculins à reluquer, ça doit être d’un ennui : D

    Au moins maintenant les questions sont un peu moins fondamentales.

    Bon payer moins quelqu’un parce qu’il a un vagin, ça je pigerai jamais. Si le résultat est là, on mérite son salaire, peu importe la gueule de la personne qui le fait.
    Ces histoires de congés maternité c’est des foutaises, qu’on fasse comme on fait lorsqu’un n’importe quel type se pète les deux jambes et ne bosse pas pendant six mois : soit rien si on est gentil, soit on l’est moins et on divise par deux augmentation et prime vu que le mec n’était pas là pendant la moitié de l’année.
    Comme sa une meuf qui a la bonne idée de ne pas pondre ne subira pas les actes des reproducteurs.
    Mais bon courage pour appliquer des sanctions ; car un mec malhonnête trouvera toujours des bonnes excuses pour le faire.

    Par contre cette histoire de conseil d’administration, j’en ai absolument totalement rien à foutre. Ça concerne 0.001% de la population, et en plus le genre de gonzesses pour lesquelles je n’aurais pas une once de chagrin si elles sont victime de sexisme.

    Par contre en politique, c’est nettement plus important, et il suffit de voir la dernière campagne présidentielle pour se rendre compte que c’est loin d’être gagné. Certes, la moitié du pays votait déjà en 1975, mais c’est pas une raison, on est censé évoluer.
    Mais on connait bien la manière de déjouer la loi : on présente une moitié de femme... en fin de liste, avec les noirs.

    Mais dans le fond ce n’est pas une bonne idée que d’imposer une moitié de femme, parce que si un groupe n’arrive pas à trouver son quota, il va ramasser tout et n’importe quoi sans se soucier de compétence. Une bonne campagne de propagande sur des années sera plus efficace, et ensuite les gens seront élus pour leurs talents de politiciens et pas juste pour respecter un quota.

  • dy
    dy répond à Michael A.
    • Posté à 15h10 le 11/05/2010
    • Internaute 47181

    Il n’est pas en l’occurrence question de « reporter avec violence la proportion des femmes dans toutes les instances ».

    Il s’agit d’appliquer la LOI notamment celle qui indique : à qualification, à fonction égales...salaire égal quel que soit le genre de l’employé ; et celle qui indique que le sexe,la domiciliation,la situation familiale, l’origine, le nom etc....ne doivent pas donner lieu à discrimination au moment de la sélection préalable à embauche.

    Il n’y a pas de raison pour que les femmes en France n’accèdent pas aux postes « à responsabilités » puisqu’elles n’ont aucun mal à se qualifier pour ces postes (les médecins, magistrats, enseignants sont majoritairement des femmes aujourd’hui).
    Il n’y a pas plus de raison pour que leur soient refusés des boulots manuels considérés comme masculins (la plomberie, la mécanique, la maçonnerie, l’électricité, la pêche, l’agriculture...sont des domaines quand même très accessibles !)

    Les femmes ne sont pas une « communauté », pas une minorité, pas une part de la société distincte de l’ensemble.
    Il faut avoir l’esprit un peu tordu (voire peu logique) pour s’imaginer que respecter les Lois Françaises concernant une non-discrimination qui devrait être effective, est potentiellement source de Bordel.

  • lally
    lally
    professeur
    • Posté à 17h27 le 11/05/2010
    • Expert 51226
      professeur

    Pourquoi ne pas monter un syndicat de salariées femmes qui pourrait porter plus facilement nos revendications en matière de salaires, de conditions de travail (du fait de la maternité nous avons des parcours emplois qui sont vraiment différents des hommes et aussi de moins bonnes retraites) et nous permettrait aussi de défendre plus facilement nos droits et nous permettraient tant de nous battre au niveau représentativité dans l’entreprise et les administrations mais aussi de nous battre contre la précarité qui touche près de 30% d’entre nous les femmes actives ?
    Ca me paraitrait de très bon sens dans la mesure où les hommes n’ont aucun intérêt à ce que la situation actuelle change et qu’il n’y a pas forcément au sein des syndicats actuels, de motivation à défendre les droits des salariées.

    La féminisation majoritaire de certains emplois (éducation, social, administration et santé) a vu ces dernières années une précarisation de tous ces emplois, comme par hasard...
    Et cette précarisation massive sur des secteurs aussi importants (même s’ils ne sont pas marchands), en tant que femme je trouve ça odieux, d’autant que ces métiers du social, de l’éducation, de l’administration et de la santé sont la base des droits à une vie décente pour chaque citoyen.

    Donc il faut vraiment aller au-delà des états généraux me semble-t-il et monter un vrai syndicat féminin avec autant de représentativité que la CFDT, la CGT et autres.