à lire sur Leparisien.fr 09/05/2010 à 20h53

La vérité du général Lafourcade

L’ancien chef de l’opération Turquoise défend le rôle joué par l’armée française en juin 1994 au Rwanda. Il reconnaît qu’il y a pu y avoir des livraisons d’armes « parallèles » aux génocidaires, que les Français ont formé l’armée rwandaise et que toutes les missions effectuées le furent sur « instruction » des politiques.

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  • in girum
    • Posté à 21h35 le 09/05/2010
    • Internaute 8170

    la grande muette parle, mais si bas qu’on dirait qu’elle ne dit rien..

  • mr_megot
    • Posté à 09h02 le 10/05/2010
    • Internaute 53015
      .

    Oui, bon, d’accord, on a formé et armé les forces génocidaires, mais on ne savait qu’ils allaient massacrer tous ces gens !
    Ensuite on a laissé se perpétuer des massacres de milliers de personnes, certes, mais on était pas tout à fait certain qu’ils étaient en train de se faire massacrer, comprenez vous ?
    Bien sur, on aurait pu au moins sauver quelques employés de l’ambassade de France, par exemple, au lieu de les abandonner à une mort certaine et atroce, mais on avait pas recu les ordres, que voulez vous ?
    Alors en plus à la fin on a sciemment laissé s’échapper le ministre des affaires étrangères et des centaines de génocidaires, je ne dis pas, mais on avait pas de mandat de l’ONU, alors on s’est remis à la belotte.
    Depuis j’ai témoigné en faveur de bagorosa à son procés, et il était le cerveau du génocide, c’est vrai, mais c’était aussi un pote, et on ne peut quand même pas laisser tomber les copains !

    A part ca les ventes d’armes de Barril et compagnie, jamais entendu parler, on ne se doutait pas un instant qu’un génocide était en préparation jusqu’à ce qu’il se déclenche, on est reponsable de rien, et l’armée francaise peut etre fier de son rôle. Compris ?

    « En toute bonne conscience, Jean-Claude Lafourcade signe là l’un des pires réquisitoires sur le rôle de l’armée française au Rwanda. »

    On peut difficilement dire mieux...

    • Numerosix
      Numerosix répond à mr_megot
      Prisonnier dans le village (...)
      • Posté à 09h56 le 10/05/2010
      • Internaute 14499
        Prisonnier dans le village (...)
    • LienRag
      LienRag répond à mr_megot
      • Posté à 11h26 le 10/05/2010
      • Internaute 34767

      Personnellement sa ligne de défense « on ne connaissait rien, on ne comprenait rien, de toutes façons on est nuls intellectuellement, et puis on s’en foutait, ce n’étaient que des nègres » me paraît assez crédible - comme l’est d’ailleurs la sincérité de Bigeard ou Massu pour leurs « exploits » algériens.

      La combinaison d’une masse de militaires relativement bas du front et de quelques spécialistes des coups tordus me paraît une explication plus cohérente avec le peu que je connais du fonctionnement de l’armée que celle d’un complot de brutes épaisses fascistes.
      Ce qui n’empêche pas un fonctionnement institutionnel tel que celui qui publie une lettre refusant la torture qui se pratique largement (JdB, évidemment) soit puni plus sévèrement que celui qui tente un attentat contre Salan (avant son ralliement au putschistes) et tue son aide de camp...

      Il me semble que la clé est dans cette phrase de Thomas Sankara, qui s’y connaissait : « tout soldat sans formation politique n’est qu’un assassin en puissance ».

      Paradoxalement, la leçon tirée du basculement de l’armée vers une forme de fascisme en Algérie (matrice idéologique, comme David Servenay l’a montré, du génocide rwandais via les « conseillers » militaires français) a été non pas une réflexion politique d’envergure, civile et militaire, pour considérer que l’Empire étant par définition antinomique de la République, une armée républicaine devait radicalement se purger de ses éléments colonialistes, mais de « cacher tout sous le tapis » en tentant de proclamer un structurellement absurde (il n’y a qu’à lire Clausewitz) et oxymoral « apolitisme du militaire ».

    • Wineblood
      Wineblood répond à mr_megot
      étudiant
      • Posté à 22h41 le 10/05/2010
      • Internaute 114549
        étudiant

      Bravo Mr Megot, c’est un bel exemple de caricature ! Mais dans un débat aussi complexe que celui du rôle de la France au Rwanda, et de Turquoise en particulier, c’est on ne peut plus réducteur, et clôt le débat. cela réduit les officiers de l’armée française à des hommes corrompus et irresponsables, à des miliciens, mitraillette à la main, balafre sur la joue et cigare à bouche.

      J’aimerais bien que l’on fasse exactement le même profil caricatural de Kagamé, parce là ce serait gratiné ! ! !

      J’aimerais répondre à tous les gens qui n’ont jamais vécu les événements de 1994, qui ne connaissent pas forcément le sujet dans toute sa complexité, mais qui n’hésitent à jeter a priori l’opprobe sur l’armée et les militaires. Parce qu’il me semble important de recontextualiser tout ce qui s’est passé à ce moment là.

      D’après la Constitution française, l’armée est au service du pouvoir politique. Ce ne sont pas les officiers français qui décident d’accords de coopération militaire, ou de contrats d’armement, c’est le pouvoir politique, le gouvernement. C’est vers eux qu’il conviendrait de tourner les regards en ce qui concerne les accords de coopération militaire qui ont précédé 1994. Et puis, en parlant de contexte diplomatique et d’intervention française au Rwanda, on tourne plus facilement les projecteurs sur ces accords de coopération militaire aujourd’hui que sur les accords dont la diplomatie française peut se vanter à l’époque, les accords d’Arusha, première proposition réaliste de démocratie pluripartite au Rwanda, sur lequel s’est bien vite assis le FPR...

      L’armée est aussi dépendante du droit international. Elle ne peut agir que dans un cadre juridique extrêmement précis, sinon tout est permis... Si tous les officiers décident d’une prise d’initiative indépendante et de jouer les justiciers, par exemple en arrêtant sans mandat des hommes politiques (issus du gouvernement d’un Etat souverain), sur leur propre territoire, alors on peut se demander à quoi servirait le droit international aujourd’hui...
      Une armée qui joue les « justiciers », cela s’appelle simplement une milice, terroriste, indépendante ou au service d’une dictature. Moi c’est là que je l’imagine, le balafré avec sa mitraillette à la main.

      Il y a un truc qui m’amuse et qu’on dit sans arrêt en études universitaires d’histoire, c’est qu’il est toujours plus facile de lire le déroulé de certains événements en en connaissant l’issue historique.
      Et là, on a immanquablement droit au « tant de choses auraient pu être évitées », « c’était la mauvaise décision », etc. Mais quand on voit la vitesse à laquelle se sont passés ces événements depuis l’attentat contre l’avion du président Habyarimana, il faut remettre les choses dans leur contexte : en plein génocide, alors que le FPR affronte les FAR et envahit militairement le pays, alors que les renseignements sur la situation sont plus que sommaires et pas forcément fiables, où tout se joue à l’heure près, les militaires de Turquoise arrivent, et la prise de décision n’est pas toujours évidente, elle oblige à une relative prudence dans l’urgence. De toute façon il y aura toujours quelque chose à reprocher sur la moindre décision prise dans ces moments d’hystérie, de folie collective, mais le but était peut-être de faire au mieux avec les moyens du bord...

      La théorie du complot, c’est efficace parce que l’imagination joue à fond. Mais elle peut parfois conduire en erreur. Et si on imaginait que la vérité de Lafourcade était tout simplement la vérité sur ce qui s’est passé concernant Turquoise ? Et si cela était, des années plus tard, légitimé par les recherches des historiens ? Je n’ai pas de mal à en imaginer certains frustrés, finalement ce n’était pas le scénario hollywoodien escompté… La vérité, bête, méchante et pragmatique, est moins excitante qu’imaginer des officiers et hommes politiques français se frottant les mains sur fond de génocide. Aaah, cette fameuse théorie du complot...

      • mr_megot
        mr_megot répond à Wineblood
        .
        • Posté à 06h56 le 11/05/2010
        • Internaute 53015
          .

        Mais cher monsieur, je ne peux qu’abonder dans votre sens en ce qui concerne l’ensemble de votre post, particulièrement sur le fait que les militaires sont dépendants des décisions politiques.

        Vous m’accusez de caricaturer, mais je ne fais qu’accentuer la caricature que donne Lafourcade dans l’interview de l’express : j’ai à peine à grossir le trait, ce monsieur se condamne lui même et brosse (au moins en partie), un bien tableau pour le moins mitigé du role de la france, et ce avec une candeur stupéfiante.

        Entre imaginer les politiques francais se frottant les mains face à un génocide de 800.000 personnes et les déclarer vierge de toute responsabilité, il y a une bonne marge, et on peut raisonnablement se figurer nombre de décisions stupides qu’ils ont pris à cette période.

        La théorie du « on était au courant de rien, on est responsable de rien, on est gentil et on a sauvé plein de gens » est au moins aussi énervante que « Miterrand et Pasqua ont tout organisé depuis Paris avec l’aide de barbouzes de l’ombre ».

        Ce qui me chagrine c’est que dès qu’on émet des réserves sur les actions de la France à cette époque, dès qu’on se permet de supposer que bon nombre de points restent relativement obscurs et ne semblent pas prêt de s’éclaricir, on passe soit pour un militant de Survie pro FPR, soit pour un tenant de la théorie du complot...

         
        • Wineblood
          Wineblood répond à mr_megot
          étudiant
          • Posté à 11h19 le 11/05/2010
          • Internaute 114549
            étudiant

          Personnellement, concernant votre dernier paragraphe, je trouve que c’est l’inverse qui est à l’oeuvre : à partir du moment où l’armée cherche à se défendre face à des accusations - fondées ou non, c’est à la justice de le dire, les procès sont toujours en cours à l’heure actuelle -, c’est un immédiatement suspicieux. Il y a « forcément » anguille sous roche.

          Moi j’aimerais surtout que l’on se penche davantage sur les technique de communication et de légitimation de son pouvoir par Kagamé : dictateur digne de ce nom, il n’a pas hésité à exercer des pressions et faire du chantage sur des prisonniers rwandais pour qu’ils fassent de faux témoignages devant le TPIR en 2002 contre l’armée française - en échange de leur libération. Cela a été prouvé en 2009. Quand on parle de complot, autant aller le chercher là où il se trouve...
          Aujourd’hui au Rwanda, il vaut mieux éviter d’émettre la moindre objection au discours accusateur de Kagamé, sinon on est immédiatement taxé de génocidaire ou de partisan des génocidaires, et on s’arrête un long moment à la case prison.

          Kagamé a très bien compris que sur ce dossier, la meilleure des défenses est l’attaque. En focalisant tous les projecteurs sur la France et l’armée française, il a vite compris que nous, français, étions des champions en matière d’autoflagellation et d’auto-accusation, et qu’influencer l’opinion - par le biais d’associations telles que Survie - est une technique d’une efficacité redoutable...

          Pour la première fois, la Grande Muette parle. Un Général s’exprime ouvertement et sort de sa réserve - fait non négligeable en soi. Il livre son témoignage, et n’a pas peur de mettre les pieds dans le plat. A mes yeux il s’agit d’une participation à la recherche de la vérité, qui n’aboutira que lorsque les verdicts des procès en cours seront rendus. Et personnellement, je préfère que l’on retienne dans l’Histoire que la France en 1994 a pu prendre des décisions « stupides » comme vous dites (même si dans un sens je les trouve plutôt courageuses : où était l’ONU qui avait retiré ses troupes en 1994 dès le début du génocide ? Où étaient les alliés, les anglais, les belges et les américains ? ?), et non pas que l’armée française soit sciemment complice de génocide, comme Kagamé le martèle depuis 15 ans, pour des raisons plus ou moins légitimes...

          • mr_megot
            mr_megot répond à Wineblood
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            • Posté à 12h33 le 11/05/2010
            • Internaute 53015
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            Mais pourquoi les torts de la France et ceux de Kagame/du FPR seraient ils forcément exclusifs ? Dans cette histoire j’ai constamment l’impression qu’il faut choisir son camps, soit on accuse la France et cela doit impliquer qu’on défende Kagame, soit on dit que Kagame est un dictateur sans vergogne et on sous entend que la France est vertueuse.

            Les « spécialistes », ou plutot ceux qui s’expriment sur cette affaire (et ils ne sont pas si nombreux) sont tous partis pris, c’est le problème. Alors que penser -et dire- que Kagame est une petit ordure qui utilise le génocide à son profit, alors que son propre role est pour le moins assez louche, n’empêche nullement d’émettre de sérieux doutes sur le rôle de la France et sur sa bonne volonté actuelle à l’éclaircir.

        2 autres commentaires
  • nanabel
    nanabel
    1ère version
    • Posté à 11h18 le 10/05/2010
    • Internaute 97292
      1ère version

    Demandez à un assassin s’il est coupable, il vous dira non, bien sûr.

    Pour autant il n’y a jamais eu de plainte déposée contre la France auprès de la communauté internationale. L’enquête, menée par les autorités belges, n’a pas apporté de preuves irréfutables de l’implication française dans le génocide. Il est vrai aussi que les enquêteurs ont, à plusieurs reprises, dénoncé le manque de coopération du gouvernement français.

    D’après les responsables belges, l’armée française dissimule les preuves de sa participation, notamment en ce qui concerne le crash de l’avion présidentiel rwandais, évènement déclencheur de la guerre civile. Ces preuves seraient classées « secret défense » et dormiraient dans le sous-sol de l’Elysée.

    Le citoyen français aurait le droit de savoir, si oui ou non, son pays a participé directement ou indirectement à un crime contre l’humanité par génocide. La communauté nationale (élus et ONG) reste muette sur la question. En réalité personne ne veut savoir et on doit se contenter de la version officielle.

  • Adéménagé le 3 janvier 2011
    • Posté à 10h50 le 10/05/2010
    • Internaute 29846
      menuisier

    On ne doit jamais salir notre sainte mère l’armée !

    D’Alger à Santiago du Chili en passant par Buenos Aires et l’Afrique, elle ne fit jamais que porter haut les idéaux de droit de l’homme et de la démocratie.

    Et depuis qu’ils se retrouvent uniquement entre eux, ils vont être encore plus exemplaires.

  • dupleix50
    dupleix50
    cadre moyen dans un grand (...)
    • Posté à 15h30 le 10/05/2010
    • Internaute 97551
      cadre moyen dans un grand (...)

    Les premiers signes de présence humaine au Rwanda datent de 1000 ans av. J.-C. Des archéologues ont découvert les traces d’une civilisation maîtrisant le fer et la poterie. Les ethnologues et pères blancs affirment que cette population venait de l’actuelle République démocratique du Congo. C’est à cette époque-là qu’ils considèrent que les tous premiers Tutsi (originaires du Nord) et Hutu (originaires de l’Ouest) sont arrivés dans l’actuel Rwanda.

    C’est vers le Xe siècle que le Rwanda commence à se transformer en une véritable nation.

    Pour les Pères Blancs le Rwanda était divisé, jusqu’à l’arrivée des premiers colons, en trois groupes :

    les chefs de sol, principalement des Hutu ;
    les chefs de pâturages, des Tutsi ;
    les chefs des armées, également des Tutsi.

    Avec une organisation de ce type, on peut vite déterminer les réelles causes des massacres.