A débattre 07/05/2010 à 20h48

Argent contre armes : la France fait-elle chanter la Grèce ?


Cohn-Bendit accuse Sarkozy et Fillon d'avoir conditionné leur aide à la Grèce au maintien de contrats d'armement avec la France.


George Papandréou et Nicolas Sarkozy lors d'une conférence de presse à l'Elysée (Philippe Wojazer/Reuters).

La conférence de presse de Daniel Cohn-Bendit, ce vendredi à Paris, devait être l'occasion de montrer sa bonne entente avec Cécile Duflot, mais on en retiendra surtout ses accusations à propos de l'aide à la Grèce apportée par la France.

L'eurodéputé d'Europe Ecologie accuse Nicolas Sarkozy et François Fillon d'avoir fait pression sur le premier ministre grec, Georges Papandréou, en lui glissant sous forme de chantage lors d'une rencontre en marge du sommet de l'Otan à la mi-février :

« Nous allons lever des sommes pour vous aider, mais vous devez continuer à payer les contrats d'armements qu'on a avec vous, signés par le gouvernement Caramanlis. » (Ecouter le son de France Info)

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Il affirme tenir ses propos de Georges Papandréou en personne, qu'il a rencontré la semaine dernière à Athènes. « Ça, c'est de l'hypocrisie, on veut faire de l'argent, voilà la réalité », a conclu Daniel Cohn-Bendit.

110 milliards d'euros d'aides, dont 16,8 milliards de la France

Hypocrisie car, en échange des 110 milliards d'euros prêtés à la Grèce par la zone euro et le FMI (dont 16,8 milliards d'euros par la France) pour l'aider à faire face à sa dette publique de 300 milliards d'euros, les Grecs sont soumis à de nombreuses mesures d'austérité telles :

  • la suppression dest treizième et quatorzième mois de salaire des fonctionnaires,
  • des coupes de 12% des allocations,
  • une baisse de 10% des dépenses de santé pour l'année 2010.

Les manifestations n'y changent rien : le plan de rigueur demeure. La colère des Grecs est exacerbée par l'importance des moyens militaires déployés pendant que les autres fonctionnaires se serrent la ceinture.

« Il faut que l'on ait les bons de ventes d'armes »

Si la pression de la France sur Georges Papandréou était confirmée, l'affaire ne viendrait qu'exacerber le ressentiment grec. Matignon a qualifié ces accusations de « basses polémiques dénuées de tout fondement ». Quant à l'Elysée, contacté par Rue89, il n'a pas encore souhaité réagir.

« Papandréou, il va démentir, le pauvre, qu'est-ce qu'il peut faire ? » parie Daniel Cohn-Bendit à Rue89. Le leader d'Europe Ecologie qui annonce aussi qu'il va « demander la semaine prochaine à la Commission européenne de faire rapport sur les contrats d'armement de la Grèce ». Et de se montrer plus précis dans ses accusations :

« Il faut que l'on ait les bons de ventes d'armes, nous on a que quelques informations. On sait que la France a obligé la Grèce à maintenir un contrat de 2,5 milliards d'euros sur des frégates françaises, un contrat de 400 millions d'euros sur des hélicoptères et un contrat sur plusieurs avions à 100 millions d'euros pièce. Il y a aussi en jeu des sous-marins allemands. »

« Quelle a été l'initiative de la Commission ? »

L'offensive de l'eurodéputé français n'est pourtant pas nouvelle. Le 10 février, lors d'un discours choc à la tribune du Parlement européen, il clamait déjà :

« Quelle a été l'initiative de la Commission face à la crise en Grèce ? La solidarité où est-elle ? En Espagne, où est-elle ? Je ne l'ai pas vue, je ne l'ai pas entendue.

Un des problèmes de la Grèce, c'est son budget de la Défense : 4,3% du PIB de la Grèce passe à la Défense. Quel est le problème ? C'est Chypre, c'est la relation avec la Turquie. » (Voir la vidéo)

Jeudi encore, il répétait la même attaque. Et a lu, selon ses dires, sur les lèvres de José Manuel Barroso, président de la Commission européenne : « Il a raison. »

150 000 militaires sur 800 000 fonctionnaires

Le poids de la Défense dans le budget de l'Etat grec est considérable. Le plan d'austérité imposé par l'Etat aux citoyens permettrait d'économiser quelque 10 milliards d'euros quand le budget de la Défense s'élève à 4,9 milliards d'euros (4,3% du PIB contre 1,9% pour la France). Le nombre de militaires est aussi à rapporter à celui de fonctionnaires : 150 000 sur 800 000.

La justification de cette exacerbation des dépenses militaires est attribuée au risque permanent avec la Turquie, et à la partition de Chypre entre zones d'influence grecque et turque.

Mais le paradoxe est que la Grèce et la Turquie appartiennent à la même alliance militaire, et que Chypre appartient également à l'Union européenne. Alors, au lieu de forcer la Grèce à acheter des armes, si on aidait la Grèce et ses voisins à ne plus avoir besoin de dépenser autant dans la défense quand ils doivent imposer des coupes sociales dramatiques pour leur population ?

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  • Contestatairieux
    Contestatairieux
    (un de ces fameux travailleurs (...)
    • Posté à 21h13 le 07/05/2010
    • Internaute
      (un de ces fameux travailleurs (...)

    Si c'est le cas, ça montrera une chose : l'avidité, au delà de tout, des principaux dirigeants européens (Sarko/Merkel principalement), l'égoïsme et le mépris.
    Communauté Européenne ? Oui, celle du Marché, du fric-roi, mais la solidarité, pas de ça chez nous.
    Au delà du décevant.

  • gitano771
    • Posté à 21h57 le 07/05/2010

    ça sera la première fois que l'Europe rétrécit et se sépare d'un de ses membres (de la zone Euro).. Qui prend les paris en ligne ? Au vue de l'article, on comprend mieux pourquoi la France soutient la Grèce temporairement (du moins en intention) et l'Allemagne beaucoup moins.

    Qui sera le suivant à dégager ?

  • LG240
    LG240 répond à Hulk
    • Posté à 22h25 le 07/05/2010
    • Internaute

    Finalement ce qu'on appelle « aide d'urgence à la Grèce » c'est un prêt à 5% pour acheter nos produits. En gros, c'est l'équivalent du crédit revolving de Carrouf à l'usage des Etats surendettés

  • zorbek
    zorbek répond à Hulk
    • Posté à 22h28 le 07/05/2010
    • Internaute

    Quand on est au bord de la faillite, on peut prendre d'autres mesures que de dépenser ses derniers ronds à des équipements militaires. Le scandale est bien là, autant du coté du vendeur que chez l'acheteur. De plus, il n'y a pas eu que des risques d'annulation de commande : à la veille de la crise, Sarko en a vendu pour 3 milliards. Un besoin urgent sans doute.

    Et pendant ce temps là on nous bassine les oreilles avec l'injustice du « marché », cette grossière mystification gauchiste qui n'est rien d'autres qu'un ensemble de créditeurs, dont des banques françaises qui placent l'épargne de Francais, parmi d'autres...