A la une 04/05/2010 à 20h30

Concurrence : Apple rattrapé par le syndrome Microsoft

François Krug | Journaliste Rue89


Un Transformer tient un iPhone (SomeToast/Flickr)

Apple s’est construit en opposition à Microsoft, mais se trouve à son tour accusé d’entraves à la concurrence. Les autorités américaines s’apprêteraient à ouvrir une enquête sur les applications disponibles sur l’iPhone et l’iPad. En fait, c’est toute la stratégie d’Apple qui est remise en cause. Une stratégie fondée sur un contrôle total.

Selon le New York Post, la question n’est même plus de savoir si une enquête va être ouverte, mais qui va la mener. Le département de la Justice et la Federal trade commission (commission fédérale du commerce) s’intéressent tous les deux de près à Apple.

En cause : les nouvelles règles imposées aux développeurs d’applications pour l’iPhone et l’iPad, la tablette numérique qui sortira en Europe dans les prochaines semaines. Apple exige que les applications soient élaborées avec ses propres outils de programmation, pas avec des outils compatibles avec les téléphones de la concurrence.

Exemple : la vidéo. Début février, le patron d’Apple, Steve Jobs, s’en était pris violemment à Flash, le format développé par Adobe. Sur l’iPhone, impossible de lire des vidéos en Flash. Explication de Steve Jobs :

« Ce sont des fainéants. Il ont tout ce qu’il
faut pour faire des choses intéressantes, mais ils refusent de le faire.

Nous n’utilisons pas Flash [sur l’iPhone et l’iPad, ndlr], parce que ce format est bugué. Lorsqu’un Mac plante, c’est à cause de Flash.
Bientôt personne n’utilisera Flash, le monde va adopter le HTML5. »

Contrôle, omniprésence, absence de concurrence

Devant la polémique, Steve Jobs s’était expliqué dans un message sur le site d’Apple. Promis, il ne s’agit pas d’un désaccord commercial, mais technique : tout simplement, le Flash ne serait pas assez bon pour l’iPhone.

Et puis, ajoutait Steve Jobs, la technologie d’Adobe est « 100% propriétaire », c’est « un système fermé », empêchant les intervenants extérieurs d’intervenir pour l’améliorer.

Un argument surprenant, puisque c’est justement le goût d’Apple pour les « systèmes fermés » qui intéresse aujourd’hui la justice américaine. Si une enquête était ouverte, ce pourrait même être l’occasion d’un grand déballage sur les pratiques de la marque. Avec ses ordinateurs, son iPhone et maintenant son iPad, Apple veut contrôler à la fois :

  • Les appareils
  • Les applications  : elles doivent lui être soumises et il peut les refuser
  • Les contenus en partie : il vend lui-même de la musique, les films ou les séries sur iTunes
  • Les prix : il fixe lui-même les prix de vente de ses appareils et les tarifs pratiqués sur iTunes
  • Le réseau de vente : il choisit les revendeurs de l’iPhone (en France, Bouygues et SFR ont réussi à casser le monopole d’Orange après avoir saisi le Conseil de la concurrence), et ceux de l’iPad (les opérateurs français ne pourront pas vendre la tablette, qui sera distribuée par des chaînes comme la Fnac)
  • La publicité : avec sa régie iAd, Apple veut commercialiser lui-même la pub sur l’iPhone et l’iPad.

Contrôle, omniprésence, absence de concurrence : autant de points communs avec Microsoft. Cela pouvait encore passer lorsqu’Apple se contentait d’occuper une niche sur le marché informatique. Avec l’iPhone, la marque est devenue incontournable : Apple détiendrait aujourd’hui 16,4% du marché des smartphones, contre 10,6% il y a un an, selon les chiffres du cabinet Strategy Analytics.

Pour éviter l’ouverture d’une enquête, Steve Jobs pourrait se montrer un peu plus conciliant. Selon le Wall Street Journal, en effet, Apple n’exclurait pas de réécrire les règles controversées qu’il applique aux développeurs d’applications.

  • 43098 visites
  • 97 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or Inscription
  • Satiricon
    • Posté à 21h04 le 04/05/2010
    • Internaute 14537

    Sur Flash, Jobs a mille fois raison. Je développe des sites web depuis bientôt 14 ans et je peux vous dire que Flash est la bête noire des développeurs. Ça n’est pas un standard du web et rien n’a jamais été fait pour qu’il en respecte les normes. Il n’entre pas dans le minimum requis pour une page web et l’utiliser c’est sacrifier l’accessibilité du contenu : impossible d’interagir au clavier avec un objet Flash, de lire et de naviguer avec un lecteur d’écran, etc. Adobe n’a jamais fait le moindre effort pour améliorer la situation et il me semble bien qu’il est trop tard, que la technologie a commencé à finir. Ce qui ne peut qu’être une bonne chose pour un web accessible et ouvert à tous. Ça n’est pas la première fois que Jobs tranche dans le vif et choisit la fin d’une technologie obsolète :le lecteur de disquette, l’interface série au profit de l’USB, la suppression des DRM sur la musique, à chaque fois cela a fait couler beaucoup d’encre (virtuelle). Et pour le reste… Wait and see…

  • monOpinion-
    monOpinion-
    Coon & Friends
    • Posté à 21h18 le 04/05/2010
    • Internaute 22434
      Coon & Friends

    Donc pour vous, 16,4 % de part de marché, c’est le monopole ? Intéressant comme concept...

    Ce qui est intéressant ici, c’est qu’on ne blâme pas Apple pour un éventuel abus de position dominante, mais simplement pour un hypothétique monopole (si tant est que filtrer la liste des logiciels s’exécutant sur son propre matériel peut être considéré comme tel). Or on oublie le fait le plus important, celui qu’un monopole puisse nuire au consommateur, et c’est plutôt le contraire qui semble s’être produit : le contrôle semble avoir profité largement à la qualité de l’appareil (et au secteur !), la popularité du téléphone en est témoin.

    En parlant de secteur, je pense que contrairement à la tonalité de l’article, grâce à Apple la concurrence dans le secteur de la mobilité n’a jamais été aussi effrénée. Entre Android, HTC, Windows mobile, BlackBerry, et j’en passe, tous les acteurs déjà présent ont essayé de se calquer sur l’iphone, qui a donné un coup de fouet au marché du mobile.

    Pour conclure on est encore très loin d’un monopole « à la microsoft », synonyme de stagnation, et de logiciels dont la qualité est discutable.

  • Mr.White
    • Posté à 21h38 le 04/05/2010
    • Internaute 21805

    Jobs a toujours été hautain. Mais avant il était hautain mais fier, sûre de ses technologies, bien qu’elles soient ultra-minoritaire. Les articles de presses, le succès de l’iPod et l’iPhone, lui ont monté à la tête on dirait.

    Microsoft et Apple sont des alliés, bien qu’ils veulent faire croire l’inverse. Microsoft a trop besoin d’Apple pour éviter le démantèlement que prévois les lois anti-trust americaine, lorsque une entreprise asphyxie le marché est c’était réellement le cas. Fin des années 90, Apple manque de cash, le retour de Jobs via le rachat de NeXT a permis a la société de se remettre debout, en reprenant le « Think Different » des années 80. « Think Different ? » Bullshit ! Apple se permet avec 25 % de parts de marché dans le smartphone ce que Microsoft n’a jamais osé avec 95 %. Fermé complètement une plateforme, je ne sais même pas si c’est légale.

    L’article oublie une chose, c’est Google. Google va mettre des bâtons dans les roues d’Apple, c’est d’ailleurs déjà le cas. Jobs peut difficilement les critiquer sur leur produits, ils sont bons. Sur l’ouverture, pareil, Apple était une des entreprises les plus fermés qui soit, Google quand à lui est le plus gros contributeur du libre, après le rachat de Sun. Android est open-source (licence Apache), libre, gratuit pour les constructeurs, et performant. Jobs ne le supporte pas, il utilise la technique de la dissuasion, procès contre HTC, menace ... Puis déclarations importunes, sur la pornographie. Bref du n’importe quoi, qui n’a de crédibilité qu’aux yeux des fanboys (cf. Macgeneration, Macplus, ...)

    Aller une vidéo d’une société qui parle d’une société qui est complètement renfermée sur elle même :

    Le monsieur à l’écran, il vous rappelle pas quelqu’un ?

  • Philippe Leclercq
    Philippe Leclercq
    dilettante
    • Posté à 07h21 le 05/05/2010
    • Internaute 64790
      dilettante

    Je suis utilisateur de la marque depuis bien longtemps, et je me souviens d’Apple-France dans les années ’80.
    La « hotline » était un simple numéro de téléphone non surtaxé, et on pouvait avoir en ligne un technicien (et non un « opérateur » lisant péniblement des réponses toutes faites sur son écran) qui avait à coeur de résoudre le problème posé.
    C’était d’ailleurs la même chose avec certains concepteurs de logiciels : travaillant sur 4D, je me souviens d’avoir eu Laurent Ribardière lui-même en ligne !
    Tout cela augurait d’un développement coopératif.
    Las ! « Coopératif mon cul ! », dirait Zazie...
    Apple, au fil des ans, est devenue une société commerciale comme les autres, et, effectivement, développe les tares qu’elle dénonçait.
    On pourrait même dire que, dans cette approche du marché, Apple maintient à outrance ce qui avait fait sa réputation : il y a dans cette architecture de monopolisation du marché la même qualité de réalisation qui existait dans ses produits.
    A ses débuts, Apple a pu exister parce qu’elle était la seule marque à penser ses machines « utilisateurs vs/ système ». Aujourd’hui, Apple est un système, et les utilisateurs des cochons de payants.
    Auxquels elle réserve ses perles ?

Verbes thématiques