Concurrence : Apple rattrapé par le syndrome Microsoft
Apple s’est construit en opposition à Microsoft, mais se trouve à son tour accusé d’entraves à la concurrence. Les autorités américaines s’apprêteraient à ouvrir une enquête sur les applications disponibles sur l’iPhone et l’iPad. En fait, c’est toute la stratégie d’Apple qui est remise en cause. Une stratégie fondée sur un contrôle total.
Selon le New York Post, la question n’est même plus de savoir si une enquête va être ouverte, mais qui va la mener. Le département de la Justice et la Federal trade commission (commission fédérale du commerce) s’intéressent tous les deux de près à Apple.
En cause : les nouvelles règles imposées aux développeurs d’applications pour l’iPhone et l’iPad, la tablette numérique qui sortira en Europe dans les prochaines semaines. Apple exige que les applications soient élaborées avec ses propres outils de programmation, pas avec des outils compatibles avec les téléphones de la concurrence.
Exemple : la vidéo. Début février, le patron d’Apple, Steve Jobs, s’en était pris violemment à Flash, le format développé par Adobe. Sur l’iPhone, impossible de lire des vidéos en Flash. Explication de Steve Jobs :
« Ce sont des fainéants. Il ont tout ce qu’il
faut pour faire des choses intéressantes, mais ils refusent de le faire.Nous n’utilisons pas Flash [sur l’iPhone et l’iPad, ndlr], parce que ce format est bugué. Lorsqu’un Mac plante, c’est à cause de Flash.
Bientôt personne n’utilisera Flash, le monde va adopter le HTML5. »
Contrôle, omniprésence, absence de concurrence
Devant la polémique, Steve Jobs s’était expliqué dans un message sur le site d’Apple. Promis, il ne s’agit pas d’un désaccord commercial, mais technique : tout simplement, le Flash ne serait pas assez bon pour l’iPhone.
Et puis, ajoutait Steve Jobs, la technologie d’Adobe est « 100% propriétaire », c’est « un système fermé », empêchant les intervenants extérieurs d’intervenir pour l’améliorer.
Un argument surprenant, puisque c’est justement le goût d’Apple pour les « systèmes fermés » qui intéresse aujourd’hui la justice américaine. Si une enquête était ouverte, ce pourrait même être l’occasion d’un grand déballage sur les pratiques de la marque. Avec ses ordinateurs, son iPhone et maintenant son iPad, Apple veut contrôler à la fois :
- Les appareils
- Les applications : elles doivent lui être soumises et il peut les refuser
- Les contenus en partie : il vend lui-même de la musique, les films ou les séries sur iTunes
- Les prix : il fixe lui-même les prix de vente de ses appareils et les tarifs pratiqués sur iTunes
- Le réseau de vente : il choisit les revendeurs de l’iPhone (en France, Bouygues et SFR ont réussi à casser le monopole d’Orange après avoir saisi le Conseil de la concurrence), et ceux de l’iPad (les opérateurs français ne pourront pas vendre la tablette, qui sera distribuée par des chaînes comme la Fnac)
- La publicité : avec sa régie iAd, Apple veut commercialiser lui-même la pub sur l’iPhone et l’iPad.
Contrôle, omniprésence, absence de concurrence : autant de points communs avec Microsoft. Cela pouvait encore passer lorsqu’Apple se contentait d’occuper une niche sur le marché informatique. Avec l’iPhone, la marque est devenue incontournable : Apple détiendrait aujourd’hui 16,4% du marché des smartphones, contre 10,6% il y a un an, selon les chiffres du cabinet Strategy Analytics.
Pour éviter l’ouverture d’une enquête, Steve Jobs pourrait se montrer un peu plus conciliant. Selon le Wall Street Journal, en effet, Apple n’exclurait pas de réécrire les règles controversées qu’il applique aux développeurs d’applications.
- Sur Rue89Après le buzz iPad, Steve Jobs s'en prend à Google et Adobe
- Sur Rue89Amoureuse d'Apple, la presse française discrète sur sa censure
- Sur nypost.comLe New York Post révèle les menaces d'enquête sur Apple (en anglais)
- Sur apple.comSteve Jobs explique son refus du Flash, sur le site d'Apple (en anglais)
- Sur rue89.comPourquoi, dans les films, tous les ordinateurs sont des Apple
- Sur rue89.comTous nos articles sur Apple
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Sur Flash, Jobs a mille fois raison. Je développe des sites web depuis bientôt 14 ans et je peux vous dire que Flash est la bête noire des développeurs. Ça n’est pas un standard du web et rien n’a jamais été fait pour qu’il en respecte les normes. Il n’entre pas dans le minimum requis pour une page web et l’utiliser c’est sacrifier l’accessibilité du contenu : impossible d’interagir au clavier avec un objet Flash, de lire et de naviguer avec un lecteur d’écran, etc. Adobe n’a jamais fait le moindre effort pour améliorer la situation et il me semble bien qu’il est trop tard, que la technologie a commencé à finir. Ce qui ne peut qu’être une bonne chose pour un web accessible et ouvert à tous. Ça n’est pas la première fois que Jobs tranche dans le vif et choisit la fin d’une technologie obsolète :le lecteur de disquette, l’interface série au profit de l’USB, la suppression des DRM sur la musique, à chaque fois cela a fait couler beaucoup d’encre (virtuelle). Et pour le reste… Wait and see…




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