DECRYPTAGE 02/05/2010 à 11h25

Voies sur berges : impopulaires aujourd'hui, applaudies demain ?

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89

Et si, comme pour le tabac, la ceinture de sécurité et le casque moto, le projet de voies sur berges à Paris entrait dans les mœurs ?


Le projet de voies sur berges de la mairie de Paris, près du musée du quai d’Orsay (Ho New/Reuters)

Certaines mesures sont, sur le coup, très controversées, voire franchement impopulaires ; une génération plus tard, pourtant, elles sont complètement rentrées dans les mœurs et ont changé les modes de vie.

Leur point commun ? Elles sont individuellement contraignantes mais collectivement profitables : la ceinture de sécurité, le port du casque, l’interdiction de fumer dans les lieux publics.... Nous faisons le pari que ce sera aussi le cas pour le projet du maire de Paris d’interdire partiellement la circulation sur les voies sur berges.

Il n’existe pas encore de sondage donnant un état de l’opinion au sujet des voies sur berges parisiennes, mais un petit test sur le site du Figaro donne un aperçu (sur près de 15 000 votants, 59% sont hostiles à la fermeture de la circulation). On comprend pourquoi, lors de sa présentation à la presse du projet, Bertrand Delanoë marchait sur des œufs. (Voir la vidéo)

L’édile parisien rappelle ses objectifs de baisse de la pollution dans la capitale, parle d’« enjeu de santé publique », et insiste, à l’adresse des automobilistes :

« Il ne s’agit pas de punir mais de diminuer la circulation et de donner une occasion de bonheur.
Entre une autoroute urbaine qui est une aberration et un boulevard urbain adapté pour beaucoup d’autres usages, c’est le jour et la nuit. »

Le maire tente de transformer le succès de Paris-Plage en habitude durable.

Il faut une génération pour évoluer

Aux réticences d’une partie des Parisiens, il faut répondre par les exemples étrangers. Copenhague, où 40% des déplacements se font à vélo aujourd’hui, était entièrement dédiée à la voiture il y a 30 ans, rappelle Caroline de Francqueville, urbaniste au Groupe Chronos. C’est « l’audace du Mikado » : on ne peut modifier un mode de transport sans mettre en danger les autres.

Elle souligne que ce « marketing urbain » des élus répond à des demandes des habitants :

« A New York, le programme “summer streets” pendant trois jours en août a d’abord rencontré des résistances, notamment des chauffeurs de taxi, mais le programme pourrait être étendu. Les commerçants aussi avaient été les premiers opposants, alors que la “piétonnisation” profite à leur chiffre d’affaires. »

Certaines décisions politiques sont peut-être en avance sur leur époque. Pour Patrice Duchemin, sociologue et rédacteur de L’Œil-LaSeR :

« Les contraintes créent de la créativité. Par exemple, les marques de voiture ont inventé le “bip” qui rappelle qu’il faut mettre sa ceinture, ou des anti-radars pour ne pas se faire flasher en excès de vitesse, ou des kits mains libres pour téléphoner au volant.

Demain, on peut imaginer que les interrupteurs s’éteindront tout seuls quand on sortira d’une pièce. »

Cet observateur de nos modes de consommation remarque :

« L’enjeu de la modernité c’est de faire évoluer nos comportements, que nos contraintes deviennent des habitudes. Cela prend en général une génération.

Mais tout ça, ce sont des problèmes de riches. Dans les pays en développement, on ne se pose pas ces problèmes. »

Retour sur trois contraintes, imposées à tous au nom de l’intérêt collectif, qui sont devenues des habitudes que plus personne ne songe à contester.

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Le double effet de la réglementation sur le tabac

Deux ans et cinq mois qu’il faut sortir d’un restaurant pour s’en griller une. Au pays des cafés du coin, il semblait inimaginable de boire un p’tit noir au comptoir sans tabac. L’angoisse était réelle chez les fumeurs avant la mise en place de la mesure.

Au point qu’un an avant ce fatidique 1er janvier 2008, les « MonteDansTaChambre » réalisaient un petit documentaire de fiction qui fit le buzz sur Internet. On y voyait le monde après l’interdiction totale du tabac : « Juillet 2010, fumer peut conduire en prison »... Malgré les risques d’arrestation, quelques récalcitrants se cachaient pour continuer à consommer leur drogue ou partaient à l’étranger fumer en liberté. (Voir la vidéo)

C’était sans penser aux effets positifs tels que le boom des terrasses, dont le nombre a progressé de 50% en deux ans. Et même si les conflits entre les clients des bars et leurs voisins se sont multipliés, plus personne n’aurait l’idée de redemander le droit de fumer dans les lieux publics.

Un sondage LH2 pour Ouest-France réalisé en janvier dernier confirmait d’ailleurs que pour 79% des Français, la loi était jugée globalement efficace pour protéger les non-fumeurs du tabagisme passif. Sans appel.

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Le casque moto, réflexe (presque) naturel

L’arrêté du 28 juin 1973 est rentré dans toutes les têtes et aucun motocycliste ne songerait à conduire sans casque. Outre le risque d’une amende de 135 euros et d’un retrait de trois points sur le permis de conduire, la mesure a été intériorisée au point d’être devenue naturelle.

Le port du casque n’est pas obligatoire dans certains Etats des Etats-Unis, comme la Floride, et est optionnel pour les scooters et mobylettes de moins de 50 cm³ en Hollande.

Globalement, ce n’est pas tant le risque d’une amende que le risque pour soi qui importe. Rares sont les campagnes de rappel à la loi et à la prudence comme celle de la Macif. (Voir la vidéo)

Avec le développement de la circulation à vélo et de l’accidentologie, le débat sur l’obligation du casque pour les cyclistes pourrait revenir dans l’actualité. Australie et Nouvelle-Zélande font figure d’exemples en la matière. Un tabou est déjà levé.

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La ceinture, on la serre de plus en plus

La ceinture s’est imposée peu à peu, pour les passagers à l’avant (1973), puis en agglomération (1979) ensuite pour les passagers à l’arrière (1990) et enfin pour les poids lourds (2003). Cette année-là, le Maroc commençait seulement à rendre la ceinture obligatoire en voiture.

Pour relativiser, un petit regard dans le rétro, avec l’INA, est toujours utile. Dans ce reportage du journal de 13 heures de 1978, l’efficacité de la ceinture pour sauver des vies humaines était encore largement mise en doute. (Voir la vidéo)

► Nous en sommes restés à ce qui vise à améliorer le bien-être collectif au nom de la santé ou de la sécurité. A vos idées pour compléter la liste.

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  • Floriancc
    • Posté à 11h35 le 02/05/2010
    • Internaute 9569

    Et si, comme pour le tabac, la ceinture de sécurité et le casque moto, le projet de voies sur berges à Paris entrait dans les mœurs....

    Et si le tabac, la ceinture de sécurité et le casque moto étaient des affaires nationales.
    Et si les berges parisiennes était une affaire municipale...
    dont les provinciaux ( comme vous les appelez) n’en avaient rien à faire ! !

    Retour sur une contrainte, imposée, qui est devenue une habitude que plus aucun journaliste ne songe à contester. Paris n’est pas la France

  • bozox
    • Posté à 11h53 le 02/05/2010
    • Internaute 28752

    « Demain, on peut imaginer que les interrupteurs s’éteindront tout seuls quand on sortira d’une pièce. » ? ? ?

    Faut-être sociologue pour sortir ça ?

    Ca fait 10 ans que c’est le cas chez moi ! ! !

  • ljos
    ljos répond à Floriancc
    photographe / géologue
    • Posté à 12h07 le 02/05/2010
    • Internaute 32902
      photographe / géologue

    ça n’empêche pas d’en parler ... non ?

    pourtant je suis un « provincial » qui déteste plus que tout cette segmentation de « capitale + reste de la France » (sommes nous le seul pays à avoir un terme pour désigner tout sauf la capitale ?) ....

    Pourtant, de tels projets nous concernent tous ... Lyon a commencé la transformation de ses voies sur berge en modifiant ces hideux parking en lieux de vie .... Paris comme petit à petit à comprendre que les abords d’un fleuve est une manne économique et pas seulement une voie de passage. Cette manne économique est aussi un puissant vecteur de bien être au près de la population à long terme ....

    Je viens d’une ville qui a tout misé sur l’esthétique, le touristique et la mise en valeur de son environnement : Annecy où tout a été fait pour vivre au bord du lac et des canaux. Pourtant ils auraient pu laisser ces marécages avec seulement un port ou une nationale qui aurait permis de traverser Annecy beaucoup plus vite qu’actuellement ... bref faire comme Aix Les Bains qui a abandonné son lac aux promoteurs et aux ports. Pour quel résultat ? pas une plage véritablement accessible, pas de promenade agréable, c’est même déplorable comme les abords du lac n’ont pas été valorisé. Maintenant retour en arrière, on recule la départementale, on fait une voie sur berge avec des plages, des voies cyclables et piétonnes ... mais pourquoi avoir perdu autant de temps ? Maintenant j’habite près de Chambéry .... qui a commis l’irréparable il y a qqes dizaines d’années en couvrant complètement la Leysse (rivière de la ville), pensant améliorer la traversée de la ville en voiture et offrir plus de places de parking. Nous avons donc une ville avec une rivière ... qui ne se voit nulle part en ville : l’exact contraire d’Annecy en somme, sa voisine. Actuellement, retour en arrière et la ville commence à se dire que c’était une belle connerie et que l’attrait touristique et économique serait plus fort avec une rivière aménagée avec des voies piétonnes, des commerces, etc ... bref redonner un aspect « humain et naturel » à la ville qui souffre du béton ....

    Croyez moi, c’est une plus-value énorme pour une ville que d’offrir une voie sur berge aux piétons, vélos, petits commerces ... de redonner de « l’air » à la ville. Donc si un projet comme ça aboutie à Paris, c’est une vitrine et un exemple pour beaucoup d’autres villes qui ont abandonné leur rivière aux voitures ... Bordeaux par ex, Grenoble et sa voie rapide sur berge, très pratique certes ... mais du coup aucune mise en valeur de l’Isère ... quel dommage !

    Alors perso, bravo à Delanoë de prévoir un projet comme ça. Je lui souhaite bonne chance et j’espère que les parisiens comprendront que le « tout voiture » n’est plus une solution pour une ville.

  • mishelu
    mishelu
    Animateur
    • Posté à 16h57 le 02/05/2010
    • Internaute 52665
      Animateur

    bonjour,

    A Paris, beaucoup de grands projets pour la com : le 104, le stade jean bouin, la cité de la mode, les voies sur Berge...

    Il faut un truc nouveau chaque année pour montrer que la ville bouge, parce que les élus ont parfois des ambitions nationales... mais les services qui s’occupent de la vie quotidienne des parisiens ne sont ils pas plus importants ?

    Derrière le rideau, la mairie compte les sous sur les structures qui travaillent toute l’année. Exemple : réduction des postes à Paris Nature et à la Maison du jardinage (de 7 animateurs à 3 postes en quelques années). Plus de nouvelles pistes cyclables, pas de prolongement du tramway après porte de la chapelle.

    Il y a quand même des avancées dans le domaine de l’environnement : arrêt des produits pyto, des arrrosages modérés et des plantes plus sauvages dans les parcs malgré un paysagisme à l’ancienne ou l mise en place de composteurs dans les HLM.

    La ville de Paris peut mieux faire... Il faut que cela soit gros pour être beau ? Ce qui est petit peut être aussi joli...

    Michel

  • lord snop
    lord snop
    jeune homme
    • Posté à 17h16 le 02/05/2010
    • Internaute 98733
      jeune homme

    « Retour sur trois contraintes, imposées à tous au nom de l’intérêt collectif, qui sont devenues des habitudes que plus personne ne songe à contester. »
    moi, la ceinture dans les embouteillages j’ai pas digéré. que l’on s’habitue de veux pas dire que ça aille dans le bon sens. la loi est faite pour les imbéciles, si chacun est responsable la loi devient inutile. et la ceinture dans les embouteillages futile.
    quand aux voie sur berge il faut choisir, la ville est faite soit pour les voitures soit pour les gens. je suis d’accord de laisser les travailleurs à Evry sur marne.
    voir Lien
    une bonne idée serai de laisser rive gauche piéton et rive droite voiture en double sens.

  • Pile_ou_Face
    Pile_ou_Face
    Baby Alone in Babylone
    • Posté à 19h56 le 02/05/2010
    • Internaute 99721
      Baby Alone in Babylone

    J’aimerais savoir si ceux qui approuvent cette modification sont :
    - automobiliste ?
    - use des voies sur berges tous les jours ?
    - iront sur les voies sur berges à d’autres moments que les weekend ?
    - sont parisiens ?

    Ces questions c’est que je suis automobiliste (pas fana de la voiture pour autant) que j’use des voies sur berges et que j’adore être sur les péniches.

    Mon constat est le suivant :
    Chaque fois qu’il y a un problème sur les quais alors les problèmes de circulation se répandent irrémédiablement dans Paris car le réflexe naturel est de prendre les voies connexes pour parcourrir le même trajet. Le temps de Paris-Plage - véritable réussite de la mairie - le long de la voie surplombant les quais c’est le bordel (il n’y a pas d’autres mots) mais c’est acceptable car le traffic dans Paris est nettement moins soutenu en cette période estivale. Maintenant si les quais sont irrémédiablement bloqués je n’ose imaginer le bordel dans Paris. La chance à mon sens pour les parisiens c’est justement d’avoir des voies (en l’occurence les quais) pour désengorger les rues de Paris. Il faut avoir en tête que les quais désengorgent aussi un périphérique bien souvent sclérosé. Alors si blocage des quais doit foutre un bordel sans nom dans Paris et sur le périphérique je suis contre. J’aime me déplacer aussi en vélib’ et je préfère que la majorité des voitures soient sur les quais que dans les rues parisiennes. Enfin sur les zones concernées (de la Concorde au pont d’Austerlitz) je ferai remarquer que les quais ne sont utilisés que d’un côté pour la circulation. Alors pourquoi se priver d’une voie de circulation alors que l’on pourrait aménager complètement les quais rives gauches quitte à faire d’importants travaux (peut-être est-ce parce que la mairie de Paris est rive droite ?). Il y a un fort potentiel de ce côté (rive gauche) qui est sous exploité et qui ne pénaliserait pas la circulation...

    Autres constats que je fais régulièrement car je cours sur la portion des quais interdit à la circulation 2 fois par semaine c’est qu’il n’y a personne sauf les weekends et uniquement aux beaux jours sur certains tronçons. Faut-il dans ses conditions bloquer les quais ?