A la Une 02/05/2010 à 20h22

Polanski sort de son silence : « Je ne peux plus me taire »

Pascal Riché | Redchef Rue89


Roman Polanski lors d’une conférence à Potsdam, en février 2009 (Hannibal Hanschke/Reuters)

L’extradition du réalisateur Roman Polanski par la Suisse vers les
Etats-Unis, pour une affaire sexuelle vieille de trente-trois ans, est désormais imminente, et on ne voit plus trop ce qui pourrait désormais l’empêcher.

La Suisse, seule à pouvoir bloquer l’extradition, n’a jusque-là donné aucun signe de clémence. Polanski, pour la première fois, a donc décidé de s’exprimer publiquement, dans un texte mis en ligne dimanche sur le site de la Règle du Jeu, la revue de son ami Bernard-Henri Lévy.

L’auteur de « The Ghost Writer », son dernier film, est en cavale depuis 1977, soupçonné de viol. Les autorités suisses l’ont arrêté le 26 septembre 2009. Il est resté en prison pendant plus de deux mois avant d’être confiné en résidence surveillée, dans son chalet de Gstaad.

Son texte est titré « Je ne peux plus me taire ». Le cinéaste demande d’abord à « être traité comme tout le monde ». Il rappelle ainsi que les poursuites ont été réactivées à la suite de la diffusion d’un documentaire (« Wanted and Desired », de Marina Zenovich) :

« Ce documentaire a mis en lumière le fait que j’avais quitté les Etats-Unis parce que je n’avais pas été traité équitablement ; et il a aussi déclenché la vindicte des autorités judiciaires de Los Angeles qui se sont senties attaquées et ont décidé de demander mon extradition à la Suisse où je me rends régulièrement depuis plus de trente ans, sans jamais avoir été inquiété. »

Le témoignage « secret » du procureur Gunson

Puis Polanski égrène les injustices dont il est, selon lui, lui l’objet :

  • La victime, Samantha Geimer, a été déboutée par la cour de Californie « dans sa énième demande d’arrêter, une fois pour toutes, les poursuites » à son égard.

  • Le procureur actuellement chargé de l’affaire et qui a demandé son extradition « est en campagne électorale et a besoin de notoriété médiatique ».

  • Enfin, il mentionne une déposition faite le 26 février par Roger Gunson, le procureur chargé de l’affaire en 1977. Aujourd’hui à la retraite, ce dernier aurait assuré que, le 19 septembre 1977, le juge Rittenband avait déclaré que ma peine de prison au pénitencier de Chino « correspondait à la totalité de la peine que j’aurais à exécuter ».

Il plaide coupable pour « relation avec une mineure »

Polanski estime depuis toujours qu’il a été trahi par le premier juge Rittenband, initialement chargé de l’affaire. Un rapide rappel des faits pour comprendre.

En 1977, Samantha Geimer, 13 ans, porte plainte contre Polanski, déjà célèbre (pour « Rosemary’s Baby », notamment), affirmant avoir été « droguée et violée » durant une séance photo. Arrêté, il plaide coupable pour « relation avec une mineure », mais nie le viol.

Un accord est trouvé entre son avocat et le juge, qui devait juste être enteriné par le tribunal. Il est alors libéré sous caution. Mais, sous la pression des médias, le juge se durcit alors. Polanski quitte les Etats-Unis à la barbe de ce dernier.

Le réalisateur espérait que la déposition de l’ancien procureur Roger Gunson, « à la réputation irréprochable », aurait permis de bloquer les rouages de la procédure d’extradition. Les avocats du cinéaste ont demandé que la justice américaine produise son témoignage, jusque-là tenu secret. Mais vendredi, les autorités judiciaires suisses ont rejeté leur demande.

La carte Pearltrees des articles sur l’affaire Polanski :

Roman Polanski

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  • 539 réactions
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  • lulu.sur.rue89
    lulu.sur.rue89
    Entre deux chaises, assez (...)
    • Posté à 21h23 le 02/05/2010
    • Internaute 99634
      Entre deux chaises, assez (...)

    La lettre complète est sur Libé Lien

    Contrairement à ce qu’il affirme au début, il cherche bel et bien à faire pleurer sur son sort (mais on est habitués à ce genre de dénis introductifs tout rhétoriques).

    J’ai du mal à compatir : il a tout de même drogué et violé une très jeune fille, il s’est tout de même enfui des États-Unis et soustrait à la justice, et contrairement à ce qu’il prétend, s’il a eu une peine légère (il ne dit pas combien de temps), s’il lui a été possible de s’enfuir et de continuer sa vie, c’est bien parce qu’il est riche et connu.

    Et je ne comprends pas bien cette demande que le jugement se passe sans lui : pourquoi, si ce n’est pour pouvoir se soustraire à la peine au cas où elle ne lui convienne pas ?

  • A déménagé le 04-03-2012
    • Posté à 21h32 le 02/05/2010
    • Internaute 89071
      non connue

    Polanski a drogué, fait boire de l’alcool une fillette de 13 ans, lui a demandé si elle prenait la pilule et dans le doute, a eu une relation anale.

    Ce cher Polanski a réussi à s’en tirer avec « relation avec une mineure » parce qu’il avait les moyens de se payer des bons avocats et parce que son statut de réalisateur talentueux mettait en difficulté le procureur face à un jury. Mais vu qu’il risquait encore d’être puni pour le crime qu’il a commit, il a fuit vers la France qui l’a accueilli les bras ouverts.

    Injustice, dites-vous ?

  • alberich
    alberich
    fumiste
    • Posté à 22h22 le 02/05/2010
    • Internaute 84604
      fumiste

    Il va falloir se farcir tous les commentaires des décérébrés et leurs fantasmes stupides.

    M. Polanski n’a violé personne, sinon il aurait été inculpé à ce titre or ce n’est pas le cas.

    M. Polanski est victime d’un acharnement judiciaire de la part de l’Etat de Californie qui a bien pris soin d’acter en procédure pour que la prescription ne joue pas en sa faveur. Depuis 33 ans que date cette affaire, des centaines d’abus de mineurs ou de viols ont été prescrits aux Etats Unis, des dizaines de milliers de par le monde.

    Depuis 33 ans la justice américaine n’a rien fait pour arrêter M. Polanski qui ne vivait pourtant pas en clandestin, pourquoi s’agite-t-elle aujourd’hui ?

    La bonne question est de savoir ce qui lui vaut ce traitement particulier.

  • Hulk
    Hulk
    Gros con de droite
    • Posté à 22h22 le 02/05/2010
    • Internaute 108405
      Gros con de droite

    Je viens de lire avec dégoût les commentaires postés sous ce fil.

    On y voit une armée de petits Fouquier-Tinville qui réclament leur litron de « sang de puissant » hebdomadaire et qui ne seront apaisés que lorsqu’ils auront appris que Polanski part pour quarante ans en prison, ce qui leur permettra de se dire qu’ils ont bien lutté contre la pédophilie et pour la justice. Ils voteront pour la réélection de ce procureur et du juge. Et ils iront roter leur pastis en se disant que quand même, ils sont des gens biens, eux...

    En septembre 1792, à Paris, on sait où on les aurait trouvés ces commentateurs : dans la rue, avec des machettes d’époque, en train de procéder aux massacres éponymes.

    Cela s’appelle la populace. Et pour être tout à fait clair, je tiens à confirmer que c’est un terme péjoratif, synonyme de lie de l’humanité.

    Cela fait froid dans le dos.

    Indépendamment de ce qu’il a fait, la réaction de la populace sur cette affaire est une raison presque suffisante pour libérer Polanski, et le soustraire à la haine abjecte et aux glapissements de hyènes de ses contempteurs.

  • olivier_lefébure
    • Posté à 22h41 le 02/05/2010
    • Expert 50266
      avocat

    Je suis surpris par l’utilisation du terme « pédophile » par certains internautes pour qualifier Polanski. La pédophilie se caractérise par l’attirance sexuelle d’un adulte pour un enfant, l’enfance se terminant techniquement au moment de l’adolescence (mon dictionnaire indique « vers 12 ans »), c’est à dire grosso modo à la puberté.
    Je ne nie pas le caractère répréhensible des relations d’un adulte avec un ou une mineur de 13 ans, mais en revanche le terme de « pédophile » est inapproprié et manifestement utilisé à seule fin de diaboliser l’auteur des actes poursuivis. « Lolita », que je sache, n’est pas un film consacré à la pédophilie !
    La pédophilie est une déviance suffisemment grave et aux conséquences dramatiques pour ne pas galvauder le terme en l’utilisant à tort et à travers.

  • egide
    egide
    Littéral
    • Posté à 23h18 le 02/05/2010
    • Internaute 45067
      Littéral

    Encore une fois, certains commentateurs profitent d’un certain flou sur l’affaire Roman Polanski à cause d’une sorte de traitement people pour vitupérer contre la déliquescence des mœurs des personnalités célèbres.

    Les faits tels qu’ils ont été définis par la justice californienne  :
    R. Polanski a été accusé d’avoir eu au moins une relation sexuelle avec une très jeune fille mineure (13 ans au moment de l’évènement) et inculpé de viol sur mineure car c’est ainsi que le droit californien définit une relation sexuelle entre un adulte et une personne mineure qu’elle soit ou non consentante.

    On le voit le terme rape qui se traduit par viol dans le droit pénal californien est assez différend de la définition du viol dans le droit pénal français.

    En ce qui concerne la pédophilie, on a tendance depuis quelque temps et d’une façon insidieuse à élargir la définition de la pédophilie à bien plus qu’elle ne signifie, du moins médicalement.

    Étymologiquement, c’est avoir du désir sexuel pour des enfants et éventuellement de passer à l’acte en faisant faire subir à un(e) enfant non-pubère des activités sexuelles.

    La personne pédophile, si elle est mineure elle-même doit être âgé de plus de cinq ans de sa victime. Dans tous les cas la victime n’est pas pubère.

    Cette définition de la pédophilie est celle du manuel de diagnostics et de statistiques des désordres psychiques, le fameux D.S.M. version 4 des psychiatres et des psychologues cliniciens des U.S.A.

    R. Polanski a passé plusieurs semaines en prison à l’époque et on lui a fait subir des test et une expertise rigoureux pour déterminer s’il était pédophile.
    Cette expertise officielle a conclu que M. Polanski n’était pas pédophile.

    Il n’en reste pas moins que R. Polanski a bien des relations sexuelles avec une personne mineure. Et s’il a reconnu cela, il a toujours nié les avoir eu sans le consentement de cette jeune personne.

    Certes, on pourra toujours objecter que les circonstances, l’extrême jeunesse, l’absorption d’une certaine quantité d’alcool et la prise de médicament aient pu altérer le jugement de la victime et paraissent de ce fait plutôt aggravantes.

    Comme il se trouve que les crimes sexuels contre les mineures sont imprescriptibles en droit californien, R. Polanski a toujours été menacé de poursuite.

    Bien qu’il se soit soustrait à la justice californienne, il n’a jamais cessé de suivre par avocats interposés toutes les procédures concernant cette affaire et a lui-même tenté de régler à plusieurs reprises son cas avec la justice américaine.

    Il a conclu un accord au civil afin de dédommager la victime qui a reçu 500.000 $ de dédommagement.

    Parce que R. Polanski a toujours gardé le contact avec la juridiction californienne, il ne s’agit pas d’un cas d’une personne qui cherche à éviter ses responsabilités.
    On n’ose imaginer combien les procédures juridiques lui ont couté depuis tout ce temps.

    Les circonstances de ce sursaut répressif du tribunal californien est pour le moins étrange alors que pendant des décennies, aucune procédure d’arrestation n’avait été lancé contre le cinéaste.

    Si les faits étaient accablant contre R. Polanski, le contexte social et les mœurs à l’époque étaient bien différents de celle d’aujourd’hui.

    D’autant que R. Polanski n’a eu de cesse d’assumer ses responsabilités. On ne peut lui reprocher moralement d’avoir aussi tenu à se garder d’un juge dont sa défense a tout de même obtenu la récusation après des années de procédure.

    Cependant la requête du tribunal californien est fondé en droit. Et l’utilisation par R. Polanski de tous les recours juridiques possibles pour éviter un jugement dont il pense qu’il ne sera pas équitable est tout aussi légitime.

    Quant au rapprochement de cette affaire avec le phénomène de criminalité sexuelle des clercs catholiques qui ont été couvert pas les évêques responsables et tenus hors d’atteinte de la Justice, il est sans commune mesure.

    Contrairement aux membres du clergé qui s’affirment aptes à s’occuper d’enfants et d’adolescents mineures pour des tâches d’éducation et d’enseignement, jamais R. Polanski n’a assumé une responsabilité de la sorte.

    Aussi comparer le traitement d’un phénomène massif et inquiétant qui concernent des milliers d’ecclésiastiques qui ont, semble-il abusé de dizaine de milliers de mineurs et d’enfants pendant des décennies avec la complicité honteuse de leur hiérarchie et le cas, certes sordide, de R. Polanski est pour le moins malvenue sinon pire.

    Ceux qui se hasardent à ces rapprochements risquent qu’on leurs prêtent des desseins très noirs et inquiétants en criant haro sur un bouc émissaire idéal pour détourner l’attention d’un scandale majeur qui est en passe d’anéantir pour longtemps la crédibilité des églises catholiques en matières d’éducation et d’enseignement.

    L’enjeu représente des milliards €  !

    il y a bien le feu à l’église de Rome et les pyromanes sont pourtant les clercs catholiques eux-mêmes.

    Quand à l’impair catastrophique de M. le ministre de la communication culturelle qui a osé en raison de ses fonctions officielles se porter en défense d’un artiste, si excellent et connu qu’il soit, dans un gouvernement digne de ce nom une gaffe aussi monumentale lui aurait dû valoir un ticket de sortie pour amateurisme politique et manque total de professionnalisme.

    On est en France et les conservateurs gouvernent. Mal.