A LA UNE 27/04/2010 à 17h31

Au Mozambique, les rats démineurs sont des héros

Arnaud Bebien | Journaliste


Un rat fait au pochoir par l’artiste Banksy (Thetimchannel/Flickr)

(De Tanzanie) Utiliser l’odorat des rats géants pour détecter les mines anti-personnelles : l’activité de l’ONG belge Apopo paraît saugrenue mais elle fonctionne à merveille au Mozambique et en Tanzanie, avant l’Angola, très prochainement.

Le Mozambique, ravagé jusqu’en 1992 par une guerre civile, compte un nombre immense de mines. Pour le Belge Bart Weetjens, fondateur d’Apopo passionné par les rongeurs, cette démarche va dans le sens d’une Afrique autonome vis-à-vis de l’aide étrangère :

« Les communautés africaines sont trop dépendantes de l’expertise étrangère pour leur développement. Je pense qu’il est possible de régler certains problèmes avec les populations et des ressources locales. »

Alors que le rat est associé aux détritus d’ordures ou aux égouts, Apopo lui donne une valeur et une utilité sociale.

S’il opère au Mozambique, c’est en Tanzanie, près de la capitale économique Dar-es-Salaam, que Bart entraîne ses rats. Il dispose de 24 hectares et de 1 500 mines pour les exercices de détection. D’une longueur de 80 centimètres, ces rongeurs ont des capacités olfactives exceptionnelles. C’est en partant de ce constat que des tests ont été effectués.

Apopo, par rapport aux réalités du terrain, s’est aussi interrogé sur la légitimité d’autres solutions. Des véhicules ? Impossible si le terrain n’est pas plat. Des détecteurs de métaux ? Sans grande efficacité, car ils détectent tout type de métaux, ce qui prendrait trop de temps. Les chiens ? Ils repèrent les explosifs mais peuvent se faire sauter.

Cent mètres carrés inspectés en une demi-heure

Les tests sur les rats ont été très concluants. Selon Jared Mkumbo, dresseur de rats en Tanzanie :

« Les rats sont intelligents. Ils aiment apprendre de nouvelles choses. Nous pouvons les entraîner à faire exactement ce que nous voulons qu’ils fassent. »

En une demi-heure à peine, un rat inspecte une surface égale à 100 mètres carrés. Pour la même superficie, un homme a besoin d’une journée avec un détecteur de métaux !

Les méthodes de dressage sont relativement simples : le rat, placé dans une boîte en plexiglas avec des trous d’aération, apprend à reconnaître les odeurs de différentes matières déposées dans des gobelets.

Chaque fois que le rat s’arrête sur une odeur liée à une mine, il est récompensé (par une banane ou des cacahuètes le plus souvent). Il faut entre six et dix mois pour dresser un rat.

Quand un rat repère un explosif, il s’immobilise et commence à creuser. C’est le signal : l’équipe d’Apopo sait qu’une mine a été découverte. Il se trompe rarement. Le dresseur émet alors un léger bruit, perceptible par le rat, pour le féliciter et l’avertir de la nourriture.

Le rat a de nombreux avantages, comparé au chien par exemple. « Il coute moins cher qu’un chien pour son dressage », vante M. Mkumbo.

« Il passe sans problèmes de main en main, ce qui facilite le travail du personnel. Il est très peu onéreux en terme de nourriture. Il peut être facilement transporté d’un site à l’autre. Par rapport au chien, il résiste aussi bien mieux aux maladies tropicales. »

Les rats s’entraînent cinq jours par semaine, du lundi au vendredi, et ont le week-end pour récupérer. Ils ne mangent que ce qu’ils gagnent, lors des exercices de détection. De quoi les pousser à faire de leur mieux chaque jour : aucune détection, et au revoir bananes et cacahuètes...

Depuis ses débuts en 2003 au Mozambique, Apopo a permis la localisation de milliers d’explosifs. D’ailleurs, avec le dynamisme d’Apopo et de ses partenaires, plus de 50% du pays a été passé au peigne fin. Quatre provinces du Nord sont aujourd’hui hors de danger.

Après les mines, la tuberculose

L’ONG emploie une centaine de locaux sur l’ensemble de ses sites d’intervention en Afrique de l’Est. Apopo propose volontairement des prestations peu onéreuses afin d’être accessibles financièrement aux autorités nationales. Avec Apopo, le Mozambicain Alberto Jorge Zacarias est comblé de servir son pays. Il confie :

« Notre économie est pauvre car les mines affectent la population, les infrastructures, le commerce. Mais aujourd’hui, les rats nous apportent beaucoup, ce sont nos héros. Un jour, j’espère voir mon pays débarrassé de toutes ces mines. »

Apopo devrait intervenir prochainement en Angola, un autre pays ravagé par une longue guerre civile. Bart Weetjens, lui, pense à de nouveaux horizons de détection pour ses rats. Comme la tuberculose : un projet en expérimentation en Tanzanie, à partir de la salive de malades.

En quelques minutes, le rat est en mesure de déceler la tuberculose chez un patient. Apopo pourrait notamment développer ce projet en Afrique du Sud, le pays le plus touché au monde par la tuberculose.

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  • survivant
    • Posté à 18h43 le 27/04/2010
    • Internaute 25864

    Le rat est un animal formidable. Dans les années 80 les punks l’utilisaient pour débusquer les skins et les flics, très utiles pour les aventures nocturnes dans les catacombes. La bestiole était envoyée en éclaireuse et selon l’odeur qu’elle ramenait ; alors, évidemment le poulet grillé pour les keufs et le suif, le saucisson et la bière pour les skins. Ainsi, les punks savaient qui les attendaient en embuscades. Ils avaient même pensés (les punks) à injecter le bacille de la peste sur les vieilles bestioles pour agrémenter le jeu, mais le mouvement c’est arrêté.

  • nesta
    nesta
    ovni parmi les siens
    • Posté à 20h02 le 27/04/2010
    • Internaute 74903
      ovni parmi les siens

    cette utilisation du rat apparait saugrenue seulement pour ceux qui ne connaissent pas les rats ( très souvent les mêmes qui ne voient en lui qu’un horrible nuisible qu’il faut exterminer et puis c’est tout ). j’avais entendu parler des rats détecteurs de mines depuis un bout de temps déjà et j’avais trouver cette idée excellente. trop léger pour faire peter la mine et facilement dressable.
    et pour en avoir eu rats et chiens, je peux dire qu’un rat est bien plus malin qu’un chien ( et pas forcement moins fidèle ).

    pour ceux que ca intéresse, y a un docu qui circule sur le net : malin comme un rat. ceux qui sont surpris par l’utilisation des rats pour dénicher les mines risquent de rester bouche bée après l’avoir vu.

    @ elendil

    c’est pas le cours de geo que vous avez loupé, c’est de réfléchir 2 minutes avant de poster ( ce n’est pas une attaque, ca m’arrive aussi parfois ).
    l’ong belge est a l’origine du projet mais les africains sont pas plus cons que les autres, et on peut leur apprendre a dresser un rat. quand a l’outil lui même ( c’est a dire le rat ), pas besoin non plus de le faire venir par convoi humanitaire de belgique.

  • Pierre Haski
    Pierre Haski
    Cofondateur Rue89
    • Posté à 00h37 le 28/04/2010
      éditeur
    • Journaliste 9
      Cofondateur

    Il y a déjà plus de 30 ans, je me souviens d’un formidable reportage d’un journaliste du Los Angeles Times, Jack Foisie, aujourd’hui disparu, qui racontait comment, dans la guerre entre la Rhodesie blanche (aujourd’hui le Zimbabwe) et la guerilla de Mugabe venue du Mozambique, il y avait de drôles d’alliances : les termites rongeaient les parties en bois des mines anti-véhicules russes posées sur les pistes par les guerilleros, les rendant inopérantes, tandis que les singes déclenchaient les pièges antipersonnels posés le long de la frontière entre les deux pays par l’armée pour empêcher les infiltrations de guerilleros.

  • Azza
    Azza répond à survivant
    Ingénieur en informatique (...)
    • Posté à 10h14 le 28/04/2010
    • Internaute 25467
      Ingénieur en informatique (...)

    Qu’est ce que c’est que cette association « rat“/‘peste’. On n’est plus au moyen age vous savez ? Cette asso se soucie tout de meme de la bonne santee de ses bestioles.

    Vous croyez qu’il n’y a pas deja des rats en Afrique ? Et que la peste n’y est pas presente non plus ?

    Lien

  • Azza
    Azza répond à XavXav
    Ingénieur en informatique (...)
    • Posté à 11h20 le 28/04/2010
    • Internaute 25467
      Ingénieur en informatique (...)

    Et en meme temps, pour sarcler un champ ou le labourer de maniere artisanale, une tenue anti-radiation, c’est pas mega pratique, surtout sous le soleil du Mozambique ou du Laos.

    Quand au « pas tres dangereux », ca depend un peu de la dose quand meme :

  • nanabel
    nanabel
    1ère version
    • Posté à 12h45 le 28/04/2010
    • Internaute 97292
      1ère version

    L’utilisation d’animaux pour détecter les mines n’est pas nouveau. Des dauphins au furet, les résultats ont toujours été performants.

    Ce qu’il faut remarquer, à mon avis, dans cette initiative, c’est son mode opératoire.

    En général, les ONG se déplacent dans un pays, travaillent avec la population, puis repartent s’occuper ailleurs. Ici, il s’agit d’exporter une méthode conçue à faible coût et développable à grande échelle. L’aspect économique a été pris en compte pour permettre l’utilisation de rats plutôt que les outils habituels plus onéreux. C’est bien pensé.

    En plus le choix d’utiliser un animal non recherché pour sa viande ou sa peau est aussi une bonne idée. Les élevages ne seront pas la proie des braconniers.

    L’ONG pense également aux autres applications possibles de sa méthode dans des secteurs très différents. Cette manière de voir l’entraide est plutôt intéressante.

  • Tadorne
    Tadorne
    Ingénieur
    • Posté à 13h22 le 28/04/2010
    • Internaute 52463
      Ingénieur

    Cet article sur les rats me fait penser au regretté Reiser qui aimait beaucoup les rats (on n’en voyait souvent dans ses dessins). Je n’ose imaginer tout ce qu’il aurait pu pondre comme planches déconnantes à partir d’un article comme celui-ci.