Sur le terrain 22/04/2010 à 19h04

Tea Party : la droite populiste américaine en ordre de bataille



« Je suis un dangereux radical d'extrême droite »

(De Spokane) Plus de 3 000 personnes se sont rassemblées jeudi 15 avril dans la deuxième ville de l'état de Washington pour célébrer le premier anniversaire du Tea Party, mouvement populaire ultra-conservateur qui veut tuer dans l'œuf la « Obama Nation ».

Aux Etats-Unis, le 15 avril est le « Tax day », dernier jour pour remettre sa déclaration d'impôts. Il y a un an, des milliers de conservateurs ont adopté cette date symbolique comme jour anniversaire du Tea Party, opposé à une trop grande intervention de l'Etat.

Les « Tea partiers », d'abord présentés comme un groupe d'illuminés, sont aujourd'hui considérés au mieux, comme une alternative sérieuse aux deux principaux partis politiques, républicains et démocrates ; au pire, comme un danger pour l'équilibre démocratique américain. Ils ont le soutien de Sarah Palin et de nombreux républicains.

Selon un sondage du New-York Times et de CBS News, publié le 14 avril, 18% des Américains se disent partisans du Tea Party. Ils sont en majorité des hommes, blancs, républicains, mariés et âgés de plus de 45 ans.

Barack Obama, souffre-douleur des « Tea Partiers »

De prime abord, ces milliers de citoyens américains mécontents ressemblent plus à une assemblée de retraités effrayés par les réformes qu'à de dangereux militants radicaux. L'âge moyen de l'assistance avoisine les 60 ans et beaucoup se plaignent de la mauvaise acoustique qui les empêche de profiter pleinement des discours.

Certains n'ont pas hésité à faire jusqu'à dix heures de route pour participer à l'évènement, comme Travis, 62 ans, venu « protester contre l'emprise totale du gouvernement, contre la perte des libertés et des droits fondamentaux garantis par la constitution ».

Plus qu'une organisation, le Tea Party est devenu un label revendiqué par de nombreux groupes conservateurs. Ainsi, parmi les intervenants de Spokane, figurent les activistes du 912 de Glenn Beck, les « Oath Keepers » ou encore les « Citizens for Property Rights ».

Quelques soient les appartenances, les discours traduisent tous la même méfiance envers le gouvernement, les médias, les partis politiques, bref l'establishment. Commandés par la peur et la paranoïa, ils sombrent souvent dans l'incohérence. On accuse Barack Obama d'être à la fois, un socialiste, un musulman et même un monarque.

Un retour aux valeurs traditionnelles américaines et aux textes des pères fondateurs (le nom du mouvement y fait référence) est prôné pour lutter contre la politique du gouvernement. Les « Tea partiers » sont entrés en résistance. Darin Stevens, militant du 912 martèle :

« Nous sommes là pour défendre notre Dieu, notre liberté, nos femmes, nos enfants et notre constitution ! »

Ce message n'a rien de nouveau, ni rien de surprenant de la part des principaux opposants aux démocrates. Ce qui interpelle davantage, c'est la volonté des « Tea partiers » de contrôler leur image.

Le Tea Party s'achète une conduite en fuyant les dérapages

Les activistes de Spokane sont conscients de l'attention médiatique suscitée par leur mouvement. Ils répondent avec enthousiasme à la presse venue en nombre pour l'évènement, mais restent méfiants face aux risques de dérapages qui pourraient, une fois de plus, ternir leur image.

Kirk Smith, vice-president du Tea Party local, insiste sur le caractère pacifiste du rassemblement. Lorsque surgit un opposant qui brandit, caméra à la main, une pancarte provocatrice (« Tea Kux Klan, Tea Party Loves Hitler »), des voix s'élèvent immédiatement parmi les militants pour contenir ceux d'entre eux qui s'apprêtent à intervenir.


« Moron »

Les réactions sont maîtrisées. On l'entoure, on l'interroge : « C'est les socialistes qui t'envoient ? Pour quel parti tu travailles ? ». Tandis qu'il est pressé de questions, des activistes commentent : « Il est là pour nous piéger ! Regardez sa caméra ! ». Un militant écrit à la va-vite sur une pancarte le mot « Moron » (idiot) et poursuit le provocateur jusqu'à sa sortie.

Les « Tea partiers » aiment à tourner en dérision leur image de danger public. Un bébé dans sa poussette est décoré d'une pancarte : « Je suis un dangereux radical d'extrême droite ». Un intervenant ironise : « Vous m'avez l'air d'une foule très dangereuse ! ». Rires dans l'assemblée.

La future troisième voie politique des Etats-Unis ?

Cette communication maîtrisée et ce désir de crédibilité interrogent l'avenir du Tea Party en tant que formation politique. Le rejet des partis politiques prévaut cependant face à toute proposition d'institutionnalisation du mouvement.

Aussi, lorsque John Waite, intervenant indépendant, propose l'idée d'un troisième parti majeur qui émergerait du Tea Party, l'assemblée dit « No ! ». Le discours de clôture de Kirk Smith est moins définitif quant au label contestataire du mouvement :

« Je rappelle que nous ne sommes affiliés à aucun parti politique. Nous ne sommes pas un parti politique... du moins pas pour le moment. »

Photo : le rassemblement Tea Party de Spokane, 15 avril 2010 (Marie Telling/Rue89).

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  • Nislheim
    • Posté à 19h17 le 22/04/2010

    Si j'en crois le Real Time with Bill Maher d'il y a quelques semaines, 27% des républicains pensent possible le fait qu'Obama soit antéchrist. Il y a aussi de large pourcentage qui pense qu'il n'est pas américain, qu'il est musulman et certain montre même des affiches de lui en Hitler...

  • Matcor
    Matcor
    Chercheur
    • Posté à 19h54 le 22/04/2010
    • Expert
      Chercheur

    J'ai eu l'occasion de voir ces Tea Partiers le jour du vote de la réforme de la santé à côté du capitol... d'un, ils n'étaient pas tellement nombreux, quelques centaines au mieux... Pas très impressionnant...
    De deux, les participants ont surtout en commun de ne pas vraiment comprendre le monde en général et la politique en particulier... Et d'être farouchement opposés ! à quoi ? Euh... Les banques, les assurances, le gouvernement, les taxes, les autres... dans le désordre qui les caractérise.. Certains avaient des pancartes du genre : Obama est un dictateur... Et les conversations qu'ils pouvaient avoir entre eux étaient proprement pathétiques.. Du genre, les indiens ne devraient pas avoir de territoires propres où ils font ce qu'ils veulent parce qu'à l'origine, ils ne connaissaient pas la notion de propriété.. Donc, on ne leur a pas volé leur territoire, puisqu'ils ne le possédaient pas... Et puis, on est surtout intervenu pour les empêcher de se massacrer les uns les autres de façon barbare... ON leur a donc gentiment apporté la civilisation (il ne manquait plus qu'une affirmation que les noirs devraient les remercier pour l'esclavage parce que ça leur a apporté la civilisation, la religion chrétienne et le sens du travail...)... Bref, vous l'aurez compris, la plupart de ces personnes sont incultes au possible, ignorantes du monde qui les entoure, persuadés d'être personnellement persécutés par un gouvernement crypto-communiste et en guerre contre les non chrétiens... Et leur message « politique » n'a aucune cohérence ni sur la forme et surtout pas sur le fond comme le montraient les attaques du genre : Que le gouvernement enlève ses pattes de mon médicare (c'est à dire la couverture santé publique socialisée pour les personnes agées) ! ! On pourrait en rire si ça n'avait pas cette ampleur aux USA...

    La meilleure réponse à ce mouvement que j'ai vu était ce jeune qui défendait la réforme de la santé qui sautillait au milieu des Tea Partiers au Capitol en criant « ignorance ! ignorance ! »... Il m'a bien fait rire..

  • Jarahueca
    • Posté à 07h27 le 23/04/2010

    Marie Telling :

    Votre article devrait rappeler que les TEAS PARTIES (TEA veut dire « Taxed Enough Already ») sont avant tout un mouvement de contestation fiscale envers les stimulus que l'administration Obama a implemente.

    Ca merite juste d'etre mentionne pour ajouter un peu de perspective au debat. certes ils sont positionnes a droite des conservateurs et regroupent beaucoup d'illumines, cependant, ils ont une certaine crédibilité politique dans la mesure ou ils contestent le bien fonde l'action économique de leur administration.