Outrage au drapeau : à droite, la nation est une punition
Une photo montrant un homme s’essuyant les fesses avec le drapeau français. Une photo qui vaut surtout par les réactions « outragées » de certains milieux politiques. A l’UMP et au gouvernement, comme le réclame Alliot-Marie, on prépare sûrement une nouvelle loi, à voter de toute urgence, sanctionnant ce crime inqualifiable.
Reproduction de la photographie sélectionnée lors du concours de la Fnac de Nice (DR). Un des plus actifs
Une meilleure connaissance de l’histoire et des hécatombes guerrières porterait plutôt à pleurer les millions de Français (et tous les autres) morts à cause de ce que le drapeau représente : la bêtise et l’intolérance.
On notera incidemment qu’Eric Ciotti, pas plus tard qu’hier, annonçait aux médias le dépôt d’une proposition de loi visant à supprimer les allocations aux parents d’élèves absentéistes. Avec, en plus de cela, la visite sécuritaire de Sarkozy en Seine-Saint-Denis, le projet d’interdiction du voile intégral, la droite fait feu de tout bois et se recentre sur ses fondamentaux avec pour objectif, même pas dissimulé, de couper l’herbe sous le pied de l’extrême-droite.
Jusqu’à 7500 euros pour un délit d’outrage
Cette affligeante polémique montre une nouvelle fois l’intolérance et le sectarisme inséparables de l’idée de nation et des oripeaux symboliques dont elle s’entoure.
Avec le délit d’« outrage » aux symboles nationaux punissable de 7 500 euros d’amende et de six mois de prison, les parlementaires avaient déjà rétabli le délit de blasphème qui s’appliquait sous l’Ancien régime au domaine religieux.
Preuve, s’il en était besoin, du caractère irrationnel de l’idée nationale, qui ne trouve son salut que dans la menace et la punition pour se faire respecter. Les réactions indignées qui ont conduit la Fnac à retirer piteusement la photo incriminée renvoient aux déclarations enflammées entendues dans les mêmes milieux lorsqu’il s’agissait de défendre la liberté de conscience et d’expression à propos de certaines caricatures de Mahomet. La Marseillaise et le drapeau tricolore, aussi, secrètent l’obscurantisme et la bêtise.
A propos de liberté d’expression, justement, il n’est pas inutile de rappeler aux braillards de Marseillaise qu’elle est garantie par les déclarations les plus officielles fondant les droits de l’homme. Quelques extraits de ces textes fondamentaux avec lesquels Eric Ciotti aimerait pouvoir s’essuyer les pieds... ou les fesses :
Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (2000)
« art.11 - Toute personne a le droit à la liberté d’expression. Ce droit comprend la liberté d’opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu’il puisse y avoir ingérence d’autorités publiques et sans considération de frontières. »
Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales (1950)
« art.9 - Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion : ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé [...] »
Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen (1948)
« art.19 - Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit ».
Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (1789)
« art.11 - La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. »
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multicontractuel flexisécurisé
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Quelques remarques :
- Il n’est pas bien étonnant que nombre d’internautes, saisis on s’en doute par la saillie subversive du ci-devant citoyen Ciotti, reprennent en boucle la comparaison avec une improbable PQification du drapeau algérien, pour mieux défendre le leur.
- D’autres en appellent à la mémoire des morts. Dès lors, on aura beau jeu de laver leur « honneur » bafoué par ce geste symbolique, sans prendre en compte le fait que la balance morts-pour-la-liberté/vieilles-carnes-nationalo-fascistes n’est pas réalisable.
En fait, ces deux arguments résument parfaitement l’état symbolique dans lequel sont maintenues ces fameuses « valeurs » nationales : à défaut des définitions interne à la patrie, (liberté-égalité-fraternité), le seul moyen de défendre le drapeau, c’est :
1/ d’impliquer d’autres drapeaux, pays, valeurs, afin de produire artificiellement une polémique, et une concurrence entre patries que rien dans l’image ne vient pourtant annoncer. On se débarasse ainsi du débat sur les valeurs internes et la signification dudit drapeau, sinon en convoquant une lapalissade du style « le drapeau c’est les Français, les Français sont son drapeau » ;
2/ qui dit concurence dit bataille, et, donc, agressivité : nous avons trouvé un ennemi, avons neutralisé les valeurs... Dès lors que nous reste-t’il ? Montrer les dents. C’est en ce sens que les « morts pour la France » sont convoqués. Le fait de ne pas « déshonorer » le drapeau tiendrait donc dans ce fait seul : des Français sont morts, et qui pourrait se retraduire par « on est capable de se sacrifier ».
Mais contre qui se battre ? Le drapeau algérien trouve ici une victime expiatoire des plus pertinentes, tant l’on peut voir les drapeaux algérien flotter les jours de match de football (polémique d’Etat N°1) et les jours de mariage (polémique d’Etat N°2). Dans l’inconscient collectif, le débat se verrouille donc.
Le fait est que cracher sur, se torcher avec, bruler le drapeau ne dit rien de l’intention de son auteur : s’agit-il de conspuer les agissements réactionnaires et frileux de certains, les glissements racistes (d’Etat), et qui camoufle maladroitement le vide intersidéral de ce que le drapeau français représenterait ? S’agit-il d’honnir les méfaits et abus institutionnels en tout genre, des préfectoreux psycho-rigides et paranoïaques, des procureur entêté et plein de morgue ? S’agit-il aussi, tant qu’à rire du positionnement pseudo-patriote mentionné au-dessus, et au risque de lui donner de l’importance, de renvoyer les agressifs patriotes - en charentaise - à leur cher scrabble ?
Auquel cas, j’opte pour le torchage de cul.




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