Quand Google défie les Etats et se la joue gardien du Web
Google a publié une carte qui répertorie le nombre de requêtes, par pays, d’infos privées et de censure. Un bon coup de com.
Google vient de mettre en ligne un nouveau service pour le moins inusité. Le géant d’Internet a dévoilé le nombre de requêtes que lui ont soumis les gouvernements. Toutes les demandes pour obtenir des informations privées ou pour censurer le Web. Mais pourquoi Google se pose-t-il en défenseur de l’internaute face à un Etat inquisiteur ? Un moyen de redorer l’image de l’entreprise ou un simple coup de pub ?
Les donnés récoltées entre le 1er juillet et le 31 décembre 2009 sont présentées de manière conviviale sur une carte du monde (Voir carte au-dessus). On y retrouve les pays qui ont le plus sollicité Google : Brésil (3 663 requêtes), Etats-Unis (3 580) et Royaume-Uni (1 166) trônent au sommet de la liste. On apprend aussi que le gouvernement français a effectué 846 requêtes.
Si ces statistiques sont loin d’être complètes et exhaustives, Google compte bien y remédier en fignolant son site tous les six mois. La société américaine ne donne toutefois pas le détail de ces requêtes, dont on sait qu’elles peuvent aller de la demande de retrait de contenus illicites dans certains pays, à des données personnelles demandées dans le cadre d’enquêtes judiciaires.
Google joue la carte de la transparence
L’entreprise américaine se présente ainsi en défenseur de l’internaute. Le parole de Google Europe, Bill Echikson, explique ainsi :
« Google a toujours toujours milité pour l’utilisateur, pour un Internet ouvert et libre. Et on pense que cette transparence va aider à aller dans cette direction ».
Le nombre de demandes a fortement augmenté depuis quelques années, ce qui semble agacer Google. Quatre gouvernements ont présenté des requêtes en 2002. Ils sont maintenant 40 à y recourir. Le porte-parole de Google explique :
« Historiquement, ces informations n’étaient pas disponibles et on espère que cela va devenir un outil qui favorisera les discussions autour des requêtes des gouvernements. »
Cette nouvelle initiative n’est toutefois pas innocente, estime pour sa part Alban Martin, cofondateur du Social media club France et maître de conférence à Paris IV, qui ne se gêne pas pour parler d’un « coup de pub ». Selon lui, si l’entreprise agit de la sorte :
« C’est plus pour se dédouaner face à sa mauvaise réputation concernant sa gestion des données personnelles, la censure en Chine et sa connivence avec les différents gouvernements. »
Une manière de « contrebalancer les mauvais bruits qui courent autour de Google et de reporter, un peu, la faute sur les gouvernements ».
Si Alban Martin est aussi critique, c’est que cette action est étonnante, presque contre-nature. Normalement, la divulgation de ce type d’informations est le fruit « d’un jeu de pouvoir entre citoyens et gouvernements ». Cela est autant plus étonnant que ce service ne sera pas économiquement rentable. Il n’y a aucune publicité sur le site. Enfin, pour l’instant.
Le malaise chinois
Cet exercice de transparence survient au moment où Google a décidé de mettre fin à l’auto-censure de son moteur de recherche en Chine. Il n’est toutefois pas question de déclarer la guerre aux Etats adeptes de la censure. « On ne cible pas de pays en particulier », insiste Bill Echikson.
De toute manière, aucune donnée n’est divulguée sur la Chine. Google explique :
« Les autorités chinoises considèrent que les demandes de censure sont des secrets d’Etat. Pour cette raison, nous ne pouvons pas dévoiler ces informations pour le moment. »
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Cette information n’est pas forcément révélatrice de l’état de la censure web dans un pays.
Premièrement, concernant les demandes de retrait de contenu, ces demandes ne concernent que le contenu existant chez Google, elles ne visent pas à censurer le web hors Google. Je sais que Google rêverait de contrôler tout le web, mais ce n’est pas (encore) le cas, si on veut retirer une page du web ce n’est pas à Google qu’il faut demander ! Donc le retrait ne concerne que l’indexation de telle ou telle page dans le moteur de recherche, de façon à ce qu’elle n’apparaisse plus dans les résultats de recherche chez Google. Mais ce n’est pas parce qu’une page n’est plus indexée chez Google qu’on ne peut plus y accéder, on peut toujours y avoir accès en rentrant directement l’URL dans la barre d’adresses (ou via un autre moteur de recherche, en fait).
Il est possible que les demandes de retrait visent aussi les contenus de leur galerie de services (vidéos de Youtube, livres de Google Books, blogs de Blogger, photos de Picassa). Bon, en même temps, si Google héberge chez Blogger un blog néo-nazi incitant au viol des enfants afro-juifs, je peux comprendre que la justice américaine demande le retrait ;)
Donc c’est bien possible que la plupart de ces demandes se fassent dans un cadre légal justifié, soit que ce soit lors d’une enquête et que le juge d’instruction ait un mandat qui autorise à accéder à certaines données privées (genre accès à Gmail), soit qu’un jugement ait été rendu qui demande de retirer un contenu. Enfin j’espère.
En fait, les pays qui censurent le plus le web ne le demandent pas gentiment à Google, ils bloquent directement les URL des pages mal-aimées. Il y a diverses méthodes, par exemple en Tunisie toutes les requêtes HTTP passent par un serveur d’état (ça se vérifie facilement sur place avec un traceroute ou un ping) qui compare avec une liste noire, et puis si il aime pas il renvoie une erreur 404. Ce qui est marrant, c’est que Google lui n’y est pas censuré : du coup, on peut toujours accéder aux pages du cache de Google (le moteur de recherche garde une copie de la page au moment de son indexation) !




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