Droit de suite 21/04/2010 à 16h16

Procès d'un sous-officier légionnaire flingueur de couilles

David Servenay | Ex-Rue89


Des légionnaires du 2e REP à une cérémonie à Paris, en mai 2008 (Charles Platiau/Reuters)

Le sergent M. s’est présenté mardi devant le tribunal de Bastia avec un traducteur de japonais. Après neuf ans de Légion étrangère, ce sous-officier poursuivi pour « violences suivies de mutilation ou infirmité permanente » voulait être sûr de bien comprendre les débats. Précaution qui pourrait se retourner contre lui.

Rappel des faits, que Rue89 avait évoqués sous la plume de Jacques Bessy, le vice-président de l’Adefdromil. Le 12 janvier 2008, le caporal Z. du 2e Régiment étranger parachutiste (REP) effectue un stage au camp de Frasselli en Corse.

Scénario du jour : avec un autre légionnaire, il doit faire le « plastron », la sentinelle ennemie à un carrefour. Lorsque le groupe d’en face arrive, les deux hommes doivent faire semblant de tirer. Un ordre mal compris, puisqu’ils ouvrent le feu (à blanc avec « les munitions d’exercice ») à la vue des troupes amies. Qui, du sergent ou des deux hommes, a mal transmis/compris l’ordre ? Impossible de le savoir...

Colère, il prend un fusil et tire trois coups

Colère du sergent M. qui s’empare du fusil d’assaut (Famas) d’un stagiaire, pointe l’arme à bout touchant sur l’entrejambe du caporal Z. et tire une rafale de trois coups. Bilan : le testicule droit ouvert et le gauche brûlé. Un an et trois opérations plus tard, l’homme a perdu son appendice gauche, il est handicapé à vie (taux de déficit permanent à 8%) et inapte au service actif.

Si personne ne conteste les faits, car l’enquête de la gendarmerie les a amplement démontrés, l’intention est discutée. Le sergent M. prétend n’avoir pas eu la volonté de blesser son subordonné. Il affirme aussi n’avoir jamais eu ce genre de comportements auparavant. Pourtant, lorsqu’il est entendu par les enquêteurs, le 4 avril 2008, il dit :

« Je tenais mon Famas, le canon dirigé entre ses jambes. Je regardais le légionnaire Z. dans les yeux et j’ai alors tiré trois coups de feu entre ses jambes pour le punir. »

Dans le règlement de sécurité, il est interdit de tirer à blanc à moins de cinq mètres.

Deux mois après les faits, la hiérarchie porte plainte

Malgré les explications ampoulées du service de presse des armées, la Légion étrangère a bizarrement géré cette affaire. Dans un premier temps, la hiérarchie du caporal Z. le dissuade de porter plainte. Puis, elle prend les devants, après que le soldat a exprimé sa volonté de judiciariser l’affaire.

Le chef de corps du 2e REP, le colonel Brice Houdet, signale l’affaire au procureur de la République le 26 mars 2008. Commentaire de Maître Eric Morain, l’avocat du caporal Z. :

« La hiérarchie a attendu deux mois pour dénoncer les faits. Pourquoi, puisqu’il s’agit d’un “événement grave ”, comme indiqué dans les rapports ? Si un proviseur de lycée ou un directeur d’hôpital est dans la même situation, il fait le signalement tout de suite. »

Autre anomalie : le sergent M. est toujours d’active. Il a bien a été sanctionné de quarante jours d’arrêt (dans sa chambre, en dehors des heures de service), mais la Légion a décidé de renouveler son contrat pour deux ans. Me Morain :

« Je ne fais pas le procès de la Légion, mais le plus grave et choquant dans cette histoire, c’est que ce type là n’ait pas été renvoyé. A part trahir son pays, qu’y a-t-il de plus grave que de tirer sur un de ses hommes ? Quand on voit qu’un gendarme [M. Matelly, ndlr] peut être renvoyé pour la liberté d’expression et cette situation là... on peut s’interroger. »

Le ministère public a requis deux ans de prison, dont quatre mois ferme, contre le prévenu. Jugement le 11 mai.

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  • LOUP-GAROU
    • Posté à 16h37 le 21/04/2010
    • Internaute 103277

    Dans tous corps d’élite, les légionnaires, les paras-commandos, les forces spéciales, la rigueur, et l’entraînement sont très durs, très poussé, c’est ce qui fait la différence entre des soldats « classiques » et des soldats d’élite.Mais il ne faut pas confondre entraînement très exigeant, que l’ont pourrait parfois appeler« surhumain, ou inhumain » nécéssaire pour atteindre un haut niveau technique et physique, et de la violence injustifiée, de la cruauté,comme c’est le cas ici.

  • kloriandre
    kloriandre répond à boboland
    songeuse
    • Posté à 16h53 le 21/04/2010
    • Internaute 82364
      songeuse

    Pour avoir entendu ce caporal s’exprimer (reportage sur la légion étrangère sur canal+), je puis vous assurer que la légion ne suscite plus chez lui qu’écoeurement et colère.
    Cet homme a été gravement blessé, il a subi de multiples interventions, perdu un testicule et subira des douleurs toute sa vie.
    Il n’est bien sûr plus dans la légion.

  • vinzoseerys
    vinzoseerys répond à solstice
    Mâle Sain en Perpétuelle (...)
    • Posté à 18h18 le 21/04/2010
    • Internaute 66816
      Mâle Sain en Perpétuelle (...)

    Dire que la légion Etrangère est un îlot pour repris de justice est complètement faux... Ca fait bien longtemps que la légion Etrangère, consulte les antécédents des candidats bien avant de les intégrer au sein de l’institution... Et pour infos lorsque la personne est recherchée par un service de justice, elle est remise aux autorités...
    Alors je ne sais pas où vous avez été chercher ces informations, mais elles sont erronnées, (d’où l’importance de vérifier ce que l’on affirme)....

  • Ermite
    Ermite
    Consultant IT
    • Posté à 19h15 le 21/04/2010
    • Internaute 37758
      Consultant IT

    Tout l’entrainement d’un militaire repose sur un principe : lorsqu’on se bat, on n’a pas le temps (et on ne doit pas prendre le temps) de réfléchir, la réaction doit non seulement être si possible la bonne mais elle doit aussi et surtout ( !) être immédiate.
    Voilà pourquoi on passe son temps à s’entrainer à faire et à refaire les mêmes gestes, les mêmes manoeuvres.
    Effet secondaire : ça déshumanise, puisque l’être humain est humain notamment et dondamentalement parce qu’il réfléchit et ne fait pas que réagir instinctivement à son environnement.

    Résultat : un sous-off’ qui réagit à cette situation de cette manière.
    En effet, un sous-off’ est notamment « programmé » pour punir ses hommes lorsque ceux-ci font une faute.
    Faute donc punition.
    Punition qui doit dont être immédiate.
    Arc réflèxe.
    Et on applique la punition qu’on a « sous la main » si j’ose dire.
    D’autre part, la punition doit être humiliante.
    Donc on frappe aux testicules (ah la Légion, milieu machissime s’il en est, où on n’est pas un homme si on n’en as pas).

    Alors... dans sa logique interne, pourquoi l’armée devrait-elle punir un sous-officier qui fait exactement ce pour quoi il est formé ? Ce qu’on attend de lui en fait ?

    Ceci dit je n’excuse pas, je tente juste de comprendre.
    De mon point du vue, l’existence même d’une armée est une erreur inexcusable (notamment et justement parce que cette existence induit nécessairement ce genre d’événements)
    Mais je vais probablement me faire taxer d’extrémisme.

  • BobCat
    BobCat répond à Wholovesduck
    observateur
    • Posté à 22h20 le 21/04/2010
    • Internaute 71310
      observateur

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