A DEBATTRE 20/04/2010 à 13h13

Pédophilie : jusqu'où va le secret de la confession ?


Il est intangible, nous déclare un prêtre. Mais l'argument du secret de la confession s'applique-t-il aux affaires de pédophilie ?


Un prêtre attend la confession dans une église sicilienne (Emilio Labrador/Flickr)

« Des journalistes doivent-ils communiquer les noms des pédophiles sur lesquels ils ont enquêté à la police ? », se demandait-on après la diffusion des Infiltrés. Autre cas d'école : des prêtres qui recueillent des confessions de pédophiles doivent-ils les dénoncer ?

« Le secret de la confession est intangible », nous répond le père Malhère, ancien aumônier de prison et prêtre dans le Calvados.

Un secret professionnel

Dans le droit canonique, il est dit que :

« Le secret sacramentel est inviolable, c'est pourquoi il est absolument interdit au confesseur de trahir en quoi que ce soit un pénitent, par des paroles ou d'une autre manière, et pour quelque cause que ce soit (Droit canon, n° 983 § 1). »

Mais dans la loi civile, le prétexte du secret ne s'applique pas pour le genre de crime qu'est la pédophilie.

Il est reconnu comme étant un secret professionnel (art 223-13) par une circulaire de la direction des affaires criminelles et des grâces, tout comme celui des médecins, avocats et autres. A ce titre, le secret « confié » lors d'une confession ou lors d'une demande de conseil entre un religieux et son supérieur ou entre un fidèle et son directeur de conscience comporte, au regard de la loi républicaine, des exceptions (art. 223-14).

Mais en l'occurrence, le secret professionnel peut ne pas être respecté :

« A celui qui informe les autorités judiciaires, médicales ou administratives de privations ou de sévices, y compris lorsqu'il s'agit d'atteintes ou mutilations sexuelles, dont il a eu connaissance et qui ont été infligées à un mineur ou à une personne qui n'est pas en mesure de se protéger en raison de son âge ou de son incapacité physique ou psychique. »

Un secret conditionnel

La Conférence des évêques de France reconnaît même, dans un bulletin paru en juillet 1998, que « le secret n'est pas inconditionnel » :

« Quatre éléments principaux doivent conduire à réfléchir sur l'opportunité de le lever : le bien public, le bien de celui qui a livré le secret, le bien d'un tiers innocent, et enfin le bien propre de celui qui a reçu la confidence. »

Ce bulletin rappelle également les dispositions prises par l'article 223-6 du code pénal, qui réprime la non-assistance à personne en danger.

Le problème se pose finalement entre deux justices : l'une civile et l'autre religieuse. Si un prêtre révèle le secret confié durant la confession, il est excommunié (Droit Canon, n° 1388, § 1). « Le droit canon passe en premier, je préférerais encourir une peine civile », nous dit le père Léger, prêtre de Saint-Anne du Perche.

« Il y va de notre vie de prêtre », confirme le père Malhère. « Mais cela ne veut pas dire que l'on ne fait rien. »

Echange rédemption contre absolution

Récemment, le pape a appelé les prélats à encourager les curés pédophiles à se dénoncer directement à la justice. Le père Léger explique :

« Dans les cas extrêmes et graves, on invite la personne à se dénoncer. S'il n'y a pas désir de rédemption, on ne donne pas l'absolution. »

Le père Malhère insiste :

« Le prêtre est un homme de Dieu, il a une mission spirituelle. Il est un homme d'espérance, pas un procureur de la République. »

Mis à jour le 20/04 à 14h50. A la suite d'un commentaire d'une blogueuse, ajout de la bonne source considérant le secret de la confession comme secret professionnel.

► La carte Pearltrees des articles sur la pédophilie à l'Eglise :

pédophilie

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  • LaptiteBlan
    LaptiteBlan
    dilettante
    • Posté à 13h42 le 20/04/2010
    • Internaute
      dilettante
  • A déménagé le 8-10 2
    • Posté à 14h11 le 20/04/2010

    L'intangibilité du secret de la confession, c'est une loi interne à l'Eglise, dont la République ne devrait avoir que faire. On l'a associée au secret professionnel par désir de ne pas trop froisser l'Eglise à l'époque où elle était encore puissante. Ça devrait être fini.

    Le confessionnal est une sorte de tribunal, et on voit bien que l'Eglise préfère ses tribunaux à ceux de la justice des hommes (voir affaire Pican).

    Extrait de l'acte de contrition, que vous devez réciter après avoir avoué vos péchés : « Je prends la ferme résolution avec le secours de Votre sainte grâce de ne plus Vous offenser et de faire pénitence ». « Vous offenser » : tout est dit, c'est Dieu qu'on a offensé, pas les victimes !

    La seule phrase qui vaille dans ce discours jésuite est celle-ci : « Dans les cas extrêmes et graves, on invite la personne à se dénoncer. S'il n'y a pas désir de rédemption, on ne donne pas l'absolution. » Que les curés ne cautionnent pas le silence qui s'abat sur les agneaux, ils auront peut-être droit à notre indulgence, et pourquoi pas plénière.

    Ajoutons que la culture du pardon obtenu par ce sacrement, noble en soi (surtout que le pardon remplaçait la loi du talion, que le pardon est préférable à la vendetta indéfiniment mortifère) a été trop souvent pervertie :
    - Soit quand l'Eglise invite fortement les victimes à pardonner plutôt qu'à demander justice.
    - Soit quand les abuseurs, bien au fait de l'astuce, demandaient à leur victime du dimanche de pardonner, ce qui leur permettait de remettre le couvert le dimanche suivant.

  • Issue de l immigration
    • Posté à 14h32 le 20/04/2010

    Pas d'excuse quand il s'agit de crimes ou de pédophilie. Le secret de la confession n'est pas une excuse. C'est de la non assistance à personne en danger, voire même de la complicité !

  • egide
    egide
    Littéral
    • Posté à 15h15 le 20/04/2010
    • Internaute
      Littéral

    Dans les DOM TOM, l'information passe mal vers la métropole  ?
    Ainsi en décembre dernier à la Réunion :
    Le père Tual mis en examen puis écroué
    Lien

    Secret de la confession et extraterritorialité des évêchés et des officialités, la cour de cassation affirme le droit de perquisition dans les locaux ecclésiastiques afin de vérifier si des éléments d'information seraient à même d'éclairer une affaire judiciaire.

    En ce qui concerne le secret de la confession, il reste limité à la simple protection des affaires privées mais il ne peut être invoqué à l'instar d'un secret professionnel lors d'affaire judiciaire qui concerne des mineurs ou des personnes vulnérables et il ne saurait justifier qu'on couvre des délits graves ou des crimes.

    Le droit des états prime le droit canon.

    L'ordre civil s'impose sur le droit divin.

    Antigone est arrêtée pour trouble à l'ordre public.
    Le droit coutumier non-écrit ne vaut pas le Droit et la juridiction.
    Il n'y a pas de lois naturelles.

  • irenedelse
    • Posté à 15h45 le 20/04/2010

    Hum. Le corollaire est cette autre question : dans quelle mesure les juridictions civiles reconnaissent-elles le droit canon ?

    À l'heure où le débat rebondit sur la responsabilité pénale du pape et de son statut ou non de chef d'État (avec immunité à la clef), il serait intéressant de se pencher là-dessus. J'imagine que la réponse serait différente selon les pays, en particulier s'ils ont ou non signé un concordat avec le Vatican.