A la une 14/04/2010 à 00h50

Un monument en France pour des fusillés allemands ?



Le cimetière allemand de Mont d'Huisnes en Normandie (Tienvijftien/Flickr)

Le fils d'un soldat allemand souhaite qu'une plaque commémorative soit installée dans un petit village du Poitou où 17 soldats allemands ont été fusillés en 1944. Une demande qui ne va pas de soi : plus de 65 ans après cet épisode qu'on taisait jusque-là, les blessures sont encore vives à Coussay-les-Bois.

« Je crois être le seul à avoir des photos du mur où 22 soldats allemands ont été exécutés. » Journaliste allemand de 67 ans, Rudolph Greuel ne parle pas français, un peu anglais. Dans un e-mail, il résume le fruit de son « travail des 24 dernières années ».

Fils d'un père qu'il a à peine connu, il a enquêté pour connaître les circonstances de la mort de ce sous-officier de la Wehrmacht en France pendant la Seconde Guerre mondiale. Une histoire étonnante révélée par la Nouvelle République du Centre-Ouest.

Exécution sommaire

En avril 1987, Rudolph Greuel se rend pour la première fois à Coussay-les-Bois, petit village du Poitou de 902 habitants, pour ce qu'il appellera le « jour le plus extraordinaire » de sa vie. A l'époque, il sait simplement que son père est mort là mais ignore tout des circonstances de son décès.

Avec l'aide de deux journalistes de la Nouvelle République et d'un habitant, il retrouve des témoins et découvre, accompagné du maire de l'époque, le petit mur de briques qui porte encore l'impact des balles de la fusillade dans laquelle son père et seize autres soldats allemands sont morts le 9 septembre 1944.

Les recherches de Rudolph Greuel s'appuient aussi sur le travail du « VDK » en Allemagne. Dès mars 1948, la « section de l'association populaire allemande pour l'entretien des sépultures militaires » cherche à récupérer les dépouilles des soldats allemands. Comme d'autres communes de France, la mairie de Coussay-les Bois, dans la Vienne, est contactée en mars 1948 pour un inventaire du cimetière.

Dans un courrier de mai 1948, elle liste cinq noms inhumés dans des tombes séparés et dix-sept dans une fosse commune. Une astérisque précise qu'ils sont tous décédés le même jour de septembre 1944 (les corps seront rapatriés en 1961 au cimetière militaire allemand proche de Huisnes-sur-Mer, près du Mont-Saint-Michel). Combien de prisonniers allemands ont été passés par les armes ? Au village, on parle de 17 fusillés. Pour Rudolph Greuel, ils sont 22.

Représailles ?

Que s'est-il passé ce 9 septembre 1944 à Coussay-les-Bois ? « Jamais personne n'a parlé de cette exécution sommaire, on n'en trouve trace dans aucun livre », observe Hervé Cannet, auteur de l'article de la République du Centre-Ouest et de plusieurs ouvrages consacrés à cette période. Issu d'une famille de résistants et passionné par le sujet, il est convaincu que jamais une autorité de la résistance n'aurait accepté qu'on fusille ces hommes ainsi.

En plus des témoins rencontrés au village poitevin, en Allemagne, Rudolph Greuer a retrouvé un ancien soldat allemand dont il a enregistré le témoignage : il lui a raconté comment les soldats allemands alors prisonniers employés aux champs avaient été embarqués ligotés par des maquisards. Il échappa à la fusillade lorsqu'un paysan expliqua aux résistants qu'il avait besoin de celui-là pour ses travaux agricoles.

Pour éclairer le contexte de l'époque, Michel Favreau, actuel maire de Coussay, rappelle le massacre de la population d'Oradour-sur-Glane le 10 juin 1944, le sentiment que les habitants de son village auraient pu connaître le même sort. Le 19 juin 1944, un convoi militaire allemand passé par le village s'était fait tirer dessus. Les habitants de Coussay avaient été pris en otage et les SS avaient demandé les noms des habitants alors prisonniers en Allemagne, raconte la Nouvelle République. Trois jeunes maquisards de Coussay avaient été fusillés sur la place des Ecoles en représaille. Un mois et demi après, les Allemands sont fusillés au même endroit.

Une stèle rejetée « tout à fait démocratiquement »

Le 25 novembre 2009, Rudolph Greuel adresse une lettre au maire de Coussay proposant qu'une stèle commémorative soit installée sur les lieux.

Lors d'une première réunion du conseil municipal en décembre, Michel Favreau propose cette plaque « à la mémoire d'événements dont tout le monde a entendu parler dans le village. »

La réunion aboutit à un accord de principe pour sa mise en place. Mais la décision dont rend compte le bulletin municipal provoque la colère de certains habitants et d'associations de déportés et d'anciens combattants. Le conseil municipal se réunit à nouveau fin février et fait marche arrière.

« Maintenant, c'est fini, on n'en parle plus », répond aujourd'hui le maire Michel Favreau. « Le conseil [municipal] a tranché tout à fait démocratiquement. Il y a des gens encore vivants qui ont vécu ces journées difficiles. »

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  • Guillemette Faure
    Guillemette Faure
    Auteur(e) de l'article
    • Posté à 01h31 le 14/04/2010

    Merci à l'internaute qui nous a signalé l'article de la République du Centre.

  • Jean-Luc LUMEN
    • Posté à 03h07 le 14/04/2010

    Pour compléter mon commentaire ci-dessus, voici le commentaire que j'ai mis sur : Lien
    ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––
    Réclamé à la commune, bizarre votre titre...non ?
    Alors qu'il avait fait une demande, à moins que Jean-Yves Le NEZET ne connaisse la différence entre demandé et réclamé ...

    Courageux mais pas téméraires ces fameux soit disant maquisards aux comportement d'SS ou de miliciens.

    Après enquête, pour connaître le passé de ces soldats ( au cas ou ils auraient commis des crimes) il y aurait pu y avoir pour les futurs générations une stèle reprenant les deux horreurs (l'assassina des partisans par des SS et l'assassina de prisonniers par des personnes aux comportements de milicien ou d'SS

    De cette façon les faces sombre de l'homme aurait était dénoncées par deux faits réels, arrivés exactement au même endroit, cette stèle aurait été un très fort symbole de ce qui ne devrait plus arriver et même un endroit de pèlerinage pour les personnes ne voulant plus de guerres.

    Jean-Luc LUMEN fils du matricule 833/3 lager 7 Esterwegen (déportés résistant)

  • Xa_chan
    Xa_chan répond à LienRag
    • Posté à 04h52 le 14/04/2010

    Je suis d'accord, il ne s'agit visiblement pas ici « d'honorer » ces soldats allemands (on se demanderait bien pourquoi ! ) mais de braquer un éclairage sur un épisode de la guerre.

    Etant moi-même originaire de pas loin de Coussay-les-Bois, il n'y a rien dans cette démarche qui me choque. Mais bon, je n'ai pas l'âge d'avoir vécu les évènements, non plus.

    Par contre, par principe, je n'aime pas les associations, quelles qu'elles soient, qui s'arrogent ainsi le droit de décider ce qui est « commémorable » et ce qui ne l'est pas.

  • Argentique
    Argentique
    Politiquement stressé
    • Posté à 05h58 le 14/04/2010
    • Internaute
      Politiquement stressé

    Citation : « Jamais personne n'a parlé de cette exécution sommaire... » Exécution sommaire... Ils faisaient quoi, ces types, à cet endroit, et à ce moment ? Du tourisme culturel ?
    Quant au maire qui évoque « ces gens encore vivants qui ont vécu ces journées difficiles », il aurait pu tout aussi bien évoquer ceux qui ne sont plus.

  • Dan51
    Dan51 répond à ferreole
    • Posté à 08h46 le 14/04/2010
    • Internaute

    Pas question de « devoir » quelque chose, mais de se souvenir de son Histoire. Et non de la manipuler. Pour les générations futures...
    Il n'y a jamais que des « bons » et des « méchants », mais des êtres humains. Effacer toute trace historique ne présage rien de bon pour une « démocratie » car c'est la technique adoptée par les dictatures. On efface toute trace qui ne plaît pas car elle n'a pas le droit d'exister.
    Pour vivre en Allemagne depuis longtemps, j'ai assisté à cette psychothérapie de tout un pays depuis le début des années 70 qui a regardé et regarde toute son Histoire les yeux grand ouverts et n'efface RIEN. Des classes entières d'enfants ont visité et visitent les camps, les traces, pour que... « plus jamais ça ».
    Ce n'est jamais le refoulement ni l'effacement des faits qui fait avancer un individu, une famille, un pays. Bien au contraire, les « non-dits » causent des troubles psychologiques, souvent profonds. C'est peut-être une des raisons pour lesquelles la France est championne du monde de consommation de psychotropes : Lien
    Rien n'a changé dans ces comportements décrits par l'Assemblée nationale en 2003, bien au contraire...

    Ne serait-il pas grand temps que le pays regarde toute son Histoire telle qu'elle est et non telle que ses dirigeants voudraient qu'elle soit ? C'est le propre d'une démocratie évoluée d'agir ainsi.

  • Sissi des bois
    Sissi des bois répond à ferreole
    ...
    • Posté à 09h03 le 14/04/2010
    • Internaute
      ...

    « Comment savoir si ce sous officier de la Wehermacht n'a pas lui même tué des civiles ? »

    On ne peut mieux dire Ferreole pour expliquer pourquoi vous avez tord. Ben ouais, comment savoir ? Un procès peut-être ?
    Je suis étonné de lire des commentaires de personnes, a priori, jeune et qui se révèlent plus revanchardes que ceux qui ont vécu ces instants. Cela augure mal pour l'avenir.

    Je ne sais pas si votre dernière phrase est une tentative de traduction hasardeuse du « Vae Victis » de Brennus mais elle est curieuse.
    Au final vous accusez, sans le savoir, ces soldats d'être des tortionnaires, vous confondez stèle commémorative et excuses nationale en venant parler camp de concentration au sujet d'un évènement qui n'a rien à voir. Vous pataugez dans la choucroute quoi.

  • Central Scrutennizer
    Central Scrutennizer répond à LienRag
    Scrutennizant
    • Posté à 09h55 le 14/04/2010
    • Internaute
      Scrutennizant

    Cette histoire de stèle me dérange un peu.

    Non pas que je conteste le fait de guerre peu glorieux, mais voilà : il s'agit d'un fait de guerre et ce genre de massacre fut pratiqué des deux côtés.

    Je sais que l'époque est propice à une mentalité de comémorite qui touche parfois au néo-sulpicien tant le fait de marquer d'un bout de caillou tel ou tel événement a tourné à la contagion.

    Mais ce genre d'événement a déjà une stèle collective en guise de commémoration, et cette stèle s'appelle l'Histoire.

    Alors au lieu de pondre des monuments inutiles, il serait bien plus juducieux d'honorer la mémoire de ces morts en enseignant ces faits et les sources du mal qui conduisit à ces guerres.

    Je vois en bien des lieux d'anciens collabos réclamer réparations de leurs dommages moraux et de réécrire l'histoire locale sous leur jour.

    Eux ont bien compris la puissance de la mémoire et de sa manipulation.

  • Ethelbert
    Ethelbert répond à Central Scrutennizer
    (né trop tard dans un monde (...)
    • Posté à 10h15 le 14/04/2010
    • Internaute
      (né trop tard dans un monde (...)

    Fusiller un soldat ennemi fait prisonnier, tout comme le faire travailler d'ailleurs, cela ne s'appelle pas un « fait de guerre », mais un « crime de guerre », aux termes de la Convention de Genève - dont la France est signataire.
    Rien que sur un plan légal, le journaliste allemand cité dans cet article était en droit de déposer plainte ; mais il a préféré demander une reconnaissance symbolique, plus à même de refermer cette plaie de l'histoire locale. Personnellement, j'appelle cela « être digne ».

    Quand on prétend valoir mieux que quelqu'un, on ne reproduit pas les actes qu'on lui reproche. Si le contexte de l'époque peut expliquer ce qui s'est passé, il est difficile à présent de le justifier.
    D'autant plus que des archives sont désormais ouvertes sur des événements douloureux de cette période de l'Histoire de l'Europe (bourreaux comme victimes ne se trouvaient pas tous en Allemagne, et il y en avait dans chaque force en présence) : spoliation des Juifs, procès de la Libération et épuration, etc. Pourquoi faire comme si ce qui s'est passé n'avait jamais eu lieu ? Les victimes de la barbarie nazie ont eu droit à la reconnaissance de leurs souffrances - y compris et surtout sur le lieu même de leurs souffrances.

    Pourquoi cela devrait-il être différent dans ce genre de cas ?

  • Central Scrutennizer
    Central Scrutennizer répond à Xa_chan
    Scrutennizant
    • Posté à 10h24 le 14/04/2010
    • Internaute
      Scrutennizant

    Vous n'êtes donc pas si différent des barbares, après tout, à cautionner comme ça les exécutions sommaires...

    Des barbares oui, qui croient que l'Internet n'a besoin que des plus primaires de leurs pulsions en guise de pensées.

    Je n'aimerais pas me retrouver à côté de ces bons « citoyens » en temps de guerre, car beaucoup me semblent avoir un goût prononcé pour des jugements aussi sommaires que des exécutions.

    L'histoire ne nous a rien appris ?

    SI les parties prenantes n'étaient encore vivantes, j'eu pu vous raconter par les deux bouts de la lorgnette une des ces histoires de la guerre avec ses actes de résistances et de saisie de biens de collabos, ses représailles par les forces d'occupation et ses dénonciations des résistants par de « bons français ».

    Mais j'en donne là une lecture partiale.

    Vus par l'autre bout de la lorgnette, nous eumes des actes de terrorisme et des réglements de compte déguisés en actes de guerre, la réaction violente mais justifiée des soldats de la wermacht, et la capture de certains des coupables, livrés par la milice locale.

    La vérité est juste entre les deux : là où l'on prends le temps de réfléchir plutôt que de juger.

  • LOUP-GAROU
    • Posté à 10h27 le 14/04/2010

    pourquoi pas ,mitterrand n'a t-il pas dit lors dun superbe discours au bundestag,« les soldats allemands étaient nos frères », lui qui a connu la guerre, après tout les soldats de la wermacht, je ne parle pas des nazis,étaient aussi de pauvres bougres a qui ont donna un fusil,souvent des paysans dont le seul souhaît était le retour en allemagne.Des hommes a qui ont a menti ;