France 3 : les journalistes étaient « là où ils se devaient d'être »
Merci à vous, Hervé et Stéphane, d’avoir accepté de prendre les risques pour une information indépendante. Merci de vous être rendus sur les lieux mêmes où les gouvernements français ont décidé d’envoyer plusieurs milliers d’hommes.
Merci à vous d’avoir tenté de nous faire comprendre pourquoi plusieurs dizaines d’entre eux ne rentreront jamais. Merci à vous d’avoir essayé de nous rapporter la situation qui prévaut ailleurs qu’à Kaboul, dans ce pays si difficile et bourré de complexité.
Je tiens d’abord à vous exprimer notre profonde gratitude -car je ne suis certainement pas seul à la ressentir- pour que vous en ayez connaissance. Car depuis plus de 100 jours que vous êtes retenus prisonniers, s’il vous parvient quelques informations, vous devez être plutôt décontenancés, sinon révoltés.
Décontenancés par les autorités politiques et militaires françaises qui ont tenu à dire, tout de suite, haut et fort à quel point elles condamnaient votre inconscience... de faire vraiment votre travail.
Décontenancés par la direction de votre entreprise qui, plutôt que de prendre l’initiative d’un vaste mouvement de solidarité, a choisi le silence, y compris sur votre identité.
Décontenancés peut-être aussi un peu par les rangs si clairsemés de vos collègues, voire de chacun d’entre nous, citoyens ordinaires, lorsqu’ici ou là, des rassemblements ont été organisés pour vous soutenir.
Comment comprendre ces condamnations, ces comptes d’apothicaires sur les coûts de la vie de journalistes étalés sur la place publique, cette sorte de silence gêné à revendiquer un geste éditorial et journalistique plus que légitime.
C’est à croire que reviennent de manière récurrente ces mêmes vieux réflexes qui interdirent jusqu’en 1917 aux journalistes de se rendre dans les tranchées de la Grande Guerre, qui amenèrent les organisations d’éditeurs de 1914 et de 1939 à renoncer à nombre des dispositions libérales de la loi de 1881 pour prendre en compte les conditions de la guerre.
Et ce de la même manière dont la plupart des médias français acceptèrent les conventions exigées par les autorités militaires pour se rendre dans le Golfe en 1991, ou encore la formule dite des « embedded » [journalistes intégrés à l’armée sur le terrain, ndlr] en Irak.
Non qu’il s’agisse d’établir une hiérarchie qui conduirait à justifier n’importe quelle prise de risque pour « vendre du papier » ou « faire de l’audience », comme aiment à le dire désormais certains politiques en se pinçant le nez. Non, vous étiez là où des journalistes de ce pays se devaient d’être, particulièrement lorsque la présence de nos militaires mérite débat et justification.
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nc
nc
C’est sûr que construire une route au lieu de la bombarder, dans un Afghanistan bouffé par la guerre depuis des décennies, c’est suspect.
Et si la vraie raison de leur capture par les Talibans était celle-là : le risque de montrer les envahisseurs autrement que comme des envahisseurs ?
Quant au reste, on comprend la colère de Guéant et consorts si on se souvient que pour eux un bon journaliste se limite à poser son c.. sur les chaises dorées de l’Elysée une fois tous les cinquante ans et à écouter ce que lui rapporte Pierre Charon.




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