La Cité des sciences en crise face à la grève des nettoyeurs
La Cité des sciences et de l’industrie, au parc de La Vilette à Paris, est en crise depuis le premier avril. Les visiteurs mécontents sont refoulés à l’entrée, des grévistes ont envahi le hall d’entrée. A l’intérieur, c’est le chaos : verres usagés, paquets de chips, nourriture, recouvrent le sol de la Cité. Au cœur de la crise, un conflit social dur mené par les employés d’une société extérieure qui s’occupe du nettoyage.
Après une brusque montée des tensions en fin de semaine dernière, la direction a fini par ouvrir samedi des discussions à la fois avec les syndicats du personnel de la Cité, solidaires des grévistes, et avec la société de maintenance de Paris-TFN Atalian, dont les employés mènent le mouvement de grève depuis dix jours et qui se font bruyamment entendre. (Voir la vidéo)
L’entreprise sous-traitante chargée du nettoyage, qui appartenait à la société GOM, a été reprise par TFN le 1er avril dernier. Le repreneur a récupéré l’ensemble des 70 salariés, mais a annoncé qu’il entendait supprimer une vingtaine de postes en estimant que GOM avait gonflé les effectifs. Etienne Deschamps, délégué syndical, proteste :
« Qu’on nous prouve qu’il y a un sureffectif par rapport au cahier des charges. »
La Cité, malgré des conditions d’accueil douteuses, a continué d’accueillir des visiteur jusqu’à vendredi matin. Mais une brusque montée de tension, l’occupation des locaux et les conditions d’accueil, notamment hygiéniques, ont obligé la direction à fermer les portes de la Cité.
Une direction indifférente
Dans la nuit de jeudi à vendredi, en effet, des « gros bras », comme les décrit le tract remis par les syndicalistes, sont entrés dans la Cité pour faire le ménage. Non pas pour évacuer les grévistes, mais réellement faire le ménage afin « d’offrir aux visiteurs un confort de visite », explique le communiqué de presse officiel remis par Viviane Aubry, attachée de presse, qui ajoute : « On ne pense pas que ce soit une entrave à la grève ».
« Cette nuit, ça a été chaud », commente Etienne Deschamps. Un employé de la Cité, présent sur place, a prévenu la police avant que les événements ne dégénèrent. Les grévistes se sont assis devant les employés de nettoyage et dos aux policiers.
Une fois la police partie et le ménage fait, les grévistes se sont arrangés pour tout remettre en désordre. Vivianne Aubry, pour la direction, s’insurge :
« Boucher les toilettes avec des tampons, vider les poubelles sur le sol, ça va au delà du droit de grève. »
Vendredi, la police a pénétré dans le hall de la Cité. Quelques policiers sont restés sur place sans intervenir puis sont repartis en laissant les grévistes dans l’incertitude d’une intervention à venir.
Un « conflit qui nous échappe »
Pour la direction, « ce conflit nous échappe, car c’est un conflit de sous-traitant », reprend Viviane Aubry.
D’autres, qui préfèrent garder l’anonymat pour des raisons professionnelles, expliquent qu’il y a eu un manque d’engagement de la direction dans ce conflit qui, officiellement, ne la concerne pas. Une attitude intenable qui a finalement pris fin samedi avec l’ouverture des discussions.
Signe de la désescalade, dès samedi matin, les grévistes ont accepté d’assurer le service minimum de nettoyage « pour montrer leur bonne volonté à négocier », selon une déclaration syndicale.
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Médiatrice scientifique
Médiatrice scientifique
La Cité des sciences traverse une crise majeure, avant le 1er avril, qui concerne sa gouvernance, son champ d’activité (culture, science, éducation, etc.)…
Cet article rend compte d’un conflit de travail qui touche les collègues d’une société de nettoyage, en grève depuis 11 jours. Ce que l’on appelle « société extérieure », est la conséquence de ce qui est présenté comme le must de la rationalisation et modernisation des services publics : tout externaliser pour faire des économies... Dans le cas des services publics (EPA, EPIC et autres), il s’agit entre autres de diminuer la masse salariale avec de plus en plus d’externalisation des tâches à des sous-traitants, qui à leur tour se délestent de la charge vers d’autres sous-traitants, et ainsi de suite. La chaîne et engrenage de sous-traitance ainsi générés se sucrent sur le dos de celles et ceux qui triment réellement, des précaires particulièrement vulnérables dont on exige le maximum avec le minimum de moyens. Les cahiers des charges des marché de sous-traitance intègrent rarement, voire jamais, des clauses éthiques. Les marchés sont toujours attribués aux moins-disant.
Les pouvoirs publics et les politiques se soucient très peu du coût humain, social et politique de tels partis pris. « L’entreprise et l’éthique » est un argument marketing, prôné il y a quelques temps - passé de mode depuis - et non une valeur morale et politique, au sens plein et entier des deux termes. Le développement durable est un poncif galvaudé et assurément pas pensé en termes d’impact sur l’humain et son activité. Accessibilité et sciences et société, brandis ici et là, ne sont qu’emplâtres sur jambes de bois. Une prose d’allégeance, psalmodiée pour se donner bonne conscience, il n’est nullement question d’agir en faveur de progrès émancipateurs…
Sous-traitance, maltraitance. Ces hommes et ces femmes se battent avec une grande détermination, ils ne rêvent pas leur vie. Leur force et énergie à pour source leur dignité qu’ils ne veulent pas voir bafouer. Une de leurs phrases qui a semble-t-il affecté leur futur patron de site est : « nous sommes propriétaires de cet établissement dont vous n’êtes qu’un locataire temporaire ». Belle phrase qui résume en partie la situation. La majorité des ces salariés travaillent sur le site de la Cité des sciences depuis plus 15 ans, ils ont connus plus de trois patrons, qui ont tous voulu faire de substantielles économies à leur détriment.
Il y a à peine quelques mois, la Cité des sciences, comme tous les lieux publics, a cédé à la « panique », disons aux prescriptions des pouvoirs publics, face au risque de la grippe H1N1. Elle a notamment distribué un « kit d’hygiène » à tous les salariés. L’état d’hygiène des espaces fréquentés par le public et les salariés de la Cité, ainsi que l’insoutenable pollution sonore à laquelle le public et les salariés étaient soumis du fait de ce conflit auraient dû amener la direction de la Cité à fermer l’établissement dès les premiers jours de grève, ou intervenir très vite, comme médiateur, pour la résolution du conflit. Ce qui n’a pas été le cas.
Après la « maladresse » du nouveau patron qui voulait briser la grève en introduisant, de nuit, sur le site des personnes extérieures pour nettoyer les espaces, les grévistes ont du occuper les lieux et dormir sur place. Un salarié qui a passé la nuit avec eux (nuit du jeudi à vendredi) a fait appel aux services de l’ordre afin d’éviter des affrontements qui auraient pu se produire du fait des tensions et d’éventuels provocations.
Vendredi, les salariés de la Cité se sont mobilisés autour des grévistes menacés « d’expulsion » par les forces de polices sous prétexte qu’ils auraient dégradé le bien public. Une compagnie des forces de police s’est effectivement déplacée et a pris position autour de l’établissement. Ils ont quitté les lieux après avoir constaté que les grévistes n’avaient commis aucune dégradation. Ils n’ont certes pas fait le ménage depuis plus de dix jours, ils ont bien sûr renversé les poubelles remplies par les casseurs de grève, mais à aucun moment ils n’ont porté atteinte au bien public dans cet établissement auquel ils sont très attachés. La preuve, dès que la direction de la Cité est intervenue comme médiateur pour favoriser un réel dialogue et négociation, ils ont approuvé, à la majorité, l’idée d’assurer un service minimum (nettoyage des surfaces et des sanitaires et visibilité de la grève autrement que sonores) dans l’intérêt de la Cité (manque à gagner par la fermeture), de son public (inconfort des conditions de visites) et des salariés (pénibilités accrues des conditions de travail).




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